Le coming out d’une Frenchie à London (du bon usage des anglicismes)

Je l’admets : je voue une haine viscérale aux anglicismes.

Les années passant, un insaisissable et pourtant de plus en plus net sentiment se fait jour en moi : celui de perdre la maîtrise de ma langue, et par là, un fragment de mon identité même. Que l’expat’ qui n’a jamais marmonné, lors d’un retour dans son pays d’origine, « Ah, mais comment ça se dit, déjà ? Je l’ai sur le bout de la langue ! » me jette la première pierre.

Fini la nuance, à bas la finesse : de plus en plus, tout m’apparaît « sympa », « génial » ou au contraire « nul », voire « horrible ». Mon vocabulaire s’appauvrit aussi vite que le Trésor Public grec et je me surprends à trouver facilement l’expression anglaise parfaitement juste pour décrire un moment ou une émotion, sans parvenir à un équivalent français satisfaisant. Une impression, vous l’avouerez, quelque peu perturbante.

Et je ne suis pas la seule dans ce cas. Ainsi, une connaissance londonienne fêtant son anniversaire remerciant les invités « pour être là pour cette journée spéciale » ou une amie proposant de caler un dîner de filles (« je peux faire mercredi ou jeudi, vous préférez quelle date ? ») où elle nous vantera « le sac Vuitton original » qu’elle compte bientôt s’offrir… non parce qu’il est original, mais parce que c’est un « vrai » Vuitton.

Pas étonnant, dans ces conditions, que je sois assaillie de doutes chaque fois que j’utilise un mot de plus de huit lettres. L’anglais est-il définitivement pervasif ? Mes espoirs de retrouver un niveau de français correct sont-ils ruinés ?

D’aucuns me jugeront prétentieuse, ringarde, voire les deux mon capitaine. Mais n’est-il pas merveilleux que chaque langue ouvre à celui qui l’emploie tout un univers unique et intransposable ? Comment traduire vraiment (et non définitivement) « c’est ni fait ni à faire » (mesquin à souhait), « bon, bon, bon, c’est pas tout ça mais… » (classe) ou encore « moi j’vous le dis, il veut le beurre, l’argent du beurre et la crémière » (encore plus classe). C’est que le français est une langue riche, ma bonne dame. Et à l’inverse, le français peut-il rendre justice (ça se dit, rendre justice ? Argh…) à une expression on ne peut plus british comme « Chin up, old chap » ? OK, il faut vraiment que j’arrête mon marathon Dowton Abbey, mais vous voyez où je veux en venir. Sans me faire le chantre de la francophonie à tout crin, pourquoi massacrer ainsi notre belle langue par tant de négligence ?

Car il s’agit souvent de paresse pure et simple. Telle cette inimitable tirade entendue dans le métro quasiment mot pour mot :

« Et là, le switchboard m’a appelée, j’ai pris le lift pour descendre parce que je suis épuisée en ce moment, l’overground me réveille tous les matins. Ma chef m’a trop énervée en me disant que ma jupe était so last year, je lui ai répondu so what ? Elle est censée me supporter ! »

Cette dérive représente-t-elle un vrai changement par rapport à Paris où l’anglais est devenu un must pour paraître « efficient » en entreprise ? On est corporate ou on ne l’est pas, on attend que son boss (OK, celui-là est complètement passé dans la langue) revienne vers soi (ce qui pose la question : mais où donc était-il passé ?) et son feedback sera très impactant.

« On s’américanise de plus en plus… » ou la vision à la fois tendre et ironique de Sempé

Consolons-nous avec la pensée que l’anglais a lui aussi beaucoup emprunté au français (apparemment cela remonterait au règne de Guillaume le Conquérant) : ainsi, manager viendrait du français ménager et beef de bœuf. Les Rosbifs ne sont donc pas en reste : rien n’est plus chic que de répondre merci en français dans le texte lorsqu’on vous sert votre thé, s’écrier voilà lorsqu’on a parfaitement réussi sa tarte Tatin, et évoquer rêveusement le je ne sais quoi qui émane du beau jeune homme qui vous jette des regards langoureux dans le Tube du matin.

En guise de conclusion, je vous laisse sur l’anglicisme suprême (et non ultime puisque ce n’est sûrement pas le dernier que j’emploierai) : « Allez, on se retrouve au pub ! »

PS : certains anglicismes ont la bonne idée de tomber en désuétude. Ainsi, j’entends encore mon grand-père m’accueillir d’un « Mais tu es très smart aujourd’hui ! »

PPS : et vous alors, avez-vous tendance à mélanger les langues ? Au bout de combien d’années d’expatriation avez-vous commencé à chercher vos mots ? En France, avez-vous l’impression que l’anglais gagne du terrain ? Faut-il s’en offusquer ? L’anglais est-il le compétiteur un concurrent du français ? Votre avis m’intéresse beaucoup !

PPS : ma principale satisfaction concernant cet article réside non dans le fait de l’avoir enfin pondu, mais dans les 178 mots de plus huit lettres que j’ai réussi à y caser. Promis, dans le prochain article, tout sera à nouveau très beau, super ou au contraire minable.

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« Eva in London : a voté » (mais au bout de 8 heures, 57 minutes et pas mal d’aventures) – 2/3

Acte II : 22 avril 2012, Londres

Je n’en reviens pas. Madame B., la gentille fonctionnaire qui avait délibérément forcé les systèmes informatiques de l’Etat à accepter la photo d’extraterrestre qu’on avait prise de MiniPrincesse à 3 jours (« Mais bien sûr que si, c’est une photo de professionnel ») pour qu’on puisse la ramener en Angleterre avec un passeport légal, Madame B. m’a appelée il y a trois jours pour me faire savoir que ma procuration avait été refusée.

Stupéfaction. Vous le saviez, vous, que l’Etat pouvait refuser une procuration ?

Apparemment, je suis déjà inscrite sur les listes électorales de Londres. Ah bon, je ne suis pas inscrite en France ? Si, si. Aussi. Passons sur le fait que je n’ai jamais demandé à apparaître sur les listes électorales en Grande-Bretagne. C’est louche, cette affaire. Quoi qu’il en soit, Madame B. est formelle : je suis inscrite en Grande-Bretagne ET en France, mais je n’ai le droit de voter qu’à Londres. Heureusement que j’ai passé deux heures à faire la queue pour établir une procuration, hein  – ah non, c’est vrai, vous étiez là pour le premier acte. OK, vingt minutes montre en main.

Mais à Londres, c’est bien fait : il paraît même qu’il y a DEUX FOIS PLUS de bureaux de vote qu’en 2007. Ouf.

13h07

Je quitte la maison sur la pointe des pieds, vigilante de ne réveiller ni MiniPrincesse ni Prince. M’attendent cinquante minutes de transports en communs avec 3 lignes de métro différentes, mais voyons le verre à moitié plein : je ne suis pas fâchée de pouvoir finir tranquillement le roman que j’essaie péniblement de terminer à raison de cinq minutes par jour entre 22h25 et 22h30.

14h00

Guillerette à l’idée d’effectuer mon devoir de citoyenne, je me pointe au Lycée Français de Londres. Pourquoi avoir choisi cette heure ? Parce que, ma bonne dame, on est dimanche, et élections ou pas, « les Français » doivent être en train de finir leur Paris-Brest ou leur café, à l’heure qu’il est.

Las. « Les Français » sont en train de faire la queue – en tout cas, tous ceux qui, comme moi, se croyaient plus malins que les autres en venant à l’heure du déjeuner (mais n’est-ce pas là la marque du vrai Français que de se croire plus malin que les autres ?). Sur des centaines et des centaines de mètres.

En Française adoucie et disciplinée par la fréquentation des Anglais, je prends place tout au bout de la queue en me félicitant de mon double civisme : ne pas doubler en douce + ne pas faire demi-tour devant la queue parce que voter c’est important = qu’est-ce que l’Etat français a de la chance de me compter parmi ses ressortissants, quand même.

14h07

Quelques mètres derrière moi : « c’est bien la queue de A-à-I, ici ? »

Bingo, mon nom de famille commence par un M (mon nom de jeune fille, hein, comme on l’a vu, il ne faut pas confondre). Je tourne les talons et longe une file environ cinq fois plus longue que celle dans laquelle je me tenais – estimation qui s’avérera juste, puisque les chanceux A-à-I devront patienter 40 minutes pour voter, contre 2h20 pour les I-à-Z.

Je scrute attentivement les visages des malheureux gens de bonne volonté qui piétinent dans la queue. Sur 400 000 Français de Londres, je dois bien en connaître un qui me permettra de gruger la queue discuter pour passer le temps ?

Gagné : tout au bout de la file ou presque (tant pis pour la triche), voici deux camarades blogueuses-françaises-de-Londres (eh oui, c’est un petit monde).

14h21

Bao, Delphine et moi devisons gaiement, je leur fais part de mes angoisses de jeune mère expatriée (« Et si je me trouve à court de petits pots endives-artichauts, je fais quoi ? Comment transmettre le français à MiniPrincesse ? Où trouver un pédiatre ? »), bref, c’est trop sympa.

14h58

Le vent se lève.

15h10

Il commence à faire frisquet, sur les trottoirs de South Kensington.

15h18

La cour du Lycée Français est en vue. Avec au moins 300 quidams à l’intérieur.

(merci Delphine pour la photo qui respecte l’anonymat et tout et tout)

15h21

Je réalise avec stupeur que DEUX FOIS PLUS de bureaux de vote = DEUX bureaux de vote. Pour 400 000 Français.

15h35

C’est pire qu’Eurodisney, ici. Et pas moyen de dégainer son FastPass, le coupe-file version rêve américain. Liberté, égalité et fraternité oblige, le seul moyen de tricher éviter la queue, c’est de brandir un bébé de moins de 16 mois. Pas 1 an, pas 18 mois, pas 2 ans : 16 mois. C’est comme le coup du A-à-I, ne me demandez pas comment le Consulat Français parvient à ce genre de décision. Et dire que je me suis débarrassée de MiniPrincesse le seul jour où ça servait à quelque chose d’avoir un môme.

15h59

Sous la pluie, c’est moins drôle.

16h01

J’offre un bout de mon mini-parapluie à une sympathique inconnue derrière moi. C’est beau, la solidarité citoyenne.

16h10

Je suis prise d’un sursaut d’optimisme. « On n’a jamais été aussi près » ! m’exclamé-je à qui veut bien l’entendre.

16h12

Enfin, le Graal : la cantine du Lycée Français. Ca sent le chien mouillé, mais c’est pas grave : je vais VOTER. Bientôt.

16h15

A mon grand soulagement autant qu’à ma grande surprise, j’apparais bien sur la liste électorale : « Eva in London ». C’est moi. Je grommelle – on ne se refait pas – que je n’ai jamais demandé à y figurer, mais mon interlocuteur hausse les épaules en répliquant que cela a dû être fait à l’insu de mon plein gré lors d’une formalité quelconque. Au hasard, lorsque j’ai fait refaire mon passeport pour prendre le nom extrêmement compliqué et imprononçable de mon hongrois de mari.

16h22

Aucun des trois contrôles ne révèle que je suis en train de commettre une fraude d’identité.

16h23

« Eva in London : a voté ».

(durée de l’acte II : 4 heures et 8 minutes, transports compris)

Au prochain et dernier acte : où Eva in London obtient d’être conduite au bureau de vote par le chauffeur du Consul (pour de vrai).

Premier jour de travail chez SuperConseil – le bilan

Ca y est : j’ai fini ma première journée chez SuperConseil. O bonheur : l’heure est venue de retirer mes escarpins. Je n’ai vraiment plus l’habitude, ça me change de mes chaussons roses et de mes baskets :

N’assumant vraiment pas les chaussons roses fluo, je les ai remplacés par une paire de chaussons d’hôtel, légèrement moins embarrassants. L’idée du contraste y est

L’heure est venue, donc, de retirer mes escarpins, de m’affaler sur le canapé (ça, je n’ai pas perdu l’habitude), et de faire un petit bilan (et ça, j’adore). 

Commençons par les points positifs : aucun des scénarios catastrophe qui m’ont tenue éveillée la moitié de la nuit dernière ne s’est réalisé. Il faut dire qu’en anxieuse pathologique, j’avais mis toutes les chances de mon côté :

  1. Je ne suis pas arrivée en retard – forcément, j’étais là tellement tôt que j’ai failli m’endormir sur mon bouquin avant même que la journée ne commence
  2. Mon collant n’a pas filé – mais j’en avais emporté deux de rechange
  3. Ma jupe n’est pas restée coincée dans ma culotte en sortant des toilettes – mais, « au cas où », j’avais passé dix bonnes minutes ce matin à choisir des dessous ni trop négligés (genre vieille culotte en coton de couleur non identifiée) ni trop aguicheurs. Histoire de limiter les dégâts en cas de crise. Parce que tant qu’à montrer sa culotte, autant que ce soit la bonne. Si, si, ça se tient comme raisonnement. Ou est-ce l’humour anglais, tendance scato, qui déteint déjà sur moi ? Moi qui déteste ça, je suis sur la mauvaise pente.
  4. Enfin, si mes nouveaux collègues se sont moqués de moi, je n’en ai rien vu. J’ai quand même commencé à tenir un fichier Word intitulé « Professional English » répertoriant tout ce que j’entends autour de moi… avec l’espoir de comprendre un jour ce qui se dit.

Bon, maintenant que j’ai atteint mon quota de pensées positives pour la journée (ma résolution du moment pour faire face à toute cette pluie), laissons parler la vraie Eva in London, celle qui n’aime rien tant que se plaindre, critiquer et gémir. Parce que tout n’a quand même pas été complètement rose non plus. 

Outre les heures passées à faire semblant d’être absorbée par les lectures que l’on a bien voulu me donner (« Etude sur l’évolution des avantages en nature en Angleterre »), je n’ai retenu qu’un prénom sur la vingtaine de personnes que l’on m’a présentées aujourd’hui. Et encore, je ne suis pas sûre de l’avoir associé à la bonne tête.

Mais il y a plus grave : le règne du sandwich triangle. La pause déjeuner venue, j’ai observé mes collègues en train d’engouffrer des sandwiches à l’aspect douteux en me demandant comment faire bonne contenance. Pas de déjeuner en équipe ? Pas de pause déjeuner ? Mais où étais-je tombée ? Heureusement, mon « parrain », un Anglais d’origine pakistanaise, m’a prise en pitié et m’a emmenée chercher mon propre sandwich triangle à la gare toute proche. Etant donné que c’était mon premier jour, j’ai gardé pour moi ma diatribe toute prête en l’honneur de la baguette et vilipendant le sandwich triangle.

 

Parce que franchement, les images parlent d’elles-mêmes, non ?

Mais le clou, c’est lorsqu’il en a profité pour me démontrer par A + B que je ferais mieux de filer ma démission au plus vite, parce que SuperConseil ne lui inspire qu’un super mépris, et qu’il est beaucoup trop bien pour cette boîte. Et comme charité bien ordonnée commence par soi-même, c’est ce qu’il compte faire lui aussi. Très bientôt.

– Mais pour toi, c’est plus simple : profites-en tant que tu es en période d’essai, ajoute-t-il, notant sans doute ma perplexité devant ses conseils avisés.

 Ca, c’est de l’accueil chaleureux.

Pourtant, à l’issue de cette première journée, je trouve moult raisons d’être optimiste. Ne serait-ce que par comparaison. En effet, contrairement à mes emplois précédents :

  1. Les bureaux sont en plein centre-ville, et non pas à l’arrêt de bus « Cimetière municipal » avec panorama à l’avenant (véridique)
  2. Il y a plus d’un homme pour dix femmes… et ils sont même plutôt mignons. Le monde du marketing ne va pas me manquer.
  3. A 17 heures 30, tout le monde était parti, ou presque. Je sens que ça aussi, ca va me changer des soirées parisiennes où je rentrais tellement tard du boulot que j’aurais presque pu aller me coucher sans dîner. J’ai bien dit presque, la dernière fois que j’ai sauté un repas, c’était en 1997.
  4. Je l’ai dit, qu’à 17h30, tout le monde était parti ?

Le bilan étant fait, passons au bilan du bilan : d’un côté, un « parrain » qui semble déterminé à faire fuir les nouvelles recrues ; de l’autre, des collègues mignons, des locaux sympas et des journées plutôt courtes. Je devrais y trouver mon compte.

PS : la fameuse photo à venir ce n’importe quoi Friday !
PPS : pour les nouveaux-venus sur ce blog, petit rappel, ceci est un flash-back ! Heureusement qu’on ne vit pas des premières journées de boulot tous les jours…

La perle du vendredi

Le bonheur, ça se partage. Ce vendredi, je voudrais vous faire découvrir la musique d’attente la plus originale (attention, je n’ai pas dit ringarde) qu’il m’ait été donné d’entendre depuis bien longtemps :

Vous vous en doutez, ce chef d’oeuvre n’était pas diffusé par une marque anglaise, mais française. Comme quoi, les Anglais n’ont le privilège ni de l’excentricité, ni du bon goût.

Bon, je vous laisse deviner de quelle marque il s’agit ? Allez, deux petits indices :

– Il s’agit d’une grande chaîne de magasins français
– Si je ne rentre dans ce type de magasins qu’à mon corps défendant, c’est parce que je serais bien en peine de savoir quoi faire avec les objets qu’on y vend.

A vos claviers !

Sitting, waiting, wishing

Ma demi-journée enfermée dans les locaux chez SuperConseil remonte maintenant à plus d’une semaine, et je n’ai toujours pas de nouvelles. Je passe en revue les deux entretiens pour tenter d’y déceler des phrases qui auraient pu me disqualifier pour le poste de sous-grouillotte. Car je n’en serais pas à ma première erreur diplomatique en entretien d’embauche. Exemples choisis :

– Chez un grand nom des cosmétiques, alors que la ma-gni-fique responsable des ressources humaines me plongeait le nez dans une crème soi-disant anti-âges, anti-ridules, anti-poches, anti-cernes, anti-tâches, bref anti-tout, en me demandant « Que vous évoque cette crème ? », ma seule réponse fut de hausser les épaules en hasardant : « Ben… ça sent bon ? »

– Dans une entreprise de lingerie fine, avec une chef de produit absolument détestable et avec qui je me voyais vraiment mal collaborer : « Non, je n’aime pas DU TOUT le travail en équipe. Je travaille bien mieux toute seule, avec personne pour me gêner. C’est comme ça que je donne le meilleur de moi-même. Et, sans me vanter, je sais que je suis excellente ».

– Chez l’un des leaders de l’agro-alimentaire, en face d’un directeur marketing visiblement très sensible aux problématiques environnementales et qui hurlait : « VOUS N’AVEZ PAS HONTE D’AVOIR CONTRIBUE A VENDRE DES SERPILLIERES JETABLES ? VOUS SAVEZ QUE CA MET DES MILLIERS D’ANNEES A DISPARAITRE ? VOUS VOUS RENDEZ COMPTE DU CRIME DONT VOUS VOUS ETES RENDUE COUPABLE ? ». Moi, d’une petite voix : « Euh… non ? ».

– Dans une grande entreprise de détergents : « J’ai très envie de travailler dans l’agro-alimentaire. (Silence consterné de mon interlocuteur). Ah, vous n’en faites pas ? Euh… mais les détergents, c’est très bien aussi »

– Dans une entreprise de dix salariés : « Comptez-vous faire des enfants ? » (je sais, j’aurais dû les attaquer pour discrimination). A cette question, je vous conseille une autre réponse que de vous écrier « Ben, j’aimerais bien, mais ça ne risque pas, mon mec n’en veut pas ».

Et vous, quels sont vos meilleurs et pires souvenirs d’entretien d’embauche ?

Comment briller en société… ou pas

– Tu ne devrais pas avoir le droit de parler aux gens. En tout cas, pas aux inconnus, soupire Prince en refermant la porte, consterné. 

Après ce soir, je suis bien forcée de lui donner raison. La plupart de mes proches sont des amis de longue date, qui sont plus ou moins habitués à mon manque de tact et les dégâts occasionnés sont généralement minimes. Enfin, la plupart du temps.

Sur un coup de tête, j’avais décidé d’inviter nos voisines du dessus à venir prendre un verre à la maison. Prince n’étant pas très liant, l’aspect « vie sociale » de notre couple m’incombait en effet à Paris ; alors, pourquoi pas à Londres ?

Il faut savoir que, sur le papier, nos voisines sont probablement le fantasme d’une bonne partie de la gent masculine : un couple d’Asiatiques lesbiennes. Consciente d’être sur un terrain plus que glissant en écrivant ces lignes, je préfère couper court à l’imagination : la première est jolie, sans plus, tandis que l’autre… eh bien, ressemble plus à un adolescent grassouillet et binoclard qu’à la vision sensuelle qu’en ont les innombrables individus qui tapent avec espoir dans Google ces deux mots magiques : « Asiatiques lesbiennes ».

Si Prince, lui, n’affiche pas sa déception en faisant la connaissance des deux jeunes femmes (qu’il n’avait pas encore rencontrées ; il pouvait donc encore nourrir l’espoir d’une soirée grivoise), c’est moi qui sombre rapidement dans le politiquement incorrect.

Je ne suis pas complètement sûre d’avoir affaire à un couple jusqu’à ce que l’une pose négligemment la main sur la cuisse de l’autre. Bon, là, je suis fixée. Avant que vous m’accusiez d’être coincée, voire un peu homophobe sur les bords, je vous arrête tout net : c’est juste qu’à force de tenter désespérément d’avoir l’air normale, je débite encore plus d’âneries que d’habitude.

Au début, je me tiens encore à peu près correctement. Musique d’ambiance, chips aux parfums psychédéliques comme les Anglais savent si bien en inventer : 

(en l’occurrence, mangue et cheddar, mais on avait le choix entre cheddar/échalotes caramelisées, vinaigre, roast beefs et chips de panais… et encore, ce n’est qu’un mince échantillon), bonne bouteille de vin : nous réussissons à trouver des sujets de conversation pendant pas loin d’une heure. Un exploit pour Prince qui, de manière générale, pense qu’il vaut mieux éviter de parler aux inconnus, et pour moi qui malgré les apparences suis très facilement intimidée.

Puis, catastrophe : un silence qui s’éternise. Un soupir d’ennui. Je perds le contrôle de la situation et, prête à tout pour relancer la conversation, je m’écrie (prise de court / prise d’une soudaine inspiration malheureuse) :

– Vous avez déjà regardé la série The L-word ?

Même haussement de sourcils chez nos deux interlocutrices. Consciente de creuser ma propre tombe, je poursuis néanmoins :

– Mais si, vous savez, la série qui parle d’un groupe de lesbiennes, ça se passe à Los Angeles…

Deux paires d’yeux, non, trois en comptant Prince à côté de moi, me dévisagent comme si je venais de me mettre à danser toute nue en pleine réunion de travail. Non, pardon, plus horrifié que ça. Je m’enfonce et bégaie :

– Vous devez en avoir entendu parler… elle a eu beaucoup de succès…

Pathétique tentative de rattrapage : je voulais évidemment dire que si elles en ont entendu parler, ce n’est pas parce qu’elles sont lesbiennes, ça ne me pose aucun problème bien sûr, mais parce que la série est très populaire. Pas qu’auprès des lesbiennes, hein, auprès de gens comme moi aussi.

Nos voisines prennent congé peu après. Prince souligne négligemment que généralement, il est mal vu de faire allusion à la sexualité de ses invité(e)s, en particulier la première fois qu’on les rencontre. 

J’ai dû oublier les règles de base de la vie en société en traversant la Manche.

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Entretien d’embauche en anglais – deuxième partie

– Merci beaucoup, me sourit la jeune responsable des ressources humaines lorsque je lui tends mes tests (tant bien que mal) remplis. Je reviens dans 25 minutes, le temps de les analyser, pour vous informer de la suite. D’ici là, n’hésitez pas à vous détendre (?).

Hum. J’avais presque oublié que SuperConseil n’en avait pas fini avec moi. Taraudée par la désagréable impression d’avoir épuisé mon quota d’intelligence pour la journée, je n’ai qu’une envie : rentrer fissa à la maison pour me consacrer à de hautes tâches autrement plus importantes, par exemple tenter de dominer le monde dans la partie de Civilization que j’ai en cours.

Heureusement, le principe de réalité me rappelle que l’Etat anglais, si généreux soit-il, ne compte m’entretenir que pendant cinq semaines supplémentaires. A défaut de partir en courant, quelle solution ? Je réalise alors que, fait rarissime, je n’ai pas mangé depuis presque trois heures, et me précipite sur la corbeille de petits biscuits anglais qui trône sur la table. Trois Digestive et deux Bourbon Cream plus tard, et sous l’effet conjugué du sucre et du gras, me voici dans de bien meilleures dispositions. Plutôt que de relire sagement mes notes d’entretien (« Pourquoi j’ai toujours voulu travailler chez SuperConseil », « Pourquoi j’ai mis trois ans à m’en rendre compte»), je me poste devant l’immense baie vitrée de la salle de réunion pour observer ceux qui pourraient bien être mes futurs collègues :

– Dans une autre salle, une dizaine de personnes somnolent plus ou moins discrètement devant une présentation Powerpoint.

Agréable surprise : on dirait que SuperConseil aime les réunions inutiles mais au cours desquelles il est malgré tout crucial d’ouvrir la bouche de temps en temps pour 1. rappeler qu’on est là et 2. faire croire qu’on a un point de vue sur la dite présentation. Bonus : entre deux interventions incompréhensibles mais pleines de mots stratégiques comme « création de valeur » et « efficience », on peut se rendormir la conscience tranquille.

– A ma gauche, dans un petit bureau, une altercation semble poindre entre deux employés (« Comment ça, je n’ai pas rempli mes objectifs cette année ? »). Encore un indice positif : chez SuperConseil, on a apparemment le droit de s’énerver, du moins si j’en juge par les visages (respectivement furieux et apeuré) des deux SuperConsultants.

– Dans l’open space de droite, je note des chocolats qui traînent, des gens qui papotent tranquillement, une tasse de thé à la main, et des chaises vides devant des pages Facebook restées ouvertes. Que du bon.

SuperConseil m’a tout l’air d’être une boîte dans laquelle je m’intégrerais sans problème, me dis-je en observant tout ce beau monde. Mais, soudain, une vision pour le moins incongrue interrompt ma rêverie.

De l’autre côté de la baie vitrée, dans l’un des open spaces, un individu m’adresse frénétiquement de grands « hellos » de la main.

Est-il là pour faire fuir les candidats potentiels ? Est-ce un piège ? Y a-t-il une caméra cachée quelque part ? Mais où suis-je tombée ?

Avant que je n’aie eu le temps de reprendre mes esprits, la responsable RH revient, souriante.

– Félicitations, vous avez atteint le seuil requis pour nos tests. Je vous propose donc de poursuivre cet entretien ensemble.

Troisième et dernière partie à suivre prochainement !

PS : je n’ai jamais résolu le mystère du fou qui faisait coucou aux candidats sous-grouillots… 

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Entretien d’embauche en anglais – première partie

7h25. Aaargh. Qui a eu la riche idée d’accepter un entretien à 9 heures du matin ? Tu parles de se présenter sous son meilleur jour…

Ca commence mal. Au lieu d’être réveillée par un corps reposé et bienheureux (« ah, j’ai assez dormi, et quelle belle journée pour glander jusqu’au retour de Prince »), c’est une stridente sonnerie qui me tire du sommeil. Il faut dire que la nuit a été agitée, entre peur de ne pas me réveiller à temps et visions cauchemardesques d’Anglais se moquant de mon accent à couper au couteau. Je tâte de la jambe le coin du lit encore chaud laissé vide par Prince. Personne pour me forcer à me lever. Mais il n’est plus temps de tergiverser. Direction : la douche, armée de mon bonnet Mickey pour protéger un brushing chèrement payé hier soir. Peine perdue : à la sortie, ma chevelure est un savant mélange de frisottis informes et de baguettes chinoises complètement saugrenues sur ma tête d’Européenne.

On reste concentrée. Passons à la tenue. Là, les choses sont beaucoup plus simples : j’ai en tout et pour tout UN tailleur. Il ne fait pas du tout l’affaire – c’est un tailleur d’été, bleu clair, un peu élimé par dix ans d’utilisation parcimonieuse, et nous sommes en plein hiver – mais la flemme l’a emporté sur  la motivation. Après tout, ce sont les compétences qui comptent, n’est-ce pas ? Passons sur le fait que le poste consiste en grande partie à rencontrer des clients pour leur proposer les services de SuperConseil, qui serait donc en droit d’avoir quelques exigences limitées en ce qui concerne ma présentation.

Réveillée par la double prise de conscience brushing qui ne ressemble plus à rien + tailleur datant des années 70, je cours jusqu’à l’arrêt de bus (ma coiffure n’est plus à ça près) pour arriver à l’heure à l’entretien. J’ai l’agréable surprise de découvrir des locaux rutilants : SuperConseil se trouve dans un bel immeuble qui affiche non moins de SIX ascenseurs pour quatre étages. Y a pas à dire, me voici arrivée dans le monde merveilleux du conseil.

Je viens à peine de m’installer dans une grande salle de réunion lorsqu’une jolie jeune femme entre et, d’après ce que j’en comprends, m’explique que je vais devoir passer deux tests successifs :

– l’un en mathématiques (pour pouvoir calculer à quel prix vendre les prestations de SuperConseil ?)
– et l’autre en raisonnement (pour démontrer aux clients que non, ce n’est vraiment pas cher, et que même si oui d’accord c’est quand même un peu cher, le retour sur investissement est excellent ?)

Presque deux heures passent ainsi dans une véritable course contre la montre – et contre mon cerveau qui hurle sa révolte d’être mis à contribution après des semaines de léthargie avancée. En nage, plus frisottée que jamais, je remets donc ma copie en croisant les doigts pour accéder au round suivant. Parce que, comme à la télé, chez SuperConseil, on sait rapidement si on est sélectionné pour la finale.

A suivre…

Rentrée des classes (enfin !)

C’est bien joli de râler sur les déboires de l’Eurostar, la rentrée ou les habitudes de conduite des Anglais, mais il est maintenant temps de revenir à notre récit : celui des tribulations d’une Française à Londres. Pour celles et ceux qui prendraient le train en route, vous trouverez ici un peu de contexte.  Et comme je me sens d’humeur généreuse en ce début d’année, voici même un rapide résumé de la situation : nous sommes il y a trois ans, je suis arrivée à Londres dans le froid et la pluie depuis quelques semaines, et je m’ennuie tellement que j’en suis arrivée à prendre des photos de poubelles (soyez sans crainte, cela fera l’objet d’un prochain billet).

O espoir, j’ai enfin décroché un entretien chez SuperConseil, un cabinet de conseil en ressources humaines – pour un poste de sous-grouillotte, certes, mais qu’importe, l’Eva in London est en état de mobilisation maximale. Saura-t-elle faire face aux méchants Anglais ?

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Pour ce n’importe quoi Friday, je vous propose de découvrir les magnifiques illustrations de mon amie blogueuse Camille. Poésie, humour, tendresse : tout y est.

Il y a quelques jours, j’ai eu la surprise de trouver sur son « Carnet de voyage » un adorable billet sur les chroniques, et surtout, un dessin à l’avenant :

Reconnaissez-vous Prince avec sa couronne ?

De mon côté, mue par la soudaine envie de reprendre ma plume pour les fêtes, j’avais commandé à Camille ses originales cartes de voeux. Je suis peut-être restée coincée au XXème siècle (je vous en reparle à la première occasion), mais à l’heure d’Internet, rien ne me fait plus plaisir que de savoir que quelqu’un a successivement :

– acheté une carte (sapin ou petites fleurs ? UNICEF ou Auchan ?)
– déniché un stylo au fin fond d’un sac à main bien trop rempli
– suçoté pensivement le dit stylo pour finir par accoucher d’une formule originale (« Joyeuses Fêtes »)
– léché un timbre au goût infect parce qu’à la Poste de toute facon ils n’ont jamais la petite éponge qui va bien
– et enfin, pris ses petites jambes pour déposer la carte dans une boîte aux lettres

… tout ça, rien que pour moi.

Et vous, allez-vous envoyer des cartes cette année ?