Comment négocier son salaire à l’embauche (2)

Attention, pour comprendre le billet qui suit, il est impératif (et je pèse mes mots) d’avoir lu celui-ci.

Quelques heures plus tard…

 – Eva in London ?

– (Toujours à la Loulou) : Oui, c’est moi.

– Eva in London, je suis désolée, mais nous ne pouvons pas faire d’entorse à notre grille de salaires. Sinon, c’est le début de la fin, tout le monde va venir râler à mon bureau pour réclamer une augmentation de salaire, c’est juste pas possible. C’est que j’ai un compte Facebook à gérer, moi.

– Ah. Bon, entre-temps je me suis souvenue que je n’avais aucune autre piste et que ce n’est pas mon nouveau blog qui va payer les factures, alors d’accord pour X – 5000 livres. Je suis impatiente de commencer comme Sous-grouillotte !

– Vous faites bien d’en parler. Quand pouvez-vous commencer ?

– Eh bien (pensive)… mes allocations chômage me permettent de vivre confortablement sans rien faire pendant encore trois semaines, alors… disons, dans trois semaines ?

–  Ah, malheureusement nous avons eu huit démissions en trois mois et nous avons désespérément besoin de quelqu’un pour faire tout le boulot inintéressant. Nous allons donc vraiment avoir besoin que vous commenciez dès lundi, Eva in London.

– Bon, ça ne me laisse que quatre jours pour arroser mes plantes et finir ma partie de Civilization, mais je n’ai pas trop le choix, alors ce sera avec plaisir, SuperConseil !

– Parfait, à lundi alors, Eva in London !

Et c’est ainsi que je suis devenue Sous-grouillotte chez SuperConseil.

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Comment négocier son salaire à l’embauche (1)

Ce matin, SuperConseil, mon seul espoir d’arrêter de vivre aux crochets de Prince, m’a enfin rappelée ! Avec quelques mineures modifications, voici le verbatim de notre conversation :

– Eva in London ? me demande une voix féminine lorsque je décroche mon portable.

– (Moi, à la Loulou* 🙂 Oui, c’est moi.

– Eva in London, nous avons le plaisir de vous proposer le poste de Sous-grouillotte dans notre service d’étude de compétitivité de salaires.

– Ah, quelle bonne nouvelle ! J’ai toujours voulu être Sous-grouillotte dans votre service d’étude de compétitivité de salaires, SuperConseil.

– Excellent, excellent. Alors, Eva in London, parlons peu, parlons bien : vous aviez demandé X de salaire. Nous vous proposons X – 5 000 livres. Nous ne pouvons pas aller au-delà, car nous devons nous tenir à la grille de salaires en place chez SuperConseil.

– Ah, mais c’est très embêtant, ça. Je suis très motivée pour être Sous-grouillotte chez SuperConseil, mais pas à n’importe quel prix, quand même. Il m’est absolument impossible d’accepter un tel salaire. Pourriez-vous s’il vous plaît consulter qui de droit pour voir si vous pouvez monter un peu plus haut, par exemple au salaire X ? Car à X – 5000 livres, je perds considérablement par rapport au salaire que je percevais en France dans mon dernier emploi. Enfin, ce n’est pas vrai du tout, mais vous ne pouvez pas le savoir.

– Eva in London, je ne vous promets rien, mais je vais voir ce que je peux faire. Je vous rappelle au plus vite.

Suite et fin dès mercredi ! J’ai suffisamment fait durer le plaisir…

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* Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas la référence ou qui, au contraire, ne se seraient pas lassés de ce grand moment des années 80 :


Et en version anglaise :

Sitting, waiting, wishing

Ma demi-journée enfermée dans les locaux chez SuperConseil remonte maintenant à plus d’une semaine, et je n’ai toujours pas de nouvelles. Je passe en revue les deux entretiens pour tenter d’y déceler des phrases qui auraient pu me disqualifier pour le poste de sous-grouillotte. Car je n’en serais pas à ma première erreur diplomatique en entretien d’embauche. Exemples choisis :

– Chez un grand nom des cosmétiques, alors que la ma-gni-fique responsable des ressources humaines me plongeait le nez dans une crème soi-disant anti-âges, anti-ridules, anti-poches, anti-cernes, anti-tâches, bref anti-tout, en me demandant « Que vous évoque cette crème ? », ma seule réponse fut de hausser les épaules en hasardant : « Ben… ça sent bon ? »

– Dans une entreprise de lingerie fine, avec une chef de produit absolument détestable et avec qui je me voyais vraiment mal collaborer : « Non, je n’aime pas DU TOUT le travail en équipe. Je travaille bien mieux toute seule, avec personne pour me gêner. C’est comme ça que je donne le meilleur de moi-même. Et, sans me vanter, je sais que je suis excellente ».

– Chez l’un des leaders de l’agro-alimentaire, en face d’un directeur marketing visiblement très sensible aux problématiques environnementales et qui hurlait : « VOUS N’AVEZ PAS HONTE D’AVOIR CONTRIBUE A VENDRE DES SERPILLIERES JETABLES ? VOUS SAVEZ QUE CA MET DES MILLIERS D’ANNEES A DISPARAITRE ? VOUS VOUS RENDEZ COMPTE DU CRIME DONT VOUS VOUS ETES RENDUE COUPABLE ? ». Moi, d’une petite voix : « Euh… non ? ».

– Dans une grande entreprise de détergents : « J’ai très envie de travailler dans l’agro-alimentaire. (Silence consterné de mon interlocuteur). Ah, vous n’en faites pas ? Euh… mais les détergents, c’est très bien aussi »

– Dans une entreprise de dix salariés : « Comptez-vous faire des enfants ? » (je sais, j’aurais dû les attaquer pour discrimination). A cette question, je vous conseille une autre réponse que de vous écrier « Ben, j’aimerais bien, mais ça ne risque pas, mon mec n’en veut pas ».

Et vous, quels sont vos meilleurs et pires souvenirs d’entretien d’embauche ?

Entretien d’embauche en anglais – troisième et dernier épisode

L’entretien avec Sharon, la responsable des ressources humaines, se déroule sans incident notoire – les cinq premières minutes. C’est-à-dire jusqu’à ce qu’elle en arrive, perplexe, à mon CV :

– Votre school of management… c’était une licence ou une maîtrise ?

Je réfrène une envie de hurler « C’est une super école, t’en as jamais entendu parler, espèce de xxx ? ». Révéler ma vraie nature (colérique et instable) me paraît en effet peu indiqué à ce stade de l’entretien. Je passe donc sous silence :

– Quatre années de collège obnubilées par la perspective d’intégrer un bon lycée – écrémage oblige, j’ai privilégié l’excellence scolaire sur l’épanouissement amoureux. Pourtant, avec mes lunettes à quadruple foyer, je suis sûre que j’aurais fait un malheur.
– Trois années de lycée obnubilées par la perspective d’intégrer une bonne classe préparatoire – dossier oblige, j’ai privilégié l’excellence scolaire sur l’épanouissement amoureux. Pourtant, avec ma coupe à la Jackson, je suis sûre que j’aurais fait un malheur.
– Deux années de classe préparatoire obnubilées par la perspective d’intégrer une bonne école – concours oblige, j’ai privilégié l’excellence scolaire sur l’épanouissement amoureux. Pourtant, avec mon look 70s décontracté (chapeau vert et manteau en peau de mouton),  je suis sûre que j’aurais fait un malheur.
– Trois années d’école obnubilées par la perspective d’intégrer une bonne entreprise – recherche d’emploi oblige… euh, non, là, je n’avais vraiment plus d’excuse.

Au lieu de noyer Sharon sous quinze ans de frustration (la pauvre, sa question n’était pas absurde : ici, la plupart des jeunes diplômés commencent leur vie professionnelle avec une licence en poche… on est bien loin du merveilleux système scolaire français), je souffle un grand coup et réponds, sourire aux lèvres :

– Non, c’est un mastère en management.

Sharon a l’air de se satisfaire de cette réponse comme des suivantes. Elle doit même se dire que ça vaut le coup de sortir le grand jeu, puisqu’à la fin de l’entretien, elle me présente fièrement :

– la structure : 

– le poste : « Sous-grouillotte dans le service d’étude de compétitivité de salaires de SuperConseil, constitue vraiment une opportunité en or ». « Ah bon ? » réponds-je, interloquée par cette affirmation quelque peu péremptoire. « Tout à fait, rétorque Sharon sans se laisser démonter. Par exemple, vous pourrez aider les grouillots et grouillots améliorés à préparer leurs présentations Powerpoint ». Ah.

– et surtout, surtout, les fameuses valeurs de l’entreprise : « Nos trois valeurs sont l’innovation, l’honnêteté et la fiabilité », m’explique Sharon, avant d’ajouter sans ironie apparente : « Ces corporate values nous distinguent radicalement des autres cabinets de conseil du marché ». Qui sont, eux, obsolètes, fourbes et incompétents ? Passons. A ce stade, j’ai subi suffisamment de lavage de cerveau pour être remontée à bloc pour mon entretien final avec Joe et Mark – respectivement ponte adjoint et grouillot amélioré.
Lorsqu’ils rentrent dans la salle de réunion où je croupis depuis maintenant presque quatre heures, je manque tomber de ma chaise.
C’est Laurel et Hardy.

Joe est petit et tout maigre, tandis que Mark doit peser dans les 130 kilos pour 1,90 mètre. Il me faut puiser dans mes dernières réserves d’énergie et de pipeautage pour boucler l’entretien sans dire d’ânerie – ni appeler mes interlocuteurs par leur nom de scène. Quarante minutes plus tard, mon calvaire s’achève enfin :

– Eva in London, nous vous tenons au courant de la suite très rapidement, m’assure Laurel en me serrant la main.
– Merci beaucoup, et à bientôt, Laurel… euh, pardon, Joe.

Il ne me reste plus qu’à croiser les doigts pour être embauchée, non par choix, mais par élimination. On ne doit pas quand même pas être très nombreux à avoir survécu à plus de quatre heures d’examens – pardon, d’entretiens ?

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Entretien d’embauche en anglais – première partie

7h25. Aaargh. Qui a eu la riche idée d’accepter un entretien à 9 heures du matin ? Tu parles de se présenter sous son meilleur jour…

Ca commence mal. Au lieu d’être réveillée par un corps reposé et bienheureux (« ah, j’ai assez dormi, et quelle belle journée pour glander jusqu’au retour de Prince »), c’est une stridente sonnerie qui me tire du sommeil. Il faut dire que la nuit a été agitée, entre peur de ne pas me réveiller à temps et visions cauchemardesques d’Anglais se moquant de mon accent à couper au couteau. Je tâte de la jambe le coin du lit encore chaud laissé vide par Prince. Personne pour me forcer à me lever. Mais il n’est plus temps de tergiverser. Direction : la douche, armée de mon bonnet Mickey pour protéger un brushing chèrement payé hier soir. Peine perdue : à la sortie, ma chevelure est un savant mélange de frisottis informes et de baguettes chinoises complètement saugrenues sur ma tête d’Européenne.

On reste concentrée. Passons à la tenue. Là, les choses sont beaucoup plus simples : j’ai en tout et pour tout UN tailleur. Il ne fait pas du tout l’affaire – c’est un tailleur d’été, bleu clair, un peu élimé par dix ans d’utilisation parcimonieuse, et nous sommes en plein hiver – mais la flemme l’a emporté sur  la motivation. Après tout, ce sont les compétences qui comptent, n’est-ce pas ? Passons sur le fait que le poste consiste en grande partie à rencontrer des clients pour leur proposer les services de SuperConseil, qui serait donc en droit d’avoir quelques exigences limitées en ce qui concerne ma présentation.

Réveillée par la double prise de conscience brushing qui ne ressemble plus à rien + tailleur datant des années 70, je cours jusqu’à l’arrêt de bus (ma coiffure n’est plus à ça près) pour arriver à l’heure à l’entretien. J’ai l’agréable surprise de découvrir des locaux rutilants : SuperConseil se trouve dans un bel immeuble qui affiche non moins de SIX ascenseurs pour quatre étages. Y a pas à dire, me voici arrivée dans le monde merveilleux du conseil.

Je viens à peine de m’installer dans une grande salle de réunion lorsqu’une jolie jeune femme entre et, d’après ce que j’en comprends, m’explique que je vais devoir passer deux tests successifs :

– l’un en mathématiques (pour pouvoir calculer à quel prix vendre les prestations de SuperConseil ?)
– et l’autre en raisonnement (pour démontrer aux clients que non, ce n’est vraiment pas cher, et que même si oui d’accord c’est quand même un peu cher, le retour sur investissement est excellent ?)

Presque deux heures passent ainsi dans une véritable course contre la montre – et contre mon cerveau qui hurle sa révolte d’être mis à contribution après des semaines de léthargie avancée. En nage, plus frisottée que jamais, je remets donc ma copie en croisant les doigts pour accéder au round suivant. Parce que, comme à la télé, chez SuperConseil, on sait rapidement si on est sélectionné pour la finale.

A suivre…

Rentrée des classes (enfin !)

C’est bien joli de râler sur les déboires de l’Eurostar, la rentrée ou les habitudes de conduite des Anglais, mais il est maintenant temps de revenir à notre récit : celui des tribulations d’une Française à Londres. Pour celles et ceux qui prendraient le train en route, vous trouverez ici un peu de contexte.  Et comme je me sens d’humeur généreuse en ce début d’année, voici même un rapide résumé de la situation : nous sommes il y a trois ans, je suis arrivée à Londres dans le froid et la pluie depuis quelques semaines, et je m’ennuie tellement que j’en suis arrivée à prendre des photos de poubelles (soyez sans crainte, cela fera l’objet d’un prochain billet).

O espoir, j’ai enfin décroché un entretien chez SuperConseil, un cabinet de conseil en ressources humaines – pour un poste de sous-grouillotte, certes, mais qu’importe, l’Eva in London est en état de mobilisation maximale. Saura-t-elle faire face aux méchants Anglais ?