Le pire voyage de noces de l’histoire (1) : comment choisir sa destination de voyage de noces

12eme jour du voyage de noces de Prince et Eva in London – une île paradisiaque au beau milieu des Caraïbes

Prince et moi ne rêvons que d’une chose : rentrer à la maison. Oui, à Londres, où il pleut à coup sûr des cordes en cette mi-juillet. Voilà à quel point ce voyage de noces est désastreux. Prince et moi sommes pourtant des jeunes mariés comme les autres : nous aimons notre moitié toute neuve, paresser au soleil, et découvrir le vaste monde. Alors, comment en sommes-nous arrivés là ?

Tout a commencé avec cette conversation, il y a quelques mois :

– Chouchou ?
– Mmm ?
– Tu sais ce dont je rêve, pour notre voyage de noces ?
– Un périple bien roots, sac au dos, au fin fond de la Colombie ?

Cette discussion s’annonce mal.
– Pas tout à fait, non… je rêve de voyager en classe affaires.
– En classe affaires ?
– Mais oui, tu sais : embarquer quand on veut et pas seulement quand l’hôtesse appellera les rangées 40 à 45, tourner à gauche en entrant dans l’avion, déguster une coupe de champagne bon marché et ne pas la finir parce qu’il n’est pas très bon ce champagne, redemander une autre coupe une heure plus tard parce que quand même c’est gratuit et qu’on est en classe affaires après tout, étendre les jambes en pensant aux guignols coincés comme des sardines en classe éco, tout ça. C’est ça, mon rêve.

Froncement de sourcils de Prince.
– Mais… tu as envie de partir où ?

J’hésite quelques instants. Le bluff n’a jamais été mon fort.
– Ben… je ne sais pas. Mais je veux y aller en classe affaires.

Voilà qui ne simplifie pas la prise de décision, un point particulièrement sensible dans l’entité Couple formée par Eva in London et Prince. Paraît-il qu’à deux, on est plus forts. Lorsqu’il s’agit de faire des choix, Prince et moi, à deux, on est plus faibles. Perfectionnistes invétérés (oui, c’est un vrai défaut, et pas seulement un truc à sortir en entretien d’embauche quand on n’ose pas avouer son incapacité à tenir une deadline ou à communiquer avec son chef sans recourir à la violence verbale et/ou physique), perfectionnistes invétérés, donc, Prince et moi sommes tout bonnement incapables de prendre la moindre décision : quel plat cuisiné acheter pour le dîner de ce soir ? Comment s’occuper un samedi après-midi dans l’une des capitales les plus dynamiques du monde ? Tout nous pose problème.

Autant dire que choisir une destination parmi les 194 pays du monde relève pour nous de l’impossible (la liste suivante et les clichés associés n’engageant que leur inculte auteur) :

– L’Australie ? Trop loin : au bout de 10 jours de vacances, grand maximum, Prince ne rêve que de retourner faire le banquier à la City.
– La Corse ? Trop près. Le ferry, ça manque de glamour comme moyen de transport.
– Le Pérou ? Y a pas de plage. En tout cas, pas de belle plage sur laquelle lézarder pendant des heures (comme nous le verrons par la suite, ceci était un faux problème…).
– Les Seychelles ? Y a que de la plage. Comment on va s’occuper, au bout de 2 jours, quand on aura fini de débriefer sur le mariage et qu’on n’aura plus rien à se dire ?
– L’Islande ? Trop froid. Je n’ai pas perdu six kilos pour laisser passer l’occasion de m’exhiber en maillot de bain.
– Le Maroc ? Trop chaud. Il faut qu’il me reste un minimum d’énergie pour parader dans le sus-dit cher et trop petit maillot de bain.
– La Norvège ? Trop cher. Prince a beau être banquier, payer mon croissant au prix du diamant, ça me bloque.
– L’Ouzbékistan ? Trop roots. C’est un voyage de noces, quand même, pas un trek UCPA.

Bref, au bout de plusieurs heures passées à examiner attentivement la carte du monde – apprenant ainsi au passage à situer, même temporairement, d’obscures destinations telles que le Guatemala ou Zanzibar – Prince et moi parvenons à trois conclusions :

  1. Conclusion n°1 : notre brief est simple. De la plage mais pas seulement parce qu’on n’est pas des larves, de la culture pour rentrer moins bêtes mais pas trop parce qu’on est là pour se reposer, du soleil mais pas trop parce que Prince n’aime pas la chaleur, loin mais pas à l’autre bout du monde non plus parce que c’est fatigant. Ah, et qu’il reste de la place en classe Affaires avec les miles que j’ai accumulées dans mon job précédent.
  2. Conclusion n°2 : aucun pays au monde ne répond à nos critères drastiques.
  3. Comme diraient Marshall et Ted dans la série How I met your mother, nous décidons de ne rien décider : « Let future Eva and future Prince deal with it » (laissons ça à future Eva et futur Prince), tel est notre nouveau slogan de futurs jeunes mariés.

Dans le prochain épisode, nous verrons comment j’en suis arrivée à me rouler par terre en pleurant à l’aéroport de Caracas (la capitale du Vénézuela, pour celles et ceux qui se poseraient la question).

Et vous, quelle est votre destination de rêve ?

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Pour le meilleur et pour le pire

9h30, le lendemain du mariage.

Scrogneugneugneu.

Je me réveille avec un mal de tête lancinant. De trois choses l’une : soit j’ai beaucoup trop bu hier, soit j’ai dormi trois heures, soit je me suis mariée. Chacune de ces choses suffirait à me coller un bon mal de crâne. La conjonction des trois, c’est l’apocalypse dans mon cerveau. Normalement, je déciderais de me rendormir illico, mais si je me suis mariée hier, j’imagine qu’aujourd’hui c’est le lendemain du mariage et donc le « brunch ». Ou l’occasion pour tous les invités – donc tous les gens que j’aime et dont j’avais envie qu’ils soient à mes côtés pour le-plus-beau-jour-de-ma-vie, mais aussi, ne nous leurrons pas, la cousine Amélie qui ne manque jamais de me demander si j’ai encore grossi « ou si c’est juste ta robe, tu sais les bustiers ce n’est pas très flatteur quand on a la taille mal dessinée », et autres âmes mal intentionnées – le brunch est donc l’occasion pour la mariée de se soumettre à une sorte de terrible  « avant / après » à l’envers. Un peu comme si Prince rencontrait Cendrillon version princesse, la ramenait chez lui tout content, et se réveillait à côté d’une souillon mal fagotée.

Je m’explique.

Avant, c’est le jour J : la mariée est parfaitement habillée (oui, même si son bustier lui tombe des hanches à force de vouloir maigrir et qu’elle n’a pour ainsi dire plus de taille à souligner), parfaitement maquillée (puisqu’elle a finalement remis la main sur la maquilleuse en goguette) et parfaitement coiffée. Dans mon cas, donc : méconnaissable.

Après, c’est le brunch du lendemain :

– non seulement la tenue de la mariée n’a pas coûté un mois de salaire, mais elle est maculée de taches douteuses : « J’aurais vraiment dû faire attention et ne pas manger de chocolat en rentrant hier soir… pas grave, je n’ai qu’à la nettoyer un peu. Zut, j’en ai étalé partout. Tant pis »

– elle a dû se maquiller toute seule, reproduisant ainsi le même maquillage que depuis ses 16 ans (en moins bien) : « J’aurais vraiment dû me démaquiller hier soir… pas grave, je n’ai qu’à remettre du mascara directement, ni vu ni connu. Zut, ça a coulé ! Tant pis »

– et renoncer à démêler le nid d’oiseau qu’est mystérieusement devenue sa coiffure pendant la courte nuit de noces : « J’aurais vraiment dû me passer la brosse dans les cheveux hier soir… pas grave, je n’ai qu’à en faire un chignon faussement négligé. Zut, c’est juste négligé. Tant pis »

Est-ce pour montrer au marié que « pour le meilleur et pour le pire », ça veut dire que le pire  commence dès le lendemain du mariage ? Toujours est-il qu’en me réveillant, je vois immédiatement la cousine Amélie me faire remarquer que « c’est fou ce qu’un maquillage professionnel peut couvrir comme imperfections, mais en fait tu as toujours beaucoup d’acné. Je connais un excellent dermatologue, si tu veux ».

Je me rendors.

Midi, toujours le lendemain du mariage.

Prince ronfle toujours à côté de moi. Je le dévisage, donc débordante d’amour pour mon mari tout neuf.
Damned ! Lui a exactement la même tête qu’hier. Personne ne risque de faire des gorges chaudes à son sujet. C’est vraiment injuste.
Re-damned ! Il est MIDI ? Les invitations précisaient que les festivités autour de mon absence de maquillage et de coiffure commenceraient à 11 heures ! Quel excès d’optimisme. Et le brunch, comme le dîner, a lieu chez mes parents ; ceux-ci nous ont donc explicitement d’être là à l’heure dite. Il y a une heure. Je secoue Prince.

– Mmm ? C’est à quel sujet ?
– Réveille-toi !
Prince me sourit d’un air narquois.
– Tu veux consommer la nuit de noces ?
(Si vous connaissez un couple de jeunes mariés qui, après avoir fait des sourires crispés pendant 12 heures, a trouvé l’énergie de faire autre chose que s’effondrer sur le lit, faites-le moi savoir)
– Réveille-toi, triple buse (il n’est jamais trop tôt pour les petits noms affectueux) ! Il est MIDI !

Lorsque, penauds, nous arrivons enfin sur place, les premiers invités sont déjà partis. Y compris la cousine Amélie. C’est toujours ça de pris.

PS : ceci est le premier article que je rédige depuis qu’on m’a retiré le cerveau la naissance de MiniPrincesse. Un peu d’indulgence sera la bienvenue, chers lecteurs !

14 erreurs à ne pas commettre si vous voulez pouvoir tenir debout le jour de votre mariage (2/2)

7. Laisser libre cours à l’imagination de trois « maquilleuses » avant de vous rendre à l’évidence : ce n’est pas parce qu’on est dans les Pages Jaunes qu’on sait faire son travail.

8. Pire : désespérée, errer chez Sephora en envisageant de vous maquiller vous-même, et ce bien que vous portiez le même maquillage depuis vos 16 ans et demi (oui, j’ai commencé tard – à peu près au moment où les garçons ont arrêté de me surnommer Jackson Five, rapport à la coiffure). Vous y faire maquiller de manière tellement réussie – surtout par rapport aux tagueuses rencontrées auparavant – que vous la persuadez, en dépit de son contrat de travail qui l’interdit strictement, de faire 60 km pour venir vous maquiller le jour J… tout cela pour, la veille, vous transformer en Columbo car elle a tout simplement disparu de la circulation (« Solange ? Ben, désolée Madame, elle est malade depuis quelques jours… c’est à quel sujet ? »).

9. Lorsque, deux jours avant le mariage, vous commencez à avoir de petits soucis de santé, les balayer d’un revers de la main en comptant sur l’adrénaline pour vous mener à bon port – c’est-à-dire survivre jusqu’à J+1.

10. Pire : réaliser votre erreur à 14h30 la veille du mariage : l’adrénaline doit vous faire défaut, parce que vous êtes à peine capable de marcher. Heureusement, vous pouvez compter sur vos familles et témoins assemblés dans une belle unité, et leur confiez – un peu gênée quand même – la liste des douze travaux d’Eva in London, dont certains aussi essentiels que « trouver des noms de table » (« vous prenez n’importe quels noms de villes de la Côte d’Azur et vous imprimez ça sur une feuille A4, ça fera parfaitement l’affaire »). Prince et vous vous retirez pour ce qui devait être une après-midi en amoureux – finalement, ce sera sieste pour Prince, et médecin pour vous. Avec ordonnance recto-verso, histoire de tenir debout à votre propre mariage.

11. Sous prétexte de faire dans l’originalité, et parce que la chanson parle d’une Eva qui pourchasse audacieusement un Prince un général, décréter que six semaines suffisent à apprendre le tango.

12. Pire : réaliser que, si Prince et vous n’avez jamais pratiqué la danse, ni ensemble ni séparément, c’est parce que vous êtes aussi nuls l’un que l’autre, et que vos deux séances hebdomadaires n’y changeront rien. Surtout lorsque, comme on l’a vu – vous n’arrivez déjà pas à marcher dans votre robe, alors danser le tango…

13. Penser faire preuve de maturité en vous disant que vous ne pouvez pas tout contrôler, dépriorisant ainsi : les chaussures (on a vu le résultat), les fleurs (idem) et la vidéo.

14. Pire : Réaliser votre erreur au retour du voyage de noces lorsque, bronzés et ravis d’être rentrés (à suivre : le récit du pire voyage de noces de l’histoire), Prince et vous vous retrouvez devant 1h30 de bruit de couverts (quelqu’un ayant cru bon d’enregistrer l’intégralité du dîner) mais pas le discours de vos témoins – vous comprendrez bien plus tard que « c’est ballot, y avait plus de batterie », comme vous le rapportera le cousin recruté à la dernière seconde pour filmer.

Devant tous ces écueils, Eva in London n’a qu’un conseil à vous offrir : bien choisir votre Prince / Princesse, afin de pouvoir rire de tout cela plutôt qu’en pleurer. Des années après, hein… parce la veille, vous l’aurez compris, je ne faisais pas la fière.

14 erreurs à ne pas commettre si vous voulez pouvoir tenir debout le jour de votre mariage (1/2)

Ca y est : Prince et moi sommes officiellement mari et femme. Un discours émouvant de SuperPapa alias Monsieur le Maire (du moins le temps de cette cérémonie), une tenue rose fuschia pour moi, un Prince qui a réussi à se pointer rasé et à l’heure, des proches souriants et ne s’opposant même pas au mariage (ou c’est seulement dans les films américains que ça arrive ?), et un déjeuner intime mais non moins délicieux concocté par SuperPapa et SuperMaman : tous les ingrédients étaient réunis pour une journée réussie, comme auraient pu vous le rapporter Gala ou Point de vue / Images du monde si les paparrazzis ne s’étaient pas vus refuser l’accès au lieu de réception (chez mes parents, quoi).

Quelques mois plus tard, me voici allongée sur le canapé – toujours chez mes parents, mais cette fois, dans le Sud de la France – plongée dans ces réminiscences de jours meilleurs. Nous voici à la veille du mariage religieux, et si je suis allongée, ce n’est pas parce que je suis tellement zen et organisée qu’il n’y a plus rien à faire ; non, si je ne suis pas debout en train d’accomplir frénétiquement mes douze travaux d’Hercule les douze tâches restantes sur ma « to-do list spécial mariage », c’est tout bonnement parce que je suis clouée au lit par de bénins mais nombreux embarras médicaux.

Mais comment Eva in London a-t-elle bien pu en arriver là ? vous demandez-vous.

Je me pose la même question.

Et, en espérant qu’ils servent à de futures mariées plus raisonnables que moi (mais cela existe-t-il, une future mariée raisonnable ?), voici quelques éléments de réponse :

1. Lorsque les mariés représentent déjà trois nationalités à eux deux, leur désir de traduire l’ensemble de la cérémonie en trois langues – chants, homélie et intentions de prière compris – est louable… mais stupide.

2. Pire : vous rendre compte de votre erreur à minuit et demie, l’avant-veille du mariage, lorsque Prince vous menace de ne pas venir à son propre mariage si vous lui faites réimprimer les livrets de cérémonie une fois de plus – le détournement de biens sociaux de SuperBank a assez duré, et d’ailleurs, les imprimantes sont elles aussi au bord de la crise de nerfs.

3. Avoir fait faire votre robe de mariée soi-disant « sur mesure », tout cela pour vous entendre dire d’un ton on ne peut moins commerçant, durant ce qui semble être le dix-huitième essayage, que « si ça ne vous va pas, Mademoiselle, je n’y peux rien : ce sont vos hanches qui ne sont pas symétriques ! ». Euh, elle n’avait pas pris l’ensemble de mes mesures il y a six mois, la pimbêche ?

4. Pire : réaliser, deux minutes avant l’entrée dans l’église où tout le gotha vos familles et amis vous attendent, que vous ne pouvez pas faire un pas sans vous prendre les pieds dans cette xxx de robe « sur mesure ». Sur ce coup-là, vous auriez peut-être dû prendre l’insupportable sorcière qui hante vos pires cauchemars la couturière un peu plus au sérieux lorsqu’elle insistait pour que vous choisissiez vos chaussures en fonction de la robe – et non pas suivant ce qui restait en solde à quatre jours du mariage.

5. Choisir un prêtre génial, à l’écoute, ouvert, gentil, disponible, et même prêt faire le déplacement depuis Londres pour célébrer votre mariage méditerranéen… mais qui, la veille du grand départ, vous signale nonchalamment qu’il ne supporte pas la chaleur (Jean-Marie, si vous me lisez : MERCI ! Merci de nous avoir si bien « préparés », merci d’être venu de si loin… et merci de n’avoir finalement pas tourné de l’œil en pleine cérémonie !)

6. Pire : neutraliser le prêtre de rechange de la paroisse, en remplissant l’église de lys… fleurs auxquelles il s’avère être allergique. « Ah, mais vous ne pouvez pas vous marier, mademoiselle ! », vous lance, inconsciente des torrents de larmes dans lesquels elle vous plonge, SuperMamie, apparemment responsable de l’organisation des mariages dans votre église. « Vous n’aviez pas lu la feuille qu’on vous a remise ? ». « Euh, si, mais vous ne parliez que de lys blancs, et nous avons acheté des lys de couleur (là aussi, c’est tout ce que vous avez trouvé au dernier moment). « Non non, le Père est allergique à TOUS les lys ! ». Finalement, et mettant ainsi en péril le peu de santé mentale et physique qui vous reste, négocier de retirer l’ensemble des bouquets incriminés illico presto après la cérémonie, pour permettre au mariage suivant de se dérouler dans une ambiance plus sereine – et moins allergène – que le vôtre.

J’aurais aimé me limiter à dix erreurs, mais il y en avait tellement que j’ai privilégié l’exhaustivité à la concision. La suite, donc, au prochain épisode !

PS : et vous, quelle(s) erreur(s) stratégique(s) avez-vous commise(s) ?

Mariage anglais vs mariage français : le match

Non, il ne s’agit pas de vous infliger un enième comparatif Kate/William – Albert / Charlène…

Vous le savez, hormis mon amour du roquefort et du ronchonnement, j’ai de bonnes raisons de me marier en France. Mais à force de voir s’envoler à la fois notre budget Eurostar et ma bonne volonté devant l’avalanche de paperasse que la République Française m’impose, j’en viens à me demander si je n’ai pas commis une grosse erreur. D’ailleurs, quand j’étais petite, je rêvais d’épouser un Anglais, un vrai : non pour la gastronomie locale (qui, à l’épqoue où les gastropubs n’existaient pas, avait quand même de sacrés progrès à faire), ou pour vivre le rêve anglais avec maison en banlieue et barbecue le dimanche après un samedi soir un peu trop arrosé ; mais pour l’accent inimitable, so chic !

Seulement voilà, la vie est passée par là, et, avec elle, un Prince hongrois que je me suis empressée de harponner avant qu’une autre ne s’en charge.

Ces réminiscences pré-maritales m’amènent à me poser la question suivante : au fond, mariage anglais, mariage français est-ce si différent ?

Le bilan en 10 points :

1. La préparation : dans les deux pays, les magazines « spécialisés » tenteront de vous persuader que le choix des centres de table / de la musique d’entrée / du « thème » (l’amour, ça compte ?) est absolument crucial. N’ayons pas peur des mots : puisque le jour de votre mariage est censé être rien moins que « le plus beau jour de vote vie », ces décisions sont, elles aussi, capitales.
Avantage : à personne – ou plutôt si : les magazines de mariage qui font leur beurre sur l’agitation grandissante de la future mariée

2. L’hystérie de la mariée : identique dans les deux pays, qu’il s’agisse des centres de table (décidément, késaco ?), de la police des faire-parts ou de « la » couleur du mariage. « Je n’arrive pas à me décider entre géranium et rose bonbon, qu’en dis-tu, Choupinet ? ». Choupinet, ayant compris depuis belle lurette que son avis, on s’en fichait comme d’une guigne, n’en dit pas grand-chose.
Avantage : à personne – ou plutôt si : les wedding planners (organisateurs/trices de mariage) qui ne manqueront pas de vous guider dans l’épineux choix des noms de table… moyennant finances.

3. La nourriture : la mariée aura beau faire l’éloge de la délicieuse verrine de queues d’écrevisses « et son petit jus », suivi d’une glorification de la pintade rôtie « accompagnée de ses petits légumes bien sûr », l’on sait bien que les repas de mariage sont, au mieux, mangeables… cela dit, en indécrottable chauvine n’ayant jamais pris part à un mariage anglais, je ne peux m’empêcher d’espérer que, sur ce troisième point, la France gagnerait malgré tout haut la main. Ne serait-ce que parce que, aussi infect que soit le plat, on peut toujours se rattraper sur les fromages.
Avantage : par décision purement arbitraire, à la France.

4. L’enterrement de vie de jeune fille : là, tout dépend de ce qu’on aime. Si l’on veut de la pintade braillant et brandissant une bouteille de mousseux bon marché à travers le toit ouvrant d’une limousine rose fluo, adopter la « hen night » britannique (attention, tenue incorrecte exigée). Si l’on préfère un hammam entre copines agrémenté de confidences badines mais point trop, choisir l’enterrement de vie de jeune fille (EVJF pour les initiées) à la française.
Avantage : en fonction de la tolérance au bruit / à la vulgarité / à la nudité de chacune.

5. Les produits dérivés : pour la plèbe, je ne sais pas, mais en revanche, dans le mariage princier, l’Angleterre bat la France (pardon, Monaco), à plate couture : franchement, vous voyez la famille monégasque produire du papier toilette à l’effigie du prince Albert et de sa dulcinée ?


Avantage : encore une fois, tout dépend sans doute de la sensibilité de chacun… mais soyons beaux joueurs, et accordons ce set à l’Angleterre.

6. L’humour : là où, pour vous remonter le moral, un Français ne trouvera qu’un pauvre « Mariage pluvieux, mariage heureux » (et pourtant, Dieu sait si ce dicton s’avérerait utile en Angleterre), l’Anglais fait preuve d’un cynisme tellement plus désopilant. Ainsi, la réflexion tout à fait véridique du SuperDirecteur de chez SuperConseil lorsqu’il apprit mon mariage : « Bonne chance. C’est le meilleur moment, profites-en : à partir de maintenant, les choses n’iront que de mal en pis » (en VO : it’s all downhill from here ; l’Anglais a aussi le mérite de la concision)
Avantage : sans conteste, à l’Angleterre.

7. La tenue des demoiselles d’honneur : il n’y a sans doute qu’en Angleterre que 3 / 4 / 5 / 6 jeunes femmes, dites bridesmaids, accepteront d’être toutes affublées de la même robe taille Empire couleur géranium (puisque c’est finalement « la » couleur du mariage, a décrété la wedding planeuse dans sa grande sagesse) qui « vous ira tellement bien. Oui, oui, à toutes les 3 / 4 / 5 / 6 » (et ce quelle que soit votre taille, poids, silhouette, couleur de teint) », les rassurez-vous (pour l’assentiment de la wedding planeuse sur la robe, compter un supplément).

La mariée française, elle, choisit généralement de laisser ses témoins s’habiller comme ils le souhaitent, avec les risques que cela comporte.


Avantage : pour le bon goût, sans doute à la France. Pour la rigolade, à l’Angleterre. C’est moi, ou la tendance se dégage de plus en plus nettement ?

8. Les discours : je pense qu’aucun Français – et aucun Anglais – n’a fait mieux depuis le célèbre « Quatre mariages et un enterrement », où le plus catastrophique côtoie le plus craquant…

Avantage : à l’Angleterre. Même si Hugh Grant nous rejoue le même rôle depuis vingt ans.

9. Les distractions : pour se mettre en jambes, les Anglais vont au pub … avant…


voire pendant… et surtout après, laissant les mariés se reposer après leur dure journée. En France, ceux-ci doivent faire semblant d’avoir la patate jusqu’au bout de la nuit, et ce même si la dernière fois qu’ils ont foulé une piste de danse remonte à leur premier baiser embrumé dix ans auparavant.
Avantage : pour les mariés, à l’Angleterre (permission d’aller se coucher à 22 heures). Pour les invités… à l’Angleterre aussi.

10. L’avenir : qu’on se soit dit oui ou yes, qu’on ait bu son poids en bière ou mangé son poids en foie gras, on se retrouve toujours avec un gros trou dans ses économies, une belle-famille plus ou moins supportable, et un Prince à se coltiner pour le meilleur et pour le pire.
Avantage : tout dépend du Prince…

PS : à tous ceux qui préfèrent en rire qu’en pleurer, je conseille cet excellent site.

Nom : Eva in London. Age : 26 ans. Signes particuliers : « Typical French » (2/2)

La réceptionniste, semblant émerger d’une profonde léthargie, me lance soudain :
– Eva in London ?
– Oui, c’est moi.
– Descendez en salle de consultation n° 3, s’il vous plaît.

Instruction énigmatique s’il en est. D’escaliers, que ce soit pour descendre ou pour monter, je ne vois point. Sentant mon désarroi, la réceptionniste, sans doute épuisée de s’être adressée directement à un patient, désigne une double porte d’un signe de la tête encore plus imperceptible que le premier.

Je prends mon courage à deux mains et pousse les battants de la porte. Un long couloir se présente à moi. De numéro de salle de consultation, point. Et le couloir est désert. Telle une héroïne de film d’horreur, je m’enfonce néanmoins dans les profondeurs de la surgery. Mon courage est bientôt récompensé : j’aperçois des escaliers. Et en plus, ils descendent.
Comme personne ne semble m’attendre, je dédaigne les nombreux panneaux m’interdisant de faire autre chose qu’attendre sans broncher, et toque nettement à la porte de ce que j’espère être la salle de consultation n°3.
– Entrez ! lâche une voix sèche
– Bonjour, Docteur Raciste.
– Bonjour, Eva in London. Vous êtes en retard.

Je hausse un sourcil, prête à monter au créneau pour défendre mon honneur de patiente disciplinée, puis me ravise en me rappelant que je viens dans un esprit de conciliation. Et puis, si je veux que la NHS me paie des examens inconnus au bataillon de la santé publique anglaise, j’ai intérêt à ne pas faire d’esclandre – en tout cas, pas tout de suite.

– C’est pour quoi ? m’interroge Dr Raciste d’une voix lasse.
– Eh bien, je suis française, et je vais me marier (froncement de sourcil de Dr Raciste). Dans mon pays, on a besoin que le médecin vérifie si on est immunisé contre la toxoplasmose et la…

Dr Raciste m’interrompt sans égards.
– Non, écoutez, on ne fait jamais ça, la toxoplasmose.

S’ensuit un débat sur le bien-fondé ou non des examens pratiqués par les médecins français. Je m’échine à démontrer à Dr Raciste qu’utile ou pas, j’ai absolument besoin de ces tests. Devant son refus d’écouter tout argument rationnel, comme « Si on le fait en France, c’est bien que c’est utile ! », le ton monte.

– Et je fais comment, alors ?
– Je ne sais pas, vous vous débrouillez. La NHS ne fait pas de test contre la toxoplasmose.
– Ben, et pour les femmes enceintes, comment elles se débrouillent ?

Dr Raciste hausse les épaules :
– Ecoutez, vous voulez que je vous dise ? C’est vraiment une invention de Français, ça, la toxoplasmose. Ca touche tellement peu de monde que ça ne vaut vraiment pas le coup de dépenser l’argent public pour ça. Donc, pour votre test, vous irez voir ailleurs.
– Et la rubéole ?

Dr Raciste lève les yeux au ciel. Serait-elle en train de consulter discrètement l’horloge au-dessus de son bureau ?

– Ah non, on ne traite qu’un problème à la fois, ici (parce que tu as l’impression de l’avoir traité, là, mon problème ?). Pour deux questions, il faut prendre deux rendez-vous d’affilée, sinon on ne tient plus du tout nos horaires (ah, y avait des horaires ?). Je ne peux pas me permettre de passer plus de dix minutes avec chaque patient, et là, ça fait déjà presque quinze minutes que vous êtes là. En plus, vous étiez en retard.

Je me retiens de réagir à cette nouvelle provocation pour me concentrer sur l’essentiel : trouver un moyen de me marier avec Prince malgré les obstacles que la NHS mettra sur notre chemin.

– Mais c’est la MEME question ! J’ai besoin d’un test de rubéole ET d’un test de toxoplasmose. Sinon, je ne peux pas me marier !

Au bout de sept minutes de plaidoyer enflammé, Dr Raciste cède et me tend une ordonnance. Conformément à ses principes, elle n’a « traité » qu’un seul de mes problèmes : je n’ai droit qu’à un test contre la rubéole.
En revanche, elle a eu tout le temps de pianoter furieusement sur son ordinateur. De mon dossier, je ne distingue que deux mots :
« Typical French ».

Décidément, je crois que la NHS et moi, on n’est pas près de se rabibocher.

PS : merci Camille pour cette nouvelle illustration !

Nom : Eva in London. Age : 26 ans. Signes particuliers : « Typical French » (1/2)

Il fait froid. Et sombre. Seul un pâle rayon de soleil hivernal perce à travers les vitres poussiéreuses de la salle d’attente du cabinet médical (surgery) où j’ai échoué dans le seul but d’obtenir les examens nécessaires à la constitution de mon certificat médical prénuptial, pièce apparemment indispensable à la République Française pour m’autoriser à me marier.

Dans cette phrase aussi longue que mon attente, le maître mot est échouer. Tout, ici, sent la morosité ; OK, un passage chez le médecin génère rarement autant d’enthousiasme qu’une sortie au spa ou au pub, mais même les réceptionnistes ont l’air d’avoir besoin d’une bonne dose d’antidépresseurs. A mon arrivée, c’est tout juste si j’ai droit à un hochement de tête m’enjoignant à patienter sans poser de questions. Au bout de vingt minutes d’attente sans signe de vie du médecin (GP) ni information de la chaleureuse réceptionniste, je commence à me demander où j’ai atterri. Mes deux compagnons d’infortune semblent, eux, prendre leur mal en patience, se contentant de m’éternuer dessus à intervalles réguliers (ma bête noire). Si ça continue, je vais repartir sans le sésame qui me rendra bonne à marier (un test d’immunisation contre la toxoplasmose et contre la rubéole), mais avec un rhume carabiné.

Il faut dire que si seulement j’avais été un peu plus « génération Y « , j’aurais sans doute flairé l’embrouille en parcourant les commentaires des patients sur le site de la NHS :

Ce que vous avez aimé dans cette surgery :

La plupart des réponses tiennent en une ligne. Morceaux choisis (tous réels) :

Je ne sais pas trop : so British ! Une réponse qui constitue en Angleterre l’équivalent d’une volée de bois vert dans nos contrées françaises de râleurs invétérés

Rien : pas British du tout, mais tellement plus honnête

C’est propre : ben… je ne voudrais pas faire ma mauvaise tête, mais à en juger par la couche de poussière sur la table basse à côté de moi, rien n’est moins sûr. Mais après tout, qui aurait l’idée saugrenue d’exiger de son cabinet médical un minimum d’hygiène ?

Ce qui pourrait être amélioré (on notera ici aussi la formulation so British) :

Là, les désenchantés s’épanchent. Morceaux choisis (toujours véridiques) :

Les réceptionnistes ont tout fait pour me dissuader de m’inscrire : je ne peux m’empêcher de me demander si, en remettant les âmes égarées dans le droit chemin (loin de cette surgery), elles ne seraient pas tout bonnement poussées par un sens aigu du service public.

Le téléphone sonne dans le vide – où sont les réceptionnistes ? Parties avaler leur dose de Prozac ?

Les urgences de l’hôpital voisin m’ont demandé de voir un médecin le plus rapidement possible, et la réceptionniste m’a proposé sans ciller un RDV 10 jours plus tard : Décidément, les réceptionnistes ont la cote auprès des patients.

Le médecin a refusé de me prescrire mon traitement : il y a une justice – les médecins aussi en prennent pour leur grade.

On peut toujours faire preuve de plus de patience, mais je sais qu’au fond le personnel fait de son mieux : ah ! Enfin un vrai Anglais qui n’ose pas attaquer frontalement, même sur Internet.

Tout : sans commentaire.

Des commentaires plutôt instructifs, donc. Mais voilà, à 11h40, en ce jeudi de novembre, je n’ai qu’une vague idée du gouffre d’inefficacité dans lequel je suis tombée. J’ai pourtant déjà une dent contre la NHS, mais que voulez-vous, dans une optique judéo-chrétienne d’auto-amélioration permanente, je lutte contre ma tendance naturelle à la vindicte. Je compte bien donner une nouvelle chance au système de santé britannique.

Je suis loin de me douter que la NHS, elle, prépare sa revanche.

9 pièces à fournir… ou autant de prétextes pour ne pas se marier ?

Le dossier de mariage, c’est bon – merci, Papa.
Là où ça se corse, c’est lorsqu’on l’ouvre…

Un extrait d’acte de naissance daté de moins de trois mois à la date du mariage : jusque là, pas de souci. Le super site Internet de ma mairie promet même de me faire parvenir le nombre d’exemplaires de mon choix sous cinq jours. En Hongrie, ça l’air plus compliqué. « On a un seul acte de naissance pour toute la vie », m’explique Prince, le front tout plissé. « Il est absolument crucial de ne pas le perdre. Tu me jures qu’on me le rendra après ? ». « Bien sûr, choupinet », réponds-je, un brin désinvolte.
Prince ne reverra jamais son seul et unique acte de naissance.

Une pièce d’identité en cours de validité à présenter aux fonctionnaires établissant le dossier : « Vous avez ça, en Hongrie, un passeport ? ». Prince saisit au vol cette nouvelle opportunité de passe d’armes franco-hongroise : « Ce n’est pas ce qu’ont l’air de penser les douaniers français, puisqu’ils mettent des plombes à l’examiner à chaque fois… c’est marrant, les Anglais n’ont aucun problème avec, eux ! »
Je dois bien reconnaître que, depuis que le passeport hongrois a adopté la même couleur marron que le passeport français, le temps d’examen du passeport de Prince est passé de 85 à 8 secondes… sans qu’un lien de cause à effet puisse évidemment être établi.

Un certificat de contrat de mariage émanant du notaire, si vous avez opté pour cette formule : ah non, là on n’opte pour aucune formule, nada, pas besoin de couper les cheveux en quatre, ni la Porsche de Prince en deux (malheureusement, trois ans après, toujours aucune trace de la Porsche, ni même d’une fortune grandissante planquée sous l’oreiller)

Un certificat médical prénuptial datant de moins de deux mois à la remise du dossier. C’est votre médecin qui procédera à cet examen clinique en vous envoyant faire une prise de sang pour déterminer votre groupe sanguin, ainsi que des tests pour déterminer si vous étes immunisée contre la rubéole et la toxoplasmose en cas de grossesse. Votre conjoint devra lui aussi faire une prise de sang pour déterminer son groupe sanguin et son rhésus, afin de connaitre les éventuelles incompatibilités avec vous en cas de grossesse. Enfin, il vous proposera aussi un test de dépistage du sida non obligatoire : je sens que la NHS va sauter de joie à l’idée de déterminer gratuitement mon groupe sanguin et mon éventuelle immunisation contre la rubéole. Je suis sûre qu’elle me proposera même un test de dépistage du sida.
Je ne m’étais pas trompée : les choses se sont tellement envenimées chez le GP (médecin) qu’il m’en a coûté une centaine de livres et un « Typical French » inscrit noir sur blanc dans mon dossier médical. L’épisode valant à lui seul un billet, je ne manquerai pas de vous faire part de ce grand moment de service public.
A propos, le certificat prénuptial a été supprimé juste après notre mariage, les 14 millions d’économies ayant été jugés bons à prendre pour combler les milliards de « trou » de la Sécu.

La liste des témoins de mariage, accompagnée d’une fiche d’état civil ou d’une photocopie de leur pièce d’identité : « Ah, c’est vrai, il faut un témoin, j’avais oublié ! ». Nul besoin de le préciser, le commentaire n’est pas de moi.

Si vous avez des enfants à légitimer… « Prince, un enfant à légitimer ? Non ? Parfait, c’est toujours ça de moins à faire. »

Si l’un des mariés est mineur, vous devrez fournir le consentement de vos parents dressé par un notaire ou par l’officier d’état civil. Il vous sera également demandé une dispense qui est accordée par le procureur de la République. « Mineure ou pas, tu aurais peut-être dû demander ma main à Papa, finalement ? Imagine qu’il refuse de nous marier au dernier moment, on aura l’air fins… »

Les personnes de nationalité étrangère auront à fournir un extrait d’acte de naissance rédigé dans la langue originale, ainsi que sa traduction agréée par le Consulat, l’Ambassade, ou par un traducteur reconnu des instances officielles. Il leur sera également demandé un certificat de célibat, les deux certificats devant être visés par la délégation diplomatique : délégation diplmatique, Consulat, Ambassade, késaco ?! Tout ce que j’en comprends, c’est que le brassage interculturel, c’est très bien, mais épouser un Français de souche, c’est mieux – en tout cas, c’est plus simple.

Une attestation sur l’honneur de domicile, de célibat, ou de séparation : Au point où j’en suis, je suis prête à déclarer ce qu’on veut, domicile, célibat, séparation, folie passagère, du moment que la République Française m’autorise à épouser mon Prince.

« Dans l’administration, on ne doit pas dormir au bureau le matin sinon on ne sait plus quoi faire l’après-midi » (Coluche)

Forcer Prince à me demander en mariage, réserver un lieu de réception, dénicher un DJ qui ne lance ni la danse des canards ni le jeu du pot de chambre, perdre huit kilos, trouver une robe de mariée… tout ça, c’était de la gnognotte. Un seul coup d’oeil au document intitulé « Pièces à fournir pour le dossier de mariage » suffit à me faire réaliser que les choses sérieuses commencent. J’aurais dû m’en douter :

(1 mariage civil en banlieue parisienne + 1 mariage religieux en Provence) /
(1 job à plein temps à Londres x 1 gros budget (Eurostar + Ryanair + Air France))
= 187 jours de casse-tête chinois pour Eva in London.

Le parcours du combattant débute dès le site Internet de la mairie. Oui oui, la mairie de ma ville a un site, très bien fait même, puisque j’ai mis moins de deux minutes à comprendre que j’allais échouer dès la première étape : le retrait du dossier de mariage.

FERMÉ le Mardi Matin et le Jeudi Matin (oui, ça commence fort. J’aime en particulier les majuscules.)
Pour les dossiers de mariage, prière de prendre rendez-vous. 
Horaires : le lundi, mercredi et le vendredi entre 8h30 et 12h, et entre 13h30 et 17h. Le mardi et le jeudi entre 13h30 et 17h.

Ce qui paraît relativement simple – « Comment ça, Madame, entre 8h30 et 17h, vous travaillez  ? Ben, venez donc entre midi et deux ! Ah, ben non, zut, on est fermés… Posez un RTT alors ! Mais attention, n’oubliez pas que nos services sont fermés le mardi matin et le jeudi matin… » – se complique nettement lorsqu’on habite à 500 kilomètres du lieu où l’on souhaite se marier. Et que le concept de la RTT est inconnu au droit local.

Pourquoi tant de détermination à me compliquer la vie, me direz-vous ? Pourquoi ne pas me marier – en toute simplicité mais en grande pompe bien sûr – au royaume de Sa Majesté ?
J’ai généralement d’excellentes raisons de faire compliqué quand je peux faire simple, mais dans ce cas précis, c’est carrément inattaquable : c’est mon père qui célébrera la cérémonie (non, pas en qualité de prêtre…). Si les préoccupations géographiques compliquent un peu la donne, on peut au moins espérer que l’officiant se souviendra des prénoms respectifs des mariés. S’il est de bonne humeur, peut-être même ajoutera-t-il quelques mots – personnels mais point trop embarrassants – au poétique « Conformément à la loi, je vais vous donner lecture des articles 212, 213, 214 et 215 du Code civil… ».

Bref, « le couple », alias Prince et moi, a décidé que le jeu en valait la chandelle. En clair, cela signifie simplement que Prince ne s’opposera pas à ce que je consacre une partie croissante de ma journée de travail au détricotage de l’embrouillamini que constitue ce … de dossier.
Le dossier, donc. Comment vais-je récupérer un dossier de mariage entre-8h30-et-12h-ou-entre-13h30-et-17h-mais-attention-Madame-pas-le-mardi-matin-ni-le-jeudi-matin-nos-services-sont-fermés ?

– Allô, Papa ?

Le dossier, c’est bon – merci, Papa.
Là où ça se corse, c’est lorsqu’on l’ouvre.

Rien ne sert de courir, il faut maigrir à point(s) – ou comment perdre ses kilos en trop pour rentrer dans sa robe de mariée (2)

Lorsque j’étais ado et tourmentée (à juste titre) par mon apparence lunetteuse, boutonneuse et boulotteuse, je me rappelle avoir posé la question suivante ma mère :
– Maman, si on est parfaitement habillée, coiffée et maquillée, ce n’est pas très grave d’avoir cinq kilos en trop, si ?
Ma mère, devinant comme seules les mamans savent le faire toute la portée de ma question, sut trouver les mots pour me réconforter :
– Bien sûr que non, ma chérie. C’est bien plus important de soigner son apparence.

Je ne sais pas par quel miracle je pensais que la puberté allait me faire m’intéresser à la mode, sans parler de « soigner mon apparence » ; j’avais simplement déjà dû abandonner l’espoir qu’elle me transforme en sylphide. Sans surprise, je suis tout bonnement devenue une jeune femme moins lunetteuse, moins boutonneuse et moins boulotteuse que ne l’était l’Eva in London adolescente. Mais entre l’option « perdre cinq kilos » et l’option « être parfaitement habillée, coiffée et maquillée », je n’ai jamais sérieusement envisagé ni l’une ni l’autre. Au fil du temps, je me suis plus ou moins bien accomodée de mon imperfection voluptueuse, un peu comme on s’habitue à une ampoule grillée à la cave : en se disant de temps en temps qu’il faudrait la changer, et en oubliant généralement aussitôt.

Mais ces derniers temps, mariage oblige, mes kilos en trop se rappellent à mon bon souvenir. J’ai donc décidé de « faire attention » à l’aide du plan Vigikilos, niveau écarlate (menace certaine). Je m’enorgueillis déjà de tout le bon sens dont je vais faire preuve, moi – sous-entendu : pas comme toutes ces mijaurées « au régime » qui déclarent après une tranche de jambon découenné qu’elles ne peuvent plus rien avaler.

Enfin, régime ou pas, une journée où je fais attention se distingue aisément d’une journée habituelle :

– 7h : levée une demi-heure plus tôt que d’ordinaire, je suis d’ores et déjà de mauvaise humeur. Pourquoi suis-je si matinale ? C’est que, pleine de bonne volonté, j’ai décidé de remplacer mon petit déjeuner à base de sucre (céréales, lait, pain, beurre, confiture, miel – parce que chez Eva in London, on ne lésine pas sur le premier repas de la journée : c’est bien céréales ET pain, confiture ET miel, et même chocolat les matins qui commencent vraiment mal) par un petit déjeuner à base de protéines : deux œufs. J’ai beau abhorrer le salé le matin, je me félicite de ce changement nutritionnel salutaire. Tiens, et pour faire les choses dans les règles, j’ajoute même un fruit. Allez, cette fois, je me fais plaisir, pas juste un petit kiwi ou une orange ; une mangue. Entière. Bon, c’est pas grave, ce sont des sucres naturels.

– 10h30 : j’ai faim. Ca, c’est comme d’habitude. Mais au lieu de trois Digestives au chocolat, je n’en mange que deux, et nature en plus. Bizarrement, ça ne me procure pas la même satisfaction.

– 10h45 : j’ai encore faim. Je me fais un thé pour me caler l’estomac. Les magazines l’affirment catégoriquement : « Souvent, lorsque vous croyez avoir faim, il s’agit en réalité d’un sentiment de soif. Dans ce cas, n’hésitez pas à boire un grand verre d’eau »

– 10h58 : je ne sais pas si j’avais soif, mais en tout cas, j’ai toujours faim. Mon estomac n’est donc pas dupe. Que faire ? Je décide d’attendre courageusement l’heure du déjeuner.

– 11h59 : je bondis de ma chaise pour aller me chercher un plat cuisiné. Ah non, c’est vrai, je me suis fait une salade. Mais, comme je ne suis pas au régime, c’est une salade de pâtes, avec des protéines, des légumes, et tout et tout. J’en ai fait beaucoup, mais c’est parce qu’il paraît que pour maigrir du-ra-ble-ment, il ne faut pas avoir faim. Ca tombe bien, parce qu’affamée comme je suis, je termine sans problème mon tupperware géant. La route de l’enfer est pavée de bonnes intentions.

– 12h30 : où est la dose de chocolat indispensable à mon équilibre mental, si ce n’est nutritionnel ? J’ai dû oublier d’en apporter de la maison. Mais je possède une volonté de fer. Oui, je peux me passer de chocolat aujourd’hui ce midi.

– 12h39 : oubliée, ma volonté de fer. L’obsession du chocolat a envahi tout mon esprit au point de me faire perdre toute concentration sur des bases de données de salaire pourtant fascinantes. A peine consciente de me lever, je me dirige comme inexorablement vers le distributeur de bonbons. Et, raisonné-je, si je me contente d’un demi-Twix et que je résiste à l’appel de la deuxième de barre de biscuit et de caramel enrobée de chocolat, mais je m’égare, eh bien, ce sera toujours la moitié de mon quota quotidien.

– 16h : la faim me tenaille à nouveau. Heureusement, je débusque au fond d’un tiroir un sachet de fruits secs. Et un autre thé, parce que « souvent, lorsque vous croyez avoir faim, il s’agit en réalité d’un sentiment de soif, etc.». L’honneur est sauf.

– 19h : je presse Prince de rentrer à la maison. J’ai faim, pour changer. A mon troisième mail en dix minutes, il semble enfin saisir tout l’impératif de la situation et arrête de faire le banquier pour la journée.

– 19h35 : j’ai à peine salué Prince à son retour, mais l’essentiel est accompli. Nous sommes à table. Conformément à mes bonnes résolutions – petit déjeuner pas salé mais copieux, déjeuner équilibré avec un peu de chocolat mais pas trop, en-cas sains et nutritifs – mon dîner est léger. Ben oui, parce que si je veux maigrir, je ne peux pas passer mon temps à manger, non plus. Au menu, donc : soupe de légumes maison et… une tranche de jambon découenné. Et un yaourt nature. Et un mi-nu-scule bout de chocolat.

– 23h : décidément, rien ne semble apaiser mon appétit. Sans conviction, je me répète « Souvent, lorsque vous croyez avoir faim, il s’agit en réalité, etc. » et me prépare une tisane avant d’aller dormir, quelque peu abattue par cette étrange journée. J’ai l’impression de ne jamais avoir autant mangé (c’est vrai) tout en n’ayant jamais été aussi frustrée (c’est vrai aussi).

– 3h30 : une fringale d’une intensité rare me force à émerger soudainement des bras de Morphée. Je m’interroge : si je me lève pour déguster « un tout petit peu » de mon en-cas nocturne favori, un bol de céréales détrempées dans du lait, Prince se réveillera-t-il en me maudissant ? La réponse ne se fait pas attendre : c’est oui. Mais au moins, je n’ai plus ni faim, ni soif, et me rendors du sommeil du juste.

Il paraît que dans un régime – zut, j’avais oublié que je n’étais pas au régime, je « fais attention » – les trois premiers jours sont les plus difficiles. C’est faux : le reste de la semaine est à l’avenant. Mon moral plonge, mon jean est toujours aussi serré (en vertu du principe « si j’achète une taille au-dessus je la remplirai illico », cela fait un an et demi que je refuse d’investir dans un jean neuf) et Prince se montre de plus en plus agacé de vivre avec une Eva in London plus agitée et guère plus mince pour autant.

Pourtant, je tiens bon : toujours en vertu du bon sens, je ne mange qu’une petite part de gâteau au chocolat au dîner d’anniversaire de ma meilleure amie, je continue à bien petit déjeuner (même si les œufs sont passés à la trappe dès le mardi) et je ne m’affame pas. Et surtout, je ne me pèse pas : les experts sont formels, le poids varie parfois considérablement d’un jour à l’autre. Autant ne pas me laisser perturber par ces petites fluctuations.

Enfin arrive le lundi, et avec lui, le droit de me peser pour tirer le bilan de cette semaine.

Eh bien, il n’y a pas de mystère : les dîners légers et les en-cas en quantité raisonnable ont fait leur effet. Enfin, surtout les en-cas. Bilan du plan Vigikilos : un kilo et demi en plus.

Désemparée face à cet échec retentissant, j’envisage de passer au niveau supérieur du plan Vigikilos, avant de me souvenir qu’hélas, il n’y en a pas. Peut-être ma solution, certes astucieuse et séduisante, de mettre bout à bout le « best of » de chaque régime – petit déjeuner copieux, en-cas gourmands, déjeuner très très équilibré, pas de privation de chocolat, manger de tout, pas besoin de faire de sport – n’est-elle pas tout à fait au point.

Il va donc me falloir adopter une stratégie différente… mais laquelle ?