La valse des guignols, troisième mouvement allegro virtuoso : les DJ

Ne vous méprenez pas : le DJ a un pouvoir formidable sur votre soirée de mariage. C’est de lui que dépendent en grande partie l’ambiance et la durée de la fête : guillerette grâce à quelques coupes de champagne stratégiquement distribuées, Mémé dansera-t-elle une petite valse avec son gendre ? Vos amis se déchaîneront-ils sur une salsa endiablée ? Ou, au contraire, devrez-vous faire vos plus beaux yeux de biche pour tenter de ramener les invités sur la piste de danse pour une troisième danse des canards ?


Vous l’aurez compris, la recherche d’un bon DJ est rien moins que capitale dans l’organisation de votre mariage. Dans ce parcours semé d’embûches, il vous faudra éliminer :

– Celui qui se prend pour la star de la soirée (soyons clairs, la star de la soirée sera la même que la star de la journée : vous) et dont personne ne peut stopper la logorrhée (« Et maintenant, Mesdaaaaaames et Messieurs, le tube de l’été 1997 ! »), sauf votre père / mari / wedding-planner lorsqu’il menace de ne pas le payer à la fin de la soirée s’il ne SE LA FERME PAS.

– Celui qui pourrit délibérément VOTRE soirée en passant huit slows à la suite, réussissant ainsi à faire fuir les plus obstinés fêtards : quelle meilleure manière de rentrer chez lui à une heure du matin au lieu de quatre, « puisque plus personne ne danse » ?

– Celui qui, inversement, pèche par excès de bonne volonté et colle à la seconde près à la playlist que vous lui avez glissée (en triple exemplaire), mettant ainsi un cran d’arrêt à une soirée qui semblait enfin battre son plein.

– Celui qui adoooooore les jeux de mariage, et jubile en lançant le jeu du pot de chambre (si vous ne connaissez pas le jeu du pot de chambre, tant mieux pour vous), suivi des chaises musicales, suivi de la jarretière, suivi du jeu du balai, j’en passe et des meilleures. Méfiez-vous, celui-là est increvable.

Ces quelques considérations en tête, Prince et moi passons en revue nos souhaits :

– DJ idéal ne parlera pas. Jamais.
– DJ idéal diffusera les chansons que nous aimons, et seulement celles-là. On ne sait pas lesquelles, hein, mais après tout ce n’est pas notre métier d’en connaître les titres. Et surtout, pas de musique latino qui mettrait en évidence notre manque total de coordination dans le déhanché.
– DJ idéal nous concoctera une fiesta jusqu’au bout de la nuit dont nous garderons un souvenir émerveillé pour toujours (comme étant la seule soirée dont nous serons rentrés après deux heures). Je nourris même le rêve secret d’assister, fourbue mais heureuse, au lever du soleil, entourée de mon mari tout neuf et de tous mes amis.


C’est tout. Pour satisfaire ces minces exigences, nous avons sélectionné quatre DJ.

Nous retrouvons DJ n°1 à une terrasse de café inondée de soleil. DJ n°1 se remarque de loin. Il s’avère être – il n’y a pas d’autre expression – un vieux beau décati avec toison débordant de la chemise, gourmette en or et lunettes de kéké. Nous devons former un étrange tableau : lui, le vieux loup de mer de la soirée provençale qui tutoie Dédé du bar, et Prince et moi, faux Parisiens vraiment pas cools et vraiment pas bronzés. Pas peu fier, DJ n°1 nous dévoile son large répertoire sur ordinateur flambant neuf : nous tentons de lui expliquer qu’étant de faux cools, nous ne sommes jamais sortis en boîte et serions bien incapables de citer les titres de trois chansons « de soirée », même si notre vie en dépendant. « Ah si, on aime bien cette chanson, mais si, vous savez, celle avec Discovery Channel ». Devant la perplexité de l’honnête homme, et sous le regard horrifié de Prince, je me mets à fredonner sans complexe les paroles salaces de la chanson qui a bercé ( ?) mes années d’école :

Peine perdue, DJ n°1 ne connaît pas. Sans se laisser décontenancer, il nous presse de nous lancer immédiatement dans le choix des chansons – « Regardez, tout est là » – nous prenant un peu au dépourvu pour un mariage dans presque un an. Et DJ n°1, « le meilleur DJ du coin, honnêtement » (sic) n’a pas fini de nous étonner. Il nous lance, impassible :

– Alors, est-ce qu’il y a une chanson qu’il ne faudrait surtout pas que je passe ?
– Euh… pourquoi ?
– Ben, on ne sait jamais… si quelqu’un de votre famille est mort en écoutant cette chanson, par exemple (re-sic)…

Nous coupons court à l’entrevue peu après. Assez de guignolitude pour aujourd’hui.

Le lendemain, nous voici à une autre terrasse de café, et surtout à l’autre extrémité de la pyramide des âges, face à un jeune homme à peine pubère, DJ n°2. Le CV DJesque de DJ n°2 semble tenir en une ligne : il a animé la pendaison de crémaillère de sa sœur. « Pour 80 personnes » – soit dit en passant, comment les gens ont-ils autant d’amis ? Si nous voulions dépasser la centaine d’invités à nous deux, Prince et moi n’aurions d’autre choix que de ratisser très, très large parmi nos familles, nos amis, nos connaissances, nos commerçants et nos différents médecins. Une pendaison de crémaillère à 80 personnes demeure un mystère pour moi.

Quoi qu’il en soit, DJ n°2, ou Mini-DJ comme je l’ai déjà surnommé intérieurement, a au moins le mérite d’être extrêmement bon marché. Et pour cause : il n’a « pas vraiment » d’amplis, mais « c’est pas un souci », il peut en emprunter d’excellents à un pote… Je soupire en repensant au rutilant site Internet que ce génie en devenir s’est construit comme vitrine fallacieuse de sa DJitude. Si je ne le soupçonnais pas d’être mineur, je l’attaquerais pour publicité mensongère : non, filer un coup de main pour une boum, ce n’est pas la même chose qu’être DJ professionnel.

DJ n°3, lui, est un summum de professionnalisme. Sûr de lui, il déballe la magnifique plaquette brillante de Super DJ & Co, « LA boîte de DJ du Sud », et évoque avec des trémolos dans la voix ses soirées à St Trop’. Mais attention, DJ n°4, alias Super-DJ, sait aussi faire preuve de souplesse : après nous avoir jaugés du regard, il nous assène : « Je sens que ce que vous aimez, vous, c’est les soirées parisiennes (nos dégaines de noceurs nous auraient-elle trahis ?). Ne vous inquiétez pas, chez Super DJ & Co, on sait tout faire. Votre DJ saura s’adapter à vos désirs ». Ah, parce que Super DJ ne sera pas « notre » DJ ? « Ah, ben non, vous comprenez, nous employons une douzaine de DJ, on ne sait pas encore qui on vous enverra le jour J. Mais ne vous inquiétez pas (décidément, il doit sentir qu’on s’inquiète déjà beaucoup), ce sera une soirée très réussie, à la parisienne ».

Suivant.

Un peu las après tant d’entrevues guignolesques, nous faisons la connaissance de DJ n°4. DJ n°4 est jeune mais pas trop, professionnel mais pas trop, promet de ne pas parler « sauf pour introduire votre entrée, après tout c’est vous les stars de la soirée ! » (enfin qui a tout compris) et de passer nos chansons préférées tant que quelqu’un voudra bien danser dessus. Qui plus est, il vient de monter son entreprise et a déjà des références à nous fournir puisque nous excluons de faire le déplacement depuis Londres pour aller assister à sa prochaine animation.

Assez de guignolitudes : DJ n°4 emporte le morceau. Il est temps de profiter des vacances des 48 heures qui nous restent avant de faire Bormes-les-Mimosas / Nice / Stansted / Londres – histoire de se rappeler que Prince et moi ne formons pas seulement un tandem de sélection de prestataires, mais un tandem tout court.

Au terme de ce concerto pour guignols et Prince, à vous ! Quel est votre souvenir le plus cuisant / drôle / ridicule / attendrissant de (préparation de) mariage ?

PS : rien à voir, mais que pensez-vous de la nouvelle présentation du blog ? Pas trop perturbés ?

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6 réflexions sur “La valse des guignols, troisième mouvement allegro virtuoso : les DJ

  1. Bonjour, je viens de découvrir votre blog et je le trouve génial, très bien écrit, drôle, etc. Il me touche d’autant plus que j’ai aussi vécu à Londres et que j’ai adoré y vivre (je compte d’ailleurs y retourner dès que possible). J’en suis toute nostalgique!
    Je me suis mariée l’an dernier à un suédois justement rencontré à Londres et si sa famille est essentiellement suédoise (avec quelques cousins américains) mon « background » est un peu plus complexe: il n’y avait pas moins de 13 nationalités différentes présentes ce jour là 🙂 Je crois que le souvenir le plus drôle/ridicule/attendrissant de ce jour a été lorsque mon petit frère (17 ans), à dégainé son téléphone portable et a joué un « fananine », une chanson traditionnelle de chez moi qui s’accompagne de youyou et de claquement de doigts, juste après qu’on nous ait prononcé mari et femme. Il fallait voir la tête des suédois (et la mienne). J’ai quand même éclaté de rire, j’ai adoré cette surprise, ce clin d’œil à ma culture (parmi d’autres)… Quant aux votre, je serais curieuse de connaitre les éléments hongrois (si je ne me trompe pas) que vous allez intégrer au votre 🙂 (j’ai passé un peu de temps à Budapest, et c’est une ville que je porte aussi dans mon cœur)

    • Quel gentil commentaire, merci beaucoup ! 13 nationalites reunies, ca me laisse reveuse : nous faisons figure de petits joueurs avec 3, finalement… Revenez quand vous voulez pour nous raconter d’autres experiences multiculturelles, c’est genial !

  2. Pingback: Rien ne sert de courir, il faut maigrir à point(s) – ou comment perdre ses kilos en trop pour rentrer dans sa robe de mariée (1) | Impertinentes chroniques d'une Française à Londres

  3. Pingback: « Dans l’administration, on ne doit pas dormir au bureau le matin sinon on ne sait plus quoi faire l’après-midi  (Coluche) | «Impertinentes chroniques d'une Française à Londres

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