Tentative de réintégration professionnelle (ou comment « reprendre le travail » après un bébé, quand on n’a pas de travail)

– Tu crées ZERO valeur pour la société.

Voilà ce qu’avait décrété un « ami » à propos de ma situation professionnelle – au chômage – lorsque j’ai débarqué à Londres pour y suivre Prince. Comme disent les Anglais, avec de tels amis, a-t-on encore besoin d’ennemis ?

Enfin. J’ai pris acte de sa remarque, et me suis consacrée quatre années durant à l’étude de données de salaire chez SuperConseil. O joie et épanouissement.

Aujourd’hui, j’ai beau m’occuper tant bien que mal de MiniPrincesse depuis six mois déjà, force est de constater que le regard que la société porte sur moi n’a pas changé. Et maintenant qu’ « on » (ma mère / ma belle-mère / ma meilleure amie / ma pharmacienne) a épuisé le sujet de mon accouchement (péri ou pas péri, est-ce que j’ai eu très mal ou très très mal, combien pesait MiniPrincesse au gramme près et autres questions passionnantes), « on » (ma mère / ma belle-mère / ma meilleure amie / ma pharmacienne) n’a de cesse de me demander quand je compte « reprendre le travail ».

Et chacune a son avis sur la question.

Ma mère, dont le congé maternité n’aurait duré que quelques heures, le temps de rentrer et de sortir de la clinique, plisse le nez à chaque fois qu’elle me demande quand mes « vacances » prendront fin.

Ma belle-mère, qui, à chaque enfant, s’est arrêtée trois ans pour les « élever elle-même », fronce les sourcils lorsqu’une malencontreuse remarque (« Prince, au moins, a cinq semaines de congés par an ») lui laisse penser que  je ne baigne pas dans la félicité absolue.

Ma meilleure amie, qui « comme tout le monde » en France a repris le boulot lorsque son bébé a atteint le grand âge de deux mois et demi, me lance des regards courroucés lorsque je lui explique que MiniPrincesse « est encore si jeune pour la confier à des inconnus ».

Ma pharmacienne pose la question, mais au fond, s’en fiche comme de sa première boîte de Prozac. C’est toujours ça.

Yummy mummy

Quoi qu’il en soit, je suis bien en peine de répondre. Prise en flagrant délit de désorientation professionnelle, je marmonne vaguement « sais pas », « tellement épanouissant de voir MiniPrincesse grandir » et « on verra ». Je ne peux même pas arguer d’un hypothétique congé parental puisque j’ai eu la brillante idée de démissionner juste avant de tomber enceinte. Oui, j’adore m’occuper de MiniPrincesse. Oui, sans aide de l’Etat providence français, mon salaire couvrira à peine la nounou / nursery / childminder. Mais si je continue à converser diversification et développement moteur, c’est bientôt moi qui aurai besoin de soins.

Je n’en suis d’ailleurs pas à ma première tentative de réintégration professionnelle.

Lorsque MiniPrincesse avait trois mois, j’ai manqué tomber de ma chaise en découvrant une annonce de job trop beau pour être vrai :

« Poste flexible pour Français habitant à Londres »

Il s’agissait de s’occuper à distance (vive les nouvelles technologies) du site français d’une entreprise anglaise, fondée par un couple du quartier.

C’était effectivement trop beau pour être vrai, le couple en question passant plus de temps à s’écharper et s’affubler de noms d’oiseaux qu’à cogiter sur leur développement à l’international.

L’entreprise fit faillite deux mois après que j’aie jeté l’éponge. Pure coïncidence, bien sûr.

Me voici revenue à la case départ (pour rappel : zéro création de valeur). Je suis assaillie par les pires angoisses. Jamais je ne retrouverai un emploi. Je suis condamnée à passer ma vie au foyer. Ma carrière est finie.

Une nuit d’insomnie, je n’y tiens plus, et contacte une brillante ancienne cliente de mon époque SuperConseil, . Elle ne s’étonne guère de l’heure à laquelle mon mail lui parvient (3h17 du matin) et me propose immédiatement un rendez-vous. Et pas pour parler biberons.

We are back in business !

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Tentative d’intégration #2 : le playgroup alternatif

Si je suis sidérée d’apprendre que c’est à moi de confectionner une souris en feutre blanc (super utile, vous me direz) tandis que ma fille « joue librement » aves des jouets-en-matière-naturelle, je suis la seule à le laisser paraître.

Les autres mères ne mouftent pas lorsque Hippie en Chef distribue les aiguilles (je n’ai pas cousu depuis que ma mère a tenté de m’apprendre à coudre un bouton, jetant rapidement l’éponge devant mon évident manque de coopération).

Les autres mères ne protestent pas lorsque Hippie en Chef fait passer de minuscules morceaux de feutre coupés au millième de millimètre près pour correspondre exactement au « patron » (je ricane assez peu délicatement, repensant à mon soulagement lorsque j’appris que les cours d’arts plastiques s’arrêtaient à l’entrée au lycée).

Les autres mères – bon, certaines – parviennent même à sourire, apparemment ravies de cet exercice de couture impromptu (je proteste à mi-voix auprès de Hippie en Chef : « je n’ai pas cousu depuis l’âge de 14 ans et je ne comprends rien ! » – en vain).

Je suis vraisemblablement la seule mère à trouver surréaliste cette scène où une dizaine de femmes adultes cousent, tout sourire, de microscopiques souris de feutre tandis que leur marmaille tente de colorier à l’aide de simili-crayons-en-matière-naturelle (MiniPrincesse, toujours pleine de ressources, a réussi à mettre la main sur un bon vieux stylo-bille noir sorti d’on ne sait où). Tout ça pour « se montrer en état de créativité ».

Je suis si indignée par ce nouvel esclavage librement consenti qu’en bonne Française, j’entame une silencieuse grève sur ma chaise. Je vais même jusqu’à m’intéresser aux gribouillages de MiniPrincesse (« Oh, comme c’est joli ! C’est quoi ? Un bonhomme ? Ah, un soleil ! Très bien ! »).

"Maman, regarde : chien" !" (véridique)

« Maman, regarde : chien » ! » (véridique)

En bonne Anglaise, Hippie en Chef fait mine de ne rien remarquer (ou ne remarque rien). Sa seule contribution à l’animation du groupe se borne à deux interventions, prononcé d’un ton égal :
– (mummies, juste pour vous informer que j’ai égaré mon aiguille)

Avoir perdu une aiguille au milieu d’une douzaine de tout-petits marchant pieds nus ou à quatre pattes ne l’inquiète guère.

Puis, quelques minutes après :
– (surtout, ne vous dépêchez pas, nous pourrons terminer cette activité mercredi prochain) Plutôt mourir.

Pendant que les mères s’affairent à leurs souris respectives, j’observe avec satisfaction que la plupart d’entre elles prêtent si peu d’attention à leur tenue que pour une fois, je parais presque bien habillée. Les joies simples sont parfois les plus douces.

Enfin, au bout de quarante-trois longues, très longues minutes, nous rangeons enfin aiguilles (celles qui restent), patrons et faux crayons. Autour de moi, j’aperçois quelques souris qui ressemblent à des souris. La mienne traîne, négligée, en plusieurs morceaux (j’ai quand même réussi à découper le patron), sur la table. Je la fais disparaître discrètement.

Voici venu le moment préféré de MiniPrincesse : la collation. En Angleterre, si l’enfant ne s’est pas alimenté entre son porridge de 8 heures et le curry de 11h30, on craint pour sa santé. D’où l’importance du snack. Et bio ou pas, le menu du snack anglais semble immuable où que j’aille : galettes d’avoine et/ou de riz accompagnées de raisins secs. Si c’est Byzance, on y trouve aussi des pommes ou des clémentines. Bingo. Avec une petite surprise : pour mériter le snack,rien ne vaut une petite bénédiction païenne, entonnée par Hippie en Chef.
– (merci pour ce repas merci pour le soleil merci pour la terre etc)

A peine MiniPrincesse a-t-elle englouti son dernier raisin sec (et piqué ceux abandonnés par sa voisine) que je me lève pour aller m’acquitter de mes trois livres, espérant ainsi pouvoir m’échapper de cette quatrième dimension. Hippie en Chef hausse un sourcil et me dit : – (le paiement ne s’effectue qu’à la fin, le playgroup n’est pas fini)

Vu l’accueil que tu m’as réservé, je ne risque pas de le savoir, espèce de beatnik, me retiens-je de lui lancer.

J’endure donc encore un peu de freeplay, quelques chansons en l’honneur du soleil et l’incompréhension de MiniPrincesse devant le fils de Hippie en Chef qui, à peine sa mère partie de la pièce, se met à donner des coups de pieds à tout ce qui bouge (« Ne t’inquiète pas ma chérie, ce petit garçon de cinq ans doit être contrarié que sa maman ne l’ait pas encore allaité depuis le snack. Ou alors il aimerait bien porter des chaussons normaux plutôt que des babouches rose vif »).

Enfin, nous sommes libres.
– Alors, MiniPrincesse, ça t’a plu, ce playgroup ?
Ma fille, flairant le piège, ébauche une prudente grimace.
– Bizarre, dame ? hasarde-t-elle.
– Oui, je suis d’accord, ma puce, la dame était un peu bizarre.

La vérité sort de la bouche des enfants.

Véridique - c'était plein

Véridique bis : c’était plein

Tentative d’intégration #2 : le playgroup alternatif

Après l’échec retentissant le succès en demi-teinte du cours de musique pour mouflets, voici le récit d’une tentative d’intégration à la vie de yummy mummy beaucoup plus récente : le playgroup alternatif. Qu’entends-je par alternatif ? Ce playgroup se déroule au sein d’une école à la pédagogie « différente » – dont je tairai le nom – et dont il constitue « un excellent moyen de découvrir le mode d’éducation ». La rapide présentation sur le site Internet reste consensuelle : un temps pour jouer librement (freeplay), une activité (l’exemple donné est le dessin, qu’on peut difficilement qualifier d’exercice révolutionnaire) suivie d’une collation bio (évidemment) et de chansons. OK, les jouets sont exclusivement fabriqués à base de matières naturelles (bois, tissu, coquillages), ça a l’air d’être très important – MiniPrincesse, bien qu’habituée aux plastiques criards, devrait s’en accomoder.

Voici le décor planté.

Un beau matin ensoleillé, me voici donc accompagnée de MiniPrincesse, à descendre au sous-sol d’un imposant bâtiment en briques pour parvenir à une porte à laquelle on peut lire « Parent and Toddler Group ».

Je frappe. Pas de réponse. Prenant mon courage à deux mains, je pénètre dans une petite pièce pourvue d’une longue table à hauteur d’enfant et d’une dizaine de petites chaises d’un côté, et de jouets-en-matières-naturelles de l’autre : deux chevaux à bascule, une grande tente en patchwork, des poupées vaguement vaudous, etc. Deux mamans sont assises sur des coussins à même le sol, leurs enfants sous les yeux. De l’autre côté de la pièce, une jeune femme – 35 ans environ, oui c’est jeune – coud placidement un vêtement non identifié de couleur non identifiée (khaki ?), un marmot de quatre ou cinq ans littéralement agrippé à sa jupe.

Des jouets NA-TU-RELS (et un peu effrayants)

Des jouets NA-TU-RELS (et un peu effrayants)

Je lance timidement un « hello » à la cantonade. L’une des deux mamans lève la tête et me sourit gentiment. La couturière, imperturbable, se contente d’un « hello » en retour avant de poursuivre son ouvrage.

La perplexité m’envahit. Le playgroup était censé démarrer à 10h et il est 10h04. Déjà quatre minutes de retard ! Qui plus est, l’une des mamans a conservé ses chaussures aux pieds, l’autre pas. Que faire ? L’animatrice – je suppose qu’il s’agit d’elle – porte d’indescriptibles pantoufles à longs poils noirs et marrons. Et je remarque par la même occasion que sa jupe n’est pas banale non plus : une sorte de patchwork de tissus sans nul doute tous na-tu-rels et bien évidemment de longueurs différentes.

Bon. Dans le doute, je me déchausse et indique à MiniPrincesse de faire de même. Pendant ce temps, d’autres mères arrivent, et – oh, comme le temps passe vite, déjà douze minutes de retard ! – nous voici une dizaine d’adultes et autant d’enfants, sans compter les nouveaux-nés évidemment portés en écharpe par leurs génitrices.

L'écharpe de portage, c'est le bonheur

L’écharpe de portage, c’est le bonheur

L’animatrice, suivie de très près par son fils, fredonne un indescriptible « om », ce qui semble marquer le signal de se mettre en cercle.
– (hello, everyone)

Ah, donc elle parle. Tellement bas que je peine à distinguer ce qu’elle dit, et sans ponctuation apparente, mais elle parle. J’ai l’impression d’assister à un spectacle d’hypnose, tellement elle a l’air détendue.
– (let’s start)

Et elle se met en mode hippie à chantonner :
– (bonjour la lune bonjour le soleil bonjour les cailloux bonjour la terre bonjour l’air bonjour le feu)

Bien bien bien. La nature c’est important. D’ailleurs je suis une maniaque du recyclage. J’imite donc les autres mères, plaque un sourire Colgate sur mon visage et me joins aux festivités païennes. Après quelques minutes d’épanouissement musical, la Hippie en Chef (ainsi que je l’ai d’ores et déjà surnommée dans ma tête) annonce, ou plutôt murmure :
– (aujourd’hui nous allons faire des souris blanches en feutre)

Les mères, en chœur, à l’adresse de leur progéniture, plus sourire Colgate que jamais :
– WAOUH !!!

La progéniture :
– …

Ce qui ne l’empêche de s’installer avec diligence à table. Hippie en Chef en paraît contrariée (autant que faire se peut lorsqu’on pratique la méditation à raison d’une heure par jour). – (non aujourd’hui ce sont les mamans qui vont faire l’activité)

Qu’entends-je ?! – (c’est très bon pour vos enfants de voir leur mère en état de créativité)

Heu, si j’étais capable de me mettre « en état de créativité », 1. ça se saurait et 2. je ferais tranquillement de la créativité à la maison plutôt que de me taper 40 minutes à pied pour emmener ma fille à un playgroup alternatif où c’est moi qui me tape tout le boulot.

La suite au prochain épisode…

Tentative d’intégration #1 : le cours de musique bébé en anglais

Mes trois friend dates s’étant déroulées sans anicroche (« Alors, ça fait combien de temps que tu habites à Londres ? Ton enfant est trop mignon (ben voyons) ! Il a quel âge ? Il dort bien ? etc. »), je décrète qu’il est temps de passer à la vitesse supérieure : faire la connaissance de jeunes-mères-sympas-et-même-pas-forcément-françaises.

La quête de l’insaisissable amie anglaise avait constitué l’un de mes fers de lance lors de l’arrivée à Londres il y a cinq ans (gloups). Las. Introuvable la copine anglaise, introuvable elle est demeurée. La seule chose qui me rassure, c’est que je ne suis visiblement pas la seule à me heurter au mur de cordialité de la perfide Albion.

Mais je n’ai pas dit mon dernier mot. Car je dispose désormais d’une arme de choc ; en l’espèce, un bébé de cinq mois, MiniPrincesse. Et pour établir des occasions de côtoyer de l’Anglaise, d’innombrables possibilités s’offrent à moi. Yoga bébé, cours de cuisine, poterie, langue des signes, heure du conte, danse, chant… dès la naissance, les petits Anglais (fortunés, cela va sans dire) ont à leur disposition un programme d’une richesse comparable à la prestigieuse université à laquelle leurs parents aspirent sans nul doute pour eux.

Décontenancée par cette avalanche de propositions qui, toutes sans exception, se targuent d’être « essentielles pour le bon développement intellectuel et émotionnel de mon enfant », je jette finalement mon dévolu sur une activité musicale quelconque. Celle-ci promet de « poser les bases de l’avenir musical de mon enfant », rien de moins.

Mes ambitions à moi sont nettement plus prosaïques. Si cette demi-heure normalement facturée au prix d’un cours particulier de maths de terminale (le cours à l’essai est gratuit) peut arracher un ou deux sourires à MiniPrincesse et me permettre d’échanger quelques mots autres que « coucou caché » et « tu as bien dormi, ma petite choupinette chérie ? », ça sera déjà ça.

Mais cela ne devait pas être. Vu la tête que tirent les mères présentes lorsque MiniPrincesse et moi arrivons dans la petite salle au premier étage d’un centre de loisirs, il transparaît rapidement qu’elles seraient plus à leur place à un groupe de soutien à la dépression postnatale qu’à un groupe de musique.

Un cours accueillant dans un lieu chaleureux

L’animatrice (« My name is Byony !!! »), semble en revanche avoir abusé du Prozac en cette pluvieuse après-midi.

So, mummies !!! (Alors, les mamans !!!)

Silence consterné, ou poli, c’est au choix (ne négligeons pas la réserve britannique).

Bryony réalise qu’elle a oublié quelque chose. Ou plutôt quelqu’un. Elle s’écrie :

So, mummies and babies !!! (Alors, les mamans et les bébés !!!)

Nouveau silence.

Today, we’re going to have FUN !!! (Aujourd’hui, on va bien s’AMUSER !!!)

Ce qui, si vous avez bien suivi, fait pas moins de douze points d’exclamation en trente secondes, soit presque un point d’exclamation toutes les deux secondes.

Un murmure modérément enthousiaste s’élève du cercle de mamans. Les habituées – ou du moins, celles qui ont l’air de savoir ce qu’elles font là – hasardent un hésitant « Yay » à l’adresse de leur progéniture.

Et la dite progéniture, pendant ce temps ?

L’un des bébés s’assoupit dans les bras de sa mère, insensible au fait que ça fait cher la minute de sommeil. Deux bébés pleurent. MiniPrincesse, perplexe, se cramponne à moi. La bonne foi m’oblige à reconnaître que l’humeur des « habitués » varie au moins de neutre à plutôt souriante. C’est peut-être parce qu’eux ne s’effraient plus des hurlements de Bryony.

Au cours des 23 minutes qui suivent, il est beaucoup question d’un singe très joueur (« Where’s monkey ? »), d’une comptine anglaise à laquelle je ne comprends rien à part que Bryony veut que les mummies se lèvent à intervalles réguliers (hmmph) et de percussions sur lesquelles notre chère animatrice, momentanément contrariée (je crois même l’entendre jurer), ne parviendra jamais à remettre la main.

– Alors, ça vous a plu ? Souhaitez-vous vous inscrire pour le trimestre ? me lance Bryony à la fin du cours.

Je cogite deux secondes et demie. MiniPrincesse n’a pas esquissé la moindre ébauche de sourire, je n’ai pas osé adresser la parole aux mères brésiliennes, polonaises et américaines présentes (pas l’ombre d’une Anglaise) et estime avoir eu de la chance de ne pas subir de perte auditive après 30 minutes de Bryony.

De deux choses l’une : soit cette femme ne doute de rien, soit elle n’a pas remarqué que MiniPrincesse et moi aurions préféré être chez le dentiste plutôt qu’ici.

J’arrive néanmoins à faire preuve d’une courtoisie toute britannique afin d’éluder la première question pour répondre à la deuxième sans pouffer de rire :

– Je vais réfléchir, merci.

Finalement, pour un bébé de cinq mois, chantonner Frère Jacques à la maison (même faux) c’est très bien aussi.

Baby on board (Femme enceinte dans le métro)

En cette période festive où le monde attend la venue d’un petit enfant prénommé Jésus (du Père Noël  / de vacances au soleil) je vous propose une étude de l’Anglais dans le métro… face à la femme enceinte (toi).

Dans le Tube, face à la femme enceinte, il y a :

– Celui qui, engoncé dans son gratuit du matin / son iPad / ses écouteurs de djeuns cool, lève les yeux, te regarde, et les baisse à nouveau comme si de rien n’était

– Celui qui te demande, l’air perplexe, si tu es enceinte (alors que tu accouches dans trois semaines)

– Celui qui demande à sa voisine de gauche de te céder la place

– Celui qui, dans son empressement à te laisser son siège,  trébuche sur les autres passagers

– Celui qui, inspiré par l’exemple de son voisin, propose sa place à une dame bien en chair… mais pas enceinte du tout. Lorsqu’il se rend compte de sa méprise, il s’enfuit à toutes jambes à l’autre bout du wagon, tandis que tu effectues le trajet aux côtés de la dame replète sans oser lever les yeux

– Celui qui, lorsque tu en es réduite à lui quémander son siège sous peine de défaillir sur lui, te dévisage longuement – très longuement –  en soupirant. Et ne bouge pas.

– Celle (oui, CELLE) qui évalue attentivement ton ventre de femme enceinte de cinq mois, ton visage las, et ton sac rempli de victuailles pour la journée, puis glisse à son mari qui s’apprêtait à te donner son siège : « ’C’est pas la peine ! ». Euh, si.

Bref, l’Anglais a beau avoir la réputation d’être prévenant, aimable et courtois, on trouve aussi du malotru, voire du gougnafier (il fallait que je le case, celui-à).

Un badge assez explicite

Mais soyons fair-play. Dans le Tube, face à la femme enceinte, il y a aussi  :

– Celui qui t’aperçoit de loin avec ton badge « Baby on board » et te lance, avec un grand sourire : “Please sit down”

– Celui qui, effaré par le goujat qui a refusé de se lever, se confond en excuses et t’invite à prendre sa place EN SE LEVANT (et non en attendant que tu l’en déloges)

– Celui qui, coincé debout comme toi et mille autres sardines, prend garde à ne pas servir de ton enfant à naître comme amortisseur et te demande même : « You ok back there ? ».

C’est dans ces moments que tu te rappelles combien il fait bon vivre en Angleterre. Du moins, quand l’Anglais ne te demande pas si tu es bien enceinte, alors que tu as pris 10 kilos en 6 mois.

L'humour anglais, en toute circonstance

Du bonheur de devenir mère

Premier mois

Le mois qui suit la naissance de MiniPrincesse, je me sens invincible. Enfin, sans aller jusque là, disons que je suis portée par la jubilsation d’avoir donné la vie – ou, plus prosaïquement, les hormones de l’accouchement. Prenant mon clavier et mon courage à deux mains, j’ai réussi à faire la connaissance de quatre chouettes jeunes femmes francophones / francophiles et à tenir une conversation sans trop affabuler ni me ridiculiser. MiniPrincesse survit tant bien que mal à mes soins imprécis et tremblants de jeune mère désireuse de bien faire. Les cartons du déménagement ne se déballent pas tout seuls. Je passe mon temps à me demander ce qu’il faut faire de / avec MiniPrincesse.

Toute petite main...

Toute petite main…

Aparté : avec le recul, deux ans plus tard, je brûle d’envie de  me répondre : « Rien, bécasse, profite ! Y a rien à faire à part lui donner à manger et la laisser dormir ! » Mais peut-être occulté-je l’écrasante fatigue, l’envahissante peur de « casser » ce petit bout de chou tout neuf, ah et aussi les six tétées par jour, chacune durant une heure, et les nuits entières à porter un paquet de 3,5 kilos en chantant en boucle « Petite alouette » (dont les paroles féroces ne me froissent guère). Je me rends au « café allaitement » proposé par le NCT du coin (excellente association britannique qui propose des cours de préparation à l’accouchement où les futures mères autochtones tissent d’indestructibles liens. Une occasion que j’ai laissé filer cause alitement à six mois) et, devant l’enthousiasme des conseillères en allaitement, leur avoue ma perplexité : l’allaitement ne se passe pas MAL. Mais ce n’est pas non plus la révélation.
Bref, cahin-caha, ça va.

Deuxième mois

La situation est grave : je suis si épuisée que j’accueille ma belle-mère à bras ouverts, soulagée de pouvoir me débarrasser un peu de MiniPrincesse la confier à d’autres bras aimants pour la faire un peu taire la bercer. Pis : lorsque la fin de son séjour approche (deux semaines quand même), je la supplie de rester encore quelques jours. Jamais je ne m’en sortirai sans elle. Elle a le bon sens de décliner ma pitoyable invitation.
Les jours qui suivent son départ, MiniPrincesse hurle plus encore qu’à l’habitude. En journée, je fais appel à mon bon ami Google (« pleurs continus bébé six semaines »). Le soir, à mes bonnes amies restées à Paris, là où elles ont leurs familles, leurs copines en congé mat’ et une boulangerie au coin de la rue (non non, je ne m’apitoie guère sur mon sort). Le verdict est unanime : personne ne sait vraiment pourquoi les bébés pleurent – sauf ma chère grand-mère qui me susurre d’un ton fielleux : « Les coliques, Eva in London, ça n’existe pas. Ca n’est qu’une excuse pour les parents qui n’arrivent pas à calmer leur bébé. Tout est la faut des parents ».

Dolto n’a plus qu’à aller se rhabiller.

Pour mettre un terme temporaire aux pleurs de ma fille, j’ai généralement recours à la technique éprouvée du tour du pâté de maisons en poussette – approche qui requiert une patience d’ange et une forme olympienne, étant donné que MiniPrincesse met environ 500 tours à s’assoupir, puis une milliseconde à se réveiller dès que j’introduis la clé dans la serrure de la porte.
Solution contraignante, donc, mais efficace. Sauf que, plus souvent qu’à son tour, il pleut. Oui, oui, en plein mois d’août. Ce qui ne contribue pas à me réconcilier avec l’Angleterre.

Troisième mois

Avant la naissance de MiniPrincesse, Prince et moi dormions aisément neuf heures par nuit, voire plus si affinités. Les gros dormeurs que nous étions redoutaient l’arrivée d’un bébé qui allait forcément bouleverser nos soirées, nos nuits et nos journées. Mais « nous verrions bien ».
Ben, c’est vite vu.

Harassés de fatigue, rapport au déficit de sommeil qui doit déjà atteindre allègrement les centaines d’heures, nous sommes à couteaux tirés. Moi qui m’étais promis, avant l’arrivée de notre descendance, de ne JAMAIS passer mes nerfs sur mon adorable mari, de TOUJOURS faire preuve de respect envers lui, même à quatre heures du matin, et de RAREMENT le houspiller (on ne se refait pas), je dois bien admettre que mes résolutions ont vite fini au fond de la poubelle à couches.

Un soir, lorsque MiniPrincesse atteint dix semaines, j’accepte pour la première fois une invitation à dîner avec deux connaissances. L’une a deux enfants, l’autre un seul, tous à l’école primaire. Autant dire que leurs vies de Françaises-à-Londres-super-busy sont à des années-lumière de mon triangle maison-parc-supermarché.

Un tiers de mon univers en ces jours-là...

Un tiers de mon univers en ces jours-là…

Bien consciente de manquer de glamour, je ne m’étends guère sur les VRAIES questions qui se posent dans mon existence, telles l’opportunité de changer son bébé la nuit ou la durée optimale d’une tétée. Non, toute en retenue, je me contente de signaler mon épuisement, ma débilitation, mon exténuation, bref, la fin des haricots.

Et la mère de l’enfant unique de dix ans de m’asséner d’un ton docte et satisfait :
« Ah non mais si je peux me permettre, il faut AB-SO-LU-MENT que tu arrêtes de laisser ta fille régenter ta vie »
J’hésite entre la gifler et fondre en larmes.

En sortant du resto, j’appelle Prince. Sa voix éraillée est en partie couverte par les geignements de MiniPrincesse pour qui la soirée commence tout juste. Hésitante, je confie à mon époux :
– Je n’ai pas très envie de rentrer à la maison, mon amour. C’est normal ?
– Tout à fait, me rétorque-t-il aussi sec. En ce qui me concerne, je n’ai aucune envie d’y être.

PS : pour une vision plus sereine des fameux cent premiers jours de la vie d’un nourrisson, je recommande vivement la lecture de « Bébé, dis-moi qui tu es ». Titre gnangnan mais contenu très juste, facile à lire (important) et complètement déculpabilisant (très très important).

Comment se faire des amis à Londres à l’ère d’Internet (attention jeune mère au bord de la crise de nerfs)

« Ca va juste pas être possible, cette affaire ».

Voilà la sentence que j’assène sans ménagement à Prince le lundi soir qui suit notre emménagement, alors même que le pauvre n’a pas encore franchi le seuil de notre nouveau (et vide) foyer.

Chat échaudé craint l’eau froide. Prudent, Prince lève un sourcil en signe d’interrogation, ouvrant ainsi les douves de ma frustration, ma fatigue et mon angoisse.

J’ai passé toute la journée TOUTE SEULE. MiniPrincesse n’arrête pas de pleurer. Y a pas Internet. Y A PAS INTERNET !!!. On est EN BANLIEUE. Je ne connais PERSONNE. Quand est-ce qu’on rentre à la maison ? Ah, j’oubliais, LA MAISON C’EST ICI, quelque part sous cet amas de cartons (de notre ancien appart dans le centre de Londres), de valises (rapportées de Paris), et de paquets (d’objets de puériculture) – dont aucun n’est encore déballé.

Home sweet home...

Home sweet home…

La nuit porte conseil, dit-on. Clairement, le dicton ne vaut pas un kopek avec un nourrisson qui passe la nuit à téter-faire dans sa couche-dormir-téter-etc.

Le lendemain, mon bien-aimé se débrouille pour me relier au reste du monde. Je ne perds pas une seconde et passe une bonne partie de la journée à taper frénétiquement toutes les variations imaginables de « Française Nappyvalley » chez mon bon copain à moi, Google.

A la fin de ce mardi, j’ai trouvé le site qui va bientôt remplacer Facebook dans mon Top 10 « comment perdre du temps sur Internet » : Nappyvalleynet.com, « votre meilleure amie et voisine tout en un », annonce fièrement le site. C’est tout à fait ça. En l’occurrence, j’y trouve exactement ce que je cherchais : pléthore de jeunes mères sympathiques, françaises ou francophones qui plus est. Première friend date mardi, avec Natalie, une Néo-Zélandaise qui cherche à pratiquer le français. Mercredi, je dois rencontrer Laura, une Albanaise qui a fait ses études en France. Jeudi, Delphine, une Française du quartier elle aussi à la recherche d’amies. En route pour le speed friending.

D’ici là, je n’ai d’autre échappatoire au spleen existentiel que de déballer les cartons, valises et autres paquets. Vive la maternité, version expat’.

Retour à la maison (?)

Le congé paternité de Prince – d’une durée de dix jours, vive l’Angleterre ! –  touche à sa fin. Munis du passeport flambant neuf de MiniPrincesse – eh oui, la préfecture, dans son immense mansuétude, a finalement accepté l’irrégulière photo pas-prise-par-un-photographe – nous nous apprêtons à traverser la Manche. Chargés de dizaines de kilos de bagage, d’un nouveau-né et d’un reste de baby-blues.

Mes parents, encore tout chose d’avoir vu leurs vacances inopinément abrégées par l’arrivée de leur premier petit-enfant, nous ont emmenés à la Gare du Nord, où ils s’apprêtent à nous faire leurs adieux entre deux taxis qui s’apostrophent. Petite larme. Grosse larme. MiniPrincesse, elle, dort paisiblement lovée contre moi dans le porte-bébé, complètement indifférente à son imminent premier voyage à l’étranger (ou est-ce le contraire : revient-elle de l’étranger à la maison, dans un pays qui n’est pas le nôtre mais sera le sien ? Brumeuse pensée de jeune mère shootée aux hormones).

Le voyage se déroule sans encombres ; nous ne mesurons à l’époque pas du tout combien il est facile de voyager A DEUX avec UN nouveau-né. Arrivés à St Pancras, à moi de verser ma petite larme. Quelques valises sous le bras (pour Prince), ma fille dans les bras (pour moi), nous voici… bientôt à la maison ? Il semble difficile de désigner ainsi un lieu jamais visité, dans un quartier inconnu et dans un pays dont les mœurs continuent souvent de m’échapper.

Voilà quelques-unes des réflexions qui me traversent l’esprit alors que notre taxi, dit Prince, arrive dans notre nouveau quartier. Nous longeons de grands parcs dont je ne connais pas encore le nom ; des rues résidentielles bordées de charmantes maisons de poupées (en fait, de millionnaires, mais nous poursuivons tranquillement notre route) ; d’aires de jeux ; de magasins, dont mon cher Waitrose. Et je réalise ce dont je ne pouvais prendre conscience, allongée sur mon canapé à regarder les images Google Earth : c’est vert, ici. C’est calme. Paisible, même.

Ma banlieue londonienne

Je fronce les sourcils. L’angoisse m’étreint.

Ne serions-nous pas en banlieue ?

Bienvenue dans la Nappyvalley, alias la vallée des couches !

A bien y réfléchir, je me demande comment il se fait qu’on ne se soit fait retoquer que sur cinq points.

Le miracle de la vie (impressions d’une jeune mère)

H+4 après l’accouchement

Je me redresse sur mon lit d’hôpital et contemple MiniPrincesse. Non point éperdue d’amour – cela viendra bien plus tard – mais ébahie d’avoir permis à ce petit bout de personne d’avoir grandi en moi et d’être venue au monde. J’ai fait ça, MOI. J’ai donné la vie !

Je me sens désormais invincible.

J+1

L’agacement pointe. Moi qui avais imaginé le séjour à la maternité comme une sinécure, à mi-chemin entre hôtel 3 étoiles et cure de repos, force est de constater qu’il m’est tout bonnement impossible de me reposer – sans parler de dormir. Sages-femmes, puéricultrices, femmes de ménage, et bien évidemment amis et familles empressés de faire la connaissance de MiniPricesse : ma chambre me semble plus fréquentée que les appartements du Roi-Soleil à l’apogée de Versailles.

J+3

Je suis au fond du trou. J’ai mal partout. Je ne saurai jamais m’occuper d’un enfant. La vie c’est moche.

Vive le baby blues.

J+4

Le cordon de MiniPrincesse s’est infecté, faute de soins. Je tiens là la preuve suprême que je suis déjà une mauvaise mère et m’abîme dans des torrents de larmes. Prince, à peine plus alerte que moi, souligne que malgré le défilé constant de personnel médical, personne ne nous a expliqués les fameux soins du cordon. Je balaie d’un revers de la main cette explication à notre négligence et continue de me complaire dans l’auto-flagellation, sans remarquer que MiniPrincesse ne semble nullement gênée.

J+5

Nous voilà rentrés à la maison dans le logement où nous attendrons d’avoir le passeport de MiniPrincesse pour rentrer à la maison dans une maison que je n’ai jamais vue et où nous construirons une nouvelle vie.

Et à propos de vie…

Pour la première fois de ma vie, je suis tellement épuisée que dormir prend le pas sur manger.

Pour la première fois de ma vie, je suis tellement épuisée qu’au creux de la nuit, lorsque MiniPrincesse s’est enfin endormie pour de bon, je n’ose me lever, doutant de pouvoir franchir sans trébucher les deux pas qui me séparent de son couffin.

Pour la première fois de ma vie, je me demande comment nous avons pu omettre de réaliser, Prince et moi, que l’invitée dont nous préparions l’arrivée depuis si longtemps s’était installée chez nous POUR TOUJOURS. Et que quand bien même nous le souhaiterions, nous serions bien en peine de savoir où la renvoyer.

Pour la première fois de ma vie, j’ai de la compagnie lorsque je déguste mon traditionnel bol de céréales de quatre heures du matin : une petite boule de vie toute chaude, lovée contre moi.

Pour la première fois de ma vie, je commence à aimer ma fille.

Un accouchement sans douleur (enfin, sans souffrance) #3

Le 5 juillet 2011, MiniPrincesse a décidé d’arrêter de bouder pour venir voir comment c’était dehors. Le récit minute par minute (3/3).

8h32

Debout, appuyée sur la table d’accouchement, j’accompagne les vagues de contractions. « La douleur, ce n’est pas la souffrance », « on va y arriver ensemble, mon bébé », etc. Gentille Stagiaire me brumise le visage d’eau de source, Prince me tend le troisième litre de bouteille de jus d’orange, Super Sage-Femme est concentrée

8h41

Prince tâche de se rendre utile.
– Tu veux un biscuit ?
– Non.
Puis j’ajoute :
– Merci beaucoup.
Cet accouchement sera sous le signe de la politesse ou ne sera pas)

– Tu veux que je te masse le dos ?
– Non. Surtout, ne me touche pas !
Puis j’ajoute :
– S’il te plaît.

Quelques minutes s’écoulent.
– Tu es sûre que tu ne veux pas de biscuit ?
– NON !

Puis j’ajoute :
– Qu’est-ce que je suis contente que tu sois là, Prince.

8h52

– Est-ce qu’il y a quelque chose qui te retient, Eva ? me lance Super Sage-Femme.

Malgré la torpeur, je pressens que la question n’est pas de très bon augure. Je réfléchis : et dire que si j’avais décidé d’accoucher en Angleterre, je serais en train de me shooter au gaz hilarant (véridique). A part ça, rien.

8h56

– Eva, tu es sûre qu’il n’y a rien qui t’empêche de pousser ?

Ben, à part que je ne ressens toujours pas cette fameuse envie de pousser, non… Ah si, tiens :

– Si MiniPrincesse sort, je ne pourrai plus la protéger, cette petite puce…

Je ne vois pas si Prince lève les yeux au ciel (« je le savais, que ces études de psycho c’était vraiment une mauvaise idée ») ou s’il farfouille dans le troisième sac en plastique pour y chercher du chocolat (remède habituel s’il en est), mais Super Sage-Femme semble, elle, RA-VIE de ce partage de sentiments intimes.

8h57

Le travail se débloque. « Coïncidence », maintiendra Prince.

9h20

Je fournis l’effort le plus éreintant de toute ma vie (en même temps, le record était jusqu’ici détenu par les championnats de France universitaires d’aviron).

9h43

Je n’en peux plus. MiniPrincesse ne sortira donc jamais ?

9h47

Je sors de mon état de semi-conscience le temps de me faire la réflexion que Super Sage-Femme semble être à l’intérieur même de mon corps, tellement elle devine ce que je ressens.

9h48

Tiens, si elle est à l’intérieur, elle pourrait peut-être faire sortir MiniPrincesse ?

10h02

– Eva in London, c’est ta fille qui naît !

10h03

C’était peut-être une belle phrase, mais ce  n’en était pas moins de l’esbroufe. Pas l’ombre d’une MiniPrincesse.

10h05

– Assieds-toi, Eva in London je crois que tu commences à être fatiguée.

Quelle perspicacité. En tout cas, je me félicite d’avoir pu prendre le meilleur de l’Angleterre (liberté de position et accompagnement par une sage-femme) et de la France (l’hôpital français, le droit à la péri sans être jugée, et, ben, accoucher en français).

10h22

MiniPrincesse est dans mes bras. Notre fille est née !

« C’était un merveilleux accouchement », glisse doucement Gentille Stagiaire.

Elle a parfaitement raison.

Et vous, lectrices, vos impressions ?