Les anglicismes de ma fille

Nous croyions qu’il faudrait un an à MiniPrincesse pour parler couramment anglais ; il lui a suffi de trois mois pour oublier son français. Nos échanges me laissent l’impression troublante et néanmoins de plus en plus nette de m’adresser à une touriste anglaise de passage chez nous. Morceaux choisis d’une après-midi typique, en commençant par la récupération à la sortie de l’école.

– Bonsoir ma chérie, tu as passé une bonne journée ?

Cette subtile formulation s’inscrit dans ma nouvelle stratégie du « ni-ni » : elle me permet en effet de ne demander à MiniPrincesse ni si elle a bien travaillé (typiquement français), ni si elle s’est bien amusée (typiquement britannique).
– Oui Maman, on a répété l’assembly !
– Ah, oui, votre spectacle de la semaine prochaine. Formidable (prendre l’air enthousiaste) ! Qu’allez-vous y jouer ?
– On va y chanter [nom de chanson incompréhensible]
– Ah oui ?
– Tu connais, Maman ?

– Euh, non, pas du tout. Tu sais, ma douce, je ne connais pas de chanson anglaise, je suis française, moi.

Fait que MiniPrincesse ne risque pas d’oublier, étant donné que je lui rappelle deux à trois fois par jour en moyenne.

– Ce n’est pas grave, Maman, je t’apprendrai (chouette). Et on a reçu la visite des Prefects de Year 6 aussi. Dis Maman, est-ce que Sophie pourra venir faire une playdate chez nous aujourd’hui ?
– Ma chérie, pour inviter ton amie à jouer à la maison ça va être un peu juste, mais on pourra l’inviter pour demain, si tu veux.
Yay ! Tu sais, Sophie, elle est le même âge que moi.
– On dit youpi, en français, ma puce, et on dit aussi « elle A le même âge que moi ».

Comme rabat-joie, je me pose là. Toute à mes corrections linguistiques, j’en oublie, et c’est bien pratique, de chercher une traduction à Prefects (sorte de super-délégués) et de Year 6 (l’équivalent du CM2).
Un peu plus tard, au goûter :
– Tenez, les enfants, du pain et du chocolat !

Histoire de servir aux héritiers non seulement un goûter typiquement français, mais en plus tout droit sorti des années 1980. MiniPrince ne proteste pas, se jetant allègrement sur toute chose un tant soit peu comestible. MiniPrincesse, elle, fait la fine bouche :
Yuck !
– On dit « beurk », en français, MiniPrincesse, seriné-je d’un ton las. Et on ne dit pas « beurk », on goûte.
– Mais Maman, ça ne regarde pas bon.
Interloquée, je dévisage ma fille :
– Qu’est-ce que tu racontes, MiniPrincesse ?
– Ca ne regarde pas bon, Maman, répète-t-elle, outrée.
Je mets quelques secondes à comprendre.
– Tu veux dire que ça n’a pas l’air bon ?
MiniPrincesse, sans se laisser démonter :

– Oui, c’est ça ! Je voudrais des biscuits, s’il te plaît. On a des Bourbon Cream ? Oh, je ne peux pas attendre pour mon anniversaire, tu m’as promis qu’il y aurait plein de biscuits !

Réprimant un certain agacement, je persiste à reformuler :- Oui, je suis sûre que tu as hâte de fêter ton anniversaire. En attendant, mange ton pain, ou ton chocolat, ou les deux, comme tu veux.
MiniPrincesse, soudain inspirée, lance sans transition :
– Maman, tu crois que je pourrais avoir un chaton, comme T’choupi, pour mon anniversaire ?

Emue par cette référence si représentative de la grande littérature francophone, je vacille un instant.
– Allez, Maman, je te promets que je regarderai bien après lui !
Moi, dans un soupir :
– Je suis sûre que tu en prendras grand soin. Après le goûter, on ira lire quelques livres en français, hein, MiniPrincesse ?

Moi qui abhorre les anglicismes, je sens que je vais être servie.

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Dix bonnes raisons de réveiller ses parents en plein milieu de la nuit

Un enfant de trois ans, c’est merveilleux. Les prémisses de l’autonomie sont là, il est presque possible de converser de manière cohérente (« Regarde, Maman, un chat dans le ciel ! »), votre progéniture vous émerveille en traçant maladroitement son prénom (« M-I-N-I-P-R-I-N-C-E-S-S-E ») car nous habitons en Angleterre et ici on apprend à lire et écrire au berceau. Enfin, vous, bienheureux parents, dormez sur vos deux oreilles. Ah, maintenant que la période bébé est derrière vous, quel délice que de retrouver des nuits complètes…
Sauf que pas du tout. Mais alors, DU TOUT.
En tout cas, pas chez nous.
MiniPrincesse fait effectivement preuve d’autonomie et d’une maîtrise passable du charabia du français. Le jour.

La nuit, tous les chats sont gris et tous les prétextes semblent bons pour réveiller ses parents. Morceaux choisis (et traduction) :
1. Geignement étouffé = Cauchemar qui fait un peu peur
2. Hurlement strident = Cauchemar qui fait très peur. Il y a un renard dans mon lit (et il faut absolument que ce soit toi qui lui dises « BOUH ! ». Et bien fort, s’il te plaît, tu seras gentille)
3. « COULENEZ »= J’ai le nez qui coule (et il faut absolument que ce soit toi qui me l’essuies)
4. « Maman de l’eau ! » = J’ai envie de te réveiller d’ici une petite heure pour faire…
5. « PIPIIIIIII ! » (se passe de commentaire)
6. « AAAAAHHHH ! Il y a des serpents sur le mur, je les vois » = Hallucinations de fièvre (véridique et un tant soit peu angoissant)
7. « Maman vient s’il te plaît »= j’ai envie de jouer mais je savais que si je te le disais tout de go tu m’enverrais balader
8. « Papa, viens ! » = J’ai envie de jouer et Maman m’a déjà envoyé balader
9. BOUM = Tu n’avais pas envie de jouer avec moi alors j’ai décidé de faire le plus de bruit possible
10. « MAMAAAAAAAAAAN » = J’ai envie d’embêter mes parents, un point c’est tout.

Le lendemain matin, nous avons généralement la conversation suivante :
– MiniPrincesse, Papa Prince et Eva in London ne sont pas contents. Tu nous as encore réveillés cette nuit. Nous t’avons déjà expliqué qu’il ne fallait nous réveiller qu’en cas de danger. Tu vois, maintenant, nous sommes fatigués et de mauvaise humeur.
MiniPrincesse, sans se démonter un instant :
– Ce n’est pas grave, Maman (sic).
– Si, c’est grave ! Tu ne le feras plus, hein, MiniPrincesse ?
Notre fille, soudain rêveuse :
– Regarde, Maman, un chat dans le ciel !
Nous voilà dans de beaux draps.

Comment trouver une nounou à Londres… ou Eva in London à la recherche de SuperNanny

Ce qui est bien, lorsqu’on cherche une nounou à Londres, c’est que la ville est on ne peut plus cosmopolite. Ou, pour dire les choses de manière moins politiquement correcte, les Anglais s’y trouvent en nette minorité, du moins dans certains quartiers.

Et chacun semble avoir un avis bien tranché sur nos futures candidates issues de la diversité de l’immigration.

Prince, hongrois : « Ne t’avise pas de choisir une Hongroise. Elles sont mollasses » (je savais qu’il ne nourrissait pas une affection particulière pour son pays, mais quand même)

Ma mère, polonaise : «  Prends donc une Polonaise ! Elles sont dynamiques et fiables. Et sympathiques. Et compétentes. Et fiables, je l’ai dit fiables ?Etc. »

Ma copine Charlotte, française, et qui en est à sa quatrième nounou (dont aucune française) : « Surtout pas de Française ! Elles ne font que râler, et en plus elles vont critiquer la manière dont tu élèves tes enfants »

Anonyme, sur mon site de référence : « Les Philippines travaillent pour une bouchée de pain afin de nourrir leurs enfants restés au pays dur et bien, en avez-vous une à me recommander (la mienne est tombée d’épuisement à l’issue d’une énième journée de 18 heures) ? »

Ma copine Delphine, aussi à cheval que moi sur l’apprentissage du français en milieu hostile anglophone : « Pas une Anglaise ! Elle va lui parler anglais ! »

Je suis sûre que la perle rare se trouve quelque part sur cette photo

Je suis sûre que la perle rare se trouve quelque part sur cette photo

Certes.

Moi, je me contenterais aisément de quelqu’un qui s’occupe bien de MiniPrincesse. Bon, d’accord, idéalement, une délicieuse jeune femme qui parle l’une des trois langues avec lesquelles notre fille va grandir (pour rappel : français, hongrois et anglais). Mais une personne gentille, qui ne vole pas, et lève les yeux de son téléphone de temps en temps lorsqu’elle emmènera MiniPrincesse au parc pour éviter qu’elle ne se fracasse un bras par ci, une jambe par là, ça serait déjà formidable. Lorsqu’on a trois semaines pour trouver un mode de garde, on ne va pas chercher midi à quatorze heures.

Je place donc une annonce sur mon site fétiche, et épluche les réponses sous lesquelles je croule. Ou pas : la pêche est maigre. Basse saison pour les nounous.

Pour filer la métaphore gastronomique, je ne fais pas la fine bouche, et reçois séance tenante les quelques candidates qui ont eu la bonté de me contacter.

Candidate n°1 (hongroise) :

– Vous avez de l’expérience avec les bébés ?
– Euh, pas vraiment… mais c’est pareil que lorsqu’ils sont plus grands, non ?

Ben, non.

Candidate n°2 (hongroise), qui se présente avec un CV identique en tous points à celui de Candidate n°1 :

– Votre CV ressemble beaucoup à celui de [Candidate n°1]. Vous vous connaissez ?
– Euh, un peu…

Allez, je lui reconnais la présence d’esprit d’avoir réussi à correctement écrire son nom et son adresse en haut à gauche.

Candidate n°3 (anglaise jusqu’au bout des ongles), au bout de quatre minutes d’entretien :

– Alors, je vous préviens : je ne m’occupe QUE de ce qui concerne les enfants. Je range LEUR chambre, lave LEURS vêtements et nettoie uniquement derrière eux dans la cuisine.

Candidate n°4 (italienne – on prend ce qu’il y a), au bout de 35 minutes d’entretien sans un regard pour l’adorable, que dis-je, l’irrésistible bébé qui gazouille à côté d’elle.
– Bon, ben au revoir alors…
Prince, interloqué :
– Euh… vous ne souhaitez pas faire la connaissance du bébé ?
Moue perplexe de Candidate n°4.
– Non, ça va, une prochaine fois peut-être.

Ou pas.

Candidate n°5 n’est ni française, ni hongroise, ni anglaise. En revanche, elle est gentille, ne vole pas, et couvre MiniPrincesse de câlins – j’apprendrai rapidement qu’elle a la main un peu lourde sur le parfum, rapport à l’odeur tenace dont seront bientôt imprégnés tous les pyjamas de ma fille. Mais peu importe. Nous tenons notre SuperNanny.

Trouver une place en crèche à Londres… ou Eva in London à la recherche d’une oreille compatissante

(suite de ce billet)

Cernes maquillés, kilos tant bien que mal dissimulés, je me suis donc présentée à ce fameux entretien chez BankCompany®. Si ma gentille cliente a remarqué l’état de congélation de mon cerveau, elle a dû mettre mon affligeant manque de vivacité sur le compte de la timidité. Quoi qu’il en soit, j’ai décroché un boulot. Et pas n’importe lequel : grouillotte manager (bon, personne ne me demande de manager personne, mais passons).

J’ai eu le culot de demander un 4/5ème. ; je l’ai obtenu. J’avais même évoqué la possibilité d’un 3/5ème, mais là, je me suis quand même fait renvoyer dans mes buts.

C’est loin ; je lirai dans le métro (NB – lecture (nom féminin) : activité inaccessible à la jeune mère au foyer, sauf entre deux et trois heures du matin).

C’est un CDD ; cela me réjouit secrètement, moi qui tremble à l’idée de confier MiniPrincesse entre des mains inconnues. Je me figure qu’il sera ainsi plus aisé de revenir au bercail s’il s’avérait que mon activité professionnelle de grouillotte manager qui ne manage personne traumatise ma fille.

Bref, ma crainte de la prison à vie rester au foyer contre mon gré devenant temporairement sans objet, il faut bien que mon angoisse existentielle se fixe sur autre chose.

Et, une fois n’est pas coutume, c’est Prince qui en fait les frais.

– BankCompany® veut que je commence dans trois semaines. Tu te rends compte, trois semaines ?!

– Hmmm… (sans lever les yeux de son nouveau joujou iPad)

– On ne va JAMAIS trouver un mode de garde pour MiniPrincesse en trois semaines !

– Mais si (idem)

– Ecoute, les crèches me rient au nez lorsqu’elles apprennent qu’on cherche une place pour un enfant déjà né. Apparemment, deux semaines après la naissance, c’est déjà trop tard, les listes d’attente sont pleines !

Légère hyperbole de ma part, mais le fait est que décrocher une place en crèche à Londres relève du Graal, a fortiori dans notre cher quartier de la vallée des couches. Et lorsque, ô miracle, une place se libère, encore faut-il être Crésus pour en profiter, avec des frais avoisinant les 1 400 livres par mois. Nul besoin de préciser que l’Etat providence français, avec sa politique familiale volontariste, est bien loin.

Prince, flegmatique :

– Mais non.

Puis, remarquant que les onomatopées et monosyllabes risquent de lui occasionner une volée de bois vert, il se fend de quelques mots supposés me réconforter :

– Ne t’inquiète pas. On va trouver.

– Et si on fait chou blanc ?

– Hmmm…

Constatant que mon cher époux a à nouveau les yeux rivés sur son écran, j’abats mon joker :

– On pourrait toujours faire venir ma mère ?

Prince redresse la tête, alarmé. Il est temps de porter le coup de grâce. J’ajoute :

– Juste quelques semaines ?

Mon mari tressaille, et se met immédiatement à l’action.

– Bon. S’il n’y a pas de place en crèche, on va chercher une nounou. J’ai justement entendu parler d’un site très bien…

Bref, Eva in London et Prince partent à la recherche de SuperNanny.

Comment occuper un enfant malade de trois ans (astuce : iPad inside)

– Maman, c’est quoi ce gros ventre ?

J’adore passer du temps de qualité avec ma fille.

Ecoute active. Discipline positive. Inspirer, expirer. C’est comme quand MiniPrincesse me balance « Non, Maman, toi dormir sur canapé. Moi dormir avec Papa » : elle ne pense pas à mal. Paraît-il.

Si si, c'est super

Si si, c’est super

– Ben, tu vois ma chérie, après avoir eu un bébé, il faut des années un peu de temps à la maman pour retrouver la ligne.

MiniPrincesse, du haut de ses bientôt trois ans, esquisse une moue dubitative.

– Moi, petit ventre.

Soit. On en reparle dans dix ans.

MiniPrincesse entame son troisième jour à 39,5° de fièvre. La crèche n’en veut pas, la babysitter a déjà succombé aux assauts de ce sale virus, et le médecin anglais (un généraliste bien évidemment, je vous rappelle que les pédiatres n’ont pas droit de cité en Angleterre) vient de nous renvoyer chez nous avec pour toute ordonnance une bonne vieille cup of tea.

Rien, donc, que de très habituel au royaume de sa Majesté.

Dieu que la journée promet d’être longue.

10h35

De retour à la maison.

– MiniPrincesse, tu veux jouer aux Lego ?

– Aime pas Lego.

L’affaire se présente bien.

– Euh… dessiner ?

– Pas dessiner.

– … faire des muffins ?

– Toi faire muffins. Moi manger muffins.

Bon. Faut pas pousser mémé dans les orties, non plus. Soupir de renoncement à toute activité un tant soit peu pédagogique. Comme dit l’autre : « Avant, j’avais des principes. Maintenant, j’ai des enfants ».

– Tu veux jouer à la tablette ?

Je vous jure que si MiniPrincesse était un lapin, ses oreilles se dresseraient bien droites. J’ai juste le temps de voir une tornade de 95 cm de hauteur débouler puis s’asseoir confortablement et SA-GE-MENT sur le canapé avant que ne résonne un sonore :

– TABLEEEEEEEEEEEEETTTE MAMAAAAAAAAAN !!!

– Qu’est-ce qu’on dit ?

– TABLEEEEEEEEEEEEETTTE MAMAAAAAAAAAN S’IL TE PLAIT !!!

Ah. Quand même. Non, parce qu’on est polis, chez nous (même quand on vocifère).

Ce merveilleux interlude devrait me permettre de piquer un somme de lancer une lessive / étendre la lessive / vider le lave-vaisselle / préparer un repas sain et bio à ma fille (ou des pâtes).

11h15

De ma plus douce voix de mère dévouée :

– Ma chérie, viens manger, le déjeuner est prêt !

Silence.

– Ma chérie, viens à table !

Ma fille, si sensible, si intuitive, ne sent-elle pas poindre l’agacement dans ma voix ?

– MiniPrincesse, lève le nez de la tablette TOUT DE SUITE !

11h18

– Beurk.

– Les pâtes, c’est beurk ?

– Oui.

– Bon. Tu veux de la semoule ?

– Beurk.

Je me creuse la tête, à court de bestsellers. Au bout de 48 heures de jeûne quasi-complet – rapport à son « petit ventre, moi », je cède à la panique, prête à tout pour faire ingérer un peu de nourriture à mon enfant qui frôle sans nul doute l’inanition.

– Tu veux de la compote ?

– Non.

L’heure est grave.

– Tu es sûre ? Même pas une compote EN GOURDE (alias le graal) ?

– Non, merci, Maman.

« Non, merci, Maman » ?

Moi, au bord des larmes :

– Du chocolat ?!!

11h29

La tablette de Prince est couverte de petites traces de petits doigts chocolatés.

11h50

De ma plus douce voix de mère dévouée :

– Tu viens, MiniPrincesse, c’est l’heure de la sieste !

Regard courroucé.

– Mais Maman, moi occupée jouer !

– Si tu vas te coucher immédiatement, je te laisserai rejouer à la tablette tout à l’heure.

La discipline positive en action, je vous dis.

Parents efficaces (une aubaine pour toi, parent inefficace)

Parents efficaces (une aubaine pour toi, parent inefficace)

11h51

MiniPrincesse est au lit.

12h25 (BEAUCOUP TROP TOT, donc)

– Mamaaaaaaaaaaaaaan ! braille MiniPrincesse.

– Oui, ma chérie ? Qu’est-ce qu’il y a encore ?

Je brandis machinalement – la force de l’habitude – le thermomètre devant le visage cramoisi de MiniPrincesse, déclenchant moult hurlements.

– Moi pas malade, Maman ! PAS THERMOMETRE !!! PAS THERMOMEEEEEEETRE !!!

40,2°. Epatant.

Avant d’avoir des enfants, je croyais que c’était la panacée que de s’occuper d’un enfant patraque. « Ca » ne fait que dormir, non ?

Ben non. Un enfant malade, il s’avère que « ça » fait tout sauf dormir. Ca chouine, ça se mouche (mal), ça se plaint, ça veut jouer à la tablette, ça ne veut rien manger sauf du chocolat, ça veut Papa (« il est au travail, ma chérie. – Pourquoiiiiiiiiiiii ?! Veux Papa !!!! Pas Maman !!!! »).

Pas de bol. La journée enfant malade, c’est pour Maman.

Du bonheur de devenir mère

Premier mois

Le mois qui suit la naissance de MiniPrincesse, je me sens invincible. Enfin, sans aller jusque là, disons que je suis portée par la jubilsation d’avoir donné la vie – ou, plus prosaïquement, les hormones de l’accouchement. Prenant mon clavier et mon courage à deux mains, j’ai réussi à faire la connaissance de quatre chouettes jeunes femmes francophones / francophiles et à tenir une conversation sans trop affabuler ni me ridiculiser. MiniPrincesse survit tant bien que mal à mes soins imprécis et tremblants de jeune mère désireuse de bien faire. Les cartons du déménagement ne se déballent pas tout seuls. Je passe mon temps à me demander ce qu’il faut faire de / avec MiniPrincesse.

Toute petite main...

Toute petite main…

Aparté : avec le recul, deux ans plus tard, je brûle d’envie de  me répondre : « Rien, bécasse, profite ! Y a rien à faire à part lui donner à manger et la laisser dormir ! » Mais peut-être occulté-je l’écrasante fatigue, l’envahissante peur de « casser » ce petit bout de chou tout neuf, ah et aussi les six tétées par jour, chacune durant une heure, et les nuits entières à porter un paquet de 3,5 kilos en chantant en boucle « Petite alouette » (dont les paroles féroces ne me froissent guère). Je me rends au « café allaitement » proposé par le NCT du coin (excellente association britannique qui propose des cours de préparation à l’accouchement où les futures mères autochtones tissent d’indestructibles liens. Une occasion que j’ai laissé filer cause alitement à six mois) et, devant l’enthousiasme des conseillères en allaitement, leur avoue ma perplexité : l’allaitement ne se passe pas MAL. Mais ce n’est pas non plus la révélation.
Bref, cahin-caha, ça va.

Deuxième mois

La situation est grave : je suis si épuisée que j’accueille ma belle-mère à bras ouverts, soulagée de pouvoir me débarrasser un peu de MiniPrincesse la confier à d’autres bras aimants pour la faire un peu taire la bercer. Pis : lorsque la fin de son séjour approche (deux semaines quand même), je la supplie de rester encore quelques jours. Jamais je ne m’en sortirai sans elle. Elle a le bon sens de décliner ma pitoyable invitation.
Les jours qui suivent son départ, MiniPrincesse hurle plus encore qu’à l’habitude. En journée, je fais appel à mon bon ami Google (« pleurs continus bébé six semaines »). Le soir, à mes bonnes amies restées à Paris, là où elles ont leurs familles, leurs copines en congé mat’ et une boulangerie au coin de la rue (non non, je ne m’apitoie guère sur mon sort). Le verdict est unanime : personne ne sait vraiment pourquoi les bébés pleurent – sauf ma chère grand-mère qui me susurre d’un ton fielleux : « Les coliques, Eva in London, ça n’existe pas. Ca n’est qu’une excuse pour les parents qui n’arrivent pas à calmer leur bébé. Tout est la faut des parents ».

Dolto n’a plus qu’à aller se rhabiller.

Pour mettre un terme temporaire aux pleurs de ma fille, j’ai généralement recours à la technique éprouvée du tour du pâté de maisons en poussette – approche qui requiert une patience d’ange et une forme olympienne, étant donné que MiniPrincesse met environ 500 tours à s’assoupir, puis une milliseconde à se réveiller dès que j’introduis la clé dans la serrure de la porte.
Solution contraignante, donc, mais efficace. Sauf que, plus souvent qu’à son tour, il pleut. Oui, oui, en plein mois d’août. Ce qui ne contribue pas à me réconcilier avec l’Angleterre.

Troisième mois

Avant la naissance de MiniPrincesse, Prince et moi dormions aisément neuf heures par nuit, voire plus si affinités. Les gros dormeurs que nous étions redoutaient l’arrivée d’un bébé qui allait forcément bouleverser nos soirées, nos nuits et nos journées. Mais « nous verrions bien ».
Ben, c’est vite vu.

Harassés de fatigue, rapport au déficit de sommeil qui doit déjà atteindre allègrement les centaines d’heures, nous sommes à couteaux tirés. Moi qui m’étais promis, avant l’arrivée de notre descendance, de ne JAMAIS passer mes nerfs sur mon adorable mari, de TOUJOURS faire preuve de respect envers lui, même à quatre heures du matin, et de RAREMENT le houspiller (on ne se refait pas), je dois bien admettre que mes résolutions ont vite fini au fond de la poubelle à couches.

Un soir, lorsque MiniPrincesse atteint dix semaines, j’accepte pour la première fois une invitation à dîner avec deux connaissances. L’une a deux enfants, l’autre un seul, tous à l’école primaire. Autant dire que leurs vies de Françaises-à-Londres-super-busy sont à des années-lumière de mon triangle maison-parc-supermarché.

Un tiers de mon univers en ces jours-là...

Un tiers de mon univers en ces jours-là…

Bien consciente de manquer de glamour, je ne m’étends guère sur les VRAIES questions qui se posent dans mon existence, telles l’opportunité de changer son bébé la nuit ou la durée optimale d’une tétée. Non, toute en retenue, je me contente de signaler mon épuisement, ma débilitation, mon exténuation, bref, la fin des haricots.

Et la mère de l’enfant unique de dix ans de m’asséner d’un ton docte et satisfait :
« Ah non mais si je peux me permettre, il faut AB-SO-LU-MENT que tu arrêtes de laisser ta fille régenter ta vie »
J’hésite entre la gifler et fondre en larmes.

En sortant du resto, j’appelle Prince. Sa voix éraillée est en partie couverte par les geignements de MiniPrincesse pour qui la soirée commence tout juste. Hésitante, je confie à mon époux :
– Je n’ai pas très envie de rentrer à la maison, mon amour. C’est normal ?
– Tout à fait, me rétorque-t-il aussi sec. En ce qui me concerne, je n’ai aucune envie d’y être.

PS : pour une vision plus sereine des fameux cent premiers jours de la vie d’un nourrisson, je recommande vivement la lecture de « Bébé, dis-moi qui tu es ». Titre gnangnan mais contenu très juste, facile à lire (important) et complètement déculpabilisant (très très important).

Comment se faire des amis à Londres à l’ère d’Internet (attention jeune mère au bord de la crise de nerfs)

« Ca va juste pas être possible, cette affaire ».

Voilà la sentence que j’assène sans ménagement à Prince le lundi soir qui suit notre emménagement, alors même que le pauvre n’a pas encore franchi le seuil de notre nouveau (et vide) foyer.

Chat échaudé craint l’eau froide. Prudent, Prince lève un sourcil en signe d’interrogation, ouvrant ainsi les douves de ma frustration, ma fatigue et mon angoisse.

J’ai passé toute la journée TOUTE SEULE. MiniPrincesse n’arrête pas de pleurer. Y a pas Internet. Y A PAS INTERNET !!!. On est EN BANLIEUE. Je ne connais PERSONNE. Quand est-ce qu’on rentre à la maison ? Ah, j’oubliais, LA MAISON C’EST ICI, quelque part sous cet amas de cartons (de notre ancien appart dans le centre de Londres), de valises (rapportées de Paris), et de paquets (d’objets de puériculture) – dont aucun n’est encore déballé.

Home sweet home...

Home sweet home…

La nuit porte conseil, dit-on. Clairement, le dicton ne vaut pas un kopek avec un nourrisson qui passe la nuit à téter-faire dans sa couche-dormir-téter-etc.

Le lendemain, mon bien-aimé se débrouille pour me relier au reste du monde. Je ne perds pas une seconde et passe une bonne partie de la journée à taper frénétiquement toutes les variations imaginables de « Française Nappyvalley » chez mon bon copain à moi, Google.

A la fin de ce mardi, j’ai trouvé le site qui va bientôt remplacer Facebook dans mon Top 10 « comment perdre du temps sur Internet » : Nappyvalleynet.com, « votre meilleure amie et voisine tout en un », annonce fièrement le site. C’est tout à fait ça. En l’occurrence, j’y trouve exactement ce que je cherchais : pléthore de jeunes mères sympathiques, françaises ou francophones qui plus est. Première friend date mardi, avec Natalie, une Néo-Zélandaise qui cherche à pratiquer le français. Mercredi, je dois rencontrer Laura, une Albanaise qui a fait ses études en France. Jeudi, Delphine, une Française du quartier elle aussi à la recherche d’amies. En route pour le speed friending.

D’ici là, je n’ai d’autre échappatoire au spleen existentiel que de déballer les cartons, valises et autres paquets. Vive la maternité, version expat’.

De l’art de trouver une maison à Londres (dans la vallée des couches)

Passés maîtres dans l’art de la désorganisation – pardon, de l’improvisation – Prince et moi avons attendu le huitième mois de grossesse pour partir à la recherche d’un logement susceptible d’accueillir un nourrisson. La boîte à chaussures où nous entassons tant bien que mal nos quelques possessions depuis cinq ans surplombant une des artères les plus polluées de Londres, nous avons en effet jugé pertinent de changer de quartier.

Bon, quand je dis « partir à la recherche », je parle au figuré pour moi qui, malencontreusement alitée, ne suis partie nulle part depuis des semaines (sauf à compter le verdoyant jardin de mes parents).

En revanche, Prince, lui, part dans plein de recherches, aiguillonné par l’exigeante « liste de critères pour notre nouveau quartier » que je lui ai remise lors de son dernier passage à Paris :

– Plein de jeunes enfants pour que je puisse y rencontrer de jeunes mères sympathiques et également à la recherche de nouvelles amies. Finie, l’époque de l’Eva in London qui se morfondait en attendant le prochain retour à Paris

– Près d’un parc, pour aller à la rencontre des dites jeunes mères sympathiques et à la recherche de nouvelles amies.

– Près d’un Waitrose (mais si, le seul supermarché où l’on trouve des navets, des framboises bio et mes biscuits préférés). Je suis Française, snob, et j’assume.

– Près d’un marché de producteurs. Snob, je vous disais.

Des charmes de la courge britannique

– Direct en métro pour Prince (parce qu’il faut bien se rendre au principe de réalité)

– Direct pour Paris via la gare de St Pancras (parce qu’il faut bien se rendre au principe de réalité)

Au hasard d’une jolie rencontre blogueque, je tombe sans le vouloir sur la perle rare : le quartier qui présente le plus fort taux de natalité d’Europe. D’Europe ! En anglais dans le texte, la Nappy Valley, ou vallée des couches. Quel nom évocateur. Parmi la parentèle de toute cette marmaille, je vais bien trouver une ou deux copines, non ?

Photo-génie

– La photo a bien été prise par un photographe ? nous lance l’employée de mairie en fronçant les sourcils devant les cinq messages en gras et en rouge qui s’affichent à l’écran lors de la lecture de la photo que nous venons de lui soumettre.

Prince et moi échangeons un regard perplexe.

Sur la fameuse photo 4,5 cm x 3,5 cm (tout au moins les dimensions sont-elles correctes)  apparaît un être vivant. Même avec la meilleure volonté du monde, c’est tout ce que l’on peut en dire. A 74 heures de vie sur la photo en question, MiniPrincesse non seulement ne ressemble à rien, mais elle ne se ressemble en rien.

Ni le manque de ressemblance, ni la faible photogénie de notre fille n’émeuvent la préposée aux passeports. Ce qui la chiffonne, en revanche, c’est qu’on ne distingue pas les deux oreilles de MiniPrincesse – caractéristique apparemment essentielle pour reconnaître les terroristes potentiels en transit. Le fond n’est pas uniforme, et ô offense suprême, il est blanc ; j’ai bien pensé, dans la torpeur postnatale et baby-bluesesque, à dresser un lange encore immaculé sous ma progéniture pour faire illusion. Mais je n’ai pas réalisé que le lange s’arrêtait à la hauteur des yeux, tandis que le haut de la tête de MiniPrincesse reposait sur le drap de son berceau d’hôpital. Certes blanc immaculé lui aussi (nous sommes dans une clinique privée tout de même), mais pas du même blanc immaculé que le lange ; Prince et moi arguons donc de sa couleur grisâtre, alias « blanc cassé ». Et en parlant d’yeux, ceux de MiniPrincesse sont très très très peu ouverts – enfin, quasi fermés, quoi – les nouveaux-nés étant de roupiller la quasi-totalité du jour (notez, pas la nuit, en tout cas pas le nôtre), rendant par là-même quasi impossible la vérification du champ « couleur des yeux ». Pour la bouche fermée, la tête droite, et le fait de fixer l’objectif, on repassera.

Voyons le verre à moitié plein : pour ce qui est de l’expression neutre, en revanche, c’est gagné.

Comment ne pas prendre un bébé en photo pour son passeport

Comment ne pas prendre un bébé en photo pour son passeport

Je me retiens de rétorquer à la fonctionnaire que d’abord nous lui soumettons la photo sur laquelle MiniPrincesse ouvre le plus les yeux ET DE LOIN, et qu’en plus j’ai fait de mon mieux debout sur mon lit d’hôpital entre deux visites inopinées. A la place, j’inspire un grand coup et mens avec aplomb :

– Oui, oui, la photo a bien été prise par un photographe.

Je ne pousse pas le vice jusqu’à demander pourquoi elle ose nous poser la question.

L’employée de mairie lève un instant les yeux de son écran en gras et en rouge. Ce n’est sans doute pas tous les jours que le commun des mortels ment à un employé de la fonction publique. L’espace d’un instant, je me demande même si je ne viens pas de commettre un crime. Enfin, un délit. Enfin, quelque chose de pas bien.

MiniPrincesse choisit opportunément son moment pour se réveiller (oui, l’enfant doit être présent lors de la demande de passeport, et ce même s’il fait 40 degrés dans le service d’état civil et que l’enfant ne sait pas encore tenir sa tête), ouvrant ainsi les yeux pour prouver à l’Etat la dame qu’elle a bien les yeux bleus et qu’il ne s’agit pas d’une invention de ses parents. L’instant d’après, avec tout autant de sens du timing, elle se met à hurler. L’employée de mairie esquisse une moue, nous observe longuement, et appuie ensuite plusieurs fois avec obstination sur la touche ENTREE de son clavier.

Je mets quelques instants à comprendre qu’elle vient de forcer l’Etat le système informatique à accepter notre photo clairement défaillante.

Quelques minutes s’écoulent dans un silence respectueux (de notre part) et maussade (de sa part).

Puis, enfin :

– Le passeport de votre fille sera prêt d’ici une huitaine de jours.

Ouf. Pile pour la fin du congé paternité de Prince. Vive l’Etat civil. Vive la République. Vive la France.

« Enfin… », reprend-elle, « … si votre photo est acceptée par la préfecture. »

A bien y réfléchir, je me demande comment il se fait qu’on ne se soit fait retoquer que sur cinq points.