Le retour de la valise perdue (mais encore plus drôle car avec des enfants)

Ce qui me soucie le plus, c’est le fromage.

Un évènement inopiné m’oblige à sortir de mon silence. Oui, malgré la fatigue (trois ans et demi de sommeil de retard), la to-do list à rallonge (trois ans et demi d’administratif de retard) et les gros yeux que me fait Prince (trois ans et demi de « promis je regarde juste un petit truc sur Internet et après j’éteins » de retard), le reportage en direct s’impose.

Vous vous souvenez, le coup de la valise perdue ? Mais si, rappelez-vous, lorsque je me roulais par terre dans les aéroports vénézueliens, hurlant ma déception à l’idée de devoir me passer de mon maillot de bain préféré pour mon voyage de noces. Eh bien, une valise égarée, contre toute attente, c’est le genre de mésaventure qui, de simple contrariété lorsqu’on est libre de ses mouvements de son sommeil et de déjeuner en paix jeune mariée, devient une véritable calamité lorsqu’on se traîne deux boulets enfants en bas âge.

Je le sentais que cette obscure low-cost (Norwegian, pour ne pas la nommer) allait perdre nos bagages.

Retour sur image.

Prince et moi commençons généralement, accablés, à faire nos valises vers 21 heures la veille du départ – rapport aux sus-dits boulets qu’il convient de nettoyer, sustenter et placer en position horizontale pour la nuit. Notre avion décolle à 9h15, m’informe mon ami Google. Rapide rétroplanning. Arrivée 1h30 avant le vol (« Sortez le bébé de la poussette, s’il vous plaît. Votre poussette se plie facilement ? Non ? Eh bien, videz-la intégralement et pliez-la quand même. Maintenant, retirez vos bottes, et sans lâcher le bébé, merci), 1h30 pour le trajet jusqu’à Pétaouchnok Airport (merci le départ en vacances scolaires et donc en bouchons), et 1h30 pour placer les boulets en position verticale, les sustenter et les nettoyer : lever 5h45. Sans temps mort ni petit déjeuner en ce qui nous concerne. Mais haut les coeurs.

– Tu as vu Prince, nos billets nous ont vraiment coûté une bouchée de pain, lancé-je à mon époux dans une minable tentative d’égayer l’atmosphère.

Vraiment, vraiment pas chers, nos billets. Voilà qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille.

Comme d’habitude, j’ai voulu faire preuve de parcimonie en n’achetant qu’une valise. Et comme d’habitude, ma pingrerie se retourne contre moi, puisqu’il s’avère rapidement 1/ qu’une valise de vingt kilos (mais où avais-je la tête ?) ne nous permet d’emporter que la moitié des vêtements de boulets / cadeaux pour les autres boulets de la famille / attirail divers et varié relatif à la petite enfance tels que gigoteuses, couches et autres biberons mais que 2/ si près du départ (« On est plus de trois heures avant, ils exagèrent ! ») la valise supplémentaire est facturée à prix d’or à l’aéroport.

Banco.

Résignée, je boucle donc une première valise intégralement remplie de vêtements roses : les vêtements de bébé de MiniPrincesse que je me prépare à prêter à ma petite nièce. Rose pâle, vif, saumon, pêche, fuschia, tout y est et il n’y a que ça. C’est à se demander comment on fait pour habiller les garçons (à celles et ceux que cela intéresse, je recommande cet édifiant reportage).

La deuxième valise, elle, contient tout le reste : nos vêtements, ceux des enfants, les cadeaux, etc. Ah oui, et les fromages. Trois kilos de bons fromage français. C’est important pour la suite.

Le lendemain matin

Le voyage se passe sans encombres.

Quelle joie que de voyager avec des enfants

Quelle joie que de voyager avec des enfants

En version famille avec enfants en bas âge, voici ce que cela signifie :

– Le bébé n’a braillé que vingt-cinq minutes dans le taxi avant de s’endormir (puis il a fallu le réveiller dix minutes après car finalement on avait visé beaucoup trop large)

– La tablette était suffisamment chargée pour faire tenir MiniPrincesse pendant tout le vol ou presque (long moment de solitude garanti dans le cas contraire)

– Les hôtesses de l’air m’ont laissé tourner en rond comme une forcenée faire les cent pas au fond de la cabine pour endormir le bébé

– Le passager placé devant MiniPrincesse ne s’est presque pas énervé de la centaine de coups de pieds qu’elle lui a décochés pendant le vol. Presque. Du coup, on n’a presque pas eu honte. Presque.

Un voyage sans encombres, donc. Jusqu’à l’arrivée (« Tu prends MiniPrincesse, et moi je grille toute la queue à la sécurité avec le bébé »).

– Maman, elle est où la valise bleue ? me demande innocemment MiniPrincesse à mon retour du change bébé.

Je ne sais pas ce qui est le plus charmant : le fait que la personne qui change le bébé soit encore et toujours une femme, ou le détournement de bon goût du pictogramme habituel

Je ne sais pas ce qui est le plus charmant : le fait que la personne qui change le bébé soit encore et toujours une femme, ou le détournement de bon goût du pictogramme habituel

Je précise que la valise bleue est celle qui contenait « tout le reste ».

– Je ne sais pas ma chérie, tu as demandé à Papa ?

Le doute m’étreint. Confirmé par un regard irrité et inquiet de Prince. Nous regardons autour de nous. Nous sommes seuls, devant un tapis roulant désespérément vide.

S’ensuit un long moment d’invectives, de paperasserie et d’enfants qui s’impatientent.

– Maman, il est où mon nounours ?

– Dans la valise bleue, ma chérie.

– Et les biscuits que j’aime ?

– Dans la valise bleue, ma chérie.

Plus tard. Bien plus tard.

– Tu vois Maman, la valise bleue, elle devrait être LA, décrète MiniPrincesse en me désignant le tas informe de sacs de voyages (tout est bon pour ne pas enregistrer de troisième valise), manteaux, biberons et autres paquets de biscuits. Avec nous !

Certes. Merci, ma fille.

Encore plus tard. Le coup de grâce :

– Maman, comment ils vont faire, Papi et Mamie, si on ne leur rend pas leur valise bleue ?

Ah oui, je ne vous ai pas dit : la fameuse valise bleue ne nous appartient pas. Pardon, Papa et Maman.

Comme je vous le disais, ce qui me soucie le plus, c’est le fromage.

Quelque part dans le monde, mon fromage s'affine...

Quelque part dans le monde, mon fromage s’affine…

Le pire voyage de noces de l’histoire (2) : comment looser avant même d’être arrivés

J12 du voyage de noces

Si Prince et moi sommes en train de nous traîner sous le soleil des plombs des Caraïbes pour parvenir au seul café Internet de l’île, prêts à payer 10 € la connexion de 10 minutes pour modifier nos billets d’avion et rentrer trois jours plus tôt à Londres, c’est que tout ne s’est pas tout à fait passé comme nous l’espérions.  Sur le moment, je ne comprends pas bien comment on en était arrivés là. Trois ans et demi après, je tiens mon explication : on n’a rien fait comme les gens normaux. La preuve point par point :

J – 200 : le choix de la destination de voyage de noces

– Les gens normaux se demandent où ils ont envie d’aller. Normal.

– Après avoir passé au peigne fin de la critique les 194 pays du monde, nous choisissons notre destination en fonction des disponibilités de billets prime Air France en classe Affaires. Pas normal (et en tout cas pas simple).

Le matin du départ

– Les gens normaux courent dans tous les sens pour boucler les valises, passent à la pharmacie faire des stocks de crème solaire, et arrivent à l’aéroport avec 2 heures d’avance, « parce que ça serait trop dommage de rater le vol quand même ». Normal.

– Prince et Eva in London courent dans tous les sens pour caler un rendez-vous de médecin pour Eva in London qui n’est plus en état de marcher (je vous passe les détails peu ragoûtants), passent à la pharmacie faire des stocks de médicaments disponibles uniquement sur ordonnance, et arrivent à l’aéroport 2 minutes avant la fermeture du vol, « parce qu’il y avait la queue à la pharmacie ». Pas normal (et en tout cas pas malin).

L’escale

– Les gens normaux ont pris soin de choisir un vol direct. Ou, au contraire, ils profitent de leur correspondance pour découvrir ce que le pays a de mieux à leur offrir . A eux, la pause shopping à Dubaï, le massage thaïlandais à Bangkok ou le hamburger-frites-milkshake à Philadelphie.

– Nous avons pris soin de renoncer à Air France – y avait plus de place en classe affaires – pour nous rabattre sur Alitalia – oui oui, la compagnie aérienne au bord de la faillite. Nous en sommes donc quittes pour une escale dans la magnifique ville de Rome. Où nous découvrons ce que le pays a de mieux à nous offrir : à nous, le Colisée le salon réservé aux voyageurs d’affaires et aux guignols en goguette, comme nous. Le « salon » comprend en tout et pour tout une dizaine de tables en formica et une pyramide de pommes d’une fraîcheur douteuse. Et deux carafes d’eau. Même la cantine de mon école primaire était plus accueillante. Pas normal (et en tout cas pas glamour).

La première nuit

– Un peu fatigués mais heureux, les jeunes mariés normaux s’affalent sur le lit de leur magnifique hôtel et batifolent / dorment / regardent la télé balinaise. Normal.

– Très fatigués et pas très heureux car toujours pas arrivés à destination, Eva in London et Prince s’affalent sur le lit de leur hôtel 4 étoiles à Rome. Découvrent qu’il n’y a pas d’eau chaude pour se doucher (« Ah non, il n’y en aura pas avant demain matin, Monsieur, désolé, le plombier dort ») et qu’ils ont oublié leurs affaires de toilette ET le stock de médicaments dans les valises théoriquement déjà en route pour Caracas. Vont se coucher pas lavés et pas soignés. Pas normal (et en tout cas pas plaisant).

Arrivée à l’aéroport

– Les jeunes mariés normaux attendent leurs valises en s’embrassant aussi langoureusement que le leur permet leur destination (un romantisme plutôt bien vu en Italie ; moins bien en Jordanie), les récupèrent sans problème et quittent l’aéroport le cœur léger, réalisant avec allégresse que leur voyage de noces commence enfin, et en beauté. Normal.

– Eva in London et Prince attendent leurs valises avec fébrilité, ne les récupèrent pas, se roulent par terre en pleurant (Eva in London : « Mes valises ! Mes médicaments ! Mon mascara ! ») ou tentent de calmer leur conjoint (Prince : « Ne t’inquiète pas, je suis sûr que nos bagages nous seront livrés très rapidement, et que ton mascara sera sain et sauf ». Faux). Nous quittons l’aéroport le cœur lourd, réalisant avec morosité que notre voyage de noces commence enfin, et en beauté. Pas normal (et en tout cas pas romantique).

Au prochain épisode, notre séjour aux Caraïbes, ou comment Prince a découvert qu’il n’aimait ni la chaleur, ni l’humidité, ni l’eau de mer. C’est ballot.

PS : Eva in London vous prie de bien vouloir ses plus plates excuses pour les trois semaines, deux jours et 53 minutes écoulés depuis le dernier billet. Un peu comme à la SNCF, ce retard est indépendant de  la volonté de l’auteur (mais très dépendant de celle de MiniPrincesse, qui, depuis un mois, ne semble rien avoir de mieux à faire la nuit que de se réveiller toutes les trois heures en hurlant à pleins poumons. Et après, on me dit que j’ai la maternité rayonnante).

Le pire voyage de noces de l’histoire (1) : comment choisir sa destination de voyage de noces

12eme jour du voyage de noces de Prince et Eva in London – une île paradisiaque au beau milieu des Caraïbes

Prince et moi ne rêvons que d’une chose : rentrer à la maison. Oui, à Londres, où il pleut à coup sûr des cordes en cette mi-juillet. Voilà à quel point ce voyage de noces est désastreux. Prince et moi sommes pourtant des jeunes mariés comme les autres : nous aimons notre moitié toute neuve, paresser au soleil, et découvrir le vaste monde. Alors, comment en sommes-nous arrivés là ?

Tout a commencé avec cette conversation, il y a quelques mois :

– Chouchou ?
– Mmm ?
– Tu sais ce dont je rêve, pour notre voyage de noces ?
– Un périple bien roots, sac au dos, au fin fond de la Colombie ?

Cette discussion s’annonce mal.
– Pas tout à fait, non… je rêve de voyager en classe affaires.
– En classe affaires ?
– Mais oui, tu sais : embarquer quand on veut et pas seulement quand l’hôtesse appellera les rangées 40 à 45, tourner à gauche en entrant dans l’avion, déguster une coupe de champagne bon marché et ne pas la finir parce qu’il n’est pas très bon ce champagne, redemander une autre coupe une heure plus tard parce que quand même c’est gratuit et qu’on est en classe affaires après tout, étendre les jambes en pensant aux guignols coincés comme des sardines en classe éco, tout ça. C’est ça, mon rêve.

Froncement de sourcils de Prince.
– Mais… tu as envie de partir où ?

J’hésite quelques instants. Le bluff n’a jamais été mon fort.
– Ben… je ne sais pas. Mais je veux y aller en classe affaires.

Voilà qui ne simplifie pas la prise de décision, un point particulièrement sensible dans l’entité Couple formée par Eva in London et Prince. Paraît-il qu’à deux, on est plus forts. Lorsqu’il s’agit de faire des choix, Prince et moi, à deux, on est plus faibles. Perfectionnistes invétérés (oui, c’est un vrai défaut, et pas seulement un truc à sortir en entretien d’embauche quand on n’ose pas avouer son incapacité à tenir une deadline ou à communiquer avec son chef sans recourir à la violence verbale et/ou physique), perfectionnistes invétérés, donc, Prince et moi sommes tout bonnement incapables de prendre la moindre décision : quel plat cuisiné acheter pour le dîner de ce soir ? Comment s’occuper un samedi après-midi dans l’une des capitales les plus dynamiques du monde ? Tout nous pose problème.

Autant dire que choisir une destination parmi les 194 pays du monde relève pour nous de l’impossible (la liste suivante et les clichés associés n’engageant que leur inculte auteur) :

– L’Australie ? Trop loin : au bout de 10 jours de vacances, grand maximum, Prince ne rêve que de retourner faire le banquier à la City.
– La Corse ? Trop près. Le ferry, ça manque de glamour comme moyen de transport.
– Le Pérou ? Y a pas de plage. En tout cas, pas de belle plage sur laquelle lézarder pendant des heures (comme nous le verrons par la suite, ceci était un faux problème…).
– Les Seychelles ? Y a que de la plage. Comment on va s’occuper, au bout de 2 jours, quand on aura fini de débriefer sur le mariage et qu’on n’aura plus rien à se dire ?
– L’Islande ? Trop froid. Je n’ai pas perdu six kilos pour laisser passer l’occasion de m’exhiber en maillot de bain.
– Le Maroc ? Trop chaud. Il faut qu’il me reste un minimum d’énergie pour parader dans le sus-dit cher et trop petit maillot de bain.
– La Norvège ? Trop cher. Prince a beau être banquier, payer mon croissant au prix du diamant, ça me bloque.
– L’Ouzbékistan ? Trop roots. C’est un voyage de noces, quand même, pas un trek UCPA.

Bref, au bout de plusieurs heures passées à examiner attentivement la carte du monde – apprenant ainsi au passage à situer, même temporairement, d’obscures destinations telles que le Guatemala ou Zanzibar – Prince et moi parvenons à trois conclusions :

  1. Conclusion n°1 : notre brief est simple. De la plage mais pas seulement parce qu’on n’est pas des larves, de la culture pour rentrer moins bêtes mais pas trop parce qu’on est là pour se reposer, du soleil mais pas trop parce que Prince n’aime pas la chaleur, loin mais pas à l’autre bout du monde non plus parce que c’est fatigant. Ah, et qu’il reste de la place en classe Affaires avec les miles que j’ai accumulées dans mon job précédent.
  2. Conclusion n°2 : aucun pays au monde ne répond à nos critères drastiques.
  3. Comme diraient Marshall et Ted dans la série How I met your mother, nous décidons de ne rien décider : « Let future Eva and future Prince deal with it » (laissons ça à future Eva et futur Prince), tel est notre nouveau slogan de futurs jeunes mariés.

Dans le prochain épisode, nous verrons comment j’en suis arrivée à me rouler par terre en pleurant à l’aéroport de Caracas (la capitale du Vénézuela, pour celles et ceux qui se poseraient la question).

Et vous, quelle est votre destination de rêve ?