Le pire voyage de noces de l’histoire de l’humanité (4/4) : home sweet home !

Jour 17

Enième voyage en avion – ou plutôt, dans un coucou aux huit sièges plus ou moins branlants. Je me cramponne à Prince en essayant de penser à autre chose – pas à mon mascara, j’ai fait une croix dessus, mais par exemple au sympathique dessin animé que nous avons regardé hier soir à l’hôtel (oui, nous passons de folles soirées). Je ne comprends pas trop l’espagnol, mais à en juger par les images relativement explicites, ça racontait l’histoire du gentil Chavez qui défend le Venezuela et son pétrole bon marché contre le méchant George Bush. Quelle belle histoire.

Jour 18

Les Caraïbes, c’est magnifique. Il fait beau. Et chaud. Et humide. Prince, rouge, trempé de sueur et le regard perdu, se tortille sur son coin de serviette. Il soupire, semble hésiter, et finit par me lancer :

– Tu crois qu’on devrait changer nos billets et rentrer plus tôt ?
– A Londres ? Où il pleut ? Où il fait froid ? Où on n’a pas non plus nos valises ?
– Euh, oui…
– Avec grand plaisir !

Trente minutes de marche plus tard, et 10 dollars en moins (connexion Internet par satellite oblige), Air France est formel : nous sommes condamnés à demeurer sur notre île paradisiaque deux jours de plus.

Jour 18-19

Prince et moi restons enfermés dans notre chambre à lire « Les piliers de la terre » en signe de protestation.

Jour 20

Enfin à l’aéroport. Je veille à me tenir à distance des toilettes (voir le billet précédent). Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines : à l’enregistrement, l’hôtesse nous informe que le Venezuela n’en a pas fini avec nous. Nous sommes redevables d’une coquette somme poétiquement nommée « exit tax ». Oui, oui, un impôt pour QUITTER le pays. Payable en liquide uniquement. Et le seul distributeur de billets de l’aéroport est en panne.

Comment donc font les autres touristes ? Comme dans le film, sont-ils condamnés à croupir pour toujours à l’aéroport de Caracas ? Se reconvertissent-ils dans la prostitution et le trafic de drogue ? Est-ce eux qui hantent les toilettes de l’aéroport ? L’angoisse m’étreint. Enfin, quelqu’un prend pitié de nous, et nous indique une agence bancaire pourtant apparemment dédiée uniquement aux emprunts immobiliers, à en croire le panneau. A l’intérieur, pas un seul touriste, mais une bonne douzaine de Vénézuéliens qui, pour une raison qui m’échappe, sont venus à l’aéroport (re)négocier leur emprunt immobilier. Nous manquons rater notre vol. Ratons le salon spécial classe Affaires et ses pommes gracieusement offertes. Mais payons notre ultime tribut au Venezuela.

Jour 21

De retour à Londres. Il pleut. Il fait froid. C’est bon d’être à la maison.

La demande en mariage, le mariage, le voyage de noces, c’est (enfin ?!) fini. Au prochain épisode, chers lecteurs, Eva in London vous propose de l’accompagner dans un saut spatio-temporel d’un an et demi… accrochez vos ceintures !

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Le pire voyage de noces de l’histoire de l’humanité (3/4) : comment éviter de se faire kidnapper, et autres leçons de vie

Jour 1

Après la crise d’hystérie d’Eva in London légère déception qu’Alitalia n’ait pas jugé bon de transférer nos bagages sur le même vol que nous, Prince et moi tentons de faire bonne figure devant l’agent de voyage venu nous chercher à l’aéroport.

– Bonjour ! Bienvenue au Venezuela ! J’espère que vous avez fait bon voyage ?

Prince s’abstient de se lancer dans une longue diatribe contre la soi-disant classe Affaires d’Alitalia, avec son repas en papier mâché, ses écrans cassés et ses sièges non inclinables. Impassible, il se contente de hocher la tête, tandis que j’admire son self-control. Peut-être qu’à force de vivre en Angleterre, le flegme britannique déteint-il sur lui ? m’interrogé-je.

Pendant que, éperdue d’amour et d’admiration, je contemple mon mari tout neuf, l’agent de voyage poursuit :

– Bon, je ne sais pas si vous avez besoin d’aller aux toilettes…
– Euh…
– … mais je vous déconseille vivement d’utiliser celles de l’aéroport. Elles sont généralement fréquentées par, au mieux (?) des prostituées, et, au pire (?), des dealers.

Silence consterné.

– Non ? Ca va aller ? Alors, je vous propose d’aller directement à la voiture. En revanche, il va falloir se dépêcher de traverser le parking, parce que les touristes s’y font souvent enlever. Tiens, pas plus tard que la semaine dernière, on a même entendu des coups de feu.

Je sens qu’on va se plaire, ici.

Jour 3

C’est merveilleux. A peine 72 heures de voyage de noces au compteur, et je connais déjà mieux mon mari. En vrac :

– Prince ne supporte ni la chaleur, ni l’humidité. C’est dommage que notre séjour se déroule essentiellement dans des lieux chauds et humides.

– Prince a beau être calme, quand Alitalia ne décroche pas au 27ème appel et qu’on paie 1,50$ par appel, il lui arrive de jurer en hongrois. Ca donne quelque chose du genre « Kourva-knoedle-kourva ! ». Très sexy.

– Prince est courageux. Quand un chauffeur de taxi envoyé par l’hôtel s’arrête en pleine route et en pleine nuit, nous laissant seuls et plus que perplexes, Prince ne tremble (presque) pas. Mais affiche tout de même un large sourire soulagé lorsque, au lieu de ramener trois potes baraqués et ayant l’habitude du kidnapping de touristes, notre chauffeur revient tout simplement une canette de Coca à la main.

Jour 8

C’est officiel : Prince et moi sommes de vrais aventuriers.

– On traverse une cascade, une vraie de vraie. Bon, on n’a pas de photos pour le prouver, parce que notre guide a eu beau nous assurer « Bien sûr que vous devriez emporter votre appareil photo, du moment qu’il se trouve dans un sac en plastique, y aura pas de problème ! », ben en fait, si, y a problème, parce que notre appareil photo ne semble pas réussir à se remettre de la douche géante qu’on lui a infligée.

– On voit un serpent, même qu’il est gros et qu’il a l’air très dangereux. Le personnel de l’hôtel ayant l’air du même avis, nous leur laissons le soin de le tuer – prudence est mère de sûreté, ou, comme disent les Anglais, better safe than sorry.

– Prince fait l’aventurier-trader en partant à la recherche, non de l’arche perdue, mais du marché noir le plus avantageux : ici, le dollar se change quasi exclusivement dans l’illégalité. Nous sommes pris d’un délicieux frisson de transgression.

– En allant voir les plus hautes chutes d’eau du monde, Prince glisse sur un rocher – je le vois glisser sur un rocher – j’ai un flash dans lequel je me vois en train de pousser son fauteuil roulant le reste de ma vie – je me précipite vers lui – il n’a qu’une vilaine égratignure –  le soir venu, je me blottis dans le hamac contre mon Indiana Jones à moi (qui trébuche à la moindre goutte de pluie, mais que j’aime quand même).

– Seuls au monde (ou presque, heureusement que le guide est là, parce que sinon on serait seuls au monde mais surtout perdus), nous remontons à la nage une rivière (on est des vrais aventuriers ou pas ?!) et parvenons à un magnifique canyon, éblouissant de verdure, de soleil et d’eau cristalline.

– On n’a pas retrouvé nos bagages, mais finalement, porter les mêmes vêtements trois jours de suite, les laver sommairement (la cascade fait très bien l’affaire), les sécher au soleil tels de vrais Robinsons, et les remettre malgré la distincte odeur d’algue qui s’en dégage, c’est pas si terrible que ça.

Jour 12

C’est officiel : Prince et moi, on n’est pas des aventuriers.
Je veux mes vêtements. Mon mascara. Et une machine à laver.

Jour 15

Je veux rentrer à la maison. Et à défaut, je veux ma valise. Qui, aux dernières nouvelles (toujours facturées 1,50$ l’appel + 1$ la minute), se plaît bien à Rome.

Dans le prochain (et dernier, même qu’il est déjà écrit, si si !) épisode, comment Prince et Eva in London ont failli passer le restant de leurs jours à se prostituer et vendre de la drogue à l’aéroport de Caracas. La City et la blogosphère l’ont échappé belle.

Le pire voyage de noces de l’histoire (2) : comment looser avant même d’être arrivés

J12 du voyage de noces

Si Prince et moi sommes en train de nous traîner sous le soleil des plombs des Caraïbes pour parvenir au seul café Internet de l’île, prêts à payer 10 € la connexion de 10 minutes pour modifier nos billets d’avion et rentrer trois jours plus tôt à Londres, c’est que tout ne s’est pas tout à fait passé comme nous l’espérions.  Sur le moment, je ne comprends pas bien comment on en était arrivés là. Trois ans et demi après, je tiens mon explication : on n’a rien fait comme les gens normaux. La preuve point par point :

J – 200 : le choix de la destination de voyage de noces

– Les gens normaux se demandent où ils ont envie d’aller. Normal.

– Après avoir passé au peigne fin de la critique les 194 pays du monde, nous choisissons notre destination en fonction des disponibilités de billets prime Air France en classe Affaires. Pas normal (et en tout cas pas simple).

Le matin du départ

– Les gens normaux courent dans tous les sens pour boucler les valises, passent à la pharmacie faire des stocks de crème solaire, et arrivent à l’aéroport avec 2 heures d’avance, « parce que ça serait trop dommage de rater le vol quand même ». Normal.

– Prince et Eva in London courent dans tous les sens pour caler un rendez-vous de médecin pour Eva in London qui n’est plus en état de marcher (je vous passe les détails peu ragoûtants), passent à la pharmacie faire des stocks de médicaments disponibles uniquement sur ordonnance, et arrivent à l’aéroport 2 minutes avant la fermeture du vol, « parce qu’il y avait la queue à la pharmacie ». Pas normal (et en tout cas pas malin).

L’escale

– Les gens normaux ont pris soin de choisir un vol direct. Ou, au contraire, ils profitent de leur correspondance pour découvrir ce que le pays a de mieux à leur offrir . A eux, la pause shopping à Dubaï, le massage thaïlandais à Bangkok ou le hamburger-frites-milkshake à Philadelphie.

– Nous avons pris soin de renoncer à Air France – y avait plus de place en classe affaires – pour nous rabattre sur Alitalia – oui oui, la compagnie aérienne au bord de la faillite. Nous en sommes donc quittes pour une escale dans la magnifique ville de Rome. Où nous découvrons ce que le pays a de mieux à nous offrir : à nous, le Colisée le salon réservé aux voyageurs d’affaires et aux guignols en goguette, comme nous. Le « salon » comprend en tout et pour tout une dizaine de tables en formica et une pyramide de pommes d’une fraîcheur douteuse. Et deux carafes d’eau. Même la cantine de mon école primaire était plus accueillante. Pas normal (et en tout cas pas glamour).

La première nuit

– Un peu fatigués mais heureux, les jeunes mariés normaux s’affalent sur le lit de leur magnifique hôtel et batifolent / dorment / regardent la télé balinaise. Normal.

– Très fatigués et pas très heureux car toujours pas arrivés à destination, Eva in London et Prince s’affalent sur le lit de leur hôtel 4 étoiles à Rome. Découvrent qu’il n’y a pas d’eau chaude pour se doucher (« Ah non, il n’y en aura pas avant demain matin, Monsieur, désolé, le plombier dort ») et qu’ils ont oublié leurs affaires de toilette ET le stock de médicaments dans les valises théoriquement déjà en route pour Caracas. Vont se coucher pas lavés et pas soignés. Pas normal (et en tout cas pas plaisant).

Arrivée à l’aéroport

– Les jeunes mariés normaux attendent leurs valises en s’embrassant aussi langoureusement que le leur permet leur destination (un romantisme plutôt bien vu en Italie ; moins bien en Jordanie), les récupèrent sans problème et quittent l’aéroport le cœur léger, réalisant avec allégresse que leur voyage de noces commence enfin, et en beauté. Normal.

– Eva in London et Prince attendent leurs valises avec fébrilité, ne les récupèrent pas, se roulent par terre en pleurant (Eva in London : « Mes valises ! Mes médicaments ! Mon mascara ! ») ou tentent de calmer leur conjoint (Prince : « Ne t’inquiète pas, je suis sûr que nos bagages nous seront livrés très rapidement, et que ton mascara sera sain et sauf ». Faux). Nous quittons l’aéroport le cœur lourd, réalisant avec morosité que notre voyage de noces commence enfin, et en beauté. Pas normal (et en tout cas pas romantique).

Au prochain épisode, notre séjour aux Caraïbes, ou comment Prince a découvert qu’il n’aimait ni la chaleur, ni l’humidité, ni l’eau de mer. C’est ballot.

PS : Eva in London vous prie de bien vouloir ses plus plates excuses pour les trois semaines, deux jours et 53 minutes écoulés depuis le dernier billet. Un peu comme à la SNCF, ce retard est indépendant de  la volonté de l’auteur (mais très dépendant de celle de MiniPrincesse, qui, depuis un mois, ne semble rien avoir de mieux à faire la nuit que de se réveiller toutes les trois heures en hurlant à pleins poumons. Et après, on me dit que j’ai la maternité rayonnante).

Le pire voyage de noces de l’histoire (1) : comment choisir sa destination de voyage de noces

12eme jour du voyage de noces de Prince et Eva in London – une île paradisiaque au beau milieu des Caraïbes

Prince et moi ne rêvons que d’une chose : rentrer à la maison. Oui, à Londres, où il pleut à coup sûr des cordes en cette mi-juillet. Voilà à quel point ce voyage de noces est désastreux. Prince et moi sommes pourtant des jeunes mariés comme les autres : nous aimons notre moitié toute neuve, paresser au soleil, et découvrir le vaste monde. Alors, comment en sommes-nous arrivés là ?

Tout a commencé avec cette conversation, il y a quelques mois :

– Chouchou ?
– Mmm ?
– Tu sais ce dont je rêve, pour notre voyage de noces ?
– Un périple bien roots, sac au dos, au fin fond de la Colombie ?

Cette discussion s’annonce mal.
– Pas tout à fait, non… je rêve de voyager en classe affaires.
– En classe affaires ?
– Mais oui, tu sais : embarquer quand on veut et pas seulement quand l’hôtesse appellera les rangées 40 à 45, tourner à gauche en entrant dans l’avion, déguster une coupe de champagne bon marché et ne pas la finir parce qu’il n’est pas très bon ce champagne, redemander une autre coupe une heure plus tard parce que quand même c’est gratuit et qu’on est en classe affaires après tout, étendre les jambes en pensant aux guignols coincés comme des sardines en classe éco, tout ça. C’est ça, mon rêve.

Froncement de sourcils de Prince.
– Mais… tu as envie de partir où ?

J’hésite quelques instants. Le bluff n’a jamais été mon fort.
– Ben… je ne sais pas. Mais je veux y aller en classe affaires.

Voilà qui ne simplifie pas la prise de décision, un point particulièrement sensible dans l’entité Couple formée par Eva in London et Prince. Paraît-il qu’à deux, on est plus forts. Lorsqu’il s’agit de faire des choix, Prince et moi, à deux, on est plus faibles. Perfectionnistes invétérés (oui, c’est un vrai défaut, et pas seulement un truc à sortir en entretien d’embauche quand on n’ose pas avouer son incapacité à tenir une deadline ou à communiquer avec son chef sans recourir à la violence verbale et/ou physique), perfectionnistes invétérés, donc, Prince et moi sommes tout bonnement incapables de prendre la moindre décision : quel plat cuisiné acheter pour le dîner de ce soir ? Comment s’occuper un samedi après-midi dans l’une des capitales les plus dynamiques du monde ? Tout nous pose problème.

Autant dire que choisir une destination parmi les 194 pays du monde relève pour nous de l’impossible (la liste suivante et les clichés associés n’engageant que leur inculte auteur) :

– L’Australie ? Trop loin : au bout de 10 jours de vacances, grand maximum, Prince ne rêve que de retourner faire le banquier à la City.
– La Corse ? Trop près. Le ferry, ça manque de glamour comme moyen de transport.
– Le Pérou ? Y a pas de plage. En tout cas, pas de belle plage sur laquelle lézarder pendant des heures (comme nous le verrons par la suite, ceci était un faux problème…).
– Les Seychelles ? Y a que de la plage. Comment on va s’occuper, au bout de 2 jours, quand on aura fini de débriefer sur le mariage et qu’on n’aura plus rien à se dire ?
– L’Islande ? Trop froid. Je n’ai pas perdu six kilos pour laisser passer l’occasion de m’exhiber en maillot de bain.
– Le Maroc ? Trop chaud. Il faut qu’il me reste un minimum d’énergie pour parader dans le sus-dit cher et trop petit maillot de bain.
– La Norvège ? Trop cher. Prince a beau être banquier, payer mon croissant au prix du diamant, ça me bloque.
– L’Ouzbékistan ? Trop roots. C’est un voyage de noces, quand même, pas un trek UCPA.

Bref, au bout de plusieurs heures passées à examiner attentivement la carte du monde – apprenant ainsi au passage à situer, même temporairement, d’obscures destinations telles que le Guatemala ou Zanzibar – Prince et moi parvenons à trois conclusions :

  1. Conclusion n°1 : notre brief est simple. De la plage mais pas seulement parce qu’on n’est pas des larves, de la culture pour rentrer moins bêtes mais pas trop parce qu’on est là pour se reposer, du soleil mais pas trop parce que Prince n’aime pas la chaleur, loin mais pas à l’autre bout du monde non plus parce que c’est fatigant. Ah, et qu’il reste de la place en classe Affaires avec les miles que j’ai accumulées dans mon job précédent.
  2. Conclusion n°2 : aucun pays au monde ne répond à nos critères drastiques.
  3. Comme diraient Marshall et Ted dans la série How I met your mother, nous décidons de ne rien décider : « Let future Eva and future Prince deal with it » (laissons ça à future Eva et futur Prince), tel est notre nouveau slogan de futurs jeunes mariés.

Dans le prochain épisode, nous verrons comment j’en suis arrivée à me rouler par terre en pleurant à l’aéroport de Caracas (la capitale du Vénézuela, pour celles et ceux qui se poseraient la question).

Et vous, quelle est votre destination de rêve ?

Pour le meilleur et pour le pire

9h30, le lendemain du mariage.

Scrogneugneugneu.

Je me réveille avec un mal de tête lancinant. De trois choses l’une : soit j’ai beaucoup trop bu hier, soit j’ai dormi trois heures, soit je me suis mariée. Chacune de ces choses suffirait à me coller un bon mal de crâne. La conjonction des trois, c’est l’apocalypse dans mon cerveau. Normalement, je déciderais de me rendormir illico, mais si je me suis mariée hier, j’imagine qu’aujourd’hui c’est le lendemain du mariage et donc le « brunch ». Ou l’occasion pour tous les invités – donc tous les gens que j’aime et dont j’avais envie qu’ils soient à mes côtés pour le-plus-beau-jour-de-ma-vie, mais aussi, ne nous leurrons pas, la cousine Amélie qui ne manque jamais de me demander si j’ai encore grossi « ou si c’est juste ta robe, tu sais les bustiers ce n’est pas très flatteur quand on a la taille mal dessinée », et autres âmes mal intentionnées – le brunch est donc l’occasion pour la mariée de se soumettre à une sorte de terrible  « avant / après » à l’envers. Un peu comme si Prince rencontrait Cendrillon version princesse, la ramenait chez lui tout content, et se réveillait à côté d’une souillon mal fagotée.

Je m’explique.

Avant, c’est le jour J : la mariée est parfaitement habillée (oui, même si son bustier lui tombe des hanches à force de vouloir maigrir et qu’elle n’a pour ainsi dire plus de taille à souligner), parfaitement maquillée (puisqu’elle a finalement remis la main sur la maquilleuse en goguette) et parfaitement coiffée. Dans mon cas, donc : méconnaissable.

Après, c’est le brunch du lendemain :

– non seulement la tenue de la mariée n’a pas coûté un mois de salaire, mais elle est maculée de taches douteuses : « J’aurais vraiment dû faire attention et ne pas manger de chocolat en rentrant hier soir… pas grave, je n’ai qu’à la nettoyer un peu. Zut, j’en ai étalé partout. Tant pis »

– elle a dû se maquiller toute seule, reproduisant ainsi le même maquillage que depuis ses 16 ans (en moins bien) : « J’aurais vraiment dû me démaquiller hier soir… pas grave, je n’ai qu’à remettre du mascara directement, ni vu ni connu. Zut, ça a coulé ! Tant pis »

– et renoncer à démêler le nid d’oiseau qu’est mystérieusement devenue sa coiffure pendant la courte nuit de noces : « J’aurais vraiment dû me passer la brosse dans les cheveux hier soir… pas grave, je n’ai qu’à en faire un chignon faussement négligé. Zut, c’est juste négligé. Tant pis »

Est-ce pour montrer au marié que « pour le meilleur et pour le pire », ça veut dire que le pire  commence dès le lendemain du mariage ? Toujours est-il qu’en me réveillant, je vois immédiatement la cousine Amélie me faire remarquer que « c’est fou ce qu’un maquillage professionnel peut couvrir comme imperfections, mais en fait tu as toujours beaucoup d’acné. Je connais un excellent dermatologue, si tu veux ».

Je me rendors.

Midi, toujours le lendemain du mariage.

Prince ronfle toujours à côté de moi. Je le dévisage, donc débordante d’amour pour mon mari tout neuf.
Damned ! Lui a exactement la même tête qu’hier. Personne ne risque de faire des gorges chaudes à son sujet. C’est vraiment injuste.
Re-damned ! Il est MIDI ? Les invitations précisaient que les festivités autour de mon absence de maquillage et de coiffure commenceraient à 11 heures ! Quel excès d’optimisme. Et le brunch, comme le dîner, a lieu chez mes parents ; ceux-ci nous ont donc explicitement d’être là à l’heure dite. Il y a une heure. Je secoue Prince.

– Mmm ? C’est à quel sujet ?
– Réveille-toi !
Prince me sourit d’un air narquois.
– Tu veux consommer la nuit de noces ?
(Si vous connaissez un couple de jeunes mariés qui, après avoir fait des sourires crispés pendant 12 heures, a trouvé l’énergie de faire autre chose que s’effondrer sur le lit, faites-le moi savoir)
– Réveille-toi, triple buse (il n’est jamais trop tôt pour les petits noms affectueux) ! Il est MIDI !

Lorsque, penauds, nous arrivons enfin sur place, les premiers invités sont déjà partis. Y compris la cousine Amélie. C’est toujours ça de pris.

PS : ceci est le premier article que je rédige depuis qu’on m’a retiré le cerveau la naissance de MiniPrincesse. Un peu d’indulgence sera la bienvenue, chers lecteurs !

14 erreurs à ne pas commettre si vous voulez pouvoir tenir debout le jour de votre mariage (2/2)

7. Laisser libre cours à l’imagination de trois « maquilleuses » avant de vous rendre à l’évidence : ce n’est pas parce qu’on est dans les Pages Jaunes qu’on sait faire son travail.

8. Pire : désespérée, errer chez Sephora en envisageant de vous maquiller vous-même, et ce bien que vous portiez le même maquillage depuis vos 16 ans et demi (oui, j’ai commencé tard – à peu près au moment où les garçons ont arrêté de me surnommer Jackson Five, rapport à la coiffure). Vous y faire maquiller de manière tellement réussie – surtout par rapport aux tagueuses rencontrées auparavant – que vous la persuadez, en dépit de son contrat de travail qui l’interdit strictement, de faire 60 km pour venir vous maquiller le jour J… tout cela pour, la veille, vous transformer en Columbo car elle a tout simplement disparu de la circulation (« Solange ? Ben, désolée Madame, elle est malade depuis quelques jours… c’est à quel sujet ? »).

9. Lorsque, deux jours avant le mariage, vous commencez à avoir de petits soucis de santé, les balayer d’un revers de la main en comptant sur l’adrénaline pour vous mener à bon port – c’est-à-dire survivre jusqu’à J+1.

10. Pire : réaliser votre erreur à 14h30 la veille du mariage : l’adrénaline doit vous faire défaut, parce que vous êtes à peine capable de marcher. Heureusement, vous pouvez compter sur vos familles et témoins assemblés dans une belle unité, et leur confiez – un peu gênée quand même – la liste des douze travaux d’Eva in London, dont certains aussi essentiels que « trouver des noms de table » (« vous prenez n’importe quels noms de villes de la Côte d’Azur et vous imprimez ça sur une feuille A4, ça fera parfaitement l’affaire »). Prince et vous vous retirez pour ce qui devait être une après-midi en amoureux – finalement, ce sera sieste pour Prince, et médecin pour vous. Avec ordonnance recto-verso, histoire de tenir debout à votre propre mariage.

11. Sous prétexte de faire dans l’originalité, et parce que la chanson parle d’une Eva qui pourchasse audacieusement un Prince un général, décréter que six semaines suffisent à apprendre le tango.

12. Pire : réaliser que, si Prince et vous n’avez jamais pratiqué la danse, ni ensemble ni séparément, c’est parce que vous êtes aussi nuls l’un que l’autre, et que vos deux séances hebdomadaires n’y changeront rien. Surtout lorsque, comme on l’a vu – vous n’arrivez déjà pas à marcher dans votre robe, alors danser le tango…

13. Penser faire preuve de maturité en vous disant que vous ne pouvez pas tout contrôler, dépriorisant ainsi : les chaussures (on a vu le résultat), les fleurs (idem) et la vidéo.

14. Pire : Réaliser votre erreur au retour du voyage de noces lorsque, bronzés et ravis d’être rentrés (à suivre : le récit du pire voyage de noces de l’histoire), Prince et vous vous retrouvez devant 1h30 de bruit de couverts (quelqu’un ayant cru bon d’enregistrer l’intégralité du dîner) mais pas le discours de vos témoins – vous comprendrez bien plus tard que « c’est ballot, y avait plus de batterie », comme vous le rapportera le cousin recruté à la dernière seconde pour filmer.

Devant tous ces écueils, Eva in London n’a qu’un conseil à vous offrir : bien choisir votre Prince / Princesse, afin de pouvoir rire de tout cela plutôt qu’en pleurer. Des années après, hein… parce la veille, vous l’aurez compris, je ne faisais pas la fière.

14 erreurs à ne pas commettre si vous voulez pouvoir tenir debout le jour de votre mariage (1/2)

Ca y est : Prince et moi sommes officiellement mari et femme. Un discours émouvant de SuperPapa alias Monsieur le Maire (du moins le temps de cette cérémonie), une tenue rose fuschia pour moi, un Prince qui a réussi à se pointer rasé et à l’heure, des proches souriants et ne s’opposant même pas au mariage (ou c’est seulement dans les films américains que ça arrive ?), et un déjeuner intime mais non moins délicieux concocté par SuperPapa et SuperMaman : tous les ingrédients étaient réunis pour une journée réussie, comme auraient pu vous le rapporter Gala ou Point de vue / Images du monde si les paparrazzis ne s’étaient pas vus refuser l’accès au lieu de réception (chez mes parents, quoi).

Quelques mois plus tard, me voici allongée sur le canapé – toujours chez mes parents, mais cette fois, dans le Sud de la France – plongée dans ces réminiscences de jours meilleurs. Nous voici à la veille du mariage religieux, et si je suis allongée, ce n’est pas parce que je suis tellement zen et organisée qu’il n’y a plus rien à faire ; non, si je ne suis pas debout en train d’accomplir frénétiquement mes douze travaux d’Hercule les douze tâches restantes sur ma « to-do list spécial mariage », c’est tout bonnement parce que je suis clouée au lit par de bénins mais nombreux embarras médicaux.

Mais comment Eva in London a-t-elle bien pu en arriver là ? vous demandez-vous.

Je me pose la même question.

Et, en espérant qu’ils servent à de futures mariées plus raisonnables que moi (mais cela existe-t-il, une future mariée raisonnable ?), voici quelques éléments de réponse :

1. Lorsque les mariés représentent déjà trois nationalités à eux deux, leur désir de traduire l’ensemble de la cérémonie en trois langues – chants, homélie et intentions de prière compris – est louable… mais stupide.

2. Pire : vous rendre compte de votre erreur à minuit et demie, l’avant-veille du mariage, lorsque Prince vous menace de ne pas venir à son propre mariage si vous lui faites réimprimer les livrets de cérémonie une fois de plus – le détournement de biens sociaux de SuperBank a assez duré, et d’ailleurs, les imprimantes sont elles aussi au bord de la crise de nerfs.

3. Avoir fait faire votre robe de mariée soi-disant « sur mesure », tout cela pour vous entendre dire d’un ton on ne peut moins commerçant, durant ce qui semble être le dix-huitième essayage, que « si ça ne vous va pas, Mademoiselle, je n’y peux rien : ce sont vos hanches qui ne sont pas symétriques ! ». Euh, elle n’avait pas pris l’ensemble de mes mesures il y a six mois, la pimbêche ?

4. Pire : réaliser, deux minutes avant l’entrée dans l’église où tout le gotha vos familles et amis vous attendent, que vous ne pouvez pas faire un pas sans vous prendre les pieds dans cette xxx de robe « sur mesure ». Sur ce coup-là, vous auriez peut-être dû prendre l’insupportable sorcière qui hante vos pires cauchemars la couturière un peu plus au sérieux lorsqu’elle insistait pour que vous choisissiez vos chaussures en fonction de la robe – et non pas suivant ce qui restait en solde à quatre jours du mariage.

5. Choisir un prêtre génial, à l’écoute, ouvert, gentil, disponible, et même prêt faire le déplacement depuis Londres pour célébrer votre mariage méditerranéen… mais qui, la veille du grand départ, vous signale nonchalamment qu’il ne supporte pas la chaleur (Jean-Marie, si vous me lisez : MERCI ! Merci de nous avoir si bien « préparés », merci d’être venu de si loin… et merci de n’avoir finalement pas tourné de l’œil en pleine cérémonie !)

6. Pire : neutraliser le prêtre de rechange de la paroisse, en remplissant l’église de lys… fleurs auxquelles il s’avère être allergique. « Ah, mais vous ne pouvez pas vous marier, mademoiselle ! », vous lance, inconsciente des torrents de larmes dans lesquels elle vous plonge, SuperMamie, apparemment responsable de l’organisation des mariages dans votre église. « Vous n’aviez pas lu la feuille qu’on vous a remise ? ». « Euh, si, mais vous ne parliez que de lys blancs, et nous avons acheté des lys de couleur (là aussi, c’est tout ce que vous avez trouvé au dernier moment). « Non non, le Père est allergique à TOUS les lys ! ». Finalement, et mettant ainsi en péril le peu de santé mentale et physique qui vous reste, négocier de retirer l’ensemble des bouquets incriminés illico presto après la cérémonie, pour permettre au mariage suivant de se dérouler dans une ambiance plus sereine – et moins allergène – que le vôtre.

J’aurais aimé me limiter à dix erreurs, mais il y en avait tellement que j’ai privilégié l’exhaustivité à la concision. La suite, donc, au prochain épisode !

PS : et vous, quelle(s) erreur(s) stratégique(s) avez-vous commise(s) ?

Mariage anglais vs mariage français : le match

Non, il ne s’agit pas de vous infliger un enième comparatif Kate/William – Albert / Charlène…

Vous le savez, hormis mon amour du roquefort et du ronchonnement, j’ai de bonnes raisons de me marier en France. Mais à force de voir s’envoler à la fois notre budget Eurostar et ma bonne volonté devant l’avalanche de paperasse que la République Française m’impose, j’en viens à me demander si je n’ai pas commis une grosse erreur. D’ailleurs, quand j’étais petite, je rêvais d’épouser un Anglais, un vrai : non pour la gastronomie locale (qui, à l’épqoue où les gastropubs n’existaient pas, avait quand même de sacrés progrès à faire), ou pour vivre le rêve anglais avec maison en banlieue et barbecue le dimanche après un samedi soir un peu trop arrosé ; mais pour l’accent inimitable, so chic !

Seulement voilà, la vie est passée par là, et, avec elle, un Prince hongrois que je me suis empressée de harponner avant qu’une autre ne s’en charge.

Ces réminiscences pré-maritales m’amènent à me poser la question suivante : au fond, mariage anglais, mariage français est-ce si différent ?

Le bilan en 10 points :

1. La préparation : dans les deux pays, les magazines « spécialisés » tenteront de vous persuader que le choix des centres de table / de la musique d’entrée / du « thème » (l’amour, ça compte ?) est absolument crucial. N’ayons pas peur des mots : puisque le jour de votre mariage est censé être rien moins que « le plus beau jour de vote vie », ces décisions sont, elles aussi, capitales.
Avantage : à personne – ou plutôt si : les magazines de mariage qui font leur beurre sur l’agitation grandissante de la future mariée

2. L’hystérie de la mariée : identique dans les deux pays, qu’il s’agisse des centres de table (décidément, késaco ?), de la police des faire-parts ou de « la » couleur du mariage. « Je n’arrive pas à me décider entre géranium et rose bonbon, qu’en dis-tu, Choupinet ? ». Choupinet, ayant compris depuis belle lurette que son avis, on s’en fichait comme d’une guigne, n’en dit pas grand-chose.
Avantage : à personne – ou plutôt si : les wedding planners (organisateurs/trices de mariage) qui ne manqueront pas de vous guider dans l’épineux choix des noms de table… moyennant finances.

3. La nourriture : la mariée aura beau faire l’éloge de la délicieuse verrine de queues d’écrevisses « et son petit jus », suivi d’une glorification de la pintade rôtie « accompagnée de ses petits légumes bien sûr », l’on sait bien que les repas de mariage sont, au mieux, mangeables… cela dit, en indécrottable chauvine n’ayant jamais pris part à un mariage anglais, je ne peux m’empêcher d’espérer que, sur ce troisième point, la France gagnerait malgré tout haut la main. Ne serait-ce que parce que, aussi infect que soit le plat, on peut toujours se rattraper sur les fromages.
Avantage : par décision purement arbitraire, à la France.

4. L’enterrement de vie de jeune fille : là, tout dépend de ce qu’on aime. Si l’on veut de la pintade braillant et brandissant une bouteille de mousseux bon marché à travers le toit ouvrant d’une limousine rose fluo, adopter la « hen night » britannique (attention, tenue incorrecte exigée). Si l’on préfère un hammam entre copines agrémenté de confidences badines mais point trop, choisir l’enterrement de vie de jeune fille (EVJF pour les initiées) à la française.
Avantage : en fonction de la tolérance au bruit / à la vulgarité / à la nudité de chacune.

5. Les produits dérivés : pour la plèbe, je ne sais pas, mais en revanche, dans le mariage princier, l’Angleterre bat la France (pardon, Monaco), à plate couture : franchement, vous voyez la famille monégasque produire du papier toilette à l’effigie du prince Albert et de sa dulcinée ?


Avantage : encore une fois, tout dépend sans doute de la sensibilité de chacun… mais soyons beaux joueurs, et accordons ce set à l’Angleterre.

6. L’humour : là où, pour vous remonter le moral, un Français ne trouvera qu’un pauvre « Mariage pluvieux, mariage heureux » (et pourtant, Dieu sait si ce dicton s’avérerait utile en Angleterre), l’Anglais fait preuve d’un cynisme tellement plus désopilant. Ainsi, la réflexion tout à fait véridique du SuperDirecteur de chez SuperConseil lorsqu’il apprit mon mariage : « Bonne chance. C’est le meilleur moment, profites-en : à partir de maintenant, les choses n’iront que de mal en pis » (en VO : it’s all downhill from here ; l’Anglais a aussi le mérite de la concision)
Avantage : sans conteste, à l’Angleterre.

7. La tenue des demoiselles d’honneur : il n’y a sans doute qu’en Angleterre que 3 / 4 / 5 / 6 jeunes femmes, dites bridesmaids, accepteront d’être toutes affublées de la même robe taille Empire couleur géranium (puisque c’est finalement « la » couleur du mariage, a décrété la wedding planeuse dans sa grande sagesse) qui « vous ira tellement bien. Oui, oui, à toutes les 3 / 4 / 5 / 6 » (et ce quelle que soit votre taille, poids, silhouette, couleur de teint) », les rassurez-vous (pour l’assentiment de la wedding planeuse sur la robe, compter un supplément).

La mariée française, elle, choisit généralement de laisser ses témoins s’habiller comme ils le souhaitent, avec les risques que cela comporte.


Avantage : pour le bon goût, sans doute à la France. Pour la rigolade, à l’Angleterre. C’est moi, ou la tendance se dégage de plus en plus nettement ?

8. Les discours : je pense qu’aucun Français – et aucun Anglais – n’a fait mieux depuis le célèbre « Quatre mariages et un enterrement », où le plus catastrophique côtoie le plus craquant…

Avantage : à l’Angleterre. Même si Hugh Grant nous rejoue le même rôle depuis vingt ans.

9. Les distractions : pour se mettre en jambes, les Anglais vont au pub … avant…


voire pendant… et surtout après, laissant les mariés se reposer après leur dure journée. En France, ceux-ci doivent faire semblant d’avoir la patate jusqu’au bout de la nuit, et ce même si la dernière fois qu’ils ont foulé une piste de danse remonte à leur premier baiser embrumé dix ans auparavant.
Avantage : pour les mariés, à l’Angleterre (permission d’aller se coucher à 22 heures). Pour les invités… à l’Angleterre aussi.

10. L’avenir : qu’on se soit dit oui ou yes, qu’on ait bu son poids en bière ou mangé son poids en foie gras, on se retrouve toujours avec un gros trou dans ses économies, une belle-famille plus ou moins supportable, et un Prince à se coltiner pour le meilleur et pour le pire.
Avantage : tout dépend du Prince…

PS : à tous ceux qui préfèrent en rire qu’en pleurer, je conseille cet excellent site.

Nom : Eva in London. Age : 26 ans. Signes particuliers : « Typical French » (2/2)

La réceptionniste, semblant émerger d’une profonde léthargie, me lance soudain :
– Eva in London ?
– Oui, c’est moi.
– Descendez en salle de consultation n° 3, s’il vous plaît.

Instruction énigmatique s’il en est. D’escaliers, que ce soit pour descendre ou pour monter, je ne vois point. Sentant mon désarroi, la réceptionniste, sans doute épuisée de s’être adressée directement à un patient, désigne une double porte d’un signe de la tête encore plus imperceptible que le premier.

Je prends mon courage à deux mains et pousse les battants de la porte. Un long couloir se présente à moi. De numéro de salle de consultation, point. Et le couloir est désert. Telle une héroïne de film d’horreur, je m’enfonce néanmoins dans les profondeurs de la surgery. Mon courage est bientôt récompensé : j’aperçois des escaliers. Et en plus, ils descendent.
Comme personne ne semble m’attendre, je dédaigne les nombreux panneaux m’interdisant de faire autre chose qu’attendre sans broncher, et toque nettement à la porte de ce que j’espère être la salle de consultation n°3.
– Entrez ! lâche une voix sèche
– Bonjour, Docteur Raciste.
– Bonjour, Eva in London. Vous êtes en retard.

Je hausse un sourcil, prête à monter au créneau pour défendre mon honneur de patiente disciplinée, puis me ravise en me rappelant que je viens dans un esprit de conciliation. Et puis, si je veux que la NHS me paie des examens inconnus au bataillon de la santé publique anglaise, j’ai intérêt à ne pas faire d’esclandre – en tout cas, pas tout de suite.

– C’est pour quoi ? m’interroge Dr Raciste d’une voix lasse.
– Eh bien, je suis française, et je vais me marier (froncement de sourcil de Dr Raciste). Dans mon pays, on a besoin que le médecin vérifie si on est immunisé contre la toxoplasmose et la…

Dr Raciste m’interrompt sans égards.
– Non, écoutez, on ne fait jamais ça, la toxoplasmose.

S’ensuit un débat sur le bien-fondé ou non des examens pratiqués par les médecins français. Je m’échine à démontrer à Dr Raciste qu’utile ou pas, j’ai absolument besoin de ces tests. Devant son refus d’écouter tout argument rationnel, comme « Si on le fait en France, c’est bien que c’est utile ! », le ton monte.

– Et je fais comment, alors ?
– Je ne sais pas, vous vous débrouillez. La NHS ne fait pas de test contre la toxoplasmose.
– Ben, et pour les femmes enceintes, comment elles se débrouillent ?

Dr Raciste hausse les épaules :
– Ecoutez, vous voulez que je vous dise ? C’est vraiment une invention de Français, ça, la toxoplasmose. Ca touche tellement peu de monde que ça ne vaut vraiment pas le coup de dépenser l’argent public pour ça. Donc, pour votre test, vous irez voir ailleurs.
– Et la rubéole ?

Dr Raciste lève les yeux au ciel. Serait-elle en train de consulter discrètement l’horloge au-dessus de son bureau ?

– Ah non, on ne traite qu’un problème à la fois, ici (parce que tu as l’impression de l’avoir traité, là, mon problème ?). Pour deux questions, il faut prendre deux rendez-vous d’affilée, sinon on ne tient plus du tout nos horaires (ah, y avait des horaires ?). Je ne peux pas me permettre de passer plus de dix minutes avec chaque patient, et là, ça fait déjà presque quinze minutes que vous êtes là. En plus, vous étiez en retard.

Je me retiens de réagir à cette nouvelle provocation pour me concentrer sur l’essentiel : trouver un moyen de me marier avec Prince malgré les obstacles que la NHS mettra sur notre chemin.

– Mais c’est la MEME question ! J’ai besoin d’un test de rubéole ET d’un test de toxoplasmose. Sinon, je ne peux pas me marier !

Au bout de sept minutes de plaidoyer enflammé, Dr Raciste cède et me tend une ordonnance. Conformément à ses principes, elle n’a « traité » qu’un seul de mes problèmes : je n’ai droit qu’à un test contre la rubéole.
En revanche, elle a eu tout le temps de pianoter furieusement sur son ordinateur. De mon dossier, je ne distingue que deux mots :
« Typical French ».

Décidément, je crois que la NHS et moi, on n’est pas près de se rabibocher.

PS : merci Camille pour cette nouvelle illustration !

Nom : Eva in London. Age : 26 ans. Signes particuliers : « Typical French » (1/2)

Il fait froid. Et sombre. Seul un pâle rayon de soleil hivernal perce à travers les vitres poussiéreuses de la salle d’attente du cabinet médical (surgery) où j’ai échoué dans le seul but d’obtenir les examens nécessaires à la constitution de mon certificat médical prénuptial, pièce apparemment indispensable à la République Française pour m’autoriser à me marier.

Dans cette phrase aussi longue que mon attente, le maître mot est échouer. Tout, ici, sent la morosité ; OK, un passage chez le médecin génère rarement autant d’enthousiasme qu’une sortie au spa ou au pub, mais même les réceptionnistes ont l’air d’avoir besoin d’une bonne dose d’antidépresseurs. A mon arrivée, c’est tout juste si j’ai droit à un hochement de tête m’enjoignant à patienter sans poser de questions. Au bout de vingt minutes d’attente sans signe de vie du médecin (GP) ni information de la chaleureuse réceptionniste, je commence à me demander où j’ai atterri. Mes deux compagnons d’infortune semblent, eux, prendre leur mal en patience, se contentant de m’éternuer dessus à intervalles réguliers (ma bête noire). Si ça continue, je vais repartir sans le sésame qui me rendra bonne à marier (un test d’immunisation contre la toxoplasmose et contre la rubéole), mais avec un rhume carabiné.

Il faut dire que si seulement j’avais été un peu plus « génération Y « , j’aurais sans doute flairé l’embrouille en parcourant les commentaires des patients sur le site de la NHS :

Ce que vous avez aimé dans cette surgery :

La plupart des réponses tiennent en une ligne. Morceaux choisis (tous réels) :

Je ne sais pas trop : so British ! Une réponse qui constitue en Angleterre l’équivalent d’une volée de bois vert dans nos contrées françaises de râleurs invétérés

Rien : pas British du tout, mais tellement plus honnête

C’est propre : ben… je ne voudrais pas faire ma mauvaise tête, mais à en juger par la couche de poussière sur la table basse à côté de moi, rien n’est moins sûr. Mais après tout, qui aurait l’idée saugrenue d’exiger de son cabinet médical un minimum d’hygiène ?

Ce qui pourrait être amélioré (on notera ici aussi la formulation so British) :

Là, les désenchantés s’épanchent. Morceaux choisis (toujours véridiques) :

Les réceptionnistes ont tout fait pour me dissuader de m’inscrire : je ne peux m’empêcher de me demander si, en remettant les âmes égarées dans le droit chemin (loin de cette surgery), elles ne seraient pas tout bonnement poussées par un sens aigu du service public.

Le téléphone sonne dans le vide – où sont les réceptionnistes ? Parties avaler leur dose de Prozac ?

Les urgences de l’hôpital voisin m’ont demandé de voir un médecin le plus rapidement possible, et la réceptionniste m’a proposé sans ciller un RDV 10 jours plus tard : Décidément, les réceptionnistes ont la cote auprès des patients.

Le médecin a refusé de me prescrire mon traitement : il y a une justice – les médecins aussi en prennent pour leur grade.

On peut toujours faire preuve de plus de patience, mais je sais qu’au fond le personnel fait de son mieux : ah ! Enfin un vrai Anglais qui n’ose pas attaquer frontalement, même sur Internet.

Tout : sans commentaire.

Des commentaires plutôt instructifs, donc. Mais voilà, à 11h40, en ce jeudi de novembre, je n’ai qu’une vague idée du gouffre d’inefficacité dans lequel je suis tombée. J’ai pourtant déjà une dent contre la NHS, mais que voulez-vous, dans une optique judéo-chrétienne d’auto-amélioration permanente, je lutte contre ma tendance naturelle à la vindicte. Je compte bien donner une nouvelle chance au système de santé britannique.

Je suis loin de me douter que la NHS, elle, prépare sa revanche.