La fête du sport

Jamais je ne me suis sentie autant en décalage avec mon pays d’accueil.

Il est 10 heures du matin, je patauge dans la gadoue en escarpins, et je suis censée m’enthousiasmer devant des mioches de 4 ans en train de faire « du saut en longueur ». Dans la boue.

Bienvenue au Sports Day.

Tout a commencé il y a quelques jours. Mes capacités d’anticipation étant proches de zéro (au bout de dix ans à Londres, je suis encore du genre à sortir sans parapluie), je n’avais prêté qu’une distraite attention (comprendre : aucune) à la ligne « juin : fête du sport, date à confirmer » dans le calendrier scolaire de MiniPrincesse, pourtant fièrement affiché sur le réfrigérateur familial. Il y a quelques jours donc, papotant avec une autre maman française lors de la récupération des enfants, j’ai donc appris avec stupeur que la présence des parents à la fête du sport (« Sports Day ») était O-BLI-GA-TOIRE. Pas obligatoire au sens « vous encourez amende et peine de prison en cas d’absence » (ces sanctions s’appliquant en cas d’absence des enfants hors vacances scolaires, mais c’est une autre histoire). Non, obligatoire au sens de « vous serez éternellement marqués du sceau du mauvais parent si vous n’assistez pas à cette grand-messe sportive qu’est la fête du sport de l’école anglaise ».

Et n’oublie pas de dire à ton mari de poser sa journée, complète Valérie, narquoise.

  Les pères viennent aussi ?!

Il est de notoriété publique que les pères, EUX, ont mieux à faire que de s’occuper de leurs mômes en semaine et ne s’absentent de leur travail qu’en cas d’événement majeur. La dernière fois que j’ai vu un père, d’ailleurs, c’était au concours d’entrée des enfants de trois ans.

  Hors de question que je me tape des courses en sac et des gamins en train de pleurer sous la pluie, décrète Prince, inébranlable. Mais libre à toi de te dévouer, ajoute-t-il, goguenard.

Vision prophétique s’il en est.

Le jour J

7h30 : je pars au bureau sous une pluie battante. C’est sûr, avec ce temps, ils vont annuler.

8h30 : aucune nouvelle de l’école.

8h45 : toujours aucun mail de l’école. C’est mauvais signe. La pluie, en revanche, est plus forte que jamais. Je pense au léger imperméable noir que j’ai fourré dans la sacoche de MiniPrincesse ce matin, en songeant qu’il ne fera pas le poids devant le déluge qui s’abat sur Londres.

9h30 : aucune envie de quitter mon bureau.

9h40 : si je ne pars dans deux minutes, je vais être en retard.

9h50 : je suis en retard.

10h10 : j’ai fini par localiser le stade local dans lequel, cela va sans dire, je n’avais bien évidemment jamais mis les pieds. Au loin, j’aperçois de nombreux êtres de petite taille, tous en imperméable noir. Vive l’uniforme anglais.  

10h13 : j’arrive juste à temps pour voir MiniPrincesse effectuer un saut en longueur triomphal dans la boue. Et juste à temps pour lui dire de remettre sa capuche.

10h15 : il y a des pères, c’est officiel. Un rapide calcul m’indique cependant que tous les parents de l’école ne sont pas présents, loin de là. Je me garderai bien sûr d’en informer Prince ce soir.

10h18 : « Remets ta capuche, MiniPrincesse » (troisième fois)

10h25 : l’emballement unanime devant un mystérieux relais àen cerceau me laisse perplexe. Je cherche la maman française.

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Au moins, elle a sa capuche

 

10h35 : Valérie m’adresse un clin d’œil complice devant les « You’re the best ! » et autres « Come on, you can do better than that (allez, tu peux faire mieux que ça ! ») du couple (oui, les deux sont là) à côté de nous.

10h50 : « Remets ta capuche, MiniPrincesse » (dix-huitième fois)

11h : pause pipi. J’observe avec une admiration non dissimulée la maîtresse de MiniPrincesse emmener aux toilettes une trentaine d’enfants trempés jusqu’aux os (mais MiniPrincesse a encore sur le crâne quelques cheveux secs).

11h10 : la pluie est plus forte que jamais. Je pars à la recherche de la directrice pour voir s’il y a moyen de négocier de ramener MiniPrincesse à la maison à midi, comme semblent l’indiquer certaines rumeurs (principalement diffusées par les parents étrangers).

11h12 : je me vois opposer une fin de non-recevoir par la directrice. Je crois qu’elle n’a même pas compris pourquoi la question se posait.

11h45 : succession de courses autour du stade, par groupes de quatre. Les pères se voient offrir le beau rôle, à savoir la distribution de médailles. MiniPrincesse arrive systématiquement quatrième. Je n’en verse pas moins une petite larme (ou peut-être est-ce le vent qui me fait pleurer) en la voyant courir à toutes (petites) jambes.

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11h50 : je repense au bon vieux temps où c’était moi qui enchaînais péniblement les tours de stade. Sans une opportune dispense médicale, je crois bien que le sport m’aurait coûté ma mention très bien au bac.

12h05 : le papa d’un petit camarade de classe de MiniPrincesse me demande si elle fait partie de l’équipe des rouges ou de l’équipe des verts. Je ne savais pas qu’il y avait des équipes.

12h30 : fin des festivités pour la matinée. Les gamins qui ne se sont pas goinfrés de chips et de beignets (en libre-service toute la matinée) déballent avec entrain leur pique-nique. Les parents profitent d’une légère accalmie (traduire : le déluge s’est transformé en crachin) pour sortir la sempiternelle couverture de pique-nique et le panier qui va avec. Je rejoins MiniPrincesse pour un agréable casse-croûte champêtre.

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Vision bucolique

 

12h50 : je vois avec inquiétude un groupe de mamans se rapprocher de moi pour savoir si je participerai à la course en sacs des mamans (suivie, bien sûr, de la course des papas, de celle des grands-parents et de celle des tout-petits)

12h52 : une urgence au bureau. Je fais des adieux précipités à MiniPrincesse et traîne pour la dernière fois mes escarpins dans la gadoue.

Il paraît que c’est l’équipe des jaunes qui a gagné.

Je ne savais même pas qu’il y avait une équipe des jaunes.

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Les anglicismes de ma fille

Nous croyions qu’il faudrait un an à MiniPrincesse pour parler couramment anglais ; il lui a suffi de trois mois pour oublier son français. Nos échanges me laissent l’impression troublante et néanmoins de plus en plus nette de m’adresser à une touriste anglaise de passage chez nous. Morceaux choisis d’une après-midi typique, en commençant par la récupération à la sortie de l’école.

– Bonsoir ma chérie, tu as passé une bonne journée ?

Cette subtile formulation s’inscrit dans ma nouvelle stratégie du « ni-ni » : elle me permet en effet de ne demander à MiniPrincesse ni si elle a bien travaillé (typiquement français), ni si elle s’est bien amusée (typiquement britannique).
– Oui Maman, on a répété l’assembly !
– Ah, oui, votre spectacle de la semaine prochaine. Formidable (prendre l’air enthousiaste) ! Qu’allez-vous y jouer ?
– On va y chanter [nom de chanson incompréhensible]
– Ah oui ?
– Tu connais, Maman ?

– Euh, non, pas du tout. Tu sais, ma douce, je ne connais pas de chanson anglaise, je suis française, moi.

Fait que MiniPrincesse ne risque pas d’oublier, étant donné que je lui rappelle deux à trois fois par jour en moyenne.

– Ce n’est pas grave, Maman, je t’apprendrai (chouette). Et on a reçu la visite des Prefects de Year 6 aussi. Dis Maman, est-ce que Sophie pourra venir faire une playdate chez nous aujourd’hui ?
– Ma chérie, pour inviter ton amie à jouer à la maison ça va être un peu juste, mais on pourra l’inviter pour demain, si tu veux.
Yay ! Tu sais, Sophie, elle est le même âge que moi.
– On dit youpi, en français, ma puce, et on dit aussi « elle A le même âge que moi ».

Comme rabat-joie, je me pose là. Toute à mes corrections linguistiques, j’en oublie, et c’est bien pratique, de chercher une traduction à Prefects (sorte de super-délégués) et de Year 6 (l’équivalent du CM2).
Un peu plus tard, au goûter :
– Tenez, les enfants, du pain et du chocolat !

Histoire de servir aux héritiers non seulement un goûter typiquement français, mais en plus tout droit sorti des années 1980. MiniPrince ne proteste pas, se jetant allègrement sur toute chose un tant soit peu comestible. MiniPrincesse, elle, fait la fine bouche :
Yuck !
– On dit « beurk », en français, MiniPrincesse, seriné-je d’un ton las. Et on ne dit pas « beurk », on goûte.
– Mais Maman, ça ne regarde pas bon.
Interloquée, je dévisage ma fille :
– Qu’est-ce que tu racontes, MiniPrincesse ?
– Ca ne regarde pas bon, Maman, répète-t-elle, outrée.
Je mets quelques secondes à comprendre.
– Tu veux dire que ça n’a pas l’air bon ?
MiniPrincesse, sans se laisser démonter :

– Oui, c’est ça ! Je voudrais des biscuits, s’il te plaît. On a des Bourbon Cream ? Oh, je ne peux pas attendre pour mon anniversaire, tu m’as promis qu’il y aurait plein de biscuits !

Réprimant un certain agacement, je persiste à reformuler :- Oui, je suis sûre que tu as hâte de fêter ton anniversaire. En attendant, mange ton pain, ou ton chocolat, ou les deux, comme tu veux.
MiniPrincesse, soudain inspirée, lance sans transition :
– Maman, tu crois que je pourrais avoir un chaton, comme T’choupi, pour mon anniversaire ?

Emue par cette référence si représentative de la grande littérature francophone, je vacille un instant.
– Allez, Maman, je te promets que je regarderai bien après lui !
Moi, dans un soupir :
– Je suis sûre que tu en prendras grand soin. Après le goûter, on ira lire quelques livres en français, hein, MiniPrincesse ?

Moi qui abhorre les anglicismes, je sens que je vais être servie.

A la naissance, c’est déjà trop tard (ou le souvenir de l’inscription de MiniPrincesse à l’école anglaise)

9h35 du matin, un lundi. Il pleut. Votre nourrisson s’époumonne. Prise d’une soudaine inspiration, vous appelez, pleine d’espoir, THE école. L’école de quartier ? Que nenni, ma bonne dame ! L’école de quartier, c’est pour les pauvres, les catholiques, et les étrangers (voire les trois à la fois).

THE école, l’école sur laquelle vous avez jeté votre dévolu, n’est donc – sauf rare exception – pas l’école de quartier. Il s’agit d’une école dont on vous a dit le plus grand bien, un peu loin / chère / snob (voire les trois à la fois), mais teeeeeeeeellement réputée. Celle qui amènera votre progéniture à Oxford, Polytechnique ou Harvard (voire les trois à la fois).

Votre bébé crie de plus belle, vous tirant de vos rêves de grande réussite par procuration. Enfin, quelqu’un décroche.

– Allô ? (voix de cerbère mal embouché)

– Bonjour Madame, je vous appelle pour une place pour ma fille.

Le cerbère pouffe théâtralement :

– Quel âge a votre fille ?

– Sept mois, Madame.

(Eclat de rire méprisant) : – Sept mois ? Ah, je suis vraiment confuse (tu parles), mais nous sommes déjà complets pour une entrée en 2019. Nous conseillons vivement aux parents d’inscrire leurs enfants dès la naissance. J’imagine que cela ne vous a pas été possible ? ajoute-t-elle d’une voix doucereuse.

(Prise de conscience paniquée) : – Ah ? Mais… elle n’a que sept mois ? Comment donc puis-je m’y prendre trop tard ?

La responsable des inscriptions, narquoise :

– C’est que notre école est trèèèès prisée, Madame. En plus, votre fille étant née en juillet, ce n’est vraiment pas de chance, elle passe d’office après tous les enfants nés entre septembre et juin. Par ailleurs, nous avons reçu énormément de dossiers de frères et sœurs cette année, or les fratries ont systématiquement priorité, sauf cas exceptionnel bien sûr, vous n’êtes pas sans le savoir.

Vous êtes clairement sans le savoir. Vous raccrochez, abattue, après que le cerbère vous a asséné le coup de grâce :

– Si vous le souhaitez, Madame, nous vous invitons à remplir un dossier d’inscription (et à régler les 100 livres de frais) pour être placée sur liste d’attente ?

Tu parles d’un baptême du feu. Bienvenue dans le système éducatif britannique !

L’heure du choix (ou les premiers pas en école anglaise)

Trois ans d’insomnies passées à imaginer le pire : que MiniPrincesse n’ait pas de place au Lycée Francais de Londres.

Trois ans passés à échafauder les stratagèmes les plus abracadabrants : déménager à l’autre bout de Londres, devenir bibliothécaire au Lycee Francais afin que MiniPrincesse ait priorité en tant que fille d’employée, voire rentrer en France quelques semaines afin de plaider la continuité de l’enseignement.

– Sinon, si tu tiens tant à l enseignement en francais, je connais un endroit où on a des places en école francaise sans problème : la France, lance mon père, l’air de ne pas y toucher.

Malheureusement, Prince demeurant imperturbablement allergique « aux grèves, au Minitel et aux Parisiens qui te bousculent dans le métro » (sic), le retour à ma mère patrie n’est pas (encore ?) d’actualité.
Bref.

Trois ans passés à me triturer les méninges et à me torturer le coeur, et au final… nous avons eu une place au Lycée Francais.
Un été passé à nous triturer les méninges et à nous torturer le coeur, et au final… nous l’avons refusée.

MiniPrincesse fréquente désormais l’école anglaise.

Je ne m’étendrai sur les raisons de notre choix. Chaque situation étant éminemment personnelle, je ne prétends d’ailleurs pas avoir effectué LE bon choix. Simplement le choix qui nous semblait le plus juste (pour MiniPrincesse, plutôt que pour moi).

MiniPrincesse, donc, a fait ses premiers pas en école britannique. Elle a tout d’abord été enchantée à l’idee de comprendre enfin ce qui se tramait autour d’elle ; pour preuve, s’il en fallait, nous l’avons même entendu marmonner dans sa barbe « C’est bien, ils ont choisi l’école anglaise ». Du haut de ses quatre ans, elle n’avait pas perdu une miette de nos tergiversations.

Le bilan, à l’approche des vacances de la Toussaint, pardon, du half-term ?

A part les crises d’hystérie pour ne pas aller à l’école le matin parce que « c’est trop z’embêtant », les réveils en larmes à deux heures du matin parce que « il y a des monstres et c’est pas juste, QUAND MEME » et les tabassages enthousiastes avec son frère « parce que », la rentrée de MiniPrincesse se déroule pour le mieux.

Bastonnade en uniforme

Bastonnade en uniforme (sous couvert de jouer au docteur)

Je ne manquerai pas de vous tenir au courant de l’évolution de la situation.

Comment rentrer dans la meilleure école primaire de Londres (?) – épilogue

Si j’avais encore des doutes, la présence de, non pas un, mais PLUSIEURS pères dans la salle d’attente me confirme que THE entretien est bien un évènement crucial dans la courte vie de notre progéniture.

Un rapide coup d’œil aux mères, et je me sens à peu près autant à ma place qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Je n’ai pas de manucure.

Pas de manteau hors de prix.

Pas de Ugg.

– Maman, pourquoi tous les enfants ont les cheveux jaunes ? m’interroge bien fort MiniPrincesse, me tirant de ma rêverie. Heureusement que – presque – personne autour de nous n’a l’air de parler français.

Et force est de constater qu’elle a raison. Nous sommes cernées par une armée de blondinets bon teint. Il va falloir jouer serré.

– Ma fille ne se sent pas très bien, confié-je à l’enseignante qui vient chercher MiniPrincesse pour THE entretien, quémandant un peu d’indulgence pour ma pauvre petite fille même pas blonde.

– Pas de problème, ne vous inquiétez pas, me rétorque-elle du tac au tac, tout sourire, son regard me traduisant clairement « Si on n’en veut pas, de ta fille, on n’en veut pas, pas la peine d’essayer de lui trouver des excuses ».

– Ah, et elle ne parle pas très bien anglais… y a-t-il quelqu’un qui parle français, par hasard ?

Pro jusqu’au bout des ongles, l’enseignante répond simplement :

– Je suis sûre que ça va bien se passer, ne vous inquiétez pas (traduire : (« Y a pas marqué Lycée Français, ici »)

Ah, l’art britannique de la conversation.

Elle se penche vers MiniPrincesse, et lui demande en anglais :

– How old are you, MiniPrincess ?

MiniPrincesse, en confiance :

– Yes.

C’est pas gagné, cette affaire. L’angoisse m’étreint lorsque je vois disparaître MiniPrincesse au milieu de la ribambelle de blondinets.

Quarante-cinq pénibles et longues minutes de small talk plus tard (« Moi, je me suis arrêtée de travailler pour me consacrer entièrement à ma fille, c’est teeeeeeellement épanouissant », etc.), MiniPrincesse réapparaît.

– Ma chérie ! Alors, tu as bien joué ? Qu’est-ce que tu as fait ?

Elle, fiérote :

– J’ai fait pipi !

– Ah. Mais encore ?

– Euh… je me suis lavé les mains !

– D’accord. Et quoi d’autre ?

– Euh… rien.

Merveilleux. Ça valait le coup de payer les 50 livres de frais d’inscription.

Un peu plus tard, dans la voiture :

– Maman, tu sais, il y a une dame qui m’a montré quelque chose à l’école de grands.

Moi, toute ouïe :

– Oui, ma chérie ? Qu’est-ce que c’était ?

– Des dinosaures.

Moi, la mort dans l’âme, mais comme si de rien n’était :

– Ah ? Et tu connaissais leurs noms ?

– Ben non, Maman, pourquoi ?

Il n’y a plus qu’à espérer que le Lycée Français fasse une petite place à MiniPrincesse.

Le Graal de l'education en Angleterre ?

Comment rentrer dans la meilleure école primaire de Londres (?)

Tel un animal de foire, voici notre fille MiniPrincesse, trois ans tout juste, revêtue de ses plus beaux atours pour THE entretien.

L’entretien de sélection d’entrée à l’école primaire (qui ici commence à quatre ans, il faut suivre).

L’entretien dont, si nous étions de vrais Anglais, nous saurions qu’ici se joue tout l’avenir de notre fille.

J’exagère ? A peine.

Le raisonnement est simple comme bonjour.

Vous souhaitez donner à votre enfant les meilleures chances dans la vie de citoyen britannique ?

Vous voulez donc que votre enfant fasse Oxford ou Cambridge , sa majorité venue ?

Alors, il existe pour ainsi dire UNE route. Ou, devrais-je plutôt dire, une autoroute.

Cette autoroute commence à la naissance – inscription dans THE crèche/maternelle qui préparera la prunelle de vos yeux à l’examen d’entrée à THE école primaire bon teint, qui elle-même chantera les louanges de votre enfant afin de le faire entrer dans THE secondaire qu’il faut (pour plus de détails, me contacter, je suis désormais capable d’écrire une somme sur le sujet)

Une autoroute donc, avec plusieurs sorties mais peu de points d’entrée.

Et à supposer que vous ayez les moyens de régler le péage :

– 15 000 à 20 000 livres par an, que dis-je, jusqu’à 30 000 pour les meilleurs établissements (comment donc croyez-vous que Kate Middleton a reussi a mettre le grappin sur le futur roi d’Angleterre ?)

– à multiplier par les années ou vous souhaitez envoyer votre enfant à l’école

– et à multiplier par le nombre d’enfants à qui vous souhaitez offrir la chance de fréquenter la crème de la crème (en français dans le texte)

– ne pas oublier les petits frais tels que cours particuliers intensifs (non inclus), uniforme, séances de polo et autres invitations au bal des débutantes.

Ami lecteur, si vous n’êtes pas millionnaire… passez votre chemin.

Passer mon chemin, c’est justement ce que je me dis que j’aurais dû faire, en ce pluvieux mardi matin ou ma fille, d’ordinaire si boute-en-train, me dévisage avec un air de chien battu (et mouillé).

J’ai eu beau évoquer THE entretien d’un ton badin (« Je vais t’emmener jouer dans une école de grands, tu verras, tu vas bien t’amuser »), ma fille ne s’en laisse pas conter. Fine mouche, il ne lui a pas échappé que, si Maman s’est absentée du travail pour l’emmener « jouer », il y a baleine sous caillou.

– Tu vas rester jouer avec moi, Maman ?

– Euh… non, ma chérie, c’est un jeu réservé aux enfants, je resterai un peu a l’écart pendant ce temps.

Autant avouer qu’en termes de préparation, Prince et moi nous posons là. Il se murmure que THE examen comporte des questions éliminatoires sur les noms des différents dinosaures. Balivernes, avons-nous pensé, balayant ces ridicules rumeurs. Et puis, quand bien même, souligne à juste titre mon époux, si notre fille connait le mot anglais pour « diplodocus » et pas « rectangle », ça risque d’éveiller les soupçons.

En guise de préparation, nous faisons donc réviser à MiniPrincesse les cinq mots d’anglais qu’elle connaît.

Ah, l’ambiguïté du parent immigré désorganisé et toujours pas sûr de vouloir véritablement s’intégrer dans son pays d’adoption.

Allez, je prends mon courage à deux mains, ma fille qui chouine dans les bras, et pénètre dans l’imposant bâtiment victorien.

Suite et fin demain !

Mon ami Denver

Comment choisir une école à Londres (ou l’impénétrable jungle de l’enseignement britannique)

MiniPrincesse n’avait pas sept mois lorsque Prince et moi avons réalisé que nous avions gâché son avenir.

Légère exagération, me soufflez-vous ? Que nenni.

Quelle erreur, quelle bévue, quelle bourde avions-nous commise, nous, jeunes parents dévoués corps et âme au bien-être de notre fille ? MiniPrincesse mangeait bio, dormait tout son saoûl et nous nous tenions à sa disposition jour et nuit (avec une préférence marquée pour le jour quand même) pour jouer avec elle à divers jeux éducatifs et particulièrement soporifiques (« On construit une tour ? Oh, la tour est tombée ! Allez, on la reconstruit ? », etc.).

Mais…

Nous avions omis de l’inscrire DES LA NAISSANCE dans une école privée choisie avec soin et attention.

Si vous n’êtes pas au fait de la jungle que représente l’école primaire en Angleterre, ou plus précisément à Londres, voici quelques éléments d’explication :

– En Angleterre, les enfants entrent à l’école primaire à quatre ans – oui, quatre ans, plus tôt que partout ailleurs dans le monde à ma connaissance – et y apprennent à lire et à écrire. Quatre ans, n’est ce pas un chouïa tôt pour l’apprentissage de la lecture, vous interrogez-vous ? Bien sûr que non ! En Angleterre, ma bonne dame, il n’est jamais trop tôt pour pousser son enfant apprendre à lire. Il est même de bon ton de commencer dès la maternelle.

Alphablocks, ou comment apprendre à lire à votre enfant en le plantant devant la télé (et hop, tout le monde est content)

Alphablocks, ou comment apprendre à lire à votre enfant en le plantant devant la télé (et hop, tout le monde est content)

– Ah, la maternelle existe donc ? Réduite à peau de chagrin elle va traditionnellement de deux ans à quatre ans. L’Etat, dans son immense mansuétude, offre même 15 heures gratuites dès les trois ans révolus de l’enfant. Vous travaillez à plein temps et êtes donc dans l’obligation de caser votre marmaille quelque part pour les 25 heures qui restent ? Ah, c’est pas de chance. Enfin, à dix livres net de l’heure la nounou et sans la moindre autre subside, l’Etat vous fait confiance pour dénicher les 2 000 et quelques livres qui restent. Sinon, vous pouvez toujours faire comme vos voisines et arrêter de travailler. Financièrement, ce sera plus simple.

– Il manque beaucoup de places en école primaire publique à Londres. Beaucoup. La pénurie se chiffrerait en dizaines de milliers, clament même les tabloïds mal intentionnés.

– Jeunes parents désireux de placer votre enfant sur l’échelle sociale britannique de bien faire, vous louez déjà bien au-dessus de vos moyens pour être dans la catchment area (l’équivalent de notre carte scolaire) d’une école notée – on peut rêver – « Outstanding » (Exceptionnel) par l’organisme officiel Ofsted (qui est aux écoles ce que le guide Michelin est aux restaurants) ou simplement « Good » (Bon). Ou alors, vous vous êtes endettés sur treize générations pour acheter cette vieille bicoque à retaper pour vous assurer que vous serez suffisamment près de l’école – 150 mètres, mais vous n’y pensez pas, c’est bien trop loin ! – pour que votre enfant fasse partie des heureux élus.

Lorsqu'une école a atteint le Graal (l'Outstanding), elle ne manque pas de vous le faire savoir

Lorsqu’une école a atteint le Graal (l’Outstanding), elle ne manque pas de vous le faire savoir

Las ! Ofsted a révisé son jugement à la baisse. L’Ecole de vos rêves, le Graal, a dégringolé au grade de « Satisfactory » (Satisfaisant) voire – Heaven forbid – Inadequate.  Pris de panique, vous passez en revue les différentes possibilités.

– L’école catholique outstanding au coin de la rue ? Il y a un formulaire de présence à signer (sic) toutes les semaines (re-sic) pour permettre au prêtre de confirmer que vous êtes bien un catholique pur jus. Véridique. De quoi en rebuter plus d’un. Cependant, la perspective d’une éducation « nec plus ultra » (les statistiques étant consultables en ligne, je sais par exemple que la nôtre, d’école catholique, est classée 78ème sur 15 000 au niveau national) et gratuite (oui oui) continue de faire rêver le parent middle class. Il se murmure même que certaines conversions ne seraient pas complètement dénuées d’arrière-pensées.

– Pour les gens naïfs intègres et les athées, il reste donc la jungle, alias l’univers impitoyable des écoles privées. Il y en a pour tous les goûts : les « academic », les « sporty », les « old-fashioned »… ce qu’elles ont en commun, en revanche, c’est le prix. Entre 12 000 et 15 000 livres l’année. Non content de dépenser l’équivalent d’une demi-nounou supplémentaire (pas d’allocation de l’Etat, je répète, pas d’allocation de l’Etat), vous, parent, avez donc la lourde charge de choisir l’établissement qui conviendra le mieux à la personnalité de votre enfant (qui, je vous le rappelle, est âgé de quelques semaines tout au plus). La plupart accordant la priorité au premier inscrit (ce sera 50 livres l’inscription, merci, ça vous évitera d’inscrire MiniPrincesse partout sans réfléchir), vous arrivez trop tard partout.

Et comme si ça ne suffisait pas, il y a un entretien de sélection. Oui, à trois ans, parfaitement.

MiniPrincesse, votre correspondante envoyée spéciale au pays des parents fous, y est allée.

PS : pour les parents concernés, voici ce site très bien fait et un extrait des fameux Alphablocks

Dix bonnes raisons de réveiller ses parents en plein milieu de la nuit

Un enfant de trois ans, c’est merveilleux. Les prémisses de l’autonomie sont là, il est presque possible de converser de manière cohérente (« Regarde, Maman, un chat dans le ciel ! »), votre progéniture vous émerveille en traçant maladroitement son prénom (« M-I-N-I-P-R-I-N-C-E-S-S-E ») car nous habitons en Angleterre et ici on apprend à lire et écrire au berceau. Enfin, vous, bienheureux parents, dormez sur vos deux oreilles. Ah, maintenant que la période bébé est derrière vous, quel délice que de retrouver des nuits complètes…
Sauf que pas du tout. Mais alors, DU TOUT.
En tout cas, pas chez nous.
MiniPrincesse fait effectivement preuve d’autonomie et d’une maîtrise passable du charabia du français. Le jour.

La nuit, tous les chats sont gris et tous les prétextes semblent bons pour réveiller ses parents. Morceaux choisis (et traduction) :
1. Geignement étouffé = Cauchemar qui fait un peu peur
2. Hurlement strident = Cauchemar qui fait très peur. Il y a un renard dans mon lit (et il faut absolument que ce soit toi qui lui dises « BOUH ! ». Et bien fort, s’il te plaît, tu seras gentille)
3. « COULENEZ »= J’ai le nez qui coule (et il faut absolument que ce soit toi qui me l’essuies)
4. « Maman de l’eau ! » = J’ai envie de te réveiller d’ici une petite heure pour faire…
5. « PIPIIIIIII ! » (se passe de commentaire)
6. « AAAAAHHHH ! Il y a des serpents sur le mur, je les vois » = Hallucinations de fièvre (véridique et un tant soit peu angoissant)
7. « Maman vient s’il te plaît »= j’ai envie de jouer mais je savais que si je te le disais tout de go tu m’enverrais balader
8. « Papa, viens ! » = J’ai envie de jouer et Maman m’a déjà envoyé balader
9. BOUM = Tu n’avais pas envie de jouer avec moi alors j’ai décidé de faire le plus de bruit possible
10. « MAMAAAAAAAAAAN » = J’ai envie d’embêter mes parents, un point c’est tout.

Le lendemain matin, nous avons généralement la conversation suivante :
– MiniPrincesse, Papa Prince et Eva in London ne sont pas contents. Tu nous as encore réveillés cette nuit. Nous t’avons déjà expliqué qu’il ne fallait nous réveiller qu’en cas de danger. Tu vois, maintenant, nous sommes fatigués et de mauvaise humeur.
MiniPrincesse, sans se démonter un instant :
– Ce n’est pas grave, Maman (sic).
– Si, c’est grave ! Tu ne le feras plus, hein, MiniPrincesse ?
Notre fille, soudain rêveuse :
– Regarde, Maman, un chat dans le ciel !
Nous voilà dans de beaux draps.

Comment trouver une nounou à Londres… ou Eva in London à la recherche de SuperNanny

Ce qui est bien, lorsqu’on cherche une nounou à Londres, c’est que la ville est on ne peut plus cosmopolite. Ou, pour dire les choses de manière moins politiquement correcte, les Anglais s’y trouvent en nette minorité, du moins dans certains quartiers.

Et chacun semble avoir un avis bien tranché sur nos futures candidates issues de la diversité de l’immigration.

Prince, hongrois : « Ne t’avise pas de choisir une Hongroise. Elles sont mollasses » (je savais qu’il ne nourrissait pas une affection particulière pour son pays, mais quand même)

Ma mère, polonaise : «  Prends donc une Polonaise ! Elles sont dynamiques et fiables. Et sympathiques. Et compétentes. Et fiables, je l’ai dit fiables ?Etc. »

Ma copine Charlotte, française, et qui en est à sa quatrième nounou (dont aucune française) : « Surtout pas de Française ! Elles ne font que râler, et en plus elles vont critiquer la manière dont tu élèves tes enfants »

Anonyme, sur mon site de référence : « Les Philippines travaillent pour une bouchée de pain afin de nourrir leurs enfants restés au pays dur et bien, en avez-vous une à me recommander (la mienne est tombée d’épuisement à l’issue d’une énième journée de 18 heures) ? »

Ma copine Delphine, aussi à cheval que moi sur l’apprentissage du français en milieu hostile anglophone : « Pas une Anglaise ! Elle va lui parler anglais ! »

Je suis sûre que la perle rare se trouve quelque part sur cette photo

Je suis sûre que la perle rare se trouve quelque part sur cette photo

Certes.

Moi, je me contenterais aisément de quelqu’un qui s’occupe bien de MiniPrincesse. Bon, d’accord, idéalement, une délicieuse jeune femme qui parle l’une des trois langues avec lesquelles notre fille va grandir (pour rappel : français, hongrois et anglais). Mais une personne gentille, qui ne vole pas, et lève les yeux de son téléphone de temps en temps lorsqu’elle emmènera MiniPrincesse au parc pour éviter qu’elle ne se fracasse un bras par ci, une jambe par là, ça serait déjà formidable. Lorsqu’on a trois semaines pour trouver un mode de garde, on ne va pas chercher midi à quatorze heures.

Je place donc une annonce sur mon site fétiche, et épluche les réponses sous lesquelles je croule. Ou pas : la pêche est maigre. Basse saison pour les nounous.

Pour filer la métaphore gastronomique, je ne fais pas la fine bouche, et reçois séance tenante les quelques candidates qui ont eu la bonté de me contacter.

Candidate n°1 (hongroise) :

– Vous avez de l’expérience avec les bébés ?
– Euh, pas vraiment… mais c’est pareil que lorsqu’ils sont plus grands, non ?

Ben, non.

Candidate n°2 (hongroise), qui se présente avec un CV identique en tous points à celui de Candidate n°1 :

– Votre CV ressemble beaucoup à celui de [Candidate n°1]. Vous vous connaissez ?
– Euh, un peu…

Allez, je lui reconnais la présence d’esprit d’avoir réussi à correctement écrire son nom et son adresse en haut à gauche.

Candidate n°3 (anglaise jusqu’au bout des ongles), au bout de quatre minutes d’entretien :

– Alors, je vous préviens : je ne m’occupe QUE de ce qui concerne les enfants. Je range LEUR chambre, lave LEURS vêtements et nettoie uniquement derrière eux dans la cuisine.

Candidate n°4 (italienne – on prend ce qu’il y a), au bout de 35 minutes d’entretien sans un regard pour l’adorable, que dis-je, l’irrésistible bébé qui gazouille à côté d’elle.
– Bon, ben au revoir alors…
Prince, interloqué :
– Euh… vous ne souhaitez pas faire la connaissance du bébé ?
Moue perplexe de Candidate n°4.
– Non, ça va, une prochaine fois peut-être.

Ou pas.

Candidate n°5 n’est ni française, ni hongroise, ni anglaise. En revanche, elle est gentille, ne vole pas, et couvre MiniPrincesse de câlins – j’apprendrai rapidement qu’elle a la main un peu lourde sur le parfum, rapport à l’odeur tenace dont seront bientôt imprégnés tous les pyjamas de ma fille. Mais peu importe. Nous tenons notre SuperNanny.

Trouver une place en crèche à Londres… ou Eva in London à la recherche d’une oreille compatissante

(suite de ce billet)

Cernes maquillés, kilos tant bien que mal dissimulés, je me suis donc présentée à ce fameux entretien chez BankCompany®. Si ma gentille cliente a remarqué l’état de congélation de mon cerveau, elle a dû mettre mon affligeant manque de vivacité sur le compte de la timidité. Quoi qu’il en soit, j’ai décroché un boulot. Et pas n’importe lequel : grouillotte manager (bon, personne ne me demande de manager personne, mais passons).

J’ai eu le culot de demander un 4/5ème. ; je l’ai obtenu. J’avais même évoqué la possibilité d’un 3/5ème, mais là, je me suis quand même fait renvoyer dans mes buts.

C’est loin ; je lirai dans le métro (NB – lecture (nom féminin) : activité inaccessible à la jeune mère au foyer, sauf entre deux et trois heures du matin).

C’est un CDD ; cela me réjouit secrètement, moi qui tremble à l’idée de confier MiniPrincesse entre des mains inconnues. Je me figure qu’il sera ainsi plus aisé de revenir au bercail s’il s’avérait que mon activité professionnelle de grouillotte manager qui ne manage personne traumatise ma fille.

Bref, ma crainte de la prison à vie rester au foyer contre mon gré devenant temporairement sans objet, il faut bien que mon angoisse existentielle se fixe sur autre chose.

Et, une fois n’est pas coutume, c’est Prince qui en fait les frais.

– BankCompany® veut que je commence dans trois semaines. Tu te rends compte, trois semaines ?!

– Hmmm… (sans lever les yeux de son nouveau joujou iPad)

– On ne va JAMAIS trouver un mode de garde pour MiniPrincesse en trois semaines !

– Mais si (idem)

– Ecoute, les crèches me rient au nez lorsqu’elles apprennent qu’on cherche une place pour un enfant déjà né. Apparemment, deux semaines après la naissance, c’est déjà trop tard, les listes d’attente sont pleines !

Légère hyperbole de ma part, mais le fait est que décrocher une place en crèche à Londres relève du Graal, a fortiori dans notre cher quartier de la vallée des couches. Et lorsque, ô miracle, une place se libère, encore faut-il être Crésus pour en profiter, avec des frais avoisinant les 1 400 livres par mois. Nul besoin de préciser que l’Etat providence français, avec sa politique familiale volontariste, est bien loin.

Prince, flegmatique :

– Mais non.

Puis, remarquant que les onomatopées et monosyllabes risquent de lui occasionner une volée de bois vert, il se fend de quelques mots supposés me réconforter :

– Ne t’inquiète pas. On va trouver.

– Et si on fait chou blanc ?

– Hmmm…

Constatant que mon cher époux a à nouveau les yeux rivés sur son écran, j’abats mon joker :

– On pourrait toujours faire venir ma mère ?

Prince redresse la tête, alarmé. Il est temps de porter le coup de grâce. J’ajoute :

– Juste quelques semaines ?

Mon mari tressaille, et se met immédiatement à l’action.

– Bon. S’il n’y a pas de place en crèche, on va chercher une nounou. J’ai justement entendu parler d’un site très bien…

Bref, Eva in London et Prince partent à la recherche de SuperNanny.