National Health Service

Demain est un grand jour pour Prince : à 7h30 (oui oui)  il fait sa rentrée à la grande école, pardon, à la grande banque où, s’il ne redouble pas, il deviendra lui aussi un grand golden boy. Tel un enfant à la veille de la rentrée des classes, Prince réfléchit donc depuis 45 minutes à la manière dont il va s’habiller. Mais, là où un adolescent de quinze ans vise la coolitude, Prince s’est, lui, résigné : il a depuis longtemps compris qu’il ne ferait jamais illusion en la matière. En revanche, comme il paraît environ cinq ans de moins que son âge, il cherche désespérément un costume qui lui donne au moins l’air un peu sérieux. 

Malheureusement, je ne lui en laisse pas l’occasion, et interromps ses réflexions avec un strident hurlement de douleur. Prince se précipite dans la cuisine / salon, où il me trouve recroquevillée par terre, la tête entre les mains.

–       Ca va (il paraît à peu près évident que non) ? Qu’est-ce qui s’est passé ? demande-t-il, angoissé.
–       Mmmmhhhh gueeee… cogné… tête… grommelé-je, en désignant le coupable :

un placard resté ouvert pendant que je vidais (distraitement, il faut bien le dire) le lave-vaisselle flambant neuf. 

Aïe. Le sketch du trauma crânien, Prince connaît déjà bien. Trop bien. Je n’ai, en effet, jamais perdu cette bonne habitude, prise toute petite, de faire un petit séjour aux urgences une ou deux fois par an suite à divers chocs à la tête. Very best of :

–       A trois ans, je dévale les 37 marches de l’escalier de ma grand-mère la tête la première. Bilan des courses : douze heures en observation.

–       A cinq ans, je saute joyeusement sur le lit de mes parents pour atterrir sur une moquette pas suffisamment moelleuse pour amortir le choc. Petite joueuse : trois heures aux urgences seulement

–       A douze ans, je décide de passer aux choses sérieuses. Une bagarre éclate dans un couloir du collège, alors nous sommes tous sagement alignés le long du mur. S’ensuit un petit jeu de dominos… pas de bol, c’est moi qui étais le plus près du mur. Résultat : 48 heures à l’hôpital, mais un garçon super mignon dans le lit d’à côté. Malheureusement, il sort avant que je ne sois en état d’articuler une phrase intelligible.

En trois ans de relation, Prince a déjà eu par deux fois l’occasion d’assister à l’immuable sketch : maladresse et manque d’inattention – choc violent – ambulance – urgences. Mais on ne l’avait pas encore testé sur le public anglais.

Celui-ci va se révéler complètement insensible. 

Comme nous n’avons pas de voiture, Prince, pris de panique, m’emmène à l’hôpital au coin de la rue, qui nous refuse sous un prétexte fallacieux (« nous sommes un hôpital psychiatrique »). Nous tentons ensuite le deuxième hôpital le plus proche : encore raté, c’est le Western Eye Hospital. Il est vrai que le nom aurait dû nous mettre la puce à l’oreille.

En désespoir de cause, nous échouons à 23 heures dans un vrai hôpital, avec un vrai service des urgences pas que pour les fous et les aveugles.

 

 –       Remplissez cette fiche, nous lance sèchement la secrétaire. Vous serez reçus par ordre d’urgence (d’importance ?). 

Trente minutes s’écoulent, pendant lesquelles trois patients sont examinés. Puis une heure – deux personnes de plus nous passent devant, mais c’est de bonne guerre : je ne peux pas lutter contre une jambe cassée et un coma éthylique. Au bout d’une heure et demie, Prince lutte contre le sommeil à côté de moi. En même temps, il ferait mieux d’en profiter, étant donné qu’il se lève dans moins de six heures.

Je prends mon courage à deux mains et demande à la secrétaire peu amène combien de temps nous allons encore devoir attendre.

 –      You are the next patient (c’est pas trop tôt)… sauf si un cas plus urgent se présente (soupir), me répond-elle sans lever les yeux. Nous décidons de patienter encore un peu. Prince s’est endormi sur son siège.

Rhume, entorse, mal de tête : on dirait que tout est plus urgent qu’un trauma crânien, dans ce pays. A deux heures du matin, Prince me ramène à la maison : de toute façon, je me sentais mieux.

En revanche, celui qui ne va pas être très en forme demain, c’est Golden Boy.

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11 réflexions sur “National Health Service

  1. Alors ma copine on se casse la tête…au sens propre comme au figuré 🙂 mais les anglais ne font pas bien la distinction…n’est-ce pas?
    Super cette chronique, je suis accro!!
    à bientôt

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