Comment se faire épouser (2)

Voilà maintenant près de trois semaines que Prince et moi avons choisi LA bague. Celle qui est livrée avec une longue corde invisible, celle que j’ai hâte de lui passer au cou.

Si vous décelez une touche de mauvaise humeur dans cette phrase, c’est parce que cela fait aussi trois semaines que je rentre à la maison avec l’espoir que ce soir sera LE soir. Celui de la demande en mariage. Celui qui marquera la fin de ma longue, très longue attente.

Trois semaines, donc, que je passe mes journées à rêvasser, fantasmant sur des demandes en mariage toutes plus romanesques les unes que les autres : Prince m’emmènera-t-il pour l’occasion sur les blanches falaises du Sud de l’Angleterre pour une déclaration enflammée, les cheveux au vent ?

Se mettra-t-il à genoux au cours d’un succulent dîner mitonné en collaboration avec Marks & Spencer ? Me kidnappera-t-il pour une escapade dans son royaume de Hongrie ? Ah, lui dire oui sur le Pont des Chaînes, le lieu le plus romantique du monde…

Toute à mes chimères, j’en oublie même mes analyses de compétitivité de salaires, c’est dire. Ma productivité de Superconsultante est en chute libre, et ma concentration semble avoir entièrement disparu. Je ne reprends mes esprits qu’en fin de journée : dans le bus, un grand sourire aux lèvres, je tâche de me représenter la surprise que je trouverai sans nul doute en entrant dans notre appartement. Un lit de roses ? Des bougies partout ? Un Prince souriant mais nu, avec pour tout apparat un panneau « Veux-tu m’épouser ? » stratégiquement placé ? Parcourant les quelques centaines de mètres qui me séparent de chez nous, je me vois consentir, folle de joie, éperdue d’amour.

Puis, le cœur battant, j’ouvre la porte.

Rien. Ni Prince, ni tralala. Seule la vaisselle sale attend mon retour. Comme tous les soirs, l’appartement est vide. Si ça se trouve, il a rendu la bague, le fourbe.

Patiente comme à mon habitude, j’accueille Prince de plus en plus froidement lorsqu’il rentre du travail, mais ne pipe mot. Enfin, un vendredi matin, je reçois un mail de mon concubin me suggérant qu’on se retrouve « en ville ce soir ». Une proposition vague, et faite plus de vingt minutes à l’avance : tout cela est louche au plus au point. Une demande en mariage m’attendrait-elle « en ville ce soir » ?

Quelques heures et un canapé en flammes plus tard, je suis fixée.

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Comment se faire épouser (1)

Telle est la question que je traîne depuis très – trop – longtemps. Allusions, discussions, supplications : mes tentatives d’approche sont allées crescendo en quatre ans de relation. J’ai même essayé l’ultimatum : « si tu veux que je te suive en Angleterre (sans boulot, sans ami et sans aucune envie), va falloir me demander en mariage ». Quitte ou double.

C’est quitte. Nouvel échec cuisant, accompagné du sempiternel « donne-moi encore six mois ».

Eh bien, nous y voilà. Cela fait six mois que nous sommes à Londres, et telle Sœur Anne, je ne vois toujours rien venir. A ma décharge, Prince est machiavélique. Là, où il y a quelque temps encore, il pressait le pas à la vue de la moindre bijouterie, il s’arrête maintenant invariablement, et lance l’échange suivant :

(Prince, prenant un air concentré) : Qu’est-ce qui te plaît ?

(Moi, fausse ingénue) : Oh… je ne sais pas. Ce collier, là, il est plutôt joli, non ?

– (Prince, bien embêté) : Euh, oui, oui. Et dans les bagues (finaud) ?

– (Moi, jubilant) : J’aime bien celle-ci (pointant une bague en argent sertie de petites pierres violettes, c’est-à-dire celle qui, de toute la vitrine, ressemble le moins à un solitaire)

– (Prince, pris au piège) : (…)

Eh oui, à Machiavel, Machiavelette et demie. Prenant la mesure de son adversaire, Prince ajuste sa tactique de diversion. Une semaine plus tard :

– (Prince, l’air de rien, devant la boutique suivante) : Et pour une bague de fiançailles, qu’est-ce qui te plairait ?

–  (Moi, sautillant de joie intérieurement… et sans doute extérieurement aussi) : Alors, j’aimerais bien une bague vraiment originale, ni en or ni en platine, et surtout pas un solitaire.

S’ensuit un long examen des bagues en vitrine. Idem dans la boutique suivante. Et le samedi suivant. Et le suivant. A la douzième représentation du sketch « Comment faire croire à sa dulcinée qu’on a l’intention de la demander en mariage alors qu’en fait pas du tout mais ça permet de gagner du temps », je commence à voir clair dans le jeu de Prince. Mais, me remémorant l’échec des stratégies précédentes, je ne dis mot.
Au bout de plusieurs mois de « bis », ma patience est épuisée. Cette bague, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ?

Si, si, Prince est prêt à me demander ma main – enfin, presque. Désireux de me prouver sa bonne foi, il m’emmène a Hatton Garden, la destination de rêve pour toute jeune femme désespérée prête à se faire passer un gros solitaire au doigt. Je ne vous avais pas dit ? A force d’essayer des bagues rivalisant d’originalité, je me suis rendue à l’évidence : moi aussi, je veux un gros-diamant-bien-visible qui proclame que je suis FIANCEE.  Non mais.

Nous voilà donc, déambulant dans Hatton Garden, une rue du centre de Londres entièrement consacrée aux bagues de fiançailles et alliances. Célibataires s’abstenir, entrée réservée aux couples, roucoulant et se bécotant de préférence. Les mâles à la recherche du diamant de la perle rare sont tolérés.

Avec plusieurs mois d’étude de marché, couleur, pureté et carats n’ont plus de secret pour Prince. Il est prêt. Il inspire un grand coup, et se lance :

– J’aimerais bien que ce soit toi qui choisisses la bague.

Légèrement surprise, mais conciliante, je me décide avant qu’il ne change d’avis. En moins d’une demi-heure, LA bague est choisie, négociée et emballée.

– Félicitations ! Quand vous mariez-vous ? nous demande le vendeur, tout sourire.

Prince se tortille, un peu gêné. Ben, c’est que… il ne m’a encore rien demandé.
Ca sent le roussi, c’est moi qui vous le dis.

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Un jour, mon Prince viendra…

… et jamais on ne vous raconte la suite. Agaçant, non ?

Sur ce blog, il n’y a peut-être pas assez de mises à jour, trop de regardage de nombril, et beaucoup de choix musicaux surprenants. Mais je peux au moins me targuer de ceci : avec moi, pas d’entourloupe. Je vous présente les choses comme elles se sont passées, en prenant le romantique et le pas romantique du tout.

Ainsi, côté romantique, il y eut une rencontre magique :

Un  mystérieux changement d’avis de Prince, qui, après avoir catégoriquement refusé de me revoir après l’échange à Varsovie, me proposa de me servir de guide lorsque je viendrai en visite officielle dans son royaume de Budapest.

Et, en bien des années, mille autres moments où l’émerveillement ressenti devant Prince m’envahit encore et encore. Entre autres :

– lorsqu’il apprit le français rien que pour moi

– lorsqu’il ne m’en voulut pas de ne pas apprendre le hongrois « parce que ça ne sert à rien tant qu’on n’est pas mariés » (hum, hum)

– lorsque, pour me rejoindre en France, il remua ciel et terre pour décrocher une place dans une grande école de commerce… tout ça pour refaire des études qu’il avait déjà suivies en Hongrie

– lorsqu’il décrocha brillamment son diplôme, et, dans la foulée, un stage, puis un poste… à Londres.

 

Du côté pas romantique du tout, il y eut des débuts chaotiques :

Un mystérieux changement d’avis de Prince qui, après m’avoir catégoriquement assuré qu’il attendait avec impatience ma venue, me signifia par mail sa grande perplexité à l’idée de se retrouver embarqué dans une relation à distance.

Et, en bien des années, beaucoup d’autres moments où l’agacement ressenti devant Prince m’envahit encore et encore. Entre autres :

– lorsqu’à la fin de notre premier dîner en amoureux à Budapest, alors que je venais de lui expliquer que je pourrais venir le rejoindre dans six mois en décrochant un stage, je lus l’effarement dans son regard, rapidement suivi de l’envie de partir à toutes jambes, et enfin la déception (« Zut, j’avais oublié qu’elle était là tout le WE, je ne peux quand même pas la planter là »)

– lorsqu’à la fin de notre premier WE, alors que je venais de lui avouer ma joie et ma passion grandissante, il me répondit : « Hum… moi, je ne suis pas très sûr de mes sentiments »

– lorsqu’à la fin de notre deuxième année ensemble, alors que je venais de lui confier mon envie de mariage, il ne répondit pas, mais gémit simplement et longuement, avant cette fois de décamper pour de bon… mais seulement de mon appartement.

– lorsqu’au bout de 30 / 38 / 47 mois ensemble, alors que je venais d’évoquer très subtilement (« Quand est-ce qu’on se marie ? ») notre avenir, il me rétorqua inlassablement, et très sûr de lui : « Bientôt ! Je suis presque prêt, je le sens. Donne-moi encore… euh… six mois »

–  lorsqu’à la fin de ses études, il m’annonça ravi qu’il partait à Londres… qu’il serait ravi que je l’accompagne… mais qu’en revanche, pour le mariage, j’allais encore devoir attendre ( six mois ?)

Et c’est là ainsi que j’arrivai, toujours pas fiancée, mais toujours très amoureuse, à Londres. C’était il y a quatre ans. J’allais avoir du pain sur la planche pour faire de Prince un Roi, et qu’il fasse de moi sa Reine.

Comment rencontrer le Prince charmant (5) : du bonheur, il n’y a rien à dire ?

Force est de reconnaître qu’il y a un soupçon de vrai dans ce proverbe. Je passerai donc sur les 36 heures qui suivent l’abdication de Prince : nous nous regardons dans le blanc des yeux, nous dégoulinons de bonheur, nous sourions béatement, bref, la vie c’est beau et personne n’a jamais été aussi heureux que nous. D’autres l’ont écrit – et chanté – mieux que moi.

Seulement voilà : ce déluge de félicité n’était pas tout à fait au programme. Ben non, moi je voulais juste m’amuser un petit peu, vous vous souvenez ?

Me mettent la puce à l’oreille :
– le déjeuner ou il déblatère allègrement sur sa sœur qui chante mal et le bat en maths… et que ca m’intéresse
– le dîner de groupe auquel il rapplique, tout essoufflé, avec trois quarts d’heure de retard… et que son arrivée me rend beaucoup plus heureuse que le goulasch que j’ai sous le nez (ce qui va complètement à l’encontre de mes priorités habituelles)
– l’envie que j’ai d’être avec lui tout le temps… et qui ne semble pas passer.

Du coup, je suis bien embêtée, parce que mon nouveau Prince, il repart dans moins de deux jours. Je me rends à l’évidence : je suis en train de tomber amoureuse à la vitesse de la lumière. Cela va à l’encontre de tous mes principes : garder le contrôle de la situation quelle qu’elle soit, faire preuve de prudence pour ne pas rebriser mon petit cœur (la colle appliquée pendant les trois mois à Varsovie, essentiellement sous forme de vodka, n’a même pas eu le temps de sécher), et ne pas m’attacher à des Princes inatteignables, déjà pris ou incapables de s’engager.

Mais la romantique en moi se réveille (d’aucuns diraient qu’elle ne s’était pas endormie bien longtemps) : un bonheur comme ça, ça ne se loupe pas !
L’hédoniste en moi rajoute : on ne vit qu’une fois ! Profites-en ! Vis à fond !
Et le bulldozer en moi susurre : « Fais-lui une petite déclaration, qu’on rigole un peu ».

La veille du grand départ, dans le cadre ultra-romantique du Pizza Hut de Varsovie, je lance donc à Prince avec l’air de ne pas y toucher :
– Et si on se revoyait ?
– ?
– Ben oui, après l’échange…

Mine soucieuse de Prince. Il réfléchit quelques secondes :
– Non, ca ne me parait pas être une bonne idée. On avait dit que c’était juste pour quelques jours.
Bien maligne, de lui avoir exposé des idées pareilles. Retour à l’envoyeur.
– Mais… on est bien tous les deux ! Ca serait quand même dommage de s’arrêter là, non ?
La petite moue de Prince en dit long (« dommage, dommage… oui, enfin pas tant que ça »). Pour être sûr que j’ai bien compris le message, il ajoute quand même :
– Je pense qu’on ferait mieux de ne pas se revoir. Il est encore temps, on n’est pas encore trop attachés l’un à l’autre.

En désespoir de cause (toujours très attirant, le désespoir), je m’écrie :
– Eh bien si, moi je tiens déjà à toi ! Pour moi, c’est trop tard !

Le couperet tombe :
– Pas pour moi.

Et moi de sangloter piteusement dans ma pizza quatre fromages, histoire d’achever de convaincre Prince de détaler à toutes jambes.

Merci Camille pour cette belle vignette (euh… c’est comme ça qu’on dit quand y a plein de dessins à la suite ?) !

Si les dessins de Camille vous plaisent, n’hésitez pas à aller voir ses magnifiques aquarelles, cartes et tutti quanti sur son site http://www.graindesel.biz/.

Comment rencontrer le Prince charmant (4) : le plan tactique en action

Bulldozer est contrariée : malgré la recette magique « grand sourire + chocolat chaud », Prince n’a rien voulu entendre. Cinq jours à batifoler à Varsovie, très peu pour lui. Il a d’autres chats à fouetter. Je m’en trouve profondément irritée.

Toujours flanquée de mon « invité », Guillaume, je retourne le problème dans tous les sens pendant une glaciale journée passée à visiter Cracovie. Un beau Hongrois, cinq jours pour en profiter (enfin, plus que quatre, et au rythme auquel Bulldozer avance, on n’est pas rendus) : qu’est-ce qui cloche dans la proposition ? 

Au retour à la résidence, je me précipite dans la chambre de Prince, qui y dîne tranquillement avec l’un de nos amis communs. Sans me laisser abattre par la présence de ce troisième larron, je passe la soirée à sortir des âneries plus ahurissantes les unes que les autres. Un vrai best of d’Eva in London. Tout y passe, y compris mes anecdotes les plus inattendues sur de précédents prétendants au trône.

Etonnamment, Prince ne me tombe pas dans les bras à l’issue de cette soirée. En revanche, je note une recrudescence du nombre de regards paniqués.

Le lendemain soir, après un déjeuner en tête-à-tête mais presque entièrement silencieux, et un cours passé à côté de Prince à dessiner de petits cœurs sur ma feuille en espérant qu’il capte le message subliminal, je me rends à l’évidence : Bulldozer a échoué. Place à Bull-lover, un Bulldozer d’acier dans un gant de velours.

Je débarque donc pour la deuxième fois en 24 heures dans la chambre de Prince, mais cette fois – ah ah ! – sous un prétexte fallacieux qui, je n’en doute pas, ne manquera pas de le berner :

 – Euh… je peux utiliser Internet, s’il te plaît ? Mon ordinateur est tombé en panne (trop de parties de Solitaire ?)

Attendri par tant de naïveté, ou simplement découragé devant un tel acharnement, Prince abdique quelques minutes plus tard. A moi, les fastes de la vie de la cour.

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Comment rencontrer le Prince charmant (3) : le lendemain

Le lendemain, je me réveille le sourire aux lèvres, un peu hébétée sous le coup de l’alcool et de la jolie soirée passée avec mon petit Hongrois.
Puis le doute m’assaille.

Ca garçon que je n’appelle pas encore Prince, mais dont je ne sais pas prononcer le prénom correctement et encore moins l’épeler, ce Prince-en-devenir aurait-il osé résister à l’un de mes caprices, deux heures après notre premier baiser ?

Je tente de dissiper la brume vodkaesque qui fait obstacle à mes souvenirs. Je ne sais plus bien ce que j’ai dit, ou plutôt ce que j’ai exigé, mais une chose est sûre : lorsque je suis partie à toutes jambes à l’étage supérieur pour bouder, Prince ne m’a pas courue après. Il ne m’a pas implorée de rester auprès de lui pour l’illuminer de mon sourire ravageur. Pis, il est retourné tranquillement dans sa chambre en attendant que j’aie fini mon caprice, sûr que je reviendrai, la queue entre les jambes.

Non seulement il avait raison, mais à mon retour, il ronflait bruyamment, allongé tout habillé sur son lit (vision sexy s’il en est).

Ce matin, trois possibilités s’offrent donc à moi :
1. Mettre mon comportement sur le compte de l’alcool et ignorer royalement Prince. Il n’avait qu’à me courir après quand je suis partie bouder, na.
2. La prochaine fois que je le croise, lui lâcher un petit sourire gêné, genre « c’était sympa, mais j’ai une réputation à préserver, moi »
3. Assumer pleinement, et proposer à Prince de tirer le meilleur parti des cent heures qui nous restent à passer dans la même ville. Sans penser au lendemain, hein ; je suis peut-être une fille, mais je sais me tenir.

Sans surprise, je privilégie la troisième solution, qui me semble présenter le plus de risques. J’entrouvre donc – le plus discrètement possible – ma porte dans l’espoir de guetter le lever du futur Roi-soleil. A 15 heures, le voici qui émerge péniblement de sa chambre. Le dortoir étant petit, je repère aussitôt sa mine défraichie et, plus enjouée que jamais, lui propose d’aller boire un café pour se remettre des excès de la veille.

La, je lis pour la première fois dans les yeux de Prince un sentiment que j’y retrouverai maintes et maintes fois tout au long de notre relation : la panique à l’état pur. Son regard de biche prise dans les phares de voiture (ou de Roi marchant vers la guillotine, au choix) n’augure rien de bon.

Mais je ne m’appelle pas Bulldozer pour rien. A l’attaque.

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Comment rencontrer le Prince charmant (2)

Juchée sur la seule paire de talons que j’ai emportée à Varsovie, me voilà dans la queue d’une boîte de nuit branchée. A mes côtés, mon « invité » Guillaume grelotte – il faut dire qu’il fait -12 degrés dehors, et encore, nous ne sommes qu’au début de la nuit.

La vodka s’impose donc comme le meilleur moyen de se réchauffer rapidement.

Fidèle à mon mot d’ordre, je m’amuse. Je me laisse offrir des shots de vodka (au prix qu’ils coûtent ici, cela n’engage a rien), je danse avec mes chers camarades d’échange, et l’alcool aidant, je ris à gorge déployée à des blagues moyennement drôles énoncées dans un anglais toujours approximatif malgré trois mois d’immersion. C’est bien gentil, tout ça, mais dans un coin de ma tête me trotte une idée démoniaque. Et le mignon petit Hongrois que ma colocataire a passé des semaines à reluquer sans succès, si j’arrivais à lui faire décrocher un mot ? Voire plus si affinités ?

Place à Bulldozer (bull-lover ?).

Première étape : débarrasser le terrain de tout obstacle. Autrement dit, semer Guillaume pour avoir le champ libre.

Deuxième étape : rechercher la cible. Je me mets en quête du Prince Charmant – ne sachant pas encore, à cette époque-là, qu’il avait quelques défauts, faisant de lui un Prince Charmant Presque Parfait.

Troisième étape : approfondir sa connaissance du terrain. Après avoir écumé et soigneusement testé les bars des trois étages de la boîte de nuit, je suis catégorique : Prince est introuvable. Il ne reste sur le « marché » que  du Suédois et de l’Italien peu appétissant, entre lesquels je slalome, un peu découragée.

Quatrième étape : lorsque la manière forte échoue, laisser le  destin me filer un coup de main. Au hasard d’un escalier, LE voici. Le moment est idéal, magique : l’homme est suffisamment éméché pour engager la conversation, mais il tient encore debout. Mon regard malicieux doit lui mettre la puce à l’oreille, car lui qui n’a semblé voir aucune fille en trois mois de soirées arrosées, le voici qui me sort le grand jeu.

[Passage censuré par Prince, à mon grand regret]

Vingt-cinq minutes plus tard, l’affaire est dans le sac – ou plutôt, je suis tombée sous le charme de Prince, oubliant allègrement que nous quittons Varsovie dans cinq jours. Soit une centaine d’heures qui va être riche en découvertes de la gent masculine, et plus spécifiquement de la gent princière.

Comment rencontrer le Prince charmant (1)

 Il a vraiment fallu que Prince me fasse miroiter le prestige de la couronne pour que j’accepte de m’embarquer dans une relation à distance avec lui Sauf que ça ne s’est pas passé tout à fait comme ça…

Doux euphémisme : le mythe de ma rencontre avec Prince et de la poursuite effrénée qui s’est ensuivie m’a valu le surnom flatteur de « bulldozer » – surnom qui me colle depuis inexplicablement à la peau. Tout ça pour dire que je n’ai pas vraiment fait dans la finesse.

Reprenons : tout commence en échange universitaire Erasmus à Varsovie, en Pologne, il y a huit ans. Une trentaine de jeunes occupe le premier étage d’un bâtiment grisâtre rescapé du communisme, à proximité de la fac d’économie où nous passons entre zéro et douze heures par semaine, selon le niveau de motivation. Car nous n’avons pas tous les mêmes raisons d’être là :

– Officiellement, je suis là pour mieux connaître mes origines (je suis moitié française, moitié polonaise), passer du temps avec ma famille, et améliorer mon polonais. Officieusement, je suis là pour soigner mon petit cœur brisé par un faux Prince (je suis moitié déprimée, moitié surexcitée d’être célibataire), passer du temps avec des inconnus (pardon, d’autres jeunes européens) et m’améliorer en shots de vodka bon marché.

– Prince, ayant misérablement planté les entretiens de sélection, a obtenu son cinquième choix : Varsovie. En inscrivant ce nom en-dessous de Copenhague, Bologne, Barcelone et Berlin, il se disait probablement que ça ne l’engageait pas à grand-chose. Pas de bol.

– Le reste de nos petits camarades d’échange sont, dans leur grande majorité, plus intéressés par les boîtes de nuits, les Polonaises (la première phase qu’ils apprennent en polonais est « T’as de beaux yeux, tu sais ». En VO, le ridicule ne tue pas) et la fameuse vodka bon marché, que par la découverte du pays qui les accueille.

Autant dire que ces cinq mois d’échange ne se présentent pas sous les meilleurs auspices. A la Toussaint, nous en avons le cœur net : trois mois de nuits qui tombent à 14h45, cela suffira amplement. Nous demandons – et obtenons – de ne pas revenir après les vacances de Noël. D’ici là, il s’agit donc d’en profiter le plus possible de la richesse du pays et de l’ouverture culturelle que nous offre un échange universitaire européen.

Pour moi, cela signifie accumuler des centaines de parties de Démineur, avachie sur mon lit. En effet, après la frénésie des débuts (Tous ces spécimens masculins ! Autant de Princes potentiels !), j’ai rapidement déchanté. Je passe maintenant le plus clair de mon temps enfermée dans ma chambre, à l’écart du grand raout multi-culturel.

C’est pourquoi, lorsque Guillaume, un ami d’amie, m’annonce qu’il débarque pour quatre jours de son propre échange à Copenhague, je suis quelque peu prise de court : tiraillée entre l’asociabilité dans laquelle je me complais, et la crainte de passer pour une ermite finie.

Bon an, mal an, j’accueille mon « invité » avec le sourire. Mais, très vite, mes pires soupçons se confirment : Guillaume n’aime pas jouer au Démineur toute la journée dans la chambre. Guillaume aime sortir, parler aux gens et faire la fête. Rapidement épuisée par tant de dynamisme et d’ouverture aux autres, je consens néanmoins à faire un effort pour LA toute dernière soirée de notre échange (j’en entends qui murmurent, au fond « la soirée de la dernière chance »). Quand Guillaume s’exclame d’un ton décidé, mais qui ne masque pas complètement son inquiétude :

– Une soirée ? Génial ! On y va, hein ?

je ne peux que répondre du tac au tac, petit sourire en coin :

– Bon, ben tant qu’à sortir, je vais m’amuser un peu…

 C’est ce soir-là que Prince a croisé la route d’un bulldozer.

Un Prince Charmant Presque Parfait

Au bout de six mois, je réalise soudain que j’ai beau vous conter les anecdotes les plus insignifiantes (et souvent les plus drôles) de ma vie avec moult détails, vous n’avez encore qu’une image assez floue de Prince. Récapitulons :

– Prince est golden boy à la City
– Le jour, il a tendance à m’énerver par son absence, ses chaussettes, sa télé, etc.
– Mais, la nuit venue, il se révèle beaucoup plus utile : non seulement il m’emmène à l’hôpital quand je me fracasse le crâne la veille de son premier jour de boulot, mais quand arrive mon grand jour à moi, il me laisse le réveiller et me prend dans ses bras. Le tout, sans (trop) râler, s’il vous plaît.
– Il ne veut pas m’épouser (nous y reviendrons… oh, que oui)
Il est difficile de lui faire avaler tout aliment vert et/ou apportant moins de 500 calories aux 100 grammes
– Mais, en contrepartie, il faut reconnaître qu’ il se tient mieux que moi devant nos voisines lesbiennes et asiatiques – peut-être parce qu’elles sont indifférentes à son charme dévastateur ?

L’heure est donc venue de vous donner un peu plus d’informations sur Prince. Commençons par vous rassurer sur son identité royale :

– Comme tout monarque qui se respecte, Prince a un titre à rallonge : Prince n’est pas juste Prince, il est Prince Charmant Presque Parfait. Prince, c’est juste son nom de scène, parce que 1. Prince Charmant Presque Parfait, c’était un peu trop long pour un blog, et 2. un acronyme aussi plébéien tel que PCPP ne sied pas à son Altesse.

– Comme tout monarque qui se respecte, Prince est beau. La preuve en images (merci Camille !) : 

 

– Comme tout monarque qui se respecte, Prince règne sur un vrai royaume. Enfin, sur un bout d’un ancien empire : la Hongrie.

Eh oui, Prince est hongrois. Pour ceux qui ne connaissent pas, deux conseils :

1. Allez visiter Budapest, c’est magnifique.

2. Quoi qu’il arrive, ne vous lancez jamais, JAMAIS dans l’apprentissage du hongrois. C’est peine perdue : le hongrois est une langue finno-ougrienne. Pour résumer, cela veut dire que non seulement elle ne ressemble à aucune autre, mais qu’en plus elle atteint un niveau de complexité à décourager les plus amoureuses. Petit exemple qui en dit long : dans toutes les langues normales, « bonjour » se dit simplement. Deux, trois syllabes maximum, quatre en cherchant bien. En deux mots, s’il vous plaît, parce que c’est juste une salutation, pas la constitution du pays, on va pas s’épuiser. Essayez, vous verrez : « Guten tag », « Hello », « Dzien dobry », « Buenos dias »… Ca marche dans toutes les langues (euh… j’espère). Dans la langue de Prince, et en toute simplicité, cela donne : « Jó napot kívánok». Si, si, juré. C’est juste bonjour.

 Il a vraiment fallu que Prince me fasse miroiter le prestige de la couronne pour que j’accepte de m’embarquer dans une relation à distance avec lui. Sauf que ça ne s’est pas passé tout à fait comme ça…

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PS : encore quelques semaines de patience, et les chroniques reviendront à leur rythme habituel !
PPS : pour les nouveaux-venus, petit rappel : ce blog est un flash back. Encore quelques mois d’accélération spatio-temporelle, et nous rejoindrons le présent !
PPPS : juste pour le plaisir…