Nom : Eva in London. Age : 26 ans. Signes particuliers : « Typical French » (1/2)

Il fait froid. Et sombre. Seul un pâle rayon de soleil hivernal perce à travers les vitres poussiéreuses de la salle d’attente du cabinet médical (surgery) où j’ai échoué dans le seul but d’obtenir les examens nécessaires à la constitution de mon certificat médical prénuptial, pièce apparemment indispensable à la République Française pour m’autoriser à me marier.

Dans cette phrase aussi longue que mon attente, le maître mot est échouer. Tout, ici, sent la morosité ; OK, un passage chez le médecin génère rarement autant d’enthousiasme qu’une sortie au spa ou au pub, mais même les réceptionnistes ont l’air d’avoir besoin d’une bonne dose d’antidépresseurs. A mon arrivée, c’est tout juste si j’ai droit à un hochement de tête m’enjoignant à patienter sans poser de questions. Au bout de vingt minutes d’attente sans signe de vie du médecin (GP) ni information de la chaleureuse réceptionniste, je commence à me demander où j’ai atterri. Mes deux compagnons d’infortune semblent, eux, prendre leur mal en patience, se contentant de m’éternuer dessus à intervalles réguliers (ma bête noire). Si ça continue, je vais repartir sans le sésame qui me rendra bonne à marier (un test d’immunisation contre la toxoplasmose et contre la rubéole), mais avec un rhume carabiné.

Il faut dire que si seulement j’avais été un peu plus « génération Y « , j’aurais sans doute flairé l’embrouille en parcourant les commentaires des patients sur le site de la NHS :

Ce que vous avez aimé dans cette surgery :

La plupart des réponses tiennent en une ligne. Morceaux choisis (tous réels) :

Je ne sais pas trop : so British ! Une réponse qui constitue en Angleterre l’équivalent d’une volée de bois vert dans nos contrées françaises de râleurs invétérés

Rien : pas British du tout, mais tellement plus honnête

C’est propre : ben… je ne voudrais pas faire ma mauvaise tête, mais à en juger par la couche de poussière sur la table basse à côté de moi, rien n’est moins sûr. Mais après tout, qui aurait l’idée saugrenue d’exiger de son cabinet médical un minimum d’hygiène ?

Ce qui pourrait être amélioré (on notera ici aussi la formulation so British) :

Là, les désenchantés s’épanchent. Morceaux choisis (toujours véridiques) :

Les réceptionnistes ont tout fait pour me dissuader de m’inscrire : je ne peux m’empêcher de me demander si, en remettant les âmes égarées dans le droit chemin (loin de cette surgery), elles ne seraient pas tout bonnement poussées par un sens aigu du service public.

Le téléphone sonne dans le vide – où sont les réceptionnistes ? Parties avaler leur dose de Prozac ?

Les urgences de l’hôpital voisin m’ont demandé de voir un médecin le plus rapidement possible, et la réceptionniste m’a proposé sans ciller un RDV 10 jours plus tard : Décidément, les réceptionnistes ont la cote auprès des patients.

Le médecin a refusé de me prescrire mon traitement : il y a une justice – les médecins aussi en prennent pour leur grade.

On peut toujours faire preuve de plus de patience, mais je sais qu’au fond le personnel fait de son mieux : ah ! Enfin un vrai Anglais qui n’ose pas attaquer frontalement, même sur Internet.

Tout : sans commentaire.

Des commentaires plutôt instructifs, donc. Mais voilà, à 11h40, en ce jeudi de novembre, je n’ai qu’une vague idée du gouffre d’inefficacité dans lequel je suis tombée. J’ai pourtant déjà une dent contre la NHS, mais que voulez-vous, dans une optique judéo-chrétienne d’auto-amélioration permanente, je lutte contre ma tendance naturelle à la vindicte. Je compte bien donner une nouvelle chance au système de santé britannique.

Je suis loin de me douter que la NHS, elle, prépare sa revanche.

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6 réflexions sur “Nom : Eva in London. Age : 26 ans. Signes particuliers : « Typical French » (1/2)

  1. J’ai adoré cet article, et plus particulièrement les commentaires des « vrais » anglais! Toujours raffinés!
    Seul point noir, cela se lit trop vite, à peine fini j’aimerais déjà avoir la suite x)
    Bonne soirée

  2. NHS teste et pas grandement approuve ici non plus! Ma fille de 3 ans s’ouvre mechamment la levre a la nursery. Je contacte ma surgery, expliquant que j’aimerais un conseil avant d’aller aux urgences, voulant eviter de poirauter jusqu’a 4h avec une petite. Le receptioniste me repond que le docteur ne pourra rien faire si jamais il faut des points, donc autant aller aux urgences direct. Apres deux heures aux urgences, on me dit qu’il ne faut pas de points et que mon gp me l’aurait bien dit!

  3. Pingback: Le Brexit vu par ma fille de cinq ans | Impertinentes chroniques d'une maman française à Londres

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