Rien ne sert de courir, il faut maigrir à point(s) – ou comment perdre ses kilos en trop pour rentrer dans sa robe de mariée (3)

C’est le moral dans les chaussettes que j’arrive chez SuperConseil en ce lundi matin. Je suis désabusée par l’échec cuisant de mon plan Vigikilos. Là où les magazines prodiguent leurs conseils pour « maigrir sans se frustrer », j’ai réussi l’exploit de grossir sans me faire plaisir.

Là où j’avais six kilos à perdre, j’en ai désormais presque huit. Soit le nombre de mois qui restent jusqu’au jour J. Un kilo par mois, paraît-il, c’est le rythme de régime idéal… si ce n’est que je suis toujours aussi réticente à l’idée de faire un régime. Rien que le mot me donne des boutons. Très peu pour moi, la liste de menus établie jour après jour, alors que je n’aime rien tant que de décider seule et au dernier moment de ce que je vais manger. Le souci, c’est que, tiraillée entre mon rejet de toute soumission à un programme établi et mon absence totale de discipline… eh bien, on a vu le résultat. Que faire ?

Heureusement, à l’heure du déjeuner, alors que je me demande quel supermarché va bien pouvoir me fournir en plat cuisiné allégé en matières grasses, sucre, sel et goût, la réponse vient à moi. Ayant fait preuve d’une rare marque de sociabilité en demandant à la cantonade si l’un de mes collègues souhaite que je lui rapporte quoi que ce soit du supermarché (c’est décidé, ce sera Waitrose, ce midi : leur imitation de poulet sauce crème korma version allégée est très convaincante), je remarque l’air particulièrement concentré de ma piquante et plantureuse collègue américaine. Et, à bien y regarder, n’aurait-elle pas l’air un peu moins plantureuse aujourd’hui ? Intriguée, je m’approche d’elle et remarque que son écran d’ordinateur n’affiche pas l’habituel Powerpoint de propagande marketing qu’elle « peaufine » durant l’essentiel de sa journée de travail. Non, Kate semble absorbée par une sorte de tableur qui n’est manifestement pas aux couleurs de SuperConseil. Voilà qui est de plus en plus mystérieux.

Plantée derrière elle les bras ballants, j’hésite à la déranger, avant de me souvenir qu’elle est Américaine, et donc peu sensible aux précautions verbales si chères aux Britanniques.

– Que fais-tu ?

Elle se retourne, surprise en flagrant délit de non-pipotage marketing.

– Ah, c’est toi (sans doute a-t-elle poussé un ouf de soulagement en constatant que ce n’était un autre SuperMarketeur qui l’interrompait, mais seulement moi, sous-grouillotte) ! Eh bien, poursuit-elle un grand sourire aux lèvres, c’est le site de mon nouveau régime. Je me suis inscrite chez Fines Femmes, et j’ai déjà perdu quatre kilos !

J’ai toujours pensé qu’il n’y avait pas plus forts que les Américains pour réussir à vendre tout et n’importe quoi. Devant cet air enjoué, la méfiance s’imposé. En même temps, l’observation n’a beau pas être mon fort, quatre kilos en moins, à y regarder de près, ça se voit, quand même. Il y a peut-être une idée à creuser, et ce même si le nom du site me fait plutôt penser à un site de rencontres à tendance fétichiste. Je me lance :

– Comment ça marche ?

Une demi-heure après, même avec un cerveau ralenti par l’inanition qui me guette, j’ai compris le principe simplissime de FF (Fines Femmes pour les initiées) : à moi, un nombre de points journaliers à utiliser comme je veux (youpi) mais limité par un quota de SuperPoints (moins youpi, mais un compromis acceptable au vu de mes déboires de la semaine passée et sur lesquels j’ai décidé de cesser de m’épancher). Et le tableur dans lequel on rentre tout ce qu’on avale pourrait satisfaire mon inextinguible besoin de contrôle. Un système qui me laissera avaler ce que je veux, me réprimandera si j’ai trop mangé et s’éteindra comme par magie si j’appuie sur le bouton on/off ? Décidément, ça me plaît.

Quelques heures de recherches plus tard – on peut dire que mon après-midi de SuperConsultante a été productif – tempèrent quelque peu mon emballement initial. Mes investigations sont pourtant riches d’enseignements :

– Si j’ai pris un kilo et demi en une semaine, c’est sans doute lié au fait que j’atteignais mon quota journalier de 21 SuperPoints dès 13 heures, pour le dépasser d’environ 300% à la fin de la journée

– En particulier, l’impitoyable tableur de Fines Femmes estime ma petite part de gâteau au chocolat de la veille à 8 SuperPoints, soit plus d’un tiers des points alloués.

– Les Fines Femmes françaises sont bien mieux lotties que leurs homologues anglaises : une étude comparative poussée des deux sites m’apprend que les fruits coûtent 1 à 3 SuperPoints de ce côté-ci de la Manche contre 0 en France. Sans surprise, je penche pour le pays le plus accommodant.

Malgré ces mauvaises surprises et toute la bonne volonté du monde – même en prétendant peser 160 kilos, avoir une activité professionnelle très exigeante physiquement et allaiter, Fines Femmes n’est pas prêt à m’accorder beaucoup plus de SuperPoints – je valide mon inscription le cœur léger.

A moi, les joies du tableur Fines Femmes et du comptage obsessionnel de SuperPoints.


PS : toute ressemblance avec une méthode existante ne saurait être que fortuite 😉

Rien ne sert de courir, il faut maigrir à point(s) – ou comment perdre ses kilos en trop pour rentrer dans sa robe de mariée (2)

Lorsque j’étais ado et tourmentée (à juste titre) par mon apparence lunetteuse, boutonneuse et boulotteuse, je me rappelle avoir posé la question suivante ma mère :
– Maman, si on est parfaitement habillée, coiffée et maquillée, ce n’est pas très grave d’avoir cinq kilos en trop, si ?
Ma mère, devinant comme seules les mamans savent le faire toute la portée de ma question, sut trouver les mots pour me réconforter :
– Bien sûr que non, ma chérie. C’est bien plus important de soigner son apparence.

Je ne sais pas par quel miracle je pensais que la puberté allait me faire m’intéresser à la mode, sans parler de « soigner mon apparence » ; j’avais simplement déjà dû abandonner l’espoir qu’elle me transforme en sylphide. Sans surprise, je suis tout bonnement devenue une jeune femme moins lunetteuse, moins boutonneuse et moins boulotteuse que ne l’était l’Eva in London adolescente. Mais entre l’option « perdre cinq kilos » et l’option « être parfaitement habillée, coiffée et maquillée », je n’ai jamais sérieusement envisagé ni l’une ni l’autre. Au fil du temps, je me suis plus ou moins bien accomodée de mon imperfection voluptueuse, un peu comme on s’habitue à une ampoule grillée à la cave : en se disant de temps en temps qu’il faudrait la changer, et en oubliant généralement aussitôt.

Mais ces derniers temps, mariage oblige, mes kilos en trop se rappellent à mon bon souvenir. J’ai donc décidé de « faire attention » à l’aide du plan Vigikilos, niveau écarlate (menace certaine). Je m’enorgueillis déjà de tout le bon sens dont je vais faire preuve, moi – sous-entendu : pas comme toutes ces mijaurées « au régime » qui déclarent après une tranche de jambon découenné qu’elles ne peuvent plus rien avaler.

Enfin, régime ou pas, une journée où je fais attention se distingue aisément d’une journée habituelle :

– 7h : levée une demi-heure plus tôt que d’ordinaire, je suis d’ores et déjà de mauvaise humeur. Pourquoi suis-je si matinale ? C’est que, pleine de bonne volonté, j’ai décidé de remplacer mon petit déjeuner à base de sucre (céréales, lait, pain, beurre, confiture, miel – parce que chez Eva in London, on ne lésine pas sur le premier repas de la journée : c’est bien céréales ET pain, confiture ET miel, et même chocolat les matins qui commencent vraiment mal) par un petit déjeuner à base de protéines : deux œufs. J’ai beau abhorrer le salé le matin, je me félicite de ce changement nutritionnel salutaire. Tiens, et pour faire les choses dans les règles, j’ajoute même un fruit. Allez, cette fois, je me fais plaisir, pas juste un petit kiwi ou une orange ; une mangue. Entière. Bon, c’est pas grave, ce sont des sucres naturels.

– 10h30 : j’ai faim. Ca, c’est comme d’habitude. Mais au lieu de trois Digestives au chocolat, je n’en mange que deux, et nature en plus. Bizarrement, ça ne me procure pas la même satisfaction.

– 10h45 : j’ai encore faim. Je me fais un thé pour me caler l’estomac. Les magazines l’affirment catégoriquement : « Souvent, lorsque vous croyez avoir faim, il s’agit en réalité d’un sentiment de soif. Dans ce cas, n’hésitez pas à boire un grand verre d’eau »

– 10h58 : je ne sais pas si j’avais soif, mais en tout cas, j’ai toujours faim. Mon estomac n’est donc pas dupe. Que faire ? Je décide d’attendre courageusement l’heure du déjeuner.

– 11h59 : je bondis de ma chaise pour aller me chercher un plat cuisiné. Ah non, c’est vrai, je me suis fait une salade. Mais, comme je ne suis pas au régime, c’est une salade de pâtes, avec des protéines, des légumes, et tout et tout. J’en ai fait beaucoup, mais c’est parce qu’il paraît que pour maigrir du-ra-ble-ment, il ne faut pas avoir faim. Ca tombe bien, parce qu’affamée comme je suis, je termine sans problème mon tupperware géant. La route de l’enfer est pavée de bonnes intentions.

– 12h30 : où est la dose de chocolat indispensable à mon équilibre mental, si ce n’est nutritionnel ? J’ai dû oublier d’en apporter de la maison. Mais je possède une volonté de fer. Oui, je peux me passer de chocolat aujourd’hui ce midi.

– 12h39 : oubliée, ma volonté de fer. L’obsession du chocolat a envahi tout mon esprit au point de me faire perdre toute concentration sur des bases de données de salaire pourtant fascinantes. A peine consciente de me lever, je me dirige comme inexorablement vers le distributeur de bonbons. Et, raisonné-je, si je me contente d’un demi-Twix et que je résiste à l’appel de la deuxième de barre de biscuit et de caramel enrobée de chocolat, mais je m’égare, eh bien, ce sera toujours la moitié de mon quota quotidien.

– 16h : la faim me tenaille à nouveau. Heureusement, je débusque au fond d’un tiroir un sachet de fruits secs. Et un autre thé, parce que « souvent, lorsque vous croyez avoir faim, il s’agit en réalité d’un sentiment de soif, etc.». L’honneur est sauf.

– 19h : je presse Prince de rentrer à la maison. J’ai faim, pour changer. A mon troisième mail en dix minutes, il semble enfin saisir tout l’impératif de la situation et arrête de faire le banquier pour la journée.

– 19h35 : j’ai à peine salué Prince à son retour, mais l’essentiel est accompli. Nous sommes à table. Conformément à mes bonnes résolutions – petit déjeuner pas salé mais copieux, déjeuner équilibré avec un peu de chocolat mais pas trop, en-cas sains et nutritifs – mon dîner est léger. Ben oui, parce que si je veux maigrir, je ne peux pas passer mon temps à manger, non plus. Au menu, donc : soupe de légumes maison et… une tranche de jambon découenné. Et un yaourt nature. Et un mi-nu-scule bout de chocolat.

– 23h : décidément, rien ne semble apaiser mon appétit. Sans conviction, je me répète « Souvent, lorsque vous croyez avoir faim, il s’agit en réalité, etc. » et me prépare une tisane avant d’aller dormir, quelque peu abattue par cette étrange journée. J’ai l’impression de ne jamais avoir autant mangé (c’est vrai) tout en n’ayant jamais été aussi frustrée (c’est vrai aussi).

– 3h30 : une fringale d’une intensité rare me force à émerger soudainement des bras de Morphée. Je m’interroge : si je me lève pour déguster « un tout petit peu » de mon en-cas nocturne favori, un bol de céréales détrempées dans du lait, Prince se réveillera-t-il en me maudissant ? La réponse ne se fait pas attendre : c’est oui. Mais au moins, je n’ai plus ni faim, ni soif, et me rendors du sommeil du juste.

Il paraît que dans un régime – zut, j’avais oublié que je n’étais pas au régime, je « fais attention » – les trois premiers jours sont les plus difficiles. C’est faux : le reste de la semaine est à l’avenant. Mon moral plonge, mon jean est toujours aussi serré (en vertu du principe « si j’achète une taille au-dessus je la remplirai illico », cela fait un an et demi que je refuse d’investir dans un jean neuf) et Prince se montre de plus en plus agacé de vivre avec une Eva in London plus agitée et guère plus mince pour autant.

Pourtant, je tiens bon : toujours en vertu du bon sens, je ne mange qu’une petite part de gâteau au chocolat au dîner d’anniversaire de ma meilleure amie, je continue à bien petit déjeuner (même si les œufs sont passés à la trappe dès le mardi) et je ne m’affame pas. Et surtout, je ne me pèse pas : les experts sont formels, le poids varie parfois considérablement d’un jour à l’autre. Autant ne pas me laisser perturber par ces petites fluctuations.

Enfin arrive le lundi, et avec lui, le droit de me peser pour tirer le bilan de cette semaine.

Eh bien, il n’y a pas de mystère : les dîners légers et les en-cas en quantité raisonnable ont fait leur effet. Enfin, surtout les en-cas. Bilan du plan Vigikilos : un kilo et demi en plus.

Désemparée face à cet échec retentissant, j’envisage de passer au niveau supérieur du plan Vigikilos, avant de me souvenir qu’hélas, il n’y en a pas. Peut-être ma solution, certes astucieuse et séduisante, de mettre bout à bout le « best of » de chaque régime – petit déjeuner copieux, en-cas gourmands, déjeuner très très équilibré, pas de privation de chocolat, manger de tout, pas besoin de faire de sport – n’est-elle pas tout à fait au point.

Il va donc me falloir adopter une stratégie différente… mais laquelle ?

Rien ne sert de courir, il faut maigrir à point(s) – ou comment perdre ses kilos en trop pour rentrer dans sa robe de mariée (1)

Maintenant que je me suis arraché les cheveux à trouver un DJ, un photographe et un traiteur, me voici prête à passer à l’étape suivante dans ma transformation en cliché-sur-pattes de fiancée hystérique mon parcours initiatique de future épouse : le régime.
Car quelle jeune femme préparant son mariage ne s’est pas posé LA question ? Non pas « Est-ce le bon ? », ou encore « Suis-je prête à me le coltiner durant cinquante, soixante voire soixante-dix ans à m’engager ? », mais, plus prosaïquement : « Vais-je réussir à perdre X kilos (retrouvant ainsi le poids de ses 15 / 25 / 35 ans, suivant l’âge et le degré de réalisme de la mariée) à temps pour le grand jour ? »
Et si, par hasard, la mariée peut déjà se targuer d’une silhouette de rêve, il se trouvera malgré tout toujours un proche bien intentionné pour lui susurrer : « Et tu comptes faire un peu de sport, pour le mariage ? »
C’est ainsi que, sous prétexte qu’ « on a toujours été plus efficace dans l’urgence », on se retrouve à commander une robe de mariée deux tailles en dessous de la sienne.
Je ne fais pas exception à la règle. J’ai beau n’avoir encore aucune idée de LA robe – ayant toujours soigneusement sauté les pages mode des magazines féminins, je ne vais pas commencer à les feuilleter aujourd’hui sous prétexte que la revue s’appelle SuperMariées ou TopMariage – je suis sûre d’une chose : le jour J, je serai resplendissante… et mince.

Mais comment s’y prendre, lorsqu’on traîne quelques kilos en trop depuis… ben, la nuit des temps ? Quand, gourmande invétérée, on a toujours catégoriquement refusé de se mettre au régime ? Quand la simple idée d’avoir faim déclenche un état de panique avancé ?

On « fait attention ».
Mais si, vous savez : on ne se goinfre pas, on mange quand on a faim, et seulement quand on a faim, on se limite à un carré de chocolat au lieu de descendre toute la tablette, on fait un peu de sport… bref, on suit (ou plutôt on se promet de suivre) toutes ces injonctions que nous serinent à longueur de printemps les magazines, nous rappelant sans vergogne que c’est « bientôt le maillot ! ».

Comme s’il suffisait de faire preuve de bon sens pour maigrir.
Tiens, moi, par exemple. Par le passé, j’ai déjà « fait attention ». En substance, cela signifie des journées qui finissent comme elles ont commencé : en pensant à MANGER. N’est-ce pas toujours mon cas, s’étonneront mes proches ?
Certes. Mais c’est beaucoup moins drôle de s’endormir en songeant au petit déjeuner du lendemain lorsqu’on est taraudée par la culpabilité, la faim et la terreur de ne pas rentrer dans sa robe de mariée.

Hélas. Comme me l’a un jour asséné un médecin sûrement bien intentionné, j’ai six kilos à perdre pour atteindre le « poids idéal » – décrété suivant quelles règles ? Mystère. Rien de bien dramatique, donc, mais pour me sentir l’âme d’une princesse le jour de mon mariage, j’aimerais en avoir également le corps – ou tout du moins ne pas passer la cérémonie à me demander si ma robe me fait de grosses fesses. Je me rends donc à l’évidence : je vais devoir « faire attention ».

Plan VigiKilos activé, niveau écarlate : menace certaine.