Comment occuper un enfant malade de trois ans (astuce : iPad inside)

– Maman, c’est quoi ce gros ventre ?

J’adore passer du temps de qualité avec ma fille.

Ecoute active. Discipline positive. Inspirer, expirer. C’est comme quand MiniPrincesse me balance « Non, Maman, toi dormir sur canapé. Moi dormir avec Papa » : elle ne pense pas à mal. Paraît-il.

Si si, c'est super

Si si, c’est super

– Ben, tu vois ma chérie, après avoir eu un bébé, il faut des années un peu de temps à la maman pour retrouver la ligne.

MiniPrincesse, du haut de ses bientôt trois ans, esquisse une moue dubitative.

– Moi, petit ventre.

Soit. On en reparle dans dix ans.

MiniPrincesse entame son troisième jour à 39,5° de fièvre. La crèche n’en veut pas, la babysitter a déjà succombé aux assauts de ce sale virus, et le médecin anglais (un généraliste bien évidemment, je vous rappelle que les pédiatres n’ont pas droit de cité en Angleterre) vient de nous renvoyer chez nous avec pour toute ordonnance une bonne vieille cup of tea.

Rien, donc, que de très habituel au royaume de sa Majesté.

Dieu que la journée promet d’être longue.

10h35

De retour à la maison.

– MiniPrincesse, tu veux jouer aux Lego ?

– Aime pas Lego.

L’affaire se présente bien.

– Euh… dessiner ?

– Pas dessiner.

– … faire des muffins ?

– Toi faire muffins. Moi manger muffins.

Bon. Faut pas pousser mémé dans les orties, non plus. Soupir de renoncement à toute activité un tant soit peu pédagogique. Comme dit l’autre : « Avant, j’avais des principes. Maintenant, j’ai des enfants ».

– Tu veux jouer à la tablette ?

Je vous jure que si MiniPrincesse était un lapin, ses oreilles se dresseraient bien droites. J’ai juste le temps de voir une tornade de 95 cm de hauteur débouler puis s’asseoir confortablement et SA-GE-MENT sur le canapé avant que ne résonne un sonore :

– TABLEEEEEEEEEEEEETTTE MAMAAAAAAAAAN !!!

– Qu’est-ce qu’on dit ?

– TABLEEEEEEEEEEEEETTTE MAMAAAAAAAAAN S’IL TE PLAIT !!!

Ah. Quand même. Non, parce qu’on est polis, chez nous (même quand on vocifère).

Ce merveilleux interlude devrait me permettre de piquer un somme de lancer une lessive / étendre la lessive / vider le lave-vaisselle / préparer un repas sain et bio à ma fille (ou des pâtes).

11h15

De ma plus douce voix de mère dévouée :

– Ma chérie, viens manger, le déjeuner est prêt !

Silence.

– Ma chérie, viens à table !

Ma fille, si sensible, si intuitive, ne sent-elle pas poindre l’agacement dans ma voix ?

– MiniPrincesse, lève le nez de la tablette TOUT DE SUITE !

11h18

– Beurk.

– Les pâtes, c’est beurk ?

– Oui.

– Bon. Tu veux de la semoule ?

– Beurk.

Je me creuse la tête, à court de bestsellers. Au bout de 48 heures de jeûne quasi-complet – rapport à son « petit ventre, moi », je cède à la panique, prête à tout pour faire ingérer un peu de nourriture à mon enfant qui frôle sans nul doute l’inanition.

– Tu veux de la compote ?

– Non.

L’heure est grave.

– Tu es sûre ? Même pas une compote EN GOURDE (alias le graal) ?

– Non, merci, Maman.

« Non, merci, Maman » ?

Moi, au bord des larmes :

– Du chocolat ?!!

11h29

La tablette de Prince est couverte de petites traces de petits doigts chocolatés.

11h50

De ma plus douce voix de mère dévouée :

– Tu viens, MiniPrincesse, c’est l’heure de la sieste !

Regard courroucé.

– Mais Maman, moi occupée jouer !

– Si tu vas te coucher immédiatement, je te laisserai rejouer à la tablette tout à l’heure.

La discipline positive en action, je vous dis.

Parents efficaces (une aubaine pour toi, parent inefficace)

Parents efficaces (une aubaine pour toi, parent inefficace)

11h51

MiniPrincesse est au lit.

12h25 (BEAUCOUP TROP TOT, donc)

– Mamaaaaaaaaaaaaaan ! braille MiniPrincesse.

– Oui, ma chérie ? Qu’est-ce qu’il y a encore ?

Je brandis machinalement – la force de l’habitude – le thermomètre devant le visage cramoisi de MiniPrincesse, déclenchant moult hurlements.

– Moi pas malade, Maman ! PAS THERMOMETRE !!! PAS THERMOMEEEEEEETRE !!!

40,2°. Epatant.

Avant d’avoir des enfants, je croyais que c’était la panacée que de s’occuper d’un enfant patraque. « Ca » ne fait que dormir, non ?

Ben non. Un enfant malade, il s’avère que « ça » fait tout sauf dormir. Ca chouine, ça se mouche (mal), ça se plaint, ça veut jouer à la tablette, ça ne veut rien manger sauf du chocolat, ça veut Papa (« il est au travail, ma chérie. – Pourquoiiiiiiiiiiii ?! Veux Papa !!!! Pas Maman !!!! »).

Pas de bol. La journée enfant malade, c’est pour Maman.

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Voyage voyage (d’affaires)

Un déplacement professionnel version Eva in London commence généralement par une valise bouclée à la va-vite, tard – bien trop tard – la veille au soir. J’oublie toujours au moins une chose ; de préférence, un objet dont l’absence ne manquera pas d’être remarquée : ma seule et unique veste de tailleur, mon bloc-notes, ou tout simplement un haut propre pour le lendemain.

La nuit venue, c’est Prince qui, vaillant, se lève pour aller expliquer à notre progéniture que non, la nuit on ne mange pas, la nuit on ne joue pas, et la nuit on ne réveille pas Papa et Maman qui sont fatigués et se lèvent tôt demain. Se recouche. Se relève pour expliquer que non, la nuit, etc, etc. Se recouche, etc, etc.

Le marathon démarre à l’aube (même pas naissante).

5h09 (ne jamais mettre son réveil à heure pile !) : brusquement réveillée par la sonnerie de mon blackberry, je cherche à tâtons comment l’éteindre, n’y arrive pas, il sonne de plus en plus fort, je jure, cherche encore, puisque c’est comme ça j’allume la lumière, Prince grogne, j’éteins le blackberry, la lumière et saute du lit.

5h25 : appel du taxi (Prince grogne un peu plus fort). « Ah, vous êtes déjà là ? J’arrive tout de suite ». Je suis encore en pyjama.

5h32 : je m’affale dans le taxi, direction Heathrow.

5h55 : je me souviens que j’ai oublié de retirer du liquide pour payer la course. Et réalise que j’ai gardé mon informe haut de pyjama rose fuschia au lieu d’enfiler l’impeccable chemine repassée la veille (par Prince).

6h30 : arrivée à Heathrow. Sécurité. Devant mon refus de pénétrer à l’intérieur du scanner tout neuf, le responsable m’informe « à regret » que si ça ne me plaît pas, je n’ai qu’à rentrer chez moi. Je me prends à imaginer tout ce que je pourrais bien faire d’une journée tranquille à la maison (lire des magazines, aller chez le coiffeur, écrire un billet pour mon blog). Puis je pense à mon chef et au fait que gagner de l’argent, c’est quand même bien. Je rentre dans le scanner.

Les joies de la vie d'Eva in London

10h30 : au comble du glamour, j’atterris au fin fond de l’Allemagne, ni maquillée, ni coiffée.

10h42 : maquillée, plus ou moins coiffée, haut chic et flambant neuf trouvé à prix d’or dans LA boutique chic de l’aéroport, je me dirige d’un pas assuré vers la sortie. WonderWoman, c’est moi. Rien ne m’arrête.

10h45 : oh, un stand de massage ! Hum. Je grimace en constatant que, rapport au shopping improvisé, je suis déjà en retard pour ma réunion de 11h. Ce sera pour le retour.

11h10 : essouflée, décoiffée et maquillage déjà considérablement défraîchi, j’arrive en trombe dans la salle de réunion. Bredouille un « Entschuldigung » (excusez-moi). Réalise que j’ai interrompu la présentation du big boss. M’assois et me ratatine dans mon siège pour tenter de me faire oublier.

18h : je rentrerais bien à l’hôtel, mais tout le monde est encore au bureau. Damn it ! Au moins, à Londres, j’ai l’excuse de la nounou pour partir tôt.

18h30 : c’est pas tout ça, mais après le minuscule sandwich allemand de ce midi, je rentrerais bien dîner, moi.

19h35 : enfin, big boss est parti. Soupir à peine étouffé de ses collaborateurs.

19h36 : le bureau est vide.

19h55 : je m’attable avec satisfaction à la table du restaurant, me félicitant d’avoir décliné le dîner d’affaires proposé à contrecœur par big boss. Découvrir la ville où je n’ai jamais y avoir mis les pieds ? Faire connaissance avec mes collègues ? Très peu pour moi. Un repas tranquille préparé par d’autres mains que les miennes, une soirée en tête-à-tête avec Internet, et une nuit de sommeil garantie sans interruption (« non, la nuit, on ne mange pas, etc., etc. ») ? Voilà une offre bien plus alléchante.

Toute à la lecture de Grazia International Herard Tribune, je fais tomber mon assiette à pain qui se brise en mille morceaux. Un silence surpris s’abat immédiatement sur la salle de restaurant, jusqu’à ce que la serveuse vienne promptement ramasser les débris. Elle se relève, me lance un coup d’œil, et m’enlève couteau à pain et verre à vin. On ne sait jamais.

20h02 : la serveuse revient me retirer ma serviette (à la réflexion ?).

20h05 : je scrute le menu du restaurant en me demandant si je tente ce velouté de châtaignes à la truffe, et si oui, si le mot truffe apparaîtra sur la note de frais.

20h14 : je réprime un sourire lorsque l’homme d’affaires assis à la table d’à côté de moi me dévisage sans vergogne. « Il ne peut résister à mon sex appeal dévastateur de business woman », me gargarisé-je. Puis je me rappelle l’assiette cassée et réalise que l’homme n’est pas intéressé mais tout simplement narquois.

21h05 : retour dans ma chambre (seule). J’essaie de regarder la télé en allemand, renonce au bout de huit minutes et enchaîne joyeusement avec une émission de cuisine en français. Vive TV5 Monde !

21h30 : quel bonheur que de pouvoir se coucher à 20h30, heure anglaise. Allez, encore un petit tour sur ce blog d’une copine, et j’arrête.

23h20 : il faut vraiment que je cesse de glander sur Place des tendances / Facebook / Pensées de ronde, m’admonesté-je.

23h45 : extinction des feux. Si, si.

La suite au prochain épisode…

« Ah, vous êtes française ! »

Au bout de tant d’années à Londres, je pensais m’être parfaitement fondue dans la masse. Je ne double plus subrepticement les gens dans la queue en me félicitant intérieurement d’être plus maligne qu’eux, j’ai toujours un parapluie sur moi « parce qu’on ne sait jamais il peut pleuvoir à tout instant », et il m’est même arrivé de recevoir de vrais Anglais pour le thé. D’accord, il s’agissait de voisins qui n’avaient pas eu le cœur de décliner ma huitième invitation, mais  qu’importe : je croyais sincèrement être intégrée jusqu’au bout des ongles.

C’est pourquoi, lorsque ma franchouillardise est démasquée en quelques millisecondes, cela a le don de m’agacer profondément.

Qu’est-ce qui me trahit ainsi ?

Mon foulard élégamment enroulé autour du cou ?

Mon sac Vanessa Bruno ?

Un certain je ne sais quoi (comme disent les Anglais) de chic parisien ?

Hélas, non.

Mon accent franco-français.

Il a beau être loin, le temps où Eva in London prenait soigneusement des notes sur le professional English de ses collègues Superconsultants (« Welcome to SuperConseil, how can I help ? »), immanquablement, à peine ouvré-je la bouche que mon client m’interrompt, jovial :

– Ah, you’re French!

Cette saillie peut également être suivie de « I love the French accent, it’s so cute » (mignon)  lorsqu’un(e) Anglais(e) tombe sous le charme d’un(e) Français(e), voire du plus explicite « It’s so sexy ».

Enfin, paraît-il, parce qu’en ce qui me concerne, mes interlocuteurs ont surtout tendance à me prendre pour une agence de voyages sur pattes. Et que je te demande une bonne adresse de resto à Paris, et que je te raconte mes dernières vacances dans le family cottage du Lubéron, et que je m’étrangle d’indignation devant la grossièreté des garçons de café / les Russes qui envahissent Megève /  les frasques de Rihanna à St Tropez.

Bref. Vous conviendrez que c’est rien moins que rageant, après dix-huit ans de pratique de l’anglais, d’en être encore là. En bonne Française, je me proclame victime du système. Plus précisément du système éducatif français des années 80 (« Femme des années 80, femme … », mais je m’égare) : déjà, en faisant allemand Langue Vivante 1 parce que c’est comme ça qu’on sépare le bon grain de l’ivraie les bons élèves des mauvais les élèves poussés par leurs parents des normaux, je ne partais pas bien. Par ailleurs, je suis partie tard, c’est-à-dire en commençant en quatrième et non, comme paraît-il c’est le cas aujourd’hui, au primaire voire à la maternelle ou à la crèche. Un retard que je n’ai malheureusement jamais rattrapé.

Si je n’ai point à rougir de mon anglais à proprement parler – contrairement à de nombreux Français qui refusent inexplicablement de s’exprimer dans la langue de Shakespeare devant leurs compatriotes – je me prends malgré tout à rêver au jour où je manierai impeccablement l’accent british.

En attendant, avec 400 000 Français à Londres et moult touristes en goguette, je tiens ma revanche. Tiens, pas plus tard que cet après-midi. Au détour d’une rue, un jeune homme m’aborde, chaussures bateau aux pieds, pull négligemment noué autour des épaules et accent franchouillard à couper au couteau :

– Excuse me, Madam, do you know where is ze pub ‘orse and Groom ?

Moi, du tac au tac et en français dans le texte :

– Alors, vous prenez à droite après le feu, et au bout de 200 mètres, c’est sur votre gauche. Bon WE !

La vengeance est un plat qui se mange froid.

Et vous, votre accent vous trahit-il ? Cela vous agace-t-il, ou cherchez-vous au contraire à en jouer ?

Toute la vérité sur Eurostar (par quelqu’un qui le connaît bien)

Eurostar et moi avons tout du couple. Du vieux couple, pour être précise.

Comme beaucoup, nous avons connu la passion des débuts. Nous allions jusqu’à se voir une, deux ou même trois fois par mois. Tous les prétextes étaient bons : un mariage, un anniversaire, un dîner de potes… nous ne pouvions nous rassasier l’un de l’autre. A 45 euros l’aller-retour en tarif jeune (si, si), je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.

Au bout de quelques mois, lorsque la fascination a commencé à s’émousser, nous avons déployé des trésors d’inventivité pour entretenir la flamme (« 2h15 au lieu de 2h40 ! C’est presque comme si on habitait encore à Paris ! » NB : tout est dans le presque) et briser la routine (« Eurostar a le plaisir de vous accueillir dans la nouvelle gare de St Pancras International, où vous trouverez un bar à champagne et de nombreux autres commerces pour rendre votre voyage toujours plus agréable »).

Malgré toute la bonne volonté du monde, le temps fait son œuvre : Eurostar et moi sommes aujourd’hui ce qu’il convient d’appeler de vieux amants.

Nous nous connaissons mieux que personne, nous chamaillons sans que le cœur y soit puisque nous savons bien, au fond, que nous ne saurions nous passer l’un de l’autre, et surtout, nos petites habitudes sont désormais solidement ancrées.

– On anticipe : 120 jours à l’avance très précisément, me voici sur www.eurostar.com pour tenter de dénicher un éventuel billet à tarif abordable. Encore raté, à moins de m’éclipser discrètement du bureau sur les coups de 15 heures pour attraper le train de 16h01. Mais si je ne veux pas passer de Superconsultante à Superglandue, puis Superchômeuse, je ferais peut-être mieux d’éviter.

– On n’hésite pas à regarder ailleurs, en comparant attentivement les tarifs SNCF et Eurostar pour voir si ça vaut le coup de rester fidèle. Voyons, avec le taux de change du jour, en convertissant le tarif SNCF en livres, etc., etc.

– En cas de petite écartade, on reste bien sûr discret, et on se réserve le droit de changer d’avis et de revenir à son régulier : hop, une petite option gratuite d’une semaine sur le site SNCF… hélas plus possible.

– On s’obstine à emporter toute sa maison avec soi quand on part en vacances, en se disant comme les vieux « on ne sait jamais » : oui, c’est parfaitement normal que je n’arrive à soulever ma valise ni à l’aller (et pour cause, elle est pleine d’objets lourds et parfaitement inutiles à entreposer pour toujours à confier à mes parents, comme mes albums photo de 1997 à 2002 pourtant soigneusement rapportés dans l’autre sens) ni au retour (et pour cause, elle est pleine d’objets lourds et toujours parfaitement inutiles, comme des conserves de macédoine de légumes, des bocaux de cornichons et surtout 3 à 4 kilos de bon pain parisien à congeler dès l’arrivée pour tenir jusqu’au prochain voyage).

– On sait jusqu’où on peut pousser le bouchon avant que l’autre ne s’énerve pour de bon : Eurostar a beau m’ordonner de me présenter au minimum 30 minutes avant le départ, je sais bien qu’il ne fera que hausser les sourcils et bougonner un peu si je me pointe, haletante et en sueur, 11 minutes avant.

– On chouchoute les enfants : il paraît qu’il existe un monde merveilleux – le Salon, pardon, le Frequent Traveller Lounge en bon français – où on sert du chocolat chaud et où on peut chaparder pommes, bouteilles d’eau et Pleine Vie magazine. Jamais eu le droit de rentrer.

– On sourit devant la naïveté des petits jeunes : « A moi la jelly ! La Marmite ! Les pubs ! Les pintes de bière bon marché ! » se disent les débutants touristes. « Je ferais mieux de foncer au bar avant que les Anglais ne le prennent d’assaut », se disent les expats et autres vieux couples voyageurs chevronnés.

– On connaît nos petites faiblesses :

  • Sa radinerie : chez Eurostar, il fait toujours froid. Très froid.
  • Son manque d’attention aux autres : entre les Anglais qui débouchent un médiocre mousseux avant même le train parti (« So exciting to have champagne on the Eurostar ! ») et les banquiers français qui braillent des informations confidentielles dans leur téléphone portable, Eurostar me donne parfois envie d’aller le tromper avec Easyjet ou Air France. NS : paraît-il qu’à partir de septembre 2012, il y aura des wagons silencieux – mais pour les riches uniquement (en leisure select et business). Les pauvres peuvent se brosser continuer à être importunés par le film du voisin.
  • Ses tics de langage, comme la sempiternelle annonce « Le bar restera ouvert pour dix minutes supplémentaires », insupportable anglicisme qui ne manque pas de me hérisser. Non, me retiens-je de vociférer, en français on dit « Le bar restera ouvert ENCORE DIX MINUTES » !
  • Mon audace virant parfois à l’effronterie : « Bonjour, Monsieur le chef de bord, pourrais-je aller en première, s’il vous plaît ? Ah, il en coûtera 80 livres ? Et gratuitement, je peux y aller, y a plein d’Anglais bruyants et saoûls dans mon wagon ? Non ? »

– Et on s’y habitue : à peine installée, on sort le kit mémé la polaire (rapport au froid), les boules Quiès (rapport aux Anglais comme aux annonces de la non-défunte compagnie des Wagons Lits), et on arrête de demander à être surclassée à l’œil.

– On a tendance à tenir l’autre pour acquis : en quadruplant ses tarifs en six ans (de 80 à plus de 300 euros pour un aller-retour modifiable), Eurostar s’est vraiment (re)lâché sur les prix. Il a beau être plus rapide, plus facile à vivre et plus charmant que ses rivaux aériens, je trouve qu’il pousse le bouchon un peu loin.

– Avec l’âge, on devient pointilleux, voire maniaque : la rumeur court qu’Eurostar paierait des agents secrets pour débusquer les petits malins qui grappilleraient les points de fidélité qui ne leur appartiennent pas / tentent d’échanger sur le marché noir un billet non échangeable (malgré son prix ahurissant de 150 euros) / achètent sans rougir un billet en tarif jeune (j’ai ainsi très longtemps eu moins de 26 ans)

– Mais on sait sortir le grand jeu quand il le faut vraiment : même avec toute la mauvaise foi du monde, je me dois d’admettre une chose. Quand il veut, Eurostar fait preuve d’une amabilité et d’une souplesse tout bonnement exceptionnelles. Modifier mon billet non modifiable parce que je me suis trompée de train en réservant ? Aucun problème, ma douce. Annuler mon billet non annulable parce que je suis au fond de mon lit ? C’est pas un souci, et remets-toi vite, ma chérie. Enfin, ça dépend si (le téléconseiller) Eurostar est bien luné ce jour-là (NB : si ce n’est pas le cas, réessayer avec un autre téléconseiller mieux disposé 30 minutes plus tard).

Vous l’aurez compris, on a beau avoir nos défauts… Eurostar et moi, c’est pour la vie (sauf si je trouve mieux ailleurs).

Et vous, avec Eurostar, c’est la haine, l’indifférence, l’affection ou le grand amour ?

PS : billet évidemment non sponsorisé !

« Eva in London : a voté » (mais au bout de 8 heures, 57 minutes et pas mal d’aventures) – 3/3

Acte III : 6 mai 2012, Londres

Cette fois, je ne vais pas me faire avoir. J’emmène MiniPrincesse sous le bras, et on verra bien qui grille la queue comme une championne, priorité aux moins de 16 mois oblige. Au moins, que ça serve à quelque chose d’avoir un enfant.

14h10

Couches : OK. Petits pots : OK. Doudou : OK. On est presque prêts à partir.

14h18

On change la couche de MiniPrincesse. On est presque prêts à partir.

14h25

Pourquoi elle geint comme ça ? Tu crois qu’elle a faim ? Voyons voir. A observer la manière dont elle ouvre grand la bouche pour la becquée, oui, elle crève la dalle, cette gamine (décidément c’est une habitude). Allez, une petite compote, vite fait. On est presque prêts à partir.

14h38

Il est où son manteau ?

14h42

MiniPrincesse, arrête de te tortiller le temps que ton auguste géniteur t’enfile ton manteau.

14h47

Mais c’est pas possible, il est où son doudou ?

14h49

Cette fois, on y va.

14h52

J’ai oublié mon passeport. Ni convocation ni carte électorale – je n’ai reçu ni l’une ni l’autre – mais après tout, ça ne m’a pas empêchée de voter la dernière fois.

15h05

Nous voici à la gare – ça ira plus vite que le métro, paraît-il. Comme on a loupé le train, on refile une compote à MiniPrincesse, histoire d’avoir la paix.

15h19

Nous nous engouffrons dans le train.

15h22

Une douce voix annonce : « The next station is (ville de banlieue pourrie) ». Prince et moi nous regardons avec effroi. Nous avons pris le train dans la mauvaise direction. Réflexe malin : nous descendons précipitamment.

15h24

Nous apprenons que dans cette accueillante banlieue, il y a deux trains par heure, et le prochain est dans 26 minutes. Hystérique, je traîne Prince et MiniPrincesse hors de la gare (et tac, 2 livres chacun en moins sur nos cartes de transport). Oh, comme c’est accueillant, par ici. Vite, un bus, n’importe lequel.

15h28

Aucun bus ne va là où on veut (loin de la banlieue pourrie et à South Kensington pour aller voter). Résignés, nous prenons le premier bus qui nous dépose au métro.

16h35

1h50 au lieu de 45 minutes pour rallier le Lycée Français. Prince, grand prince (il fallait bien que je la case, celle-là) ne me fait point remarquer que je suis en train de lui saborder son dimanche, avec mes bonnes idées de Française qui cherche à gruger le système.

16h38

Il n’y a personne. Nada. Pas un chat. Prince aurait pu rester tranquillement à roupiller à la maison avec sa fille. Oups.

16h39

Prince se fait refouler à l’entrée sous prétexte qu’il ne vote pas. Malgré cette marque d’estime de l’Etat français, il conserve son calme et part faire faire des tours de poussette à notre MiniPrincesse. Quel homme. Impressionnée, la jeune femme responsable du « filtrage » l’encourage : « Votre femme en a pour cinq minutes, pas plus. Promis ! ». Mais soudain, tout se précipite.

16h40

Je tends mon passeport à une dame à l’air avenant. Elle le regarde. Regarde la liste électorale. Fronce les sourcils. Regarde à nouveau mon passeport. A nouveau la liste électorale.

– Désolée, Madame, vous n’êtes pas sur la liste électorale.
– … ?
– Vous vous appelez bien Eva in London ?
– Oui, c’est ce qui est indiqué sur mon passeport.
– Ah… il semblerait qu’il y ait sur nos listes une Eva in London, née la même année que vous, mais qui n’est pas vous.
Quoi ? Qu’apprends-je ? Il existerait une autre Eva in London ? A London ? Et elle pousserait le vice jusqu’à être née la même année que moi ? Bon. Après tout, ce ne sont pas mes affaires. Moi, je suis là pour voter. Constructive, je lance :

– Alors, pour voter, je fais comment ?
– Ben… vous pouvez pas.
– Je veux voter.
– Allons au bureau de médiation.
– Non. Je veux voter. Je veux voter. Je veux voter. Je veux voter. Je veux voter.

16h49, au bureau de médiation
– Ah, c’est vous la deuxième Eva in London ?
– …
– Madame, il semblerait que vous soyez bien sur les listes à Kentish Town. Il y a deux semaines, nous avons commis une erreur en vous laissant voter à la place de la première Eva in London.

Il va arrêter de me traiter de deuxième, oui ?

– Ca m’est égal. Si elle a pu voter, vous n’avez qu’à faire de même pour moi.
– Malheureusement, nous n’avons pas le droit de vous ajouter à la liste électorale.
– Dommage, parce que je ne bouge pas d’ici tant que vous n’avez pas trouvé de solution. Qu’on se comprenne bien : je perds deux heures à faire une procuration (ils ne sont pas censés savoir que ça n’a pris que vingt minutes) en France, procuration qui a été refusée parce que j’avais été inscrite sur VOS listes électorales par VOUS sans qu’on ne m’ait rien demandé. Ensuite, je reperds cinq heures durant lesquelles je laisse mon bébé et mon mari pour venir faire la queue, il y a deux semaines (ils ne sont pas censés savoir que j’étais bien contente d’avoir la paix pendant cinq heures). Et aujourd’hui, je reperds deux heures pour venir avec mon bébé et mon mari (ils ne sont pas censés savoir que je n’ai pas été fichue de vérifier la destination du train) et VOUS me dites que je n’ai PAS LE DROIT DE VOTER ?

Diatribe prononcée avec la voix qui tremble, les yeux embués de larmes, et tout le touin touin. Ben oui, quand on a dormi 2 heures + 3 heures + 2 heures, on perd vite son calme.

La fonctionnaire, visiblement embêtée :

– Si, si, vous avez le droit de voter.
– Ah ?
– A Kentish Town. Tenez, voici un formulaire qui vous permettra de passer en priorité (devant qui ? Y A PERSONNE !!!).


– Donc, après avoir perdu quasiment DIX HEURES pour voter, vous avez le culot de m’envoyer à l’autre bout de la ville ? Comme si vous ne m’aviez pas déjà suffisamment flingué mon dimanche ?

Silence consterné. Je m’apprête à partir, laissant ostensiblement derrière moi le merveilleux laisser-passer. Je veux bien être citoyenne, mais y a des limites à tout.

–  Eva in London, attendez ! Il y a bien une solution.
–  ?
–  Et si le chauffeur du Consul vous emmenait en voiture ?

Je fais la moue pour bien indiquer que ceci est une bien piètre consolation, mais intérieurement, je suis fébrile. Perdu pour perdu, enfin une petite aventure – et de quoi alimenter un blog qui se languit ! Impassible, je rétorque :

–  Bon, si vraiment ça va vite…

16h59

J’indique à Prince que sa femme est sur le point de se faire escorter par le chauffeur du Consul. Mais il en a vu d’autres. Très peu pour lui, l’apparat et le faste. Il rentre à la maison avec MiniPrincesse.

17h25

Coincée dans les embouteillages à Camden Town, je converse agréablement avec Gentil Chauffeur du Consul, découvrant ainsi – en vrac – le massage abdominal chinois, les vertus du qi gong et les mérites du nouveau Collège Français Bilingue de Londres.

17h31

Arrivée au Collège Français Bilingue de Londres, où se tient le vote. Gentil Chauffeur du Consul m’accompagne, pour bien montrer que je suis super importante. Y a pas un chat, à part les nombreux fonctionnaires à qui Gentil Chauffeur claque la bise, mais qu’importe : je présente mon laisser-passer afin de dissiper les doutes : je suis une vraie VIP. Et cette fois, qu’on soit bien clair : Eva in London, c’est moi.

17h33

« Eva in London : a voté »

17h38

Après m’avoir fait visiter les coulisses (comme il sied à une VIP), Gentil Chauffeur du Consul propose gentiment de me ramener à South Kensington. J’accepte avec empressement : j’ai encore des questions sur l’aïkido.

18h39

Retour à la maison.

Durée de l’acte III : 4 heures 29 minutes

Heureusement, pour les législatives, à Londres, on vote en ligne.

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« Eva in London : a voté » (mais au bout de 8 heures, 57 minutes et pas mal d’aventures) – 2/3

Acte II : 22 avril 2012, Londres

Je n’en reviens pas. Madame B., la gentille fonctionnaire qui avait délibérément forcé les systèmes informatiques de l’Etat à accepter la photo d’extraterrestre qu’on avait prise de MiniPrincesse à 3 jours (« Mais bien sûr que si, c’est une photo de professionnel ») pour qu’on puisse la ramener en Angleterre avec un passeport légal, Madame B. m’a appelée il y a trois jours pour me faire savoir que ma procuration avait été refusée.

Stupéfaction. Vous le saviez, vous, que l’Etat pouvait refuser une procuration ?

Apparemment, je suis déjà inscrite sur les listes électorales de Londres. Ah bon, je ne suis pas inscrite en France ? Si, si. Aussi. Passons sur le fait que je n’ai jamais demandé à apparaître sur les listes électorales en Grande-Bretagne. C’est louche, cette affaire. Quoi qu’il en soit, Madame B. est formelle : je suis inscrite en Grande-Bretagne ET en France, mais je n’ai le droit de voter qu’à Londres. Heureusement que j’ai passé deux heures à faire la queue pour établir une procuration, hein  – ah non, c’est vrai, vous étiez là pour le premier acte. OK, vingt minutes montre en main.

Mais à Londres, c’est bien fait : il paraît même qu’il y a DEUX FOIS PLUS de bureaux de vote qu’en 2007. Ouf.

13h07

Je quitte la maison sur la pointe des pieds, vigilante de ne réveiller ni MiniPrincesse ni Prince. M’attendent cinquante minutes de transports en communs avec 3 lignes de métro différentes, mais voyons le verre à moitié plein : je ne suis pas fâchée de pouvoir finir tranquillement le roman que j’essaie péniblement de terminer à raison de cinq minutes par jour entre 22h25 et 22h30.

14h00

Guillerette à l’idée d’effectuer mon devoir de citoyenne, je me pointe au Lycée Français de Londres. Pourquoi avoir choisi cette heure ? Parce que, ma bonne dame, on est dimanche, et élections ou pas, « les Français » doivent être en train de finir leur Paris-Brest ou leur café, à l’heure qu’il est.

Las. « Les Français » sont en train de faire la queue – en tout cas, tous ceux qui, comme moi, se croyaient plus malins que les autres en venant à l’heure du déjeuner (mais n’est-ce pas là la marque du vrai Français que de se croire plus malin que les autres ?). Sur des centaines et des centaines de mètres.

En Française adoucie et disciplinée par la fréquentation des Anglais, je prends place tout au bout de la queue en me félicitant de mon double civisme : ne pas doubler en douce + ne pas faire demi-tour devant la queue parce que voter c’est important = qu’est-ce que l’Etat français a de la chance de me compter parmi ses ressortissants, quand même.

14h07

Quelques mètres derrière moi : « c’est bien la queue de A-à-I, ici ? »

Bingo, mon nom de famille commence par un M (mon nom de jeune fille, hein, comme on l’a vu, il ne faut pas confondre). Je tourne les talons et longe une file environ cinq fois plus longue que celle dans laquelle je me tenais – estimation qui s’avérera juste, puisque les chanceux A-à-I devront patienter 40 minutes pour voter, contre 2h20 pour les I-à-Z.

Je scrute attentivement les visages des malheureux gens de bonne volonté qui piétinent dans la queue. Sur 400 000 Français de Londres, je dois bien en connaître un qui me permettra de gruger la queue discuter pour passer le temps ?

Gagné : tout au bout de la file ou presque (tant pis pour la triche), voici deux camarades blogueuses-françaises-de-Londres (eh oui, c’est un petit monde).

14h21

Bao, Delphine et moi devisons gaiement, je leur fais part de mes angoisses de jeune mère expatriée (« Et si je me trouve à court de petits pots endives-artichauts, je fais quoi ? Comment transmettre le français à MiniPrincesse ? Où trouver un pédiatre ? »), bref, c’est trop sympa.

14h58

Le vent se lève.

15h10

Il commence à faire frisquet, sur les trottoirs de South Kensington.

15h18

La cour du Lycée Français est en vue. Avec au moins 300 quidams à l’intérieur.

(merci Delphine pour la photo qui respecte l’anonymat et tout et tout)

15h21

Je réalise avec stupeur que DEUX FOIS PLUS de bureaux de vote = DEUX bureaux de vote. Pour 400 000 Français.

15h35

C’est pire qu’Eurodisney, ici. Et pas moyen de dégainer son FastPass, le coupe-file version rêve américain. Liberté, égalité et fraternité oblige, le seul moyen de tricher éviter la queue, c’est de brandir un bébé de moins de 16 mois. Pas 1 an, pas 18 mois, pas 2 ans : 16 mois. C’est comme le coup du A-à-I, ne me demandez pas comment le Consulat Français parvient à ce genre de décision. Et dire que je me suis débarrassée de MiniPrincesse le seul jour où ça servait à quelque chose d’avoir un môme.

15h59

Sous la pluie, c’est moins drôle.

16h01

J’offre un bout de mon mini-parapluie à une sympathique inconnue derrière moi. C’est beau, la solidarité citoyenne.

16h10

Je suis prise d’un sursaut d’optimisme. « On n’a jamais été aussi près » ! m’exclamé-je à qui veut bien l’entendre.

16h12

Enfin, le Graal : la cantine du Lycée Français. Ca sent le chien mouillé, mais c’est pas grave : je vais VOTER. Bientôt.

16h15

A mon grand soulagement autant qu’à ma grande surprise, j’apparais bien sur la liste électorale : « Eva in London ». C’est moi. Je grommelle – on ne se refait pas – que je n’ai jamais demandé à y figurer, mais mon interlocuteur hausse les épaules en répliquant que cela a dû être fait à l’insu de mon plein gré lors d’une formalité quelconque. Au hasard, lorsque j’ai fait refaire mon passeport pour prendre le nom extrêmement compliqué et imprononçable de mon hongrois de mari.

16h22

Aucun des trois contrôles ne révèle que je suis en train de commettre une fraude d’identité.

16h23

« Eva in London : a voté ».

(durée de l’acte II : 4 heures et 8 minutes, transports compris)

Au prochain et dernier acte : où Eva in London obtient d’être conduite au bureau de vote par le chauffeur du Consul (pour de vrai).

« Eva in London : a voté » (mais au bout de 8 heures, 57 minutes et pas mal d’aventures) – 1/3

8h57 : voilà le temps que j’ai mis à voter à l’élection présidentielle des 22 avril et 6 mai 2012. Sans doute le vote le plus long de l’Histoire de France. Laissez-moi vous conter cette comédie dramatique en trois actes, sans unité de lieu, d’action ni, vous l’aurez compris, de temps.

Acte I : 26 mars 2012, commissariat de police d’une coquette ville de banlieue parisienne.

Personnages : Eva in London, Mini Princesse (9 mois), la maman d’Eva in London, un Gentil Policier

15h26

Arrivée au commissariat. « Pour les procurations, c’est au premier étage, tournez à droite après les escaliers ». Au premier étage, à droite après les escaliers, il n’y a personne. Peut-être que c’est là, derrière la porte marquée « Réservé aux agents » ? Non, nous dit un Gentil Policier sorti de nulle part, ajoutant : « Vous avez de la chance, il n’y a personne cet après-midi ! Ce matin, il fallait compter une bonne heure de queue. » Quelle chance, me dis-je à cet instant.  Qu’est-ce que c’est facile de voter, de nos jours. Parfois, heureusement qu’on ne sait pas de quoi l’avenir est fait.

Rodé, Gentil Policier m’indique comment remplir ma procuration : « Vous n’inversez pas votre nom de jeune fille et votre nom d’épouse, hein ? ». Je hausse les épaules et réplique d’un ton aimable mais sans appel : « Ne vous inquiétez pas, Monsieur, je vais y arriver ». Pendant ce temps, MiniPrincesse – sans doute déjà tombée sous le charme de l’uniforme – fait les yeux doux à Gentil Policier, qui le lui rend bien.

15h31

Eva in London, déconfite : « Euh… j’ai inversé mon nom de jeune fille et mon nom d’épouse, c’est grave, Monsieur le Gentil Policier ? »

Gentil Policier, qui en a vu d’autres : « Non »

Eva in London, pleine d’espoir et visiblement pas au fait de la bureaucratie : « Ah, je peux juste rayer alors ? »

Gentil Policier, toujours calme : « Non. Mais voici une nouvelle procuration. Faites attention à ne pas inverser, etc, etc. »

Eva in London, docile : « OK, OK »

15h33

Eva in London : « Maman, tu pourrais me prêter un stylo, impossible de remettre la main sur le mien ? »

15h38

Eva in London : « Ma chérie, ne mange pas le stylo de Bonnemaman. Ma chérie, ne mange pas la procuration de Maman. Ma chérie, ne mange pas le pistolet de Monsieur le Gentil Policier. » Etc, etc.

15h46

Monsieur le Gentil Policier ayant accepté ma procuration, nous ressortons toutes trois du commissariat, enchantées devant l’efficacité de l’administration. Je calcule qu’avec 14 minutes devant nous, nous avons même le temps d’aller faire des provisions de petits pots pour bébé, cornichons et autres galettes de sarrasin avant le rendez-vous chez le pédiatre ; toutes activités indispensables, puisqu’en Angleterre, c’est bien connu, il n’y a ni cornichons, ni galettes de sarrasin (enfin si, Ocado, hein, je balance le bon plan sans avoir l’air d’y toucher), ni petits pots pour bébé (enfin si, mais version fish and chips ou Sunday roast plutôt que filet de colin à la ratatouille) ni pédiatre (enfin si, mais seulement aux urgences, et là il faut se taper une à deux heures de queue et indiquer que le pronostic vital de son enfant est engagé). Mais je m’égare.

En 14 minutes donc, y a bien le temps de reconstituer mes stocks de maman en mal de France ? Ben en fait, non.

15h59 : zut, il est vraiment temps de filer à la caisse. Oh, des compotes pommes coings !

16h04 : je commence à être vraiment en retard. Mais pas assez pour ne pas consacrer 85 secondes supplémentaires à dénicher ma carte de fidélité. « La carte Vitale, c’est pas ça… la carte de bibliothèque périmée depuis quatre ans non plus… ah, la voici ! Ah, on n’est pas chez Casino ici ? »

16h12, sous le regard furibond du pédiatre : « Je vous présente mes plus plates excuses, Docteur. Il y avait un monde fou au commissariat. »

(durée de l’acte I : 20 minutes. Sans compter la razzia monopriesque, parce que je n’abhorre rien tant que la mauvaise foi.)

A l’acte suivant : où accomplir son devoir de citoyenne implique 2h23 de queue, et une usurpation d’identité.

PS : quand on n’a pas voté le 21 avril 2002 par flemme de faire une procuration, on réalise que voter n’est pas seulement un droit, mais aussi un devoir…

Saut spatio-temporel. Enfin, surtout temporel…

Le problème, quand on tient un blog en différé, c’est que parfois même l’auteur s’y perd. Cependant, cela présente un immense avantage : le recul. Le recul ouvre le champ des possibles. Avoir du recul permet de rire des situations les plus abracadabrantes et/ou déprimantes :

– quand on débarque sous la pluie dans un pays qu’on n’a pas choisi
quand on emménage dans une boîte à chaussures pour un loyer exorbitant
– quand, lasse de chercher le job de ses rêves, on devient Supergrouillotte pour un salaire de sous-grouillot
quand on interroge ses voisines asiatiques lesbiennes sur leur vie intime
– et enfin, quand après s’être échinée à planifier « le plus beau jour de sa vie », alias son mariage franco-magyaro-polonais, on se retrouve gavée de médicaments pour tenir debout le jour J.

Le recul a donc du bon : n’est-il est nettement plus aisé de rire de soi a posteriori ? « Mais on nous avait promis de rattraper le présent ! Au vol ! Remboursez ! » s’élèvent les râleurs et/ou les plus fidèles lecteurs, ceux qui n’ont rien oublié. Il est vrai qu’à la naissance de ce blog, les chroniques avaient trois ans de « retard ». Deux ans après… le retard est le même. Cherchez l’erreur ? Bref, aux grands maux les grands remèdes : Eva in London vous propose de sauter d’un coup… un an et demi (nous voici donc fin 2009, pour ceux que cela rassurerait d’avoir une date à laquelle se raccrocher. Plus que deux ans de retard, donc).

Pourquoi un an et demi ? Ne s’est-il rien passé d’intéressant pendant les 18 mois qui ont suivi le mariage de Prince et Eva in London ? Ben, non. A part un bon gros wedding blues. C’est comme le baby blues, mais sans le bébé. Vous connaissez ? C’est quand vous avez épousé votre Prince, qu’il ne s’est pas encore tout à fait transformé en grenouille (ou c’est dans l’autre sens que ça se passe normalement ?) et que pourtant tout vous paraît un peu gris. Terne. Plus personne ne vous demande comment vous allez, ou alors c’est pour la forme. Finis, les airs intéressés (plus ou moins feints, d’accord, mais quand même) lorsque vous évoquiez avec passion le dessin de votre future robe (« Attention, c’est super secret, je te le dis à toi, mais surtout n’en parle à personne ! Bon, à part Mélanie et Anne-Laure qui sont déjà au courant, mais à personne d’autre alors ! ), vos déboires avec le traiteur (« Ce crétin refuse de faire une animation foie gras en plus du stand huîtres et de l’atelier de cuisine moléculaire, c’est une honte quand même ! ») et tout le mal que vous vous donnez pour organiser un mariage digne de ce nom avec un budget ric rac (« Prince a dit non au feu d’artifice géant. Tu crois que cela devrait donner lieu à des représailles, ou mieux vaut attendre après le mariage ? »).

Las. Vous êtes mariée, la fête est finie. Pendant 18 mois, vous vous levez, vous allez « travailler » chez SuperConseil (vous êtes même promue Grouillotte en un temps record), vous rentrez, vous démarrez une licence de psychologie à distance pour occuper vos soirées, vous vous mettez à la cuisine (toujours pour occuper vos soirées, parce que finalement étudier après une journée de travail, c’est fatigant, et faire la cuisine c’est plus drôle et puis ça se mange), vous accueillez Prince plus ou moins chaleureusement à son retour du travail, vous regardez un film ou le dernier épisode de How I met your mother (c’était à l’époque où c’était bien), vous allez vous coucher, vous poussez Prince jusqu’à ce qu’il tombe du lit et vous dormez du sommeil du juste tandis qu’il se demande à demi-voix ce qui a bien pu lui prendre d’épouser une mégère pareille. Une fois par mois au moins, vous rentrez à Paris pour conserver un niveau d’interaction sociale minimal et vous rappeler que contrairement aux apparences, vous avez des amis.

En apparence, votre vie est réglée comme du papier à musique. Mais les apparences sont trompeuses.

Eva in London a un secret : elle a envie de faire un bébé.

PS : désolée pour ceux qui s’y perdent… mais j’ose espérer que, même perdus, vous vous amusez autant que moi ! Et si vraiment vous n’y comprenez plus rien, écrivez-moi, je me ferai un plaisir de tout vous expliquer. Le service client personnalisé, y a que ça de vrai.

Le pire voyage de noces de l’histoire de l’humanité (3/4) : comment éviter de se faire kidnapper, et autres leçons de vie

Jour 1

Après la crise d’hystérie d’Eva in London légère déception qu’Alitalia n’ait pas jugé bon de transférer nos bagages sur le même vol que nous, Prince et moi tentons de faire bonne figure devant l’agent de voyage venu nous chercher à l’aéroport.

– Bonjour ! Bienvenue au Venezuela ! J’espère que vous avez fait bon voyage ?

Prince s’abstient de se lancer dans une longue diatribe contre la soi-disant classe Affaires d’Alitalia, avec son repas en papier mâché, ses écrans cassés et ses sièges non inclinables. Impassible, il se contente de hocher la tête, tandis que j’admire son self-control. Peut-être qu’à force de vivre en Angleterre, le flegme britannique déteint-il sur lui ? m’interrogé-je.

Pendant que, éperdue d’amour et d’admiration, je contemple mon mari tout neuf, l’agent de voyage poursuit :

– Bon, je ne sais pas si vous avez besoin d’aller aux toilettes…
– Euh…
– … mais je vous déconseille vivement d’utiliser celles de l’aéroport. Elles sont généralement fréquentées par, au mieux (?) des prostituées, et, au pire (?), des dealers.

Silence consterné.

– Non ? Ca va aller ? Alors, je vous propose d’aller directement à la voiture. En revanche, il va falloir se dépêcher de traverser le parking, parce que les touristes s’y font souvent enlever. Tiens, pas plus tard que la semaine dernière, on a même entendu des coups de feu.

Je sens qu’on va se plaire, ici.

Jour 3

C’est merveilleux. A peine 72 heures de voyage de noces au compteur, et je connais déjà mieux mon mari. En vrac :

– Prince ne supporte ni la chaleur, ni l’humidité. C’est dommage que notre séjour se déroule essentiellement dans des lieux chauds et humides.

– Prince a beau être calme, quand Alitalia ne décroche pas au 27ème appel et qu’on paie 1,50$ par appel, il lui arrive de jurer en hongrois. Ca donne quelque chose du genre « Kourva-knoedle-kourva ! ». Très sexy.

– Prince est courageux. Quand un chauffeur de taxi envoyé par l’hôtel s’arrête en pleine route et en pleine nuit, nous laissant seuls et plus que perplexes, Prince ne tremble (presque) pas. Mais affiche tout de même un large sourire soulagé lorsque, au lieu de ramener trois potes baraqués et ayant l’habitude du kidnapping de touristes, notre chauffeur revient tout simplement une canette de Coca à la main.

Jour 8

C’est officiel : Prince et moi sommes de vrais aventuriers.

– On traverse une cascade, une vraie de vraie. Bon, on n’a pas de photos pour le prouver, parce que notre guide a eu beau nous assurer « Bien sûr que vous devriez emporter votre appareil photo, du moment qu’il se trouve dans un sac en plastique, y aura pas de problème ! », ben en fait, si, y a problème, parce que notre appareil photo ne semble pas réussir à se remettre de la douche géante qu’on lui a infligée.

– On voit un serpent, même qu’il est gros et qu’il a l’air très dangereux. Le personnel de l’hôtel ayant l’air du même avis, nous leur laissons le soin de le tuer – prudence est mère de sûreté, ou, comme disent les Anglais, better safe than sorry.

– Prince fait l’aventurier-trader en partant à la recherche, non de l’arche perdue, mais du marché noir le plus avantageux : ici, le dollar se change quasi exclusivement dans l’illégalité. Nous sommes pris d’un délicieux frisson de transgression.

– En allant voir les plus hautes chutes d’eau du monde, Prince glisse sur un rocher – je le vois glisser sur un rocher – j’ai un flash dans lequel je me vois en train de pousser son fauteuil roulant le reste de ma vie – je me précipite vers lui – il n’a qu’une vilaine égratignure –  le soir venu, je me blottis dans le hamac contre mon Indiana Jones à moi (qui trébuche à la moindre goutte de pluie, mais que j’aime quand même).

– Seuls au monde (ou presque, heureusement que le guide est là, parce que sinon on serait seuls au monde mais surtout perdus), nous remontons à la nage une rivière (on est des vrais aventuriers ou pas ?!) et parvenons à un magnifique canyon, éblouissant de verdure, de soleil et d’eau cristalline.

– On n’a pas retrouvé nos bagages, mais finalement, porter les mêmes vêtements trois jours de suite, les laver sommairement (la cascade fait très bien l’affaire), les sécher au soleil tels de vrais Robinsons, et les remettre malgré la distincte odeur d’algue qui s’en dégage, c’est pas si terrible que ça.

Jour 12

C’est officiel : Prince et moi, on n’est pas des aventuriers.
Je veux mes vêtements. Mon mascara. Et une machine à laver.

Jour 15

Je veux rentrer à la maison. Et à défaut, je veux ma valise. Qui, aux dernières nouvelles (toujours facturées 1,50$ l’appel + 1$ la minute), se plaît bien à Rome.

Dans le prochain (et dernier, même qu’il est déjà écrit, si si !) épisode, comment Prince et Eva in London ont failli passer le restant de leurs jours à se prostituer et vendre de la drogue à l’aéroport de Caracas. La City et la blogosphère l’ont échappé belle.

Le pire voyage de noces de l’histoire (2) : comment looser avant même d’être arrivés

J12 du voyage de noces

Si Prince et moi sommes en train de nous traîner sous le soleil des plombs des Caraïbes pour parvenir au seul café Internet de l’île, prêts à payer 10 € la connexion de 10 minutes pour modifier nos billets d’avion et rentrer trois jours plus tôt à Londres, c’est que tout ne s’est pas tout à fait passé comme nous l’espérions.  Sur le moment, je ne comprends pas bien comment on en était arrivés là. Trois ans et demi après, je tiens mon explication : on n’a rien fait comme les gens normaux. La preuve point par point :

J – 200 : le choix de la destination de voyage de noces

– Les gens normaux se demandent où ils ont envie d’aller. Normal.

– Après avoir passé au peigne fin de la critique les 194 pays du monde, nous choisissons notre destination en fonction des disponibilités de billets prime Air France en classe Affaires. Pas normal (et en tout cas pas simple).

Le matin du départ

– Les gens normaux courent dans tous les sens pour boucler les valises, passent à la pharmacie faire des stocks de crème solaire, et arrivent à l’aéroport avec 2 heures d’avance, « parce que ça serait trop dommage de rater le vol quand même ». Normal.

– Prince et Eva in London courent dans tous les sens pour caler un rendez-vous de médecin pour Eva in London qui n’est plus en état de marcher (je vous passe les détails peu ragoûtants), passent à la pharmacie faire des stocks de médicaments disponibles uniquement sur ordonnance, et arrivent à l’aéroport 2 minutes avant la fermeture du vol, « parce qu’il y avait la queue à la pharmacie ». Pas normal (et en tout cas pas malin).

L’escale

– Les gens normaux ont pris soin de choisir un vol direct. Ou, au contraire, ils profitent de leur correspondance pour découvrir ce que le pays a de mieux à leur offrir . A eux, la pause shopping à Dubaï, le massage thaïlandais à Bangkok ou le hamburger-frites-milkshake à Philadelphie.

– Nous avons pris soin de renoncer à Air France – y avait plus de place en classe affaires – pour nous rabattre sur Alitalia – oui oui, la compagnie aérienne au bord de la faillite. Nous en sommes donc quittes pour une escale dans la magnifique ville de Rome. Où nous découvrons ce que le pays a de mieux à nous offrir : à nous, le Colisée le salon réservé aux voyageurs d’affaires et aux guignols en goguette, comme nous. Le « salon » comprend en tout et pour tout une dizaine de tables en formica et une pyramide de pommes d’une fraîcheur douteuse. Et deux carafes d’eau. Même la cantine de mon école primaire était plus accueillante. Pas normal (et en tout cas pas glamour).

La première nuit

– Un peu fatigués mais heureux, les jeunes mariés normaux s’affalent sur le lit de leur magnifique hôtel et batifolent / dorment / regardent la télé balinaise. Normal.

– Très fatigués et pas très heureux car toujours pas arrivés à destination, Eva in London et Prince s’affalent sur le lit de leur hôtel 4 étoiles à Rome. Découvrent qu’il n’y a pas d’eau chaude pour se doucher (« Ah non, il n’y en aura pas avant demain matin, Monsieur, désolé, le plombier dort ») et qu’ils ont oublié leurs affaires de toilette ET le stock de médicaments dans les valises théoriquement déjà en route pour Caracas. Vont se coucher pas lavés et pas soignés. Pas normal (et en tout cas pas plaisant).

Arrivée à l’aéroport

– Les jeunes mariés normaux attendent leurs valises en s’embrassant aussi langoureusement que le leur permet leur destination (un romantisme plutôt bien vu en Italie ; moins bien en Jordanie), les récupèrent sans problème et quittent l’aéroport le cœur léger, réalisant avec allégresse que leur voyage de noces commence enfin, et en beauté. Normal.

– Eva in London et Prince attendent leurs valises avec fébrilité, ne les récupèrent pas, se roulent par terre en pleurant (Eva in London : « Mes valises ! Mes médicaments ! Mon mascara ! ») ou tentent de calmer leur conjoint (Prince : « Ne t’inquiète pas, je suis sûr que nos bagages nous seront livrés très rapidement, et que ton mascara sera sain et sauf ». Faux). Nous quittons l’aéroport le cœur lourd, réalisant avec morosité que notre voyage de noces commence enfin, et en beauté. Pas normal (et en tout cas pas romantique).

Au prochain épisode, notre séjour aux Caraïbes, ou comment Prince a découvert qu’il n’aimait ni la chaleur, ni l’humidité, ni l’eau de mer. C’est ballot.

PS : Eva in London vous prie de bien vouloir ses plus plates excuses pour les trois semaines, deux jours et 53 minutes écoulés depuis le dernier billet. Un peu comme à la SNCF, ce retard est indépendant de  la volonté de l’auteur (mais très dépendant de celle de MiniPrincesse, qui, depuis un mois, ne semble rien avoir de mieux à faire la nuit que de se réveiller toutes les trois heures en hurlant à pleins poumons. Et après, on me dit que j’ai la maternité rayonnante).