Baby on board (Femme enceinte dans le métro)

En cette période festive où le monde attend la venue d’un petit enfant prénommé Jésus (du Père Noël  / de vacances au soleil) je vous propose une étude de l’Anglais dans le métro… face à la femme enceinte (toi).

Dans le Tube, face à la femme enceinte, il y a :

– Celui qui, engoncé dans son gratuit du matin / son iPad / ses écouteurs de djeuns cool, lève les yeux, te regarde, et les baisse à nouveau comme si de rien n’était

– Celui qui te demande, l’air perplexe, si tu es enceinte (alors que tu accouches dans trois semaines)

– Celui qui demande à sa voisine de gauche de te céder la place

– Celui qui, dans son empressement à te laisser son siège,  trébuche sur les autres passagers

– Celui qui, inspiré par l’exemple de son voisin, propose sa place à une dame bien en chair… mais pas enceinte du tout. Lorsqu’il se rend compte de sa méprise, il s’enfuit à toutes jambes à l’autre bout du wagon, tandis que tu effectues le trajet aux côtés de la dame replète sans oser lever les yeux

– Celui qui, lorsque tu en es réduite à lui quémander son siège sous peine de défaillir sur lui, te dévisage longuement – très longuement –  en soupirant. Et ne bouge pas.

– Celle (oui, CELLE) qui évalue attentivement ton ventre de femme enceinte de cinq mois, ton visage las, et ton sac rempli de victuailles pour la journée, puis glisse à son mari qui s’apprêtait à te donner son siège : « ’C’est pas la peine ! ». Euh, si.

Bref, l’Anglais a beau avoir la réputation d’être prévenant, aimable et courtois, on trouve aussi du malotru, voire du gougnafier (il fallait que je le case, celui-à).

Un badge assez explicite

Mais soyons fair-play. Dans le Tube, face à la femme enceinte, il y a aussi  :

– Celui qui t’aperçoit de loin avec ton badge « Baby on board » et te lance, avec un grand sourire : “Please sit down”

– Celui qui, effaré par le goujat qui a refusé de se lever, se confond en excuses et t’invite à prendre sa place EN SE LEVANT (et non en attendant que tu l’en déloges)

– Celui qui, coincé debout comme toi et mille autres sardines, prend garde à ne pas servir de ton enfant à naître comme amortisseur et te demande même : « You ok back there ? ».

C’est dans ces moments que tu te rappelles combien il fait bon vivre en Angleterre. Du moins, quand l’Anglais ne te demande pas si tu es bien enceinte, alors que tu as pris 10 kilos en 6 mois.

L'humour anglais, en toute circonstance

Voyage d’affaires à l’anglaise

La semaine dernière a marqué un tournant dans ma connaissance des autochtones. Moi qui n’aime rien tant que voyager seule (dans le cadre du travail, parce que sinon j’adore prendre l’avion avec un enfant en bas âge incapable de tenir en place plus de vingt cinq secondes et un Prince qui abhorre les voyages – mais je m’égare), j’ai eu le grand privilège d’effectuer un voyage d’affaires accompagnée d’une Galloise et d’un Ecossais. Il ne manquait plus qu’un Anglais et j’avais toute la Grande-Bretagne dans ma délégation, facon Benetton. Oh well, ce sera pour une autre fois. En attendant, 24 heures d’observation in vivo qui m’ont permis d’identifier dix particularités du voyage d’affaires à la britannique :

  1. Le vol aller affiche une heure trente de retard, rapport à la pluie battante qui s’abat sur Heathrow. Idem au retour. Ben oui, forcément, en septembre, c’est bien connu, les conditions météorologiques sont aléatoires.

  2. Crépuscule aéroportuaire

    Crépuscule aéroportuaire

  3. Devant cette première déconvenue, le Britannique réagit avec tout le flegme qu’on attend de lui. Son premier réflexe est de se diriger vers le bar le plus proche “parce que rien ne vaut un bon verre de Pinot Grigio en attendant que la porte d’embarquement soit affichée”

  4. Pas besoin de déjeuner avant le vol, un beignet suffira. Devant votre haussement de sourcils, votre collègue se contente d’un laconique “Moi, tu sais, la bouffe…”

  5. Au petit déjeuner, à l’hotel, il s’attable devant des oeufs brouillés et du bacon. Et glousse devant votre croissant et votre chocolat chaud : “so French!”. Aucun de vous ne daigne tester les spécialités locales, convaincu d’être en train de savourer le summum de sa gastronomie nationale.

  6. En réunion, le Britannique semble prendre un malin plaisir à ponctuer son discours d’expressions idiomatiques (“No strings attached”, “Starter for ten” ou encore “Let’s call  it a day”), suscitant la plus grande perplexité chez ses interlocuteurs.

  7. Comme si cela ne suffisait pas, il parle vite et n’articule guère ; après tout, l’anglais n’est-il pas officiellement la langue de travail du monde entier ?

  8. Il est essentiel de terminer la dernière reunion à temps (cf. “Let’s call it a day”) pour déguster (?!) un verre de vin (Pinot Grigio toujours) à l’aéroport

  9. Dîner avec les poules (17h28) avant de reprendre l’avion ? Aucun problème  – tant que son club sandwich est accompagné de chips ET de frites…

  10. …“et comme ca, pas besoin de remanger après, c’est toujours ca de fait” (sic)

  11. Last but not least: quand le Français est à table, il parle de bouffe. Quand le Britannique boit, il parle de cuite. Et tout le monde est content.

En chantant (une déclaration d’amour à l’Angleterre… ou presque)

En ce mois de janvier gris, pluvieux et glacial, je vous propose de plonger avec délice dans le cliché et l’envolée lyrique.

Commençons par l’envolée lyrique : j’aime la France. J’aime ce pays qui n’est pas plat. J’aime le pays de la montagne, de Vesoul et Paris qui s’éveille.  Mais après des années de sournoises et pernicieuses critiques sur l’Angleterre, force m’est de constater que mon pays d’accueil m’a – bien malgré moi – conquise.

Passons aux clichés, et savourons.

Je ne m’énerve plus lorsque le médecin-pas-pédiatre, devant une MiniPrincesse souffrante depuis plusieurs jours, me recommande la patience plutôt que les médicaments. Pour un peu, j’applaudirais même sa mesure et son bon sens. Le soir venu, je relate posément la consultation à un Prince sidéré :  « c’est vrai ça, finalement en France on se bourre de médicaments, et puis les antibiotiques c’est pas automatique ».

Je ne hausse (presque) plus les sourcils lorsque mes collègues ouvrent bruyamment leur sachet de chips au vinaigre à 9h20.

J’ai cessé de tabasser les capots des taxis qui refusent de me céder le passage, parce qu’ici piéton engagé n’a jamais la priorité.

Dans le Tube du matin, je ne remarque (presque) plus les robes-soi-disant-élégantes-oui-même-en-motif-rideau-à-petites-fleurs-roses, décolletés plongeants ou piercings.

Je fais sagement la queue et soupire bruyamment lorsqu’un huluberlu s’avise de passer devant tout le monde, mais me garde bien de lui faire remarquer : ce serait sortir de ma réserve quasi-britannique.

Je pars du travail à 17 heures, parce que je préfère habiter loin et au vert que dans le centre-ville et la pollution.

Je vante à qui veut l’entendre les espaces verts de Londres, le congé maternité de neuf mois, le traiteur indien / thaï / polonais du quartier.

Et tant qu’à faire, j’enchaîne sur la politesse des Anglais, leur humour et leur distinction (sauf le vendredi soir, et le samedi soir, et bon d’accord chaque fois qu’il y a un peu d’alcool qui traîne).

Le signe révélateur suprême (et non ultime) : je me plains encore… mais à l’anglaise. Ainsi, des anglicismes tels que « le service n’est malheureusement pas à la hauteur de mes attentes » et « un remboursement serait grandement apprécié » se glissent dans mes lettres de réclamation en français à l’insu de mon plein gré. Légèrement perturbée, je les corrige bien vite par de plus efficaces et idiomatiques « le service est absolument catastrophique » et « je vous saurais gré de bien vouloir procéder au remboursement le plus rapidement possible ». Ajoutant pour la forme un bon vieux « je vous prie de bien vouloir agréer, Madame, Monsieur, etc, etc. ». Parce que je suis française, moi, Madame, Monsieur.

Soudain, l’angoisse m’étreint. Si tel est le cas, si je suis encore française… où sont donc passés ma mauvaise foi, ma capacité à râler en toutes circonstances et mon amour du terroir ?

Je vous rassure, ils reviennent au prochain épisode.

Et vous, qu’appréciez-vous chez « les autres », pays d’accueil, d’adoption ou destination de vacances ?

Il y a comme un froid

En ce moment, il me semble que le temps londonien ne connaît que deux variantes : froid grisaille et froid soleil. Mon cerveau de grande frileuse entame avec bonheur sa longue hibernation. Et les matins passent dans un tourbillon…

– de sauts précipités du lit lorsque je réalise que MiniPrincesse nous appelle depuis de longues minutes (« Ma-ma-ma-ma-ga-ga-ga-ga-MA-MA-MA ! »)

– de petits déjeuners avalés très lentement (pour elle) ou très vite (pour moi)

– de vêtements pris au hasard (« ça fera l’affaire ») puis, au bout de quelques secondes d’examen (« j’assume de mettre ça au bureau ? ») piteusement reposés (« il est vraiment temps que je me mette au repassage »)

– de recommandations essentielles à la nounou encore en retard : « Elle est de bonne humeur ce matin, n’oubliez pas de lui donner son homéopathie même si vous pensez que ça ne sert à rien, ne la sortez pas sans bonnet, à ce soir »

– et de détours impromptus par chez le marchand de journaux. Depuis que j’ai découvert qu’il suffisait de demander le Figaro à son buraliste (le mien prononce « Fargo », comme dans « Mummy, did we receive Fargo today ? »), je joue avec délectation le cliché de la Française dans le métro, absorbée par le journal du jour, béret et moue renfrognée à la clé.

Mais avant le métro, il y a le passage devant l’école, un établissement privé on ne peut plus BCBG. Enfin si, en Angleterre plus BCBG on peut toujours (il suffit de rajouter quelques milliers de livres aux frais de scolarité), mais disons que cette école-là ne doit pas peiner à boucler les fins de mois. Les charmants bambins qui la fréquentent sont inévitablement accompagnés de leurs non moins chics yummy mummies – terme local très connoté désignant les mamans tendance et toujours bien mises (aucune ne se reconnaissant bien sûr dans cette dénomination).

Je croise généralement les enfants le matin parce que je suis généralement en retard le matin. Je leur prête une attention quasi-nulle puisqu’il est bien évident que MiniPrincesse ne sera jamais aussi grande (ou alors d’ici là on aura trouvé une solution pour lui offrir une scolarité convenable sans payer ni école privée ni maison à 1 million).

Un matin, pourtant, une phrase quelque peu incongrue me fait tendre l’oreille.

– Maman, tu ne trouves pas qu’il fait froid ce matin ?

L’herbe, les voitures, le trottoir, tout autour de nous est recouvert de givre et je grelotte malgré mes quatre épaisseurs et mon béret. Mes yeux s’attardent sur le petit garçon qui a eu l’heurt de poser cette innocente question et s’écarquillent lorsque je m’aperçois qu’il est EN BERMUDAS. Jambes nues. Sa yummy mummy, bien emmitouflée dans un élégant manteau, lui répond gaiement :

– Oh mais oui mon chéri, c’est vrai qu’il fait un peu frisquet aujourd’hui !

Et de lui coller un gros baiser avant de lui faire au revoir de la main.

Juste à côté d’elle, une mémé passe avec son caniche. Celui-ci est recouvert d’une épaisse couverture.

Je réprime un sourire supérieur en notant que dans ce pays de fous, même les chiens sont mieux couverts que les enfants.

Big Ben au crépuscule

Le coming out d’une Frenchie à London (du bon usage des anglicismes)

Je l’admets : je voue une haine viscérale aux anglicismes.

Les années passant, un insaisissable et pourtant de plus en plus net sentiment se fait jour en moi : celui de perdre la maîtrise de ma langue, et par là, un fragment de mon identité même. Que l’expat’ qui n’a jamais marmonné, lors d’un retour dans son pays d’origine, « Ah, mais comment ça se dit, déjà ? Je l’ai sur le bout de la langue ! » me jette la première pierre.

Fini la nuance, à bas la finesse : de plus en plus, tout m’apparaît « sympa », « génial » ou au contraire « nul », voire « horrible ». Mon vocabulaire s’appauvrit aussi vite que le Trésor Public grec et je me surprends à trouver facilement l’expression anglaise parfaitement juste pour décrire un moment ou une émotion, sans parvenir à un équivalent français satisfaisant. Une impression, vous l’avouerez, quelque peu perturbante.

Et je ne suis pas la seule dans ce cas. Ainsi, une connaissance londonienne fêtant son anniversaire remerciant les invités « pour être là pour cette journée spéciale » ou une amie proposant de caler un dîner de filles (« je peux faire mercredi ou jeudi, vous préférez quelle date ? ») où elle nous vantera « le sac Vuitton original » qu’elle compte bientôt s’offrir… non parce qu’il est original, mais parce que c’est un « vrai » Vuitton.

Pas étonnant, dans ces conditions, que je sois assaillie de doutes chaque fois que j’utilise un mot de plus de huit lettres. L’anglais est-il définitivement pervasif ? Mes espoirs de retrouver un niveau de français correct sont-ils ruinés ?

D’aucuns me jugeront prétentieuse, ringarde, voire les deux mon capitaine. Mais n’est-il pas merveilleux que chaque langue ouvre à celui qui l’emploie tout un univers unique et intransposable ? Comment traduire vraiment (et non définitivement) « c’est ni fait ni à faire » (mesquin à souhait), « bon, bon, bon, c’est pas tout ça mais… » (classe) ou encore « moi j’vous le dis, il veut le beurre, l’argent du beurre et la crémière » (encore plus classe). C’est que le français est une langue riche, ma bonne dame. Et à l’inverse, le français peut-il rendre justice (ça se dit, rendre justice ? Argh…) à une expression on ne peut plus british comme « Chin up, old chap » ? OK, il faut vraiment que j’arrête mon marathon Dowton Abbey, mais vous voyez où je veux en venir. Sans me faire le chantre de la francophonie à tout crin, pourquoi massacrer ainsi notre belle langue par tant de négligence ?

Car il s’agit souvent de paresse pure et simple. Telle cette inimitable tirade entendue dans le métro quasiment mot pour mot :

« Et là, le switchboard m’a appelée, j’ai pris le lift pour descendre parce que je suis épuisée en ce moment, l’overground me réveille tous les matins. Ma chef m’a trop énervée en me disant que ma jupe était so last year, je lui ai répondu so what ? Elle est censée me supporter ! »

Cette dérive représente-t-elle un vrai changement par rapport à Paris où l’anglais est devenu un must pour paraître « efficient » en entreprise ? On est corporate ou on ne l’est pas, on attend que son boss (OK, celui-là est complètement passé dans la langue) revienne vers soi (ce qui pose la question : mais où donc était-il passé ?) et son feedback sera très impactant.

« On s’américanise de plus en plus… » ou la vision à la fois tendre et ironique de Sempé

Consolons-nous avec la pensée que l’anglais a lui aussi beaucoup emprunté au français (apparemment cela remonterait au règne de Guillaume le Conquérant) : ainsi, manager viendrait du français ménager et beef de bœuf. Les Rosbifs ne sont donc pas en reste : rien n’est plus chic que de répondre merci en français dans le texte lorsqu’on vous sert votre thé, s’écrier voilà lorsqu’on a parfaitement réussi sa tarte Tatin, et évoquer rêveusement le je ne sais quoi qui émane du beau jeune homme qui vous jette des regards langoureux dans le Tube du matin.

En guise de conclusion, je vous laisse sur l’anglicisme suprême (et non ultime puisque ce n’est sûrement pas le dernier que j’emploierai) : « Allez, on se retrouve au pub ! »

PS : certains anglicismes ont la bonne idée de tomber en désuétude. Ainsi, j’entends encore mon grand-père m’accueillir d’un « Mais tu es très smart aujourd’hui ! »

PPS : et vous alors, avez-vous tendance à mélanger les langues ? Au bout de combien d’années d’expatriation avez-vous commencé à chercher vos mots ? En France, avez-vous l’impression que l’anglais gagne du terrain ? Faut-il s’en offusquer ? L’anglais est-il le compétiteur un concurrent du français ? Votre avis m’intéresse beaucoup !

PPS : ma principale satisfaction concernant cet article réside non dans le fait de l’avoir enfin pondu, mais dans les 178 mots de plus huit lettres que j’ai réussi à y caser. Promis, dans le prochain article, tout sera à nouveau très beau, super ou au contraire minable.

« Ah, vous êtes française ! »

Au bout de tant d’années à Londres, je pensais m’être parfaitement fondue dans la masse. Je ne double plus subrepticement les gens dans la queue en me félicitant intérieurement d’être plus maligne qu’eux, j’ai toujours un parapluie sur moi « parce qu’on ne sait jamais il peut pleuvoir à tout instant », et il m’est même arrivé de recevoir de vrais Anglais pour le thé. D’accord, il s’agissait de voisins qui n’avaient pas eu le cœur de décliner ma huitième invitation, mais  qu’importe : je croyais sincèrement être intégrée jusqu’au bout des ongles.

C’est pourquoi, lorsque ma franchouillardise est démasquée en quelques millisecondes, cela a le don de m’agacer profondément.

Qu’est-ce qui me trahit ainsi ?

Mon foulard élégamment enroulé autour du cou ?

Mon sac Vanessa Bruno ?

Un certain je ne sais quoi (comme disent les Anglais) de chic parisien ?

Hélas, non.

Mon accent franco-français.

Il a beau être loin, le temps où Eva in London prenait soigneusement des notes sur le professional English de ses collègues Superconsultants (« Welcome to SuperConseil, how can I help ? »), immanquablement, à peine ouvré-je la bouche que mon client m’interrompt, jovial :

– Ah, you’re French!

Cette saillie peut également être suivie de « I love the French accent, it’s so cute » (mignon)  lorsqu’un(e) Anglais(e) tombe sous le charme d’un(e) Français(e), voire du plus explicite « It’s so sexy ».

Enfin, paraît-il, parce qu’en ce qui me concerne, mes interlocuteurs ont surtout tendance à me prendre pour une agence de voyages sur pattes. Et que je te demande une bonne adresse de resto à Paris, et que je te raconte mes dernières vacances dans le family cottage du Lubéron, et que je m’étrangle d’indignation devant la grossièreté des garçons de café / les Russes qui envahissent Megève /  les frasques de Rihanna à St Tropez.

Bref. Vous conviendrez que c’est rien moins que rageant, après dix-huit ans de pratique de l’anglais, d’en être encore là. En bonne Française, je me proclame victime du système. Plus précisément du système éducatif français des années 80 (« Femme des années 80, femme … », mais je m’égare) : déjà, en faisant allemand Langue Vivante 1 parce que c’est comme ça qu’on sépare le bon grain de l’ivraie les bons élèves des mauvais les élèves poussés par leurs parents des normaux, je ne partais pas bien. Par ailleurs, je suis partie tard, c’est-à-dire en commençant en quatrième et non, comme paraît-il c’est le cas aujourd’hui, au primaire voire à la maternelle ou à la crèche. Un retard que je n’ai malheureusement jamais rattrapé.

Si je n’ai point à rougir de mon anglais à proprement parler – contrairement à de nombreux Français qui refusent inexplicablement de s’exprimer dans la langue de Shakespeare devant leurs compatriotes – je me prends malgré tout à rêver au jour où je manierai impeccablement l’accent british.

En attendant, avec 400 000 Français à Londres et moult touristes en goguette, je tiens ma revanche. Tiens, pas plus tard que cet après-midi. Au détour d’une rue, un jeune homme m’aborde, chaussures bateau aux pieds, pull négligemment noué autour des épaules et accent franchouillard à couper au couteau :

– Excuse me, Madam, do you know where is ze pub ‘orse and Groom ?

Moi, du tac au tac et en français dans le texte :

– Alors, vous prenez à droite après le feu, et au bout de 200 mètres, c’est sur votre gauche. Bon WE !

La vengeance est un plat qui se mange froid.

Et vous, votre accent vous trahit-il ? Cela vous agace-t-il, ou cherchez-vous au contraire à en jouer ?

De l’importance de la Guinness dans le succès professionnel outre-Manche

– Tu ne vas pas assez au pub, me décrète mon chef, SuperChef, d’un ton sans appel.

S’il y a bien une phrase qu’un employé français ne risque pas d’entendre de la part de son supérieur hiérarchique, c’est bien celle-ci. Sauf si la scène se déroule en Angleterre…

Ironiquement, c’est justement au pub que SuperChef m’assène ce verdict. C’est un vendredi soir comme les autres, une grise soirée de novembre où il vente et pleuvine dehors. Un soir où toute personne normale – du haut de ma chauvine mauvaise foi, j’entends par là un Français – se dépêcherait de se carapater du travail en songeant : « Ah, qu’est-ce que je serai mieux à la maison ! ».

Mais nous sommes en Angleterre. Et rien de tel qu’un vendredi soir, même pluvieux, pour faire sortir l’Anglais de sa réserve toute britannique. A 18 heures tapantes (ou 17h30, voire même 16h59 chez SuperConseil), l’Anglais range ses stylos, éteint son ordinateur et s’exclame à la cantonade : « Ah, qu’est-ce qu’on sera mieux au pub ! Je vous retrouve en bas, hein ? ».

En effet, la « socialisation » (suis-je en train de commettre un odieux anglicisme ?) ne se déroule pas, comme en France, autour de la machine à café. Tout au plus les Anglais échangent-ils quelques banalités très politiquement correctes lorsqu’ils se croisent autour de la théière : je vous avais déjà relaté mes doutes et mon expérience en la matière.

Mais les ragots, les futures promotions, les réorganisations faussement secrètes, la raison pour laquelle SuperChef, est arrivé en retard et tout échevelé à la dernière grand-messe SuperConseil-lesque ? Tout ça, c’est au pub que ça se passe. La morale de l’histoire : en n’allant pas au pub, je passe à côté de 99% de ce qui se joue dans les coulisses du monde redoutable de SuperConseil. D’où le reproche de SuperChef.
Et je serais bien en peine de lui démontrer le contraire. Lui soutenir que « c’est juste que, chaque fois que j’y vais, ça tombe un soir où tu n’es pas là » ? Peine perdue : SuperChef est là tous les soirs ou presque ; d’ailleurs, c’est justement pour ça qu’il est arrivé en retard et en piteux état à la réunion de service mentionnée ci-dessus. SuperChef a raison : je ne fréquente pas suffisamment le pub. Conséquence : je connais mal les ragots, peu mes collègues, et pas du tout les faiblesses de mon chef. Mais j’ai de bonnes raisons.

Les ragots sont toujours à peu près de la même teneur :

– Tel sous-grouillot va démissionner, ayant réalisé que tant qu’à exercer un métier aussi épanouissant que sous-grouillot, autant être grassement payé pour. Les cordonniers étant éternellement les plus mal chaussés, c’est loin d’être le cas lorsqu’on vend des bases de données de salaire pour SuperConseil

– Telle grouillote améliorée (pour rappel, la structure hiérarchique de SuperConseil se trouve dans ce billet) vient de réaliser que sa vocation consistait non pas à grouilloter, mais à ouvrir un bar en Thaïlande / être vendeuse dans une boutique de haute couture / devenir psychologue (exemples tous véridiques)

– Tel ponte adjoint n’est pas en vacances, mais chez lui, au fond du trou, vu qu’il vient de se faire virer comme un malpropre. OK, il avait rempli 3 de ses 4 objectifs, mais comme les 3 objectifs en question étaient les objectifs-pipeau-qu’on-va-inscrire-pour-faire-plaisir-aux-ressources-humaines (exemple : « Se montrer disponible et jouer le rôle de mentor pour les juniors de l’équipe ») et le quatrième, non atteint, « Atteindre XXX 000 livres de chiffre d’affaires », le calcul a été vite fait.

– Au contraire, tel autre ponte adjoint est sur le point d’être promu Grand Ponte. Pas d’explication à l’horizon – sauf si « Lécher les bottes de Super-Grande-Ponte plusieurs fois par semaine depuis trois ans » constitue une raison valable.

Passons à la deuxième chose que je loupe : me lier davantage avec mes collègues. Là, je dois bien avouer l’horrible vérité : je préfère de loin passer la soirée à jouer à mon jeu vidéo préféré qu’à créer du lien social. En tout cas avec mes camarades SuperConsultants. Déjà, avec le bruit ambiant, je comprends un mot sur trois, ce qui rend toute conversation difficile à suivre. Par ailleurs, l’essentiel des conversations porte sur des références culturelles qui m’échappent (la télé-réalité anglaise / les ragots de SuperConseil sur lesquels j’ai un retard impossible à rattraper / la télé-réalité anglaise). Enfin, le niveau d’alcoolémie augmentant de manière absolument régulière tout le long de la soirée, tout ce beau monde parle de plus en plus fort et articule de moins en moins : bien vite, je ne comprends plus qu’un mot sur quatre.
Parfois, prenant pitié de mon air perplexe, l’un de mes collègues répète à mon intention la dernière phrase prononcée. Très fort. J’essaie d’expliquer que je ne suis pas sourde, juste pas anglophone. Et que je n’ai pas la télé.

Là, mon interlocuteur prend ça pour une blague – après quatre ou cinq pintes, tout paraît amusant – et éclate de rire, reprenant aussi sec la conversation avec le reste du groupe. Pour mieux connaître mes collègues, il faudrait donc déjà comprendre ce qu’ils disent. Sauf si « mieux les connaître » veut tout simplement dire « savoir à quoi ils ressemblent quand ils ont trop bu ».

Enfin, quant aux faiblesses de mon chef, une soirée suffit à les identifier :

1. La Guinness
2. La Guinness
3. La Guinness
Eh oui : SuperChef est irlandais.

Tout cela explique sans doute pourquoi je n’honore plus guère le pub de ma présence que lors des pots de départ groupés (comme celui du sous-grouillot, grouillotte améliorée et sous-ponte dont je vous parlais plus haut), prétextant le reste du temps un départ à Paris / un mal de crâne après une dure semaine de travail / une sortie au théatre (sous-entendu : « Vous voyez, y a pas que la télé-réalité dans la vie ! »).
Mes collègues ne s’y trompent guère : preuve en est faite lorsque l’un d’eux conçoit et fait imprimer un jeu de cartes à l’effigie de chacun des employés du service, chaque carte indiquant le niveau d’ébriété moyen de la personne, ses phrases fétiches au pub et sa boisson préférée, la mienne ne comporte… rien.
Parce que je n’ai pas de carte du tout : il a oublié que je faisais partie du service.
« Ben oui, tu viens jamais au pub ».
Et pour cause.

Et vous, comment vous entendez-vous avec vos collègues ? Ils sont plutôt machine à café, cantine ou sortie après le travail ?

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Mariage anglais vs mariage français : le match

Non, il ne s’agit pas de vous infliger un enième comparatif Kate/William – Albert / Charlène…

Vous le savez, hormis mon amour du roquefort et du ronchonnement, j’ai de bonnes raisons de me marier en France. Mais à force de voir s’envoler à la fois notre budget Eurostar et ma bonne volonté devant l’avalanche de paperasse que la République Française m’impose, j’en viens à me demander si je n’ai pas commis une grosse erreur. D’ailleurs, quand j’étais petite, je rêvais d’épouser un Anglais, un vrai : non pour la gastronomie locale (qui, à l’épqoue où les gastropubs n’existaient pas, avait quand même de sacrés progrès à faire), ou pour vivre le rêve anglais avec maison en banlieue et barbecue le dimanche après un samedi soir un peu trop arrosé ; mais pour l’accent inimitable, so chic !

Seulement voilà, la vie est passée par là, et, avec elle, un Prince hongrois que je me suis empressée de harponner avant qu’une autre ne s’en charge.

Ces réminiscences pré-maritales m’amènent à me poser la question suivante : au fond, mariage anglais, mariage français est-ce si différent ?

Le bilan en 10 points :

1. La préparation : dans les deux pays, les magazines « spécialisés » tenteront de vous persuader que le choix des centres de table / de la musique d’entrée / du « thème » (l’amour, ça compte ?) est absolument crucial. N’ayons pas peur des mots : puisque le jour de votre mariage est censé être rien moins que « le plus beau jour de vote vie », ces décisions sont, elles aussi, capitales.
Avantage : à personne – ou plutôt si : les magazines de mariage qui font leur beurre sur l’agitation grandissante de la future mariée

2. L’hystérie de la mariée : identique dans les deux pays, qu’il s’agisse des centres de table (décidément, késaco ?), de la police des faire-parts ou de « la » couleur du mariage. « Je n’arrive pas à me décider entre géranium et rose bonbon, qu’en dis-tu, Choupinet ? ». Choupinet, ayant compris depuis belle lurette que son avis, on s’en fichait comme d’une guigne, n’en dit pas grand-chose.
Avantage : à personne – ou plutôt si : les wedding planners (organisateurs/trices de mariage) qui ne manqueront pas de vous guider dans l’épineux choix des noms de table… moyennant finances.

3. La nourriture : la mariée aura beau faire l’éloge de la délicieuse verrine de queues d’écrevisses « et son petit jus », suivi d’une glorification de la pintade rôtie « accompagnée de ses petits légumes bien sûr », l’on sait bien que les repas de mariage sont, au mieux, mangeables… cela dit, en indécrottable chauvine n’ayant jamais pris part à un mariage anglais, je ne peux m’empêcher d’espérer que, sur ce troisième point, la France gagnerait malgré tout haut la main. Ne serait-ce que parce que, aussi infect que soit le plat, on peut toujours se rattraper sur les fromages.
Avantage : par décision purement arbitraire, à la France.

4. L’enterrement de vie de jeune fille : là, tout dépend de ce qu’on aime. Si l’on veut de la pintade braillant et brandissant une bouteille de mousseux bon marché à travers le toit ouvrant d’une limousine rose fluo, adopter la « hen night » britannique (attention, tenue incorrecte exigée). Si l’on préfère un hammam entre copines agrémenté de confidences badines mais point trop, choisir l’enterrement de vie de jeune fille (EVJF pour les initiées) à la française.
Avantage : en fonction de la tolérance au bruit / à la vulgarité / à la nudité de chacune.

5. Les produits dérivés : pour la plèbe, je ne sais pas, mais en revanche, dans le mariage princier, l’Angleterre bat la France (pardon, Monaco), à plate couture : franchement, vous voyez la famille monégasque produire du papier toilette à l’effigie du prince Albert et de sa dulcinée ?


Avantage : encore une fois, tout dépend sans doute de la sensibilité de chacun… mais soyons beaux joueurs, et accordons ce set à l’Angleterre.

6. L’humour : là où, pour vous remonter le moral, un Français ne trouvera qu’un pauvre « Mariage pluvieux, mariage heureux » (et pourtant, Dieu sait si ce dicton s’avérerait utile en Angleterre), l’Anglais fait preuve d’un cynisme tellement plus désopilant. Ainsi, la réflexion tout à fait véridique du SuperDirecteur de chez SuperConseil lorsqu’il apprit mon mariage : « Bonne chance. C’est le meilleur moment, profites-en : à partir de maintenant, les choses n’iront que de mal en pis » (en VO : it’s all downhill from here ; l’Anglais a aussi le mérite de la concision)
Avantage : sans conteste, à l’Angleterre.

7. La tenue des demoiselles d’honneur : il n’y a sans doute qu’en Angleterre que 3 / 4 / 5 / 6 jeunes femmes, dites bridesmaids, accepteront d’être toutes affublées de la même robe taille Empire couleur géranium (puisque c’est finalement « la » couleur du mariage, a décrété la wedding planeuse dans sa grande sagesse) qui « vous ira tellement bien. Oui, oui, à toutes les 3 / 4 / 5 / 6 » (et ce quelle que soit votre taille, poids, silhouette, couleur de teint) », les rassurez-vous (pour l’assentiment de la wedding planeuse sur la robe, compter un supplément).

La mariée française, elle, choisit généralement de laisser ses témoins s’habiller comme ils le souhaitent, avec les risques que cela comporte.


Avantage : pour le bon goût, sans doute à la France. Pour la rigolade, à l’Angleterre. C’est moi, ou la tendance se dégage de plus en plus nettement ?

8. Les discours : je pense qu’aucun Français – et aucun Anglais – n’a fait mieux depuis le célèbre « Quatre mariages et un enterrement », où le plus catastrophique côtoie le plus craquant…

Avantage : à l’Angleterre. Même si Hugh Grant nous rejoue le même rôle depuis vingt ans.

9. Les distractions : pour se mettre en jambes, les Anglais vont au pub … avant…


voire pendant… et surtout après, laissant les mariés se reposer après leur dure journée. En France, ceux-ci doivent faire semblant d’avoir la patate jusqu’au bout de la nuit, et ce même si la dernière fois qu’ils ont foulé une piste de danse remonte à leur premier baiser embrumé dix ans auparavant.
Avantage : pour les mariés, à l’Angleterre (permission d’aller se coucher à 22 heures). Pour les invités… à l’Angleterre aussi.

10. L’avenir : qu’on se soit dit oui ou yes, qu’on ait bu son poids en bière ou mangé son poids en foie gras, on se retrouve toujours avec un gros trou dans ses économies, une belle-famille plus ou moins supportable, et un Prince à se coltiner pour le meilleur et pour le pire.
Avantage : tout dépend du Prince…

PS : à tous ceux qui préfèrent en rire qu’en pleurer, je conseille cet excellent site.

Les Anglais et la nature

Après l’impertinente chronique d’un trajet en bus, j’ai récemment rédigé une nouvelle chronique pour le magazine Ici Londres. J’ai même réussi à tenir dans les clous : 1 800 signes, et pas un de plus. Pour ce petit billet d’humeur, j’ai choisi de parler du rapport de nos chers Anglais à la campagne, les chiens, les barbecues… bref, l’art de vivre à la britannique.

 

Les Anglais et la nature, c’est une histoire d’amour qui remonte à loin, très loin : au XVIIIème siècle, déjà (et sûrement bien avant), les lords n’avaient qu’une idée en tête, passer la majeure partie de l’année dans leur manoir et loin de la pollution londonienne.

Aujourd’hui, les choses ne sont pas très différentes, sauf que – malheureusement ? – les rentiers ne sont plus légion. Contraint de travailler, l’Anglais moyen est généralement prêt à « commuter » deux, trois, voire quatre heures par jour (entendre : rester debout à humer les aisselles plus ou moins malodorantes de ses voisins aspirants ruraux dans un bus, puis un Tube, et enfin un train)… tout cela pour respirer l’air frais de la campagne.

Mais, tel un amoureux en quête de prétextes pour passer du temps avec sa dulcinée, l’Anglais a toujours une idée d’activité alfresco – expression marketing galvaudée s’il en est, mais qui fait rêver les Anglais. Et heureusement, le temps s’y prête toujours. Si, si. Démonstration :

« Oh, il ne pleut pas ! Et si on emportait du vin et des chips pour un pique-nique alfresco (cf. ci-dessus) ? »

« Oh, il ne pleut presque plus ! Et si on enfilait nos impers et nos bottes pour une bonne marche vivifiante (avec le chien qui va avec bien sûr, amour de la nature oblige) ?

« Oh, il fait bon ce soir (il fait dix degrés à tout casser), heureusement qu’il reste une table dehors !

« Oh, il fait beau aujourd’hui (peut-être, mais il fait toujours dix degrés) ! Et si on faisait un barbecue géant (l’autre mot préféré des Anglais avec alfresco) ? »

« Oh, il fait beau aujourd’hui (et il fait vingt-cinq degrés) ! Et si on allait à la plage ? »

Ben oui, s’il fait beau ET chaud, sauf erreur, c’est que l’Anglais est… aux Canaries.

et encore un très très chouette dessin de Lili Bé !