Des mérites du mois de novembre (en plein mois de juin)

C’est moi, ou l’automne a décidé de pointer le bout de son nez avant la fin officielle du printemps ? Orages apocalyptiques, pluies torrentielles, bourrasques glacées : il est par trop tentant de céder à la mauvaise foi qui caractérise parfois votre serviteur, mais, une fois n’est pas coutume, je vais faire acte d’optimisme. Verre à moitié plein, me voici. Car à n’en pas douter, être au mois de novembre en plein mois de juin a bien des mérites. Cela vous permet :

  1. De vous bercer de la douce illusion qu’il reste sept mois (et non sept semaines) avant la traditionnelle épreuve du bikini…

  2. … et par conséquent, qu’il vous reste cinq mois (et non cinq semaines) avant de vous résoudre à attaquer LE régime miraculeux vanté par Elle (« Maigrir avec plaisir »), Cosmopolitan (« Le corps que JE veux ») et autres Marie-Claire (« Plus que deux semaines avant le maillot ? Pas de problème ! »)
  3. D’éviter de descendre le carton marqué « Affaires d’été » qui traîne tout en haut d’une étagère…

  4. …et par conséquent, d’échapper à une avalanche de poussière, le carton « Affaires d’été » n’ayant été déballé qu’une fois en sept ans d’exil londonien (pour des vacances en Ecosse : vous vous demandez encore quelle mouche vous avait bien piquée)

    Le 17 juin 2013, en France… (mais ca pourrait etre en Ecosse)

  5. De vous pelotonner sous la couette à peine rentrée du travail (oui, c’était avant d’avoir des enfants) au lieu de vous sentir obligée d’aller faire un jogging / participer à un pique-nique avec les autochtones « to enjoy the sunshine » (il fait 19 degrés)

  6. … et par conséquent, d’hiberner en plein mois de juin, ce qui, il faut bien l’avouer, a quelque chose de délicieusement transgressif

  7. De ressortir votre lampe anti-dépression saisonnière, celle qui vous a sauvée un noir hiver 2007…

  8. … et par conséquent, de prouver à Prince que non, ce n’était pas un achat totalement superfu (contrairement à la sorbetière et à l’ensemble de quatre chaises longues de jardin)

    La lampe du bonheur (Britebox)

    La lampe du bonheur (Britebox)

  9. De vous élever contre les méfaits du dérèglement climatique…

  10. … et, par conséquent, de vous engueuler avec votre mère qui, contre toute évidence, refuse obstinément de croire au réchauffement climatique (« Réchauffement, réchauffement, dix degrés en plein mois de juin, mais de qui se moque-t-on ? »)

Bref, l’excuse toute trouvée pour vous empiffrer sur le canapé en regardant Downton Abbey, vous écharper avec votre génitrice et ne jamais aller vous faire épiler : que demande le peuple ? Moi, c’est bien simple, la grêle en été, je-ne-m’en-lasse-pas.

Un doute m’étreint : cela ferait-il trop longtemps que j’habite à Londres ?

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Le pire voyage de noces de l’histoire (1) : comment choisir sa destination de voyage de noces

12eme jour du voyage de noces de Prince et Eva in London – une île paradisiaque au beau milieu des Caraïbes

Prince et moi ne rêvons que d’une chose : rentrer à la maison. Oui, à Londres, où il pleut à coup sûr des cordes en cette mi-juillet. Voilà à quel point ce voyage de noces est désastreux. Prince et moi sommes pourtant des jeunes mariés comme les autres : nous aimons notre moitié toute neuve, paresser au soleil, et découvrir le vaste monde. Alors, comment en sommes-nous arrivés là ?

Tout a commencé avec cette conversation, il y a quelques mois :

– Chouchou ?
– Mmm ?
– Tu sais ce dont je rêve, pour notre voyage de noces ?
– Un périple bien roots, sac au dos, au fin fond de la Colombie ?

Cette discussion s’annonce mal.
– Pas tout à fait, non… je rêve de voyager en classe affaires.
– En classe affaires ?
– Mais oui, tu sais : embarquer quand on veut et pas seulement quand l’hôtesse appellera les rangées 40 à 45, tourner à gauche en entrant dans l’avion, déguster une coupe de champagne bon marché et ne pas la finir parce qu’il n’est pas très bon ce champagne, redemander une autre coupe une heure plus tard parce que quand même c’est gratuit et qu’on est en classe affaires après tout, étendre les jambes en pensant aux guignols coincés comme des sardines en classe éco, tout ça. C’est ça, mon rêve.

Froncement de sourcils de Prince.
– Mais… tu as envie de partir où ?

J’hésite quelques instants. Le bluff n’a jamais été mon fort.
– Ben… je ne sais pas. Mais je veux y aller en classe affaires.

Voilà qui ne simplifie pas la prise de décision, un point particulièrement sensible dans l’entité Couple formée par Eva in London et Prince. Paraît-il qu’à deux, on est plus forts. Lorsqu’il s’agit de faire des choix, Prince et moi, à deux, on est plus faibles. Perfectionnistes invétérés (oui, c’est un vrai défaut, et pas seulement un truc à sortir en entretien d’embauche quand on n’ose pas avouer son incapacité à tenir une deadline ou à communiquer avec son chef sans recourir à la violence verbale et/ou physique), perfectionnistes invétérés, donc, Prince et moi sommes tout bonnement incapables de prendre la moindre décision : quel plat cuisiné acheter pour le dîner de ce soir ? Comment s’occuper un samedi après-midi dans l’une des capitales les plus dynamiques du monde ? Tout nous pose problème.

Autant dire que choisir une destination parmi les 194 pays du monde relève pour nous de l’impossible (la liste suivante et les clichés associés n’engageant que leur inculte auteur) :

– L’Australie ? Trop loin : au bout de 10 jours de vacances, grand maximum, Prince ne rêve que de retourner faire le banquier à la City.
– La Corse ? Trop près. Le ferry, ça manque de glamour comme moyen de transport.
– Le Pérou ? Y a pas de plage. En tout cas, pas de belle plage sur laquelle lézarder pendant des heures (comme nous le verrons par la suite, ceci était un faux problème…).
– Les Seychelles ? Y a que de la plage. Comment on va s’occuper, au bout de 2 jours, quand on aura fini de débriefer sur le mariage et qu’on n’aura plus rien à se dire ?
– L’Islande ? Trop froid. Je n’ai pas perdu six kilos pour laisser passer l’occasion de m’exhiber en maillot de bain.
– Le Maroc ? Trop chaud. Il faut qu’il me reste un minimum d’énergie pour parader dans le sus-dit cher et trop petit maillot de bain.
– La Norvège ? Trop cher. Prince a beau être banquier, payer mon croissant au prix du diamant, ça me bloque.
– L’Ouzbékistan ? Trop roots. C’est un voyage de noces, quand même, pas un trek UCPA.

Bref, au bout de plusieurs heures passées à examiner attentivement la carte du monde – apprenant ainsi au passage à situer, même temporairement, d’obscures destinations telles que le Guatemala ou Zanzibar – Prince et moi parvenons à trois conclusions :

  1. Conclusion n°1 : notre brief est simple. De la plage mais pas seulement parce qu’on n’est pas des larves, de la culture pour rentrer moins bêtes mais pas trop parce qu’on est là pour se reposer, du soleil mais pas trop parce que Prince n’aime pas la chaleur, loin mais pas à l’autre bout du monde non plus parce que c’est fatigant. Ah, et qu’il reste de la place en classe Affaires avec les miles que j’ai accumulées dans mon job précédent.
  2. Conclusion n°2 : aucun pays au monde ne répond à nos critères drastiques.
  3. Comme diraient Marshall et Ted dans la série How I met your mother, nous décidons de ne rien décider : « Let future Eva and future Prince deal with it » (laissons ça à future Eva et futur Prince), tel est notre nouveau slogan de futurs jeunes mariés.

Dans le prochain épisode, nous verrons comment j’en suis arrivée à me rouler par terre en pleurant à l’aéroport de Caracas (la capitale du Vénézuela, pour celles et ceux qui se poseraient la question).

Et vous, quelle est votre destination de rêve ?

Rien ne sert de courir, il faut maigrir à point(s) – ou comment perdre ses kilos en trop pour rentrer dans sa robe de mariée (3)

C’est le moral dans les chaussettes que j’arrive chez SuperConseil en ce lundi matin. Je suis désabusée par l’échec cuisant de mon plan Vigikilos. Là où les magazines prodiguent leurs conseils pour « maigrir sans se frustrer », j’ai réussi l’exploit de grossir sans me faire plaisir.

Là où j’avais six kilos à perdre, j’en ai désormais presque huit. Soit le nombre de mois qui restent jusqu’au jour J. Un kilo par mois, paraît-il, c’est le rythme de régime idéal… si ce n’est que je suis toujours aussi réticente à l’idée de faire un régime. Rien que le mot me donne des boutons. Très peu pour moi, la liste de menus établie jour après jour, alors que je n’aime rien tant que de décider seule et au dernier moment de ce que je vais manger. Le souci, c’est que, tiraillée entre mon rejet de toute soumission à un programme établi et mon absence totale de discipline… eh bien, on a vu le résultat. Que faire ?

Heureusement, à l’heure du déjeuner, alors que je me demande quel supermarché va bien pouvoir me fournir en plat cuisiné allégé en matières grasses, sucre, sel et goût, la réponse vient à moi. Ayant fait preuve d’une rare marque de sociabilité en demandant à la cantonade si l’un de mes collègues souhaite que je lui rapporte quoi que ce soit du supermarché (c’est décidé, ce sera Waitrose, ce midi : leur imitation de poulet sauce crème korma version allégée est très convaincante), je remarque l’air particulièrement concentré de ma piquante et plantureuse collègue américaine. Et, à bien y regarder, n’aurait-elle pas l’air un peu moins plantureuse aujourd’hui ? Intriguée, je m’approche d’elle et remarque que son écran d’ordinateur n’affiche pas l’habituel Powerpoint de propagande marketing qu’elle « peaufine » durant l’essentiel de sa journée de travail. Non, Kate semble absorbée par une sorte de tableur qui n’est manifestement pas aux couleurs de SuperConseil. Voilà qui est de plus en plus mystérieux.

Plantée derrière elle les bras ballants, j’hésite à la déranger, avant de me souvenir qu’elle est Américaine, et donc peu sensible aux précautions verbales si chères aux Britanniques.

– Que fais-tu ?

Elle se retourne, surprise en flagrant délit de non-pipotage marketing.

– Ah, c’est toi (sans doute a-t-elle poussé un ouf de soulagement en constatant que ce n’était un autre SuperMarketeur qui l’interrompait, mais seulement moi, sous-grouillotte) ! Eh bien, poursuit-elle un grand sourire aux lèvres, c’est le site de mon nouveau régime. Je me suis inscrite chez Fines Femmes, et j’ai déjà perdu quatre kilos !

J’ai toujours pensé qu’il n’y avait pas plus forts que les Américains pour réussir à vendre tout et n’importe quoi. Devant cet air enjoué, la méfiance s’imposé. En même temps, l’observation n’a beau pas être mon fort, quatre kilos en moins, à y regarder de près, ça se voit, quand même. Il y a peut-être une idée à creuser, et ce même si le nom du site me fait plutôt penser à un site de rencontres à tendance fétichiste. Je me lance :

– Comment ça marche ?

Une demi-heure après, même avec un cerveau ralenti par l’inanition qui me guette, j’ai compris le principe simplissime de FF (Fines Femmes pour les initiées) : à moi, un nombre de points journaliers à utiliser comme je veux (youpi) mais limité par un quota de SuperPoints (moins youpi, mais un compromis acceptable au vu de mes déboires de la semaine passée et sur lesquels j’ai décidé de cesser de m’épancher). Et le tableur dans lequel on rentre tout ce qu’on avale pourrait satisfaire mon inextinguible besoin de contrôle. Un système qui me laissera avaler ce que je veux, me réprimandera si j’ai trop mangé et s’éteindra comme par magie si j’appuie sur le bouton on/off ? Décidément, ça me plaît.

Quelques heures de recherches plus tard – on peut dire que mon après-midi de SuperConsultante a été productif – tempèrent quelque peu mon emballement initial. Mes investigations sont pourtant riches d’enseignements :

– Si j’ai pris un kilo et demi en une semaine, c’est sans doute lié au fait que j’atteignais mon quota journalier de 21 SuperPoints dès 13 heures, pour le dépasser d’environ 300% à la fin de la journée

– En particulier, l’impitoyable tableur de Fines Femmes estime ma petite part de gâteau au chocolat de la veille à 8 SuperPoints, soit plus d’un tiers des points alloués.

– Les Fines Femmes françaises sont bien mieux lotties que leurs homologues anglaises : une étude comparative poussée des deux sites m’apprend que les fruits coûtent 1 à 3 SuperPoints de ce côté-ci de la Manche contre 0 en France. Sans surprise, je penche pour le pays le plus accommodant.

Malgré ces mauvaises surprises et toute la bonne volonté du monde – même en prétendant peser 160 kilos, avoir une activité professionnelle très exigeante physiquement et allaiter, Fines Femmes n’est pas prêt à m’accorder beaucoup plus de SuperPoints – je valide mon inscription le cœur léger.

A moi, les joies du tableur Fines Femmes et du comptage obsessionnel de SuperPoints.


PS : toute ressemblance avec une méthode existante ne saurait être que fortuite 😉

Rien ne sert de courir, il faut maigrir à point(s) – ou comment perdre ses kilos en trop pour rentrer dans sa robe de mariée (2)

Lorsque j’étais ado et tourmentée (à juste titre) par mon apparence lunetteuse, boutonneuse et boulotteuse, je me rappelle avoir posé la question suivante ma mère :
– Maman, si on est parfaitement habillée, coiffée et maquillée, ce n’est pas très grave d’avoir cinq kilos en trop, si ?
Ma mère, devinant comme seules les mamans savent le faire toute la portée de ma question, sut trouver les mots pour me réconforter :
– Bien sûr que non, ma chérie. C’est bien plus important de soigner son apparence.

Je ne sais pas par quel miracle je pensais que la puberté allait me faire m’intéresser à la mode, sans parler de « soigner mon apparence » ; j’avais simplement déjà dû abandonner l’espoir qu’elle me transforme en sylphide. Sans surprise, je suis tout bonnement devenue une jeune femme moins lunetteuse, moins boutonneuse et moins boulotteuse que ne l’était l’Eva in London adolescente. Mais entre l’option « perdre cinq kilos » et l’option « être parfaitement habillée, coiffée et maquillée », je n’ai jamais sérieusement envisagé ni l’une ni l’autre. Au fil du temps, je me suis plus ou moins bien accomodée de mon imperfection voluptueuse, un peu comme on s’habitue à une ampoule grillée à la cave : en se disant de temps en temps qu’il faudrait la changer, et en oubliant généralement aussitôt.

Mais ces derniers temps, mariage oblige, mes kilos en trop se rappellent à mon bon souvenir. J’ai donc décidé de « faire attention » à l’aide du plan Vigikilos, niveau écarlate (menace certaine). Je m’enorgueillis déjà de tout le bon sens dont je vais faire preuve, moi – sous-entendu : pas comme toutes ces mijaurées « au régime » qui déclarent après une tranche de jambon découenné qu’elles ne peuvent plus rien avaler.

Enfin, régime ou pas, une journée où je fais attention se distingue aisément d’une journée habituelle :

– 7h : levée une demi-heure plus tôt que d’ordinaire, je suis d’ores et déjà de mauvaise humeur. Pourquoi suis-je si matinale ? C’est que, pleine de bonne volonté, j’ai décidé de remplacer mon petit déjeuner à base de sucre (céréales, lait, pain, beurre, confiture, miel – parce que chez Eva in London, on ne lésine pas sur le premier repas de la journée : c’est bien céréales ET pain, confiture ET miel, et même chocolat les matins qui commencent vraiment mal) par un petit déjeuner à base de protéines : deux œufs. J’ai beau abhorrer le salé le matin, je me félicite de ce changement nutritionnel salutaire. Tiens, et pour faire les choses dans les règles, j’ajoute même un fruit. Allez, cette fois, je me fais plaisir, pas juste un petit kiwi ou une orange ; une mangue. Entière. Bon, c’est pas grave, ce sont des sucres naturels.

– 10h30 : j’ai faim. Ca, c’est comme d’habitude. Mais au lieu de trois Digestives au chocolat, je n’en mange que deux, et nature en plus. Bizarrement, ça ne me procure pas la même satisfaction.

– 10h45 : j’ai encore faim. Je me fais un thé pour me caler l’estomac. Les magazines l’affirment catégoriquement : « Souvent, lorsque vous croyez avoir faim, il s’agit en réalité d’un sentiment de soif. Dans ce cas, n’hésitez pas à boire un grand verre d’eau »

– 10h58 : je ne sais pas si j’avais soif, mais en tout cas, j’ai toujours faim. Mon estomac n’est donc pas dupe. Que faire ? Je décide d’attendre courageusement l’heure du déjeuner.

– 11h59 : je bondis de ma chaise pour aller me chercher un plat cuisiné. Ah non, c’est vrai, je me suis fait une salade. Mais, comme je ne suis pas au régime, c’est une salade de pâtes, avec des protéines, des légumes, et tout et tout. J’en ai fait beaucoup, mais c’est parce qu’il paraît que pour maigrir du-ra-ble-ment, il ne faut pas avoir faim. Ca tombe bien, parce qu’affamée comme je suis, je termine sans problème mon tupperware géant. La route de l’enfer est pavée de bonnes intentions.

– 12h30 : où est la dose de chocolat indispensable à mon équilibre mental, si ce n’est nutritionnel ? J’ai dû oublier d’en apporter de la maison. Mais je possède une volonté de fer. Oui, je peux me passer de chocolat aujourd’hui ce midi.

– 12h39 : oubliée, ma volonté de fer. L’obsession du chocolat a envahi tout mon esprit au point de me faire perdre toute concentration sur des bases de données de salaire pourtant fascinantes. A peine consciente de me lever, je me dirige comme inexorablement vers le distributeur de bonbons. Et, raisonné-je, si je me contente d’un demi-Twix et que je résiste à l’appel de la deuxième de barre de biscuit et de caramel enrobée de chocolat, mais je m’égare, eh bien, ce sera toujours la moitié de mon quota quotidien.

– 16h : la faim me tenaille à nouveau. Heureusement, je débusque au fond d’un tiroir un sachet de fruits secs. Et un autre thé, parce que « souvent, lorsque vous croyez avoir faim, il s’agit en réalité d’un sentiment de soif, etc.». L’honneur est sauf.

– 19h : je presse Prince de rentrer à la maison. J’ai faim, pour changer. A mon troisième mail en dix minutes, il semble enfin saisir tout l’impératif de la situation et arrête de faire le banquier pour la journée.

– 19h35 : j’ai à peine salué Prince à son retour, mais l’essentiel est accompli. Nous sommes à table. Conformément à mes bonnes résolutions – petit déjeuner pas salé mais copieux, déjeuner équilibré avec un peu de chocolat mais pas trop, en-cas sains et nutritifs – mon dîner est léger. Ben oui, parce que si je veux maigrir, je ne peux pas passer mon temps à manger, non plus. Au menu, donc : soupe de légumes maison et… une tranche de jambon découenné. Et un yaourt nature. Et un mi-nu-scule bout de chocolat.

– 23h : décidément, rien ne semble apaiser mon appétit. Sans conviction, je me répète « Souvent, lorsque vous croyez avoir faim, il s’agit en réalité, etc. » et me prépare une tisane avant d’aller dormir, quelque peu abattue par cette étrange journée. J’ai l’impression de ne jamais avoir autant mangé (c’est vrai) tout en n’ayant jamais été aussi frustrée (c’est vrai aussi).

– 3h30 : une fringale d’une intensité rare me force à émerger soudainement des bras de Morphée. Je m’interroge : si je me lève pour déguster « un tout petit peu » de mon en-cas nocturne favori, un bol de céréales détrempées dans du lait, Prince se réveillera-t-il en me maudissant ? La réponse ne se fait pas attendre : c’est oui. Mais au moins, je n’ai plus ni faim, ni soif, et me rendors du sommeil du juste.

Il paraît que dans un régime – zut, j’avais oublié que je n’étais pas au régime, je « fais attention » – les trois premiers jours sont les plus difficiles. C’est faux : le reste de la semaine est à l’avenant. Mon moral plonge, mon jean est toujours aussi serré (en vertu du principe « si j’achète une taille au-dessus je la remplirai illico », cela fait un an et demi que je refuse d’investir dans un jean neuf) et Prince se montre de plus en plus agacé de vivre avec une Eva in London plus agitée et guère plus mince pour autant.

Pourtant, je tiens bon : toujours en vertu du bon sens, je ne mange qu’une petite part de gâteau au chocolat au dîner d’anniversaire de ma meilleure amie, je continue à bien petit déjeuner (même si les œufs sont passés à la trappe dès le mardi) et je ne m’affame pas. Et surtout, je ne me pèse pas : les experts sont formels, le poids varie parfois considérablement d’un jour à l’autre. Autant ne pas me laisser perturber par ces petites fluctuations.

Enfin arrive le lundi, et avec lui, le droit de me peser pour tirer le bilan de cette semaine.

Eh bien, il n’y a pas de mystère : les dîners légers et les en-cas en quantité raisonnable ont fait leur effet. Enfin, surtout les en-cas. Bilan du plan Vigikilos : un kilo et demi en plus.

Désemparée face à cet échec retentissant, j’envisage de passer au niveau supérieur du plan Vigikilos, avant de me souvenir qu’hélas, il n’y en a pas. Peut-être ma solution, certes astucieuse et séduisante, de mettre bout à bout le « best of » de chaque régime – petit déjeuner copieux, en-cas gourmands, déjeuner très très équilibré, pas de privation de chocolat, manger de tout, pas besoin de faire de sport – n’est-elle pas tout à fait au point.

Il va donc me falloir adopter une stratégie différente… mais laquelle ?

Rien ne sert de courir, il faut maigrir à point(s) – ou comment perdre ses kilos en trop pour rentrer dans sa robe de mariée (1)

Maintenant que je me suis arraché les cheveux à trouver un DJ, un photographe et un traiteur, me voici prête à passer à l’étape suivante dans ma transformation en cliché-sur-pattes de fiancée hystérique mon parcours initiatique de future épouse : le régime.
Car quelle jeune femme préparant son mariage ne s’est pas posé LA question ? Non pas « Est-ce le bon ? », ou encore « Suis-je prête à me le coltiner durant cinquante, soixante voire soixante-dix ans à m’engager ? », mais, plus prosaïquement : « Vais-je réussir à perdre X kilos (retrouvant ainsi le poids de ses 15 / 25 / 35 ans, suivant l’âge et le degré de réalisme de la mariée) à temps pour le grand jour ? »
Et si, par hasard, la mariée peut déjà se targuer d’une silhouette de rêve, il se trouvera malgré tout toujours un proche bien intentionné pour lui susurrer : « Et tu comptes faire un peu de sport, pour le mariage ? »
C’est ainsi que, sous prétexte qu’ « on a toujours été plus efficace dans l’urgence », on se retrouve à commander une robe de mariée deux tailles en dessous de la sienne.
Je ne fais pas exception à la règle. J’ai beau n’avoir encore aucune idée de LA robe – ayant toujours soigneusement sauté les pages mode des magazines féminins, je ne vais pas commencer à les feuilleter aujourd’hui sous prétexte que la revue s’appelle SuperMariées ou TopMariage – je suis sûre d’une chose : le jour J, je serai resplendissante… et mince.

Mais comment s’y prendre, lorsqu’on traîne quelques kilos en trop depuis… ben, la nuit des temps ? Quand, gourmande invétérée, on a toujours catégoriquement refusé de se mettre au régime ? Quand la simple idée d’avoir faim déclenche un état de panique avancé ?

On « fait attention ».
Mais si, vous savez : on ne se goinfre pas, on mange quand on a faim, et seulement quand on a faim, on se limite à un carré de chocolat au lieu de descendre toute la tablette, on fait un peu de sport… bref, on suit (ou plutôt on se promet de suivre) toutes ces injonctions que nous serinent à longueur de printemps les magazines, nous rappelant sans vergogne que c’est « bientôt le maillot ! ».

Comme s’il suffisait de faire preuve de bon sens pour maigrir.
Tiens, moi, par exemple. Par le passé, j’ai déjà « fait attention ». En substance, cela signifie des journées qui finissent comme elles ont commencé : en pensant à MANGER. N’est-ce pas toujours mon cas, s’étonneront mes proches ?
Certes. Mais c’est beaucoup moins drôle de s’endormir en songeant au petit déjeuner du lendemain lorsqu’on est taraudée par la culpabilité, la faim et la terreur de ne pas rentrer dans sa robe de mariée.

Hélas. Comme me l’a un jour asséné un médecin sûrement bien intentionné, j’ai six kilos à perdre pour atteindre le « poids idéal » – décrété suivant quelles règles ? Mystère. Rien de bien dramatique, donc, mais pour me sentir l’âme d’une princesse le jour de mon mariage, j’aimerais en avoir également le corps – ou tout du moins ne pas passer la cérémonie à me demander si ma robe me fait de grosses fesses. Je me rends donc à l’évidence : je vais devoir « faire attention ».

Plan VigiKilos activé, niveau écarlate : menace certaine.

L’aventure du chili con carne, suite et fin

Le suspense était intenable : Eva in London mangera-t-elle tout son chili con carne comme une sage petite fille ? Retournera-t-elle en larmes chez Vittorio, quémandant sa dose quotidienne d’huile d’olive et de parmesan ? Jettera-t-elle, enragée, son chili con carne à la poubelle en maudissant à tout jamais Marks et Spencer de lui avoir proposé de « compter sur eux » ?

Je reconnais que la conclusion de l’article précédent était quelque peu abrupte. Mais quel intérêt présente bien la dégustation d’un chili con carne industriel ? pensais-je naïvement. Pourtant, vous avez été des dizaines, que dis-je, des centaines, à m’envoyer des messages indignés. « Alors, alors ? Et après ?». Je cède : voici l’aventure de l’aventure du chili con carne, suite et fin.

Y en a quand même parmi vous qui doivent vraiment s’ennuyer au boulot. Moi, j’dis ça, j’dis rien.


Résignée, je libère le plateau plastique de chili con carne de la manche en papier toujours estampillée « Comptez sur nous », et me plonge dans les instructions.

–          « Retirez le papier » : jusque là, rien que de très logique

–          «  Percez le film plastique de quelques trous à l’aide d’une fourchette » : d’emblée, ça se corse. Chez SuperConseil, les SuperConsultants ont tendance à piquer les fourchettes en métal. Pratique mystérieuse, mais qui a le don d’énerver John, dit John des Services Généraux. John des Services Généraux rappelle régulièrement que les couverts en métal, ça coûte cher, et que les voler, quand on est SuperConsultant, ce n’est quand même pas une façon très correcte d’arrondir les fins de mois. Du coup, on en est réduit aux fourchettes en plastique – ce qui est maaaaal pour l’environnement, et pas du tout pratique pour « percer le film plastique de quelques trous ». Bref, trois fourchettes cassées plus tard, je décide que le bilan carbone de mon déjeuner est déjà assez lourd comme ça, et j’arrache allègrement tout le film plastique.

–          « Réchauffez au micro-ondes uniquement : 4,5 minutes pour un four de 750 watts, 4 minutes pour un four de 850 watts ». Et le four micro-ondes SuperConseil de 800 watts ? Allez, on ne recule pas devant une petite règle de trois. C’est beaucoup plus technique que ce que je pensais, de réchauffer un plat cuisiné. Je préférais quand Vittorio remplissait bien mon Tupperware et qu’il dégoulinait d’huile au fond. Au moins, les instructions étaient simples : 1/ manger 2/ ne pas culpabiliser.

–          « A la fin de la cuisson, vérifiez que le plat est chaud » : cette remarque me laisse perplexe. Ils vont nous rappeler qu’il faut une fourchette (en plastique) et un couteau (on n’en a plus, le budget étant épuisé à mi-année après un rythme de disparition beaucoup trop rapide), et une serviette autour du cou, et un verre d’eau aussi ? Il n’y a plus de limite à la complicité avec le consommateur.

–          Ne pas re-réchauffer : tellement important que c’est marqué en gras. En même temps, faut pas se mentir. 380 calories de chili con carne super allégé, si on en laisse, c’est qu’il doit être tellement mauvais qu’on ne risque pas de le finir au repas suivant.

Allez, passons à la dégustation, sous peine d’en reprendre pour un troisième billet sur le chili con carne, et faut quand même pas abuser des bonnes choses. Bilan en trois points :

  1. Quand Marks et Spencer disent quelque chose, c’est comme Jacques, on fait ce qu’ils nous demandent. On n’arrache donc pas le film plastique comme une sauvage, à moins de vouloir nettoyer honteusement mais rapidement (pour éviter de s’attirer les foudres de John des Services Généraux) le micro-ondes entièrement repeint de sauce marron/rouge.
  2. Le chili con carne britanninque noté « peu épicé » (un piment sur un maximum de trois), pour un palais français, ça reste assez corsé pour en avoir les larmes aux yeux
  3. Paradoxalement, on retrouve aussi le goût de l’ingrédient principal… l’eau.

La conclusion qui s’impose, c’est que Marks et Spencer ne font quand même pas aussi bien que la cuisine que Vittorio. Non, sérieusement, c’est correct, sans plus. Heureusement, il me reste des dizaines d’autres plats sur lesquels je peux compter : nouveau bilan d’ici quelques semaines. 

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PS : en bonus, un sketch so British qui ne manque jamais de me faire rire, et qui devrait rappeler à certains les ficelles de la télé-réalité (ah, l’île de la tentation… que de bons souvenirs) :

Dix excellentes raisons de ne pas retourner travailler après les fêtes

– Pour tenir mes bonnes résolutions d’amour, de calme et de patience, il vaudrait vraiment mieux que je ne voie pas ma boss.

– Mon régime detox post-excès de fêtes exige de rester allongée sans rien faire pendant 48 heures minimum.

– Il fait froid.

– Je n’ai pas du tout envie de partager mes chocolats de Noël avec des collègues tout aussi déprimés que moi.

– Il est grand temps de préparer les vacances d’été.

– Apres l’échec du sommet de Copenhague, j’ai décidé de me reconvertir dans le développement durable.

– Il me reste des cadeaux à déballer et des cartes de vœux à envoyer. Ca passe avant la création de Produit Intérieur Brut, non ?

– Je ne rentre plus dans mon tailleur.

– Vu qu’en 2009, ma décision la plus stratégique c’etait café serré ou allongé, ils devraient se passer de moi sans trop de problèmes.

– De toute manière, j’ai oublié mon badge.