Le retour de la valise perdue (mais encore plus drôle car avec des enfants)

Ce qui me soucie le plus, c’est le fromage.

Un évènement inopiné m’oblige à sortir de mon silence. Oui, malgré la fatigue (trois ans et demi de sommeil de retard), la to-do list à rallonge (trois ans et demi d’administratif de retard) et les gros yeux que me fait Prince (trois ans et demi de « promis je regarde juste un petit truc sur Internet et après j’éteins » de retard), le reportage en direct s’impose.

Vous vous souvenez, le coup de la valise perdue ? Mais si, rappelez-vous, lorsque je me roulais par terre dans les aéroports vénézueliens, hurlant ma déception à l’idée de devoir me passer de mon maillot de bain préféré pour mon voyage de noces. Eh bien, une valise égarée, contre toute attente, c’est le genre de mésaventure qui, de simple contrariété lorsqu’on est libre de ses mouvements de son sommeil et de déjeuner en paix jeune mariée, devient une véritable calamité lorsqu’on se traîne deux boulets enfants en bas âge.

Je le sentais que cette obscure low-cost (Norwegian, pour ne pas la nommer) allait perdre nos bagages.

Retour sur image.

Prince et moi commençons généralement, accablés, à faire nos valises vers 21 heures la veille du départ – rapport aux sus-dits boulets qu’il convient de nettoyer, sustenter et placer en position horizontale pour la nuit. Notre avion décolle à 9h15, m’informe mon ami Google. Rapide rétroplanning. Arrivée 1h30 avant le vol (« Sortez le bébé de la poussette, s’il vous plaît. Votre poussette se plie facilement ? Non ? Eh bien, videz-la intégralement et pliez-la quand même. Maintenant, retirez vos bottes, et sans lâcher le bébé, merci), 1h30 pour le trajet jusqu’à Pétaouchnok Airport (merci le départ en vacances scolaires et donc en bouchons), et 1h30 pour placer les boulets en position verticale, les sustenter et les nettoyer : lever 5h45. Sans temps mort ni petit déjeuner en ce qui nous concerne. Mais haut les coeurs.

– Tu as vu Prince, nos billets nous ont vraiment coûté une bouchée de pain, lancé-je à mon époux dans une minable tentative d’égayer l’atmosphère.

Vraiment, vraiment pas chers, nos billets. Voilà qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille.

Comme d’habitude, j’ai voulu faire preuve de parcimonie en n’achetant qu’une valise. Et comme d’habitude, ma pingrerie se retourne contre moi, puisqu’il s’avère rapidement 1/ qu’une valise de vingt kilos (mais où avais-je la tête ?) ne nous permet d’emporter que la moitié des vêtements de boulets / cadeaux pour les autres boulets de la famille / attirail divers et varié relatif à la petite enfance tels que gigoteuses, couches et autres biberons mais que 2/ si près du départ (« On est plus de trois heures avant, ils exagèrent ! ») la valise supplémentaire est facturée à prix d’or à l’aéroport.

Banco.

Résignée, je boucle donc une première valise intégralement remplie de vêtements roses : les vêtements de bébé de MiniPrincesse que je me prépare à prêter à ma petite nièce. Rose pâle, vif, saumon, pêche, fuschia, tout y est et il n’y a que ça. C’est à se demander comment on fait pour habiller les garçons (à celles et ceux que cela intéresse, je recommande cet édifiant reportage).

La deuxième valise, elle, contient tout le reste : nos vêtements, ceux des enfants, les cadeaux, etc. Ah oui, et les fromages. Trois kilos de bons fromage français. C’est important pour la suite.

Le lendemain matin

Le voyage se passe sans encombres.

Quelle joie que de voyager avec des enfants

Quelle joie que de voyager avec des enfants

En version famille avec enfants en bas âge, voici ce que cela signifie :

– Le bébé n’a braillé que vingt-cinq minutes dans le taxi avant de s’endormir (puis il a fallu le réveiller dix minutes après car finalement on avait visé beaucoup trop large)

– La tablette était suffisamment chargée pour faire tenir MiniPrincesse pendant tout le vol ou presque (long moment de solitude garanti dans le cas contraire)

– Les hôtesses de l’air m’ont laissé tourner en rond comme une forcenée faire les cent pas au fond de la cabine pour endormir le bébé

– Le passager placé devant MiniPrincesse ne s’est presque pas énervé de la centaine de coups de pieds qu’elle lui a décochés pendant le vol. Presque. Du coup, on n’a presque pas eu honte. Presque.

Un voyage sans encombres, donc. Jusqu’à l’arrivée (« Tu prends MiniPrincesse, et moi je grille toute la queue à la sécurité avec le bébé »).

– Maman, elle est où la valise bleue ? me demande innocemment MiniPrincesse à mon retour du change bébé.

Je ne sais pas ce qui est le plus charmant : le fait que la personne qui change le bébé soit encore et toujours une femme, ou le détournement de bon goût du pictogramme habituel

Je ne sais pas ce qui est le plus charmant : le fait que la personne qui change le bébé soit encore et toujours une femme, ou le détournement de bon goût du pictogramme habituel

Je précise que la valise bleue est celle qui contenait « tout le reste ».

– Je ne sais pas ma chérie, tu as demandé à Papa ?

Le doute m’étreint. Confirmé par un regard irrité et inquiet de Prince. Nous regardons autour de nous. Nous sommes seuls, devant un tapis roulant désespérément vide.

S’ensuit un long moment d’invectives, de paperasserie et d’enfants qui s’impatientent.

– Maman, il est où mon nounours ?

– Dans la valise bleue, ma chérie.

– Et les biscuits que j’aime ?

– Dans la valise bleue, ma chérie.

Plus tard. Bien plus tard.

– Tu vois Maman, la valise bleue, elle devrait être LA, décrète MiniPrincesse en me désignant le tas informe de sacs de voyages (tout est bon pour ne pas enregistrer de troisième valise), manteaux, biberons et autres paquets de biscuits. Avec nous !

Certes. Merci, ma fille.

Encore plus tard. Le coup de grâce :

– Maman, comment ils vont faire, Papi et Mamie, si on ne leur rend pas leur valise bleue ?

Ah oui, je ne vous ai pas dit : la fameuse valise bleue ne nous appartient pas. Pardon, Papa et Maman.

Comme je vous le disais, ce qui me soucie le plus, c’est le fromage.

Quelque part dans le monde, mon fromage s'affine...

Quelque part dans le monde, mon fromage s’affine…

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Comment occuper un enfant malade de trois ans (astuce : iPad inside)

– Maman, c’est quoi ce gros ventre ?

J’adore passer du temps de qualité avec ma fille.

Ecoute active. Discipline positive. Inspirer, expirer. C’est comme quand MiniPrincesse me balance « Non, Maman, toi dormir sur canapé. Moi dormir avec Papa » : elle ne pense pas à mal. Paraît-il.

Si si, c'est super

Si si, c’est super

– Ben, tu vois ma chérie, après avoir eu un bébé, il faut des années un peu de temps à la maman pour retrouver la ligne.

MiniPrincesse, du haut de ses bientôt trois ans, esquisse une moue dubitative.

– Moi, petit ventre.

Soit. On en reparle dans dix ans.

MiniPrincesse entame son troisième jour à 39,5° de fièvre. La crèche n’en veut pas, la babysitter a déjà succombé aux assauts de ce sale virus, et le médecin anglais (un généraliste bien évidemment, je vous rappelle que les pédiatres n’ont pas droit de cité en Angleterre) vient de nous renvoyer chez nous avec pour toute ordonnance une bonne vieille cup of tea.

Rien, donc, que de très habituel au royaume de sa Majesté.

Dieu que la journée promet d’être longue.

10h35

De retour à la maison.

– MiniPrincesse, tu veux jouer aux Lego ?

– Aime pas Lego.

L’affaire se présente bien.

– Euh… dessiner ?

– Pas dessiner.

– … faire des muffins ?

– Toi faire muffins. Moi manger muffins.

Bon. Faut pas pousser mémé dans les orties, non plus. Soupir de renoncement à toute activité un tant soit peu pédagogique. Comme dit l’autre : « Avant, j’avais des principes. Maintenant, j’ai des enfants ».

– Tu veux jouer à la tablette ?

Je vous jure que si MiniPrincesse était un lapin, ses oreilles se dresseraient bien droites. J’ai juste le temps de voir une tornade de 95 cm de hauteur débouler puis s’asseoir confortablement et SA-GE-MENT sur le canapé avant que ne résonne un sonore :

– TABLEEEEEEEEEEEEETTTE MAMAAAAAAAAAN !!!

– Qu’est-ce qu’on dit ?

– TABLEEEEEEEEEEEEETTTE MAMAAAAAAAAAN S’IL TE PLAIT !!!

Ah. Quand même. Non, parce qu’on est polis, chez nous (même quand on vocifère).

Ce merveilleux interlude devrait me permettre de piquer un somme de lancer une lessive / étendre la lessive / vider le lave-vaisselle / préparer un repas sain et bio à ma fille (ou des pâtes).

11h15

De ma plus douce voix de mère dévouée :

– Ma chérie, viens manger, le déjeuner est prêt !

Silence.

– Ma chérie, viens à table !

Ma fille, si sensible, si intuitive, ne sent-elle pas poindre l’agacement dans ma voix ?

– MiniPrincesse, lève le nez de la tablette TOUT DE SUITE !

11h18

– Beurk.

– Les pâtes, c’est beurk ?

– Oui.

– Bon. Tu veux de la semoule ?

– Beurk.

Je me creuse la tête, à court de bestsellers. Au bout de 48 heures de jeûne quasi-complet – rapport à son « petit ventre, moi », je cède à la panique, prête à tout pour faire ingérer un peu de nourriture à mon enfant qui frôle sans nul doute l’inanition.

– Tu veux de la compote ?

– Non.

L’heure est grave.

– Tu es sûre ? Même pas une compote EN GOURDE (alias le graal) ?

– Non, merci, Maman.

« Non, merci, Maman » ?

Moi, au bord des larmes :

– Du chocolat ?!!

11h29

La tablette de Prince est couverte de petites traces de petits doigts chocolatés.

11h50

De ma plus douce voix de mère dévouée :

– Tu viens, MiniPrincesse, c’est l’heure de la sieste !

Regard courroucé.

– Mais Maman, moi occupée jouer !

– Si tu vas te coucher immédiatement, je te laisserai rejouer à la tablette tout à l’heure.

La discipline positive en action, je vous dis.

Parents efficaces (une aubaine pour toi, parent inefficace)

Parents efficaces (une aubaine pour toi, parent inefficace)

11h51

MiniPrincesse est au lit.

12h25 (BEAUCOUP TROP TOT, donc)

– Mamaaaaaaaaaaaaaan ! braille MiniPrincesse.

– Oui, ma chérie ? Qu’est-ce qu’il y a encore ?

Je brandis machinalement – la force de l’habitude – le thermomètre devant le visage cramoisi de MiniPrincesse, déclenchant moult hurlements.

– Moi pas malade, Maman ! PAS THERMOMETRE !!! PAS THERMOMEEEEEEETRE !!!

40,2°. Epatant.

Avant d’avoir des enfants, je croyais que c’était la panacée que de s’occuper d’un enfant patraque. « Ca » ne fait que dormir, non ?

Ben non. Un enfant malade, il s’avère que « ça » fait tout sauf dormir. Ca chouine, ça se mouche (mal), ça se plaint, ça veut jouer à la tablette, ça ne veut rien manger sauf du chocolat, ça veut Papa (« il est au travail, ma chérie. – Pourquoiiiiiiiiiiii ?! Veux Papa !!!! Pas Maman !!!! »).

Pas de bol. La journée enfant malade, c’est pour Maman.

Tentative de réintégration professionnelle (ou comment « reprendre le travail » après un bébé, quand on n’a pas de travail)

– Tu crées ZERO valeur pour la société.

Voilà ce qu’avait décrété un « ami » à propos de ma situation professionnelle – au chômage – lorsque j’ai débarqué à Londres pour y suivre Prince. Comme disent les Anglais, avec de tels amis, a-t-on encore besoin d’ennemis ?

Enfin. J’ai pris acte de sa remarque, et me suis consacrée quatre années durant à l’étude de données de salaire chez SuperConseil. O joie et épanouissement.

Aujourd’hui, j’ai beau m’occuper tant bien que mal de MiniPrincesse depuis six mois déjà, force est de constater que le regard que la société porte sur moi n’a pas changé. Et maintenant qu’ « on » (ma mère / ma belle-mère / ma meilleure amie / ma pharmacienne) a épuisé le sujet de mon accouchement (péri ou pas péri, est-ce que j’ai eu très mal ou très très mal, combien pesait MiniPrincesse au gramme près et autres questions passionnantes), « on » (ma mère / ma belle-mère / ma meilleure amie / ma pharmacienne) n’a de cesse de me demander quand je compte « reprendre le travail ».

Et chacune a son avis sur la question.

Ma mère, dont le congé maternité n’aurait duré que quelques heures, le temps de rentrer et de sortir de la clinique, plisse le nez à chaque fois qu’elle me demande quand mes « vacances » prendront fin.

Ma belle-mère, qui, à chaque enfant, s’est arrêtée trois ans pour les « élever elle-même », fronce les sourcils lorsqu’une malencontreuse remarque (« Prince, au moins, a cinq semaines de congés par an ») lui laisse penser que  je ne baigne pas dans la félicité absolue.

Ma meilleure amie, qui « comme tout le monde » en France a repris le boulot lorsque son bébé a atteint le grand âge de deux mois et demi, me lance des regards courroucés lorsque je lui explique que MiniPrincesse « est encore si jeune pour la confier à des inconnus ».

Ma pharmacienne pose la question, mais au fond, s’en fiche comme de sa première boîte de Prozac. C’est toujours ça.

Yummy mummy

Quoi qu’il en soit, je suis bien en peine de répondre. Prise en flagrant délit de désorientation professionnelle, je marmonne vaguement « sais pas », « tellement épanouissant de voir MiniPrincesse grandir » et « on verra ». Je ne peux même pas arguer d’un hypothétique congé parental puisque j’ai eu la brillante idée de démissionner juste avant de tomber enceinte. Oui, j’adore m’occuper de MiniPrincesse. Oui, sans aide de l’Etat providence français, mon salaire couvrira à peine la nounou / nursery / childminder. Mais si je continue à converser diversification et développement moteur, c’est bientôt moi qui aurai besoin de soins.

Je n’en suis d’ailleurs pas à ma première tentative de réintégration professionnelle.

Lorsque MiniPrincesse avait trois mois, j’ai manqué tomber de ma chaise en découvrant une annonce de job trop beau pour être vrai :

« Poste flexible pour Français habitant à Londres »

Il s’agissait de s’occuper à distance (vive les nouvelles technologies) du site français d’une entreprise anglaise, fondée par un couple du quartier.

C’était effectivement trop beau pour être vrai, le couple en question passant plus de temps à s’écharper et s’affubler de noms d’oiseaux qu’à cogiter sur leur développement à l’international.

L’entreprise fit faillite deux mois après que j’aie jeté l’éponge. Pure coïncidence, bien sûr.

Me voici revenue à la case départ (pour rappel : zéro création de valeur). Je suis assaillie par les pires angoisses. Jamais je ne retrouverai un emploi. Je suis condamnée à passer ma vie au foyer. Ma carrière est finie.

Une nuit d’insomnie, je n’y tiens plus, et contacte une brillante ancienne cliente de mon époque SuperConseil, . Elle ne s’étonne guère de l’heure à laquelle mon mail lui parvient (3h17 du matin) et me propose immédiatement un rendez-vous. Et pas pour parler biberons.

We are back in business !

Tentative d’intégration #2 : le playgroup alternatif

Si je suis sidérée d’apprendre que c’est à moi de confectionner une souris en feutre blanc (super utile, vous me direz) tandis que ma fille « joue librement » aves des jouets-en-matière-naturelle, je suis la seule à le laisser paraître.

Les autres mères ne mouftent pas lorsque Hippie en Chef distribue les aiguilles (je n’ai pas cousu depuis que ma mère a tenté de m’apprendre à coudre un bouton, jetant rapidement l’éponge devant mon évident manque de coopération).

Les autres mères ne protestent pas lorsque Hippie en Chef fait passer de minuscules morceaux de feutre coupés au millième de millimètre près pour correspondre exactement au « patron » (je ricane assez peu délicatement, repensant à mon soulagement lorsque j’appris que les cours d’arts plastiques s’arrêtaient à l’entrée au lycée).

Les autres mères – bon, certaines – parviennent même à sourire, apparemment ravies de cet exercice de couture impromptu (je proteste à mi-voix auprès de Hippie en Chef : « je n’ai pas cousu depuis l’âge de 14 ans et je ne comprends rien ! » – en vain).

Je suis vraisemblablement la seule mère à trouver surréaliste cette scène où une dizaine de femmes adultes cousent, tout sourire, de microscopiques souris de feutre tandis que leur marmaille tente de colorier à l’aide de simili-crayons-en-matière-naturelle (MiniPrincesse, toujours pleine de ressources, a réussi à mettre la main sur un bon vieux stylo-bille noir sorti d’on ne sait où). Tout ça pour « se montrer en état de créativité ».

Je suis si indignée par ce nouvel esclavage librement consenti qu’en bonne Française, j’entame une silencieuse grève sur ma chaise. Je vais même jusqu’à m’intéresser aux gribouillages de MiniPrincesse (« Oh, comme c’est joli ! C’est quoi ? Un bonhomme ? Ah, un soleil ! Très bien ! »).

"Maman, regarde : chien" !" (véridique)

« Maman, regarde : chien » ! » (véridique)

En bonne Anglaise, Hippie en Chef fait mine de ne rien remarquer (ou ne remarque rien). Sa seule contribution à l’animation du groupe se borne à deux interventions, prononcé d’un ton égal :
– (mummies, juste pour vous informer que j’ai égaré mon aiguille)

Avoir perdu une aiguille au milieu d’une douzaine de tout-petits marchant pieds nus ou à quatre pattes ne l’inquiète guère.

Puis, quelques minutes après :
– (surtout, ne vous dépêchez pas, nous pourrons terminer cette activité mercredi prochain) Plutôt mourir.

Pendant que les mères s’affairent à leurs souris respectives, j’observe avec satisfaction que la plupart d’entre elles prêtent si peu d’attention à leur tenue que pour une fois, je parais presque bien habillée. Les joies simples sont parfois les plus douces.

Enfin, au bout de quarante-trois longues, très longues minutes, nous rangeons enfin aiguilles (celles qui restent), patrons et faux crayons. Autour de moi, j’aperçois quelques souris qui ressemblent à des souris. La mienne traîne, négligée, en plusieurs morceaux (j’ai quand même réussi à découper le patron), sur la table. Je la fais disparaître discrètement.

Voici venu le moment préféré de MiniPrincesse : la collation. En Angleterre, si l’enfant ne s’est pas alimenté entre son porridge de 8 heures et le curry de 11h30, on craint pour sa santé. D’où l’importance du snack. Et bio ou pas, le menu du snack anglais semble immuable où que j’aille : galettes d’avoine et/ou de riz accompagnées de raisins secs. Si c’est Byzance, on y trouve aussi des pommes ou des clémentines. Bingo. Avec une petite surprise : pour mériter le snack,rien ne vaut une petite bénédiction païenne, entonnée par Hippie en Chef.
– (merci pour ce repas merci pour le soleil merci pour la terre etc)

A peine MiniPrincesse a-t-elle englouti son dernier raisin sec (et piqué ceux abandonnés par sa voisine) que je me lève pour aller m’acquitter de mes trois livres, espérant ainsi pouvoir m’échapper de cette quatrième dimension. Hippie en Chef hausse un sourcil et me dit : – (le paiement ne s’effectue qu’à la fin, le playgroup n’est pas fini)

Vu l’accueil que tu m’as réservé, je ne risque pas de le savoir, espèce de beatnik, me retiens-je de lui lancer.

J’endure donc encore un peu de freeplay, quelques chansons en l’honneur du soleil et l’incompréhension de MiniPrincesse devant le fils de Hippie en Chef qui, à peine sa mère partie de la pièce, se met à donner des coups de pieds à tout ce qui bouge (« Ne t’inquiète pas ma chérie, ce petit garçon de cinq ans doit être contrarié que sa maman ne l’ait pas encore allaité depuis le snack. Ou alors il aimerait bien porter des chaussons normaux plutôt que des babouches rose vif »).

Enfin, nous sommes libres.
– Alors, MiniPrincesse, ça t’a plu, ce playgroup ?
Ma fille, flairant le piège, ébauche une prudente grimace.
– Bizarre, dame ? hasarde-t-elle.
– Oui, je suis d’accord, ma puce, la dame était un peu bizarre.

La vérité sort de la bouche des enfants.

Véridique - c'était plein

Véridique bis : c’était plein

Tentative d’intégration #2 : le playgroup alternatif

Après l’échec retentissant le succès en demi-teinte du cours de musique pour mouflets, voici le récit d’une tentative d’intégration à la vie de yummy mummy beaucoup plus récente : le playgroup alternatif. Qu’entends-je par alternatif ? Ce playgroup se déroule au sein d’une école à la pédagogie « différente » – dont je tairai le nom – et dont il constitue « un excellent moyen de découvrir le mode d’éducation ». La rapide présentation sur le site Internet reste consensuelle : un temps pour jouer librement (freeplay), une activité (l’exemple donné est le dessin, qu’on peut difficilement qualifier d’exercice révolutionnaire) suivie d’une collation bio (évidemment) et de chansons. OK, les jouets sont exclusivement fabriqués à base de matières naturelles (bois, tissu, coquillages), ça a l’air d’être très important – MiniPrincesse, bien qu’habituée aux plastiques criards, devrait s’en accomoder.

Voici le décor planté.

Un beau matin ensoleillé, me voici donc accompagnée de MiniPrincesse, à descendre au sous-sol d’un imposant bâtiment en briques pour parvenir à une porte à laquelle on peut lire « Parent and Toddler Group ».

Je frappe. Pas de réponse. Prenant mon courage à deux mains, je pénètre dans une petite pièce pourvue d’une longue table à hauteur d’enfant et d’une dizaine de petites chaises d’un côté, et de jouets-en-matières-naturelles de l’autre : deux chevaux à bascule, une grande tente en patchwork, des poupées vaguement vaudous, etc. Deux mamans sont assises sur des coussins à même le sol, leurs enfants sous les yeux. De l’autre côté de la pièce, une jeune femme – 35 ans environ, oui c’est jeune – coud placidement un vêtement non identifié de couleur non identifiée (khaki ?), un marmot de quatre ou cinq ans littéralement agrippé à sa jupe.

Des jouets NA-TU-RELS (et un peu effrayants)

Des jouets NA-TU-RELS (et un peu effrayants)

Je lance timidement un « hello » à la cantonade. L’une des deux mamans lève la tête et me sourit gentiment. La couturière, imperturbable, se contente d’un « hello » en retour avant de poursuivre son ouvrage.

La perplexité m’envahit. Le playgroup était censé démarrer à 10h et il est 10h04. Déjà quatre minutes de retard ! Qui plus est, l’une des mamans a conservé ses chaussures aux pieds, l’autre pas. Que faire ? L’animatrice – je suppose qu’il s’agit d’elle – porte d’indescriptibles pantoufles à longs poils noirs et marrons. Et je remarque par la même occasion que sa jupe n’est pas banale non plus : une sorte de patchwork de tissus sans nul doute tous na-tu-rels et bien évidemment de longueurs différentes.

Bon. Dans le doute, je me déchausse et indique à MiniPrincesse de faire de même. Pendant ce temps, d’autres mères arrivent, et – oh, comme le temps passe vite, déjà douze minutes de retard ! – nous voici une dizaine d’adultes et autant d’enfants, sans compter les nouveaux-nés évidemment portés en écharpe par leurs génitrices.

L'écharpe de portage, c'est le bonheur

L’écharpe de portage, c’est le bonheur

L’animatrice, suivie de très près par son fils, fredonne un indescriptible « om », ce qui semble marquer le signal de se mettre en cercle.
– (hello, everyone)

Ah, donc elle parle. Tellement bas que je peine à distinguer ce qu’elle dit, et sans ponctuation apparente, mais elle parle. J’ai l’impression d’assister à un spectacle d’hypnose, tellement elle a l’air détendue.
– (let’s start)

Et elle se met en mode hippie à chantonner :
– (bonjour la lune bonjour le soleil bonjour les cailloux bonjour la terre bonjour l’air bonjour le feu)

Bien bien bien. La nature c’est important. D’ailleurs je suis une maniaque du recyclage. J’imite donc les autres mères, plaque un sourire Colgate sur mon visage et me joins aux festivités païennes. Après quelques minutes d’épanouissement musical, la Hippie en Chef (ainsi que je l’ai d’ores et déjà surnommée dans ma tête) annonce, ou plutôt murmure :
– (aujourd’hui nous allons faire des souris blanches en feutre)

Les mères, en chœur, à l’adresse de leur progéniture, plus sourire Colgate que jamais :
– WAOUH !!!

La progéniture :
– …

Ce qui ne l’empêche de s’installer avec diligence à table. Hippie en Chef en paraît contrariée (autant que faire se peut lorsqu’on pratique la méditation à raison d’une heure par jour). – (non aujourd’hui ce sont les mamans qui vont faire l’activité)

Qu’entends-je ?! – (c’est très bon pour vos enfants de voir leur mère en état de créativité)

Heu, si j’étais capable de me mettre « en état de créativité », 1. ça se saurait et 2. je ferais tranquillement de la créativité à la maison plutôt que de me taper 40 minutes à pied pour emmener ma fille à un playgroup alternatif où c’est moi qui me tape tout le boulot.

La suite au prochain épisode…

Du bonheur de devenir mère

Premier mois

Le mois qui suit la naissance de MiniPrincesse, je me sens invincible. Enfin, sans aller jusque là, disons que je suis portée par la jubilsation d’avoir donné la vie – ou, plus prosaïquement, les hormones de l’accouchement. Prenant mon clavier et mon courage à deux mains, j’ai réussi à faire la connaissance de quatre chouettes jeunes femmes francophones / francophiles et à tenir une conversation sans trop affabuler ni me ridiculiser. MiniPrincesse survit tant bien que mal à mes soins imprécis et tremblants de jeune mère désireuse de bien faire. Les cartons du déménagement ne se déballent pas tout seuls. Je passe mon temps à me demander ce qu’il faut faire de / avec MiniPrincesse.

Toute petite main...

Toute petite main…

Aparté : avec le recul, deux ans plus tard, je brûle d’envie de  me répondre : « Rien, bécasse, profite ! Y a rien à faire à part lui donner à manger et la laisser dormir ! » Mais peut-être occulté-je l’écrasante fatigue, l’envahissante peur de « casser » ce petit bout de chou tout neuf, ah et aussi les six tétées par jour, chacune durant une heure, et les nuits entières à porter un paquet de 3,5 kilos en chantant en boucle « Petite alouette » (dont les paroles féroces ne me froissent guère). Je me rends au « café allaitement » proposé par le NCT du coin (excellente association britannique qui propose des cours de préparation à l’accouchement où les futures mères autochtones tissent d’indestructibles liens. Une occasion que j’ai laissé filer cause alitement à six mois) et, devant l’enthousiasme des conseillères en allaitement, leur avoue ma perplexité : l’allaitement ne se passe pas MAL. Mais ce n’est pas non plus la révélation.
Bref, cahin-caha, ça va.

Deuxième mois

La situation est grave : je suis si épuisée que j’accueille ma belle-mère à bras ouverts, soulagée de pouvoir me débarrasser un peu de MiniPrincesse la confier à d’autres bras aimants pour la faire un peu taire la bercer. Pis : lorsque la fin de son séjour approche (deux semaines quand même), je la supplie de rester encore quelques jours. Jamais je ne m’en sortirai sans elle. Elle a le bon sens de décliner ma pitoyable invitation.
Les jours qui suivent son départ, MiniPrincesse hurle plus encore qu’à l’habitude. En journée, je fais appel à mon bon ami Google (« pleurs continus bébé six semaines »). Le soir, à mes bonnes amies restées à Paris, là où elles ont leurs familles, leurs copines en congé mat’ et une boulangerie au coin de la rue (non non, je ne m’apitoie guère sur mon sort). Le verdict est unanime : personne ne sait vraiment pourquoi les bébés pleurent – sauf ma chère grand-mère qui me susurre d’un ton fielleux : « Les coliques, Eva in London, ça n’existe pas. Ca n’est qu’une excuse pour les parents qui n’arrivent pas à calmer leur bébé. Tout est la faut des parents ».

Dolto n’a plus qu’à aller se rhabiller.

Pour mettre un terme temporaire aux pleurs de ma fille, j’ai généralement recours à la technique éprouvée du tour du pâté de maisons en poussette – approche qui requiert une patience d’ange et une forme olympienne, étant donné que MiniPrincesse met environ 500 tours à s’assoupir, puis une milliseconde à se réveiller dès que j’introduis la clé dans la serrure de la porte.
Solution contraignante, donc, mais efficace. Sauf que, plus souvent qu’à son tour, il pleut. Oui, oui, en plein mois d’août. Ce qui ne contribue pas à me réconcilier avec l’Angleterre.

Troisième mois

Avant la naissance de MiniPrincesse, Prince et moi dormions aisément neuf heures par nuit, voire plus si affinités. Les gros dormeurs que nous étions redoutaient l’arrivée d’un bébé qui allait forcément bouleverser nos soirées, nos nuits et nos journées. Mais « nous verrions bien ».
Ben, c’est vite vu.

Harassés de fatigue, rapport au déficit de sommeil qui doit déjà atteindre allègrement les centaines d’heures, nous sommes à couteaux tirés. Moi qui m’étais promis, avant l’arrivée de notre descendance, de ne JAMAIS passer mes nerfs sur mon adorable mari, de TOUJOURS faire preuve de respect envers lui, même à quatre heures du matin, et de RAREMENT le houspiller (on ne se refait pas), je dois bien admettre que mes résolutions ont vite fini au fond de la poubelle à couches.

Un soir, lorsque MiniPrincesse atteint dix semaines, j’accepte pour la première fois une invitation à dîner avec deux connaissances. L’une a deux enfants, l’autre un seul, tous à l’école primaire. Autant dire que leurs vies de Françaises-à-Londres-super-busy sont à des années-lumière de mon triangle maison-parc-supermarché.

Un tiers de mon univers en ces jours-là...

Un tiers de mon univers en ces jours-là…

Bien consciente de manquer de glamour, je ne m’étends guère sur les VRAIES questions qui se posent dans mon existence, telles l’opportunité de changer son bébé la nuit ou la durée optimale d’une tétée. Non, toute en retenue, je me contente de signaler mon épuisement, ma débilitation, mon exténuation, bref, la fin des haricots.

Et la mère de l’enfant unique de dix ans de m’asséner d’un ton docte et satisfait :
« Ah non mais si je peux me permettre, il faut AB-SO-LU-MENT que tu arrêtes de laisser ta fille régenter ta vie »
J’hésite entre la gifler et fondre en larmes.

En sortant du resto, j’appelle Prince. Sa voix éraillée est en partie couverte par les geignements de MiniPrincesse pour qui la soirée commence tout juste. Hésitante, je confie à mon époux :
– Je n’ai pas très envie de rentrer à la maison, mon amour. C’est normal ?
– Tout à fait, me rétorque-t-il aussi sec. En ce qui me concerne, je n’ai aucune envie d’y être.

PS : pour une vision plus sereine des fameux cent premiers jours de la vie d’un nourrisson, je recommande vivement la lecture de « Bébé, dis-moi qui tu es ». Titre gnangnan mais contenu très juste, facile à lire (important) et complètement déculpabilisant (très très important).

En attendant Godot

Telle sœur Anne, je ne vois rien venir. On dirait qu’après neuf mois passés à répéter à MiniPrincesse matin, midi et soir qu’elle n’avait pas le droit de sortir, elle a un peu trop bien compris le message. « Il y a fort à parier que si elle tient un tant soit peu de sa mère, elle boude » lance Prince, goguenard.  Je l’ignore superbement et continue l’opération intitulée « Sors de ce corps ».

Je me lance dans de longues et exténuantes promenades.

Je passe l’aspirateur alors que je déteste ça.

Je bois des tisanes aux vertus tout aussi douteuses que leur goût.

Je repasse l’aspirateur.

Je relis « J’attends un enfant » et constate qu’il me tombe toujours autant des mains.

Rien n’y fait. Pour les Anglais, j’ai dépassé mon terme de huit jours. Seulement d’un jour pour les Français ; oui, l’exception culturelle s’applique aussi à la gestation.

Que de choix, que d'étapes...

Que de choix, que d’étapes… une photo de mon amie Laura

Je dresse le bilan des neuf mois qui viennent de s’écouler :

14 : le chiffre magique, celui qui compte plus que tout – le nombre de kilos pris. Les orgies nocturnes de chocolat ont laissé leur trace, mais comme on dit : mieux vaut avoir des remords que des regrets

14 000 : le nombre de fois qu’on m’a demandé combien de kilos j’avais pris (ma mère, la sage-femme, les mamies dans le bus, ma meilleure ennemie : « Ah bon, 14 kilos, c’est tout ? J’aurais dit plus. Meuh le prends pas mal ! Tu les portes très bien. »)

1300 : le nombre de minutes passées sur Internet à comparer les avis de mères hystériques consommatrices sur les différents porte-bébés / tire-laits / poussettes

1301 : le nombre de minutes qu’il m’a fallu pour comprendre qu’une mère défendra toujours bec et ongles son enfant (qu’elle n’a pas choisi), mais plus encore le porte-bébé-, le tire-lait et surtout, SURTOUT, la poussette qu’elle a choisis. Quitte à traiter ses rivales les autres mères de noms d’oiseaux au prétexte qu’elles ont préféré la Chicco à la Bugaboo (les ignares)

9 : le nombre de copines à qui j’ai demandé conseil sur le porte-bébé, le tire-lait et la poussette

9 x 3 : le nombre de recommandations différentes de porte-bébés, tire-laits et poussettes

0 : le nombre de porte-bébé, tire-lait et poussette achetés avant la naissance. Aficionados de la procrastination, déboussolés par tant de conseils contradictoires, nous décidâmes de décider «  plus tard » ; oubliant que « plus tard » nous aurions un nouveau-né et à peine l’énergie de nous sustenter

26 : le nombre de prénoms qui me plaisaient

24 : le nombre de prénoms rejetés par Prince avec des explications aussi sommaires que variées (« J’aime pas » / « C’est moche » / « Non »)

2 : le nombre de prénoms « short-listés »

67 : le nombre de fois que ma mère m’a demandé quel prénom on allait choisir (« J’aime bien Eliette, pas toi ? » Euh, non)

1001 : le nombre de manières d’élever un enfant

1 : le nombre de bonnes manières d’élever un enfant (selon ma belle-mère)

0 : le nombre d’idées que Prince et moi avons sur la manière dont nous souhaitons élever la nôtre

Voyage voyage (d’affaires)… le retour

Le lendemain matin, toujours au fin fond de l’Allemagne profonde

9h05 : je me pointe dans un bureau déjà plein d’employés ponctuels. Ben quoi ? D’abord, je vous rappelle que là d’où je viens, il n’est que 8 heures – autant dire l’aube.

L’une de mes collègues, une jeune mère qui ne travaille que le matin (ce qui en Allemagne fait déjà d’elle une mauvaise mère) me demande, l’air apitoyé, si ma fille ne m’a pas trop manqué la veille. Je repense à ma délicieuse soirée vautrée sur Internet. « Non, ça allait, merci. Enfin, heureusement que je la retrouve ce soir », ajouté-je précipitamment. Ou pas.

13h30 : départ pour l’aéroport. Je promets de revenir vite (du moment qu’on me loge au même hôtel).

14h06 : pas de scanner à la sécurité. Une boîte de Lindt duty free sous le bras, je me dirige prestement vers le stand de massage. Pas de camarades de voyage, pas d’obligation de faire semblant de travailler.

14h30 : sereine et détendue, je dégaine vivement ordinateur portable et blackberry. Le portable, pour rédiger le compte-rendu de mon déplacement, à envoyer à la terre entière avec mon chef en copie pour bien prouver que ce déplacement était tout à fait indispensable et que je n’ai pas fait que manger des truffes au resto ; le blackberry, pour bien montrer que moi aussi je suis une voyageuse d’affaire, même si je ne voyage pas en business parce que les temps sont durs dans le secteur bancaire en ce moment et qu’il vaut mieux faire profil bas.

Je saisis la première occasion pour passer un coup de fil, me mettant soudainement à murmurer pour faire comprendre à mes compagnons de voyage que non seulement je suis importante, mais qu’en plus je traite des sujets top secrets (ils n’ont pas besoin de savoir que je suis en réalité en ligne avec le service informatique).

15h10 : « En prévision de notre décollage, nous vous prions de bien vouloir observer les consignes de sécurité, et ce même si vous êtes un voyageur fréquent ». Personne ne lève le nez de son British Airways magazine. Prise de pitié, je regarde les pauvres hôtesses de l’air nous montrer comment boucler notre ceinture (au cas où on n’aurait pas compris)

15h15 : décollage de l’avion.

15h21 : extinction du signal lumineux « Attachez votre ceinture ». Je sors mon ordinateur personnel : 53 minutes tout compris pour pondre un article pour mon blog. Eh oui, désormais, le seul endroit où j’ai la paix (ni chef, ni MiniPrincesse, ni téléphone), c’est 10 000 mètres au-dessus du sol.

18h10 : émouvantes retrouvailles avec MiniPrincesse.

– Que tu m’as manqué, ma chérie !
– Gaga !
– Tu t’es bien amusée pendant que Maman allait faire le guignol en Allemagne ?
– GAGA !

Et de s’éloigner en titubant avec bonheur vers son trotteur.

19h45 : émouvantes retrouvailles avec Prince
– Que tu m’as manqué, mon chéri !
– Hmmm ? Oui, oui, toi aussi. C’était comment, ce déplacement ?
– E-PUI-SANT. Je n’ai pas arrêté.
– Oh, ma pauvre… si tu veux, cette nuit, c’est moi qui me lève.

Les voyages d’affaires, ça a du bon.

Voyage voyage (d’affaires)

Un déplacement professionnel version Eva in London commence généralement par une valise bouclée à la va-vite, tard – bien trop tard – la veille au soir. J’oublie toujours au moins une chose ; de préférence, un objet dont l’absence ne manquera pas d’être remarquée : ma seule et unique veste de tailleur, mon bloc-notes, ou tout simplement un haut propre pour le lendemain.

La nuit venue, c’est Prince qui, vaillant, se lève pour aller expliquer à notre progéniture que non, la nuit on ne mange pas, la nuit on ne joue pas, et la nuit on ne réveille pas Papa et Maman qui sont fatigués et se lèvent tôt demain. Se recouche. Se relève pour expliquer que non, la nuit, etc, etc. Se recouche, etc, etc.

Le marathon démarre à l’aube (même pas naissante).

5h09 (ne jamais mettre son réveil à heure pile !) : brusquement réveillée par la sonnerie de mon blackberry, je cherche à tâtons comment l’éteindre, n’y arrive pas, il sonne de plus en plus fort, je jure, cherche encore, puisque c’est comme ça j’allume la lumière, Prince grogne, j’éteins le blackberry, la lumière et saute du lit.

5h25 : appel du taxi (Prince grogne un peu plus fort). « Ah, vous êtes déjà là ? J’arrive tout de suite ». Je suis encore en pyjama.

5h32 : je m’affale dans le taxi, direction Heathrow.

5h55 : je me souviens que j’ai oublié de retirer du liquide pour payer la course. Et réalise que j’ai gardé mon informe haut de pyjama rose fuschia au lieu d’enfiler l’impeccable chemine repassée la veille (par Prince).

6h30 : arrivée à Heathrow. Sécurité. Devant mon refus de pénétrer à l’intérieur du scanner tout neuf, le responsable m’informe « à regret » que si ça ne me plaît pas, je n’ai qu’à rentrer chez moi. Je me prends à imaginer tout ce que je pourrais bien faire d’une journée tranquille à la maison (lire des magazines, aller chez le coiffeur, écrire un billet pour mon blog). Puis je pense à mon chef et au fait que gagner de l’argent, c’est quand même bien. Je rentre dans le scanner.

Les joies de la vie d'Eva in London

10h30 : au comble du glamour, j’atterris au fin fond de l’Allemagne, ni maquillée, ni coiffée.

10h42 : maquillée, plus ou moins coiffée, haut chic et flambant neuf trouvé à prix d’or dans LA boutique chic de l’aéroport, je me dirige d’un pas assuré vers la sortie. WonderWoman, c’est moi. Rien ne m’arrête.

10h45 : oh, un stand de massage ! Hum. Je grimace en constatant que, rapport au shopping improvisé, je suis déjà en retard pour ma réunion de 11h. Ce sera pour le retour.

11h10 : essouflée, décoiffée et maquillage déjà considérablement défraîchi, j’arrive en trombe dans la salle de réunion. Bredouille un « Entschuldigung » (excusez-moi). Réalise que j’ai interrompu la présentation du big boss. M’assois et me ratatine dans mon siège pour tenter de me faire oublier.

18h : je rentrerais bien à l’hôtel, mais tout le monde est encore au bureau. Damn it ! Au moins, à Londres, j’ai l’excuse de la nounou pour partir tôt.

18h30 : c’est pas tout ça, mais après le minuscule sandwich allemand de ce midi, je rentrerais bien dîner, moi.

19h35 : enfin, big boss est parti. Soupir à peine étouffé de ses collaborateurs.

19h36 : le bureau est vide.

19h55 : je m’attable avec satisfaction à la table du restaurant, me félicitant d’avoir décliné le dîner d’affaires proposé à contrecœur par big boss. Découvrir la ville où je n’ai jamais y avoir mis les pieds ? Faire connaissance avec mes collègues ? Très peu pour moi. Un repas tranquille préparé par d’autres mains que les miennes, une soirée en tête-à-tête avec Internet, et une nuit de sommeil garantie sans interruption (« non, la nuit, on ne mange pas, etc., etc. ») ? Voilà une offre bien plus alléchante.

Toute à la lecture de Grazia International Herard Tribune, je fais tomber mon assiette à pain qui se brise en mille morceaux. Un silence surpris s’abat immédiatement sur la salle de restaurant, jusqu’à ce que la serveuse vienne promptement ramasser les débris. Elle se relève, me lance un coup d’œil, et m’enlève couteau à pain et verre à vin. On ne sait jamais.

20h02 : la serveuse revient me retirer ma serviette (à la réflexion ?).

20h05 : je scrute le menu du restaurant en me demandant si je tente ce velouté de châtaignes à la truffe, et si oui, si le mot truffe apparaîtra sur la note de frais.

20h14 : je réprime un sourire lorsque l’homme d’affaires assis à la table d’à côté de moi me dévisage sans vergogne. « Il ne peut résister à mon sex appeal dévastateur de business woman », me gargarisé-je. Puis je me rappelle l’assiette cassée et réalise que l’homme n’est pas intéressé mais tout simplement narquois.

21h05 : retour dans ma chambre (seule). J’essaie de regarder la télé en allemand, renonce au bout de huit minutes et enchaîne joyeusement avec une émission de cuisine en français. Vive TV5 Monde !

21h30 : quel bonheur que de pouvoir se coucher à 20h30, heure anglaise. Allez, encore un petit tour sur ce blog d’une copine, et j’arrête.

23h20 : il faut vraiment que je cesse de glander sur Place des tendances / Facebook / Pensées de ronde, m’admonesté-je.

23h45 : extinction des feux. Si, si.

La suite au prochain épisode…

De l’accompagnement global (et autres décisions concernant un certain accouchement à Londres)

Détendons un peu l’ambiance.

Janvier 2011

Tout va bien dans le meilleur des mondes. Je suis enceinte de quatre mois, ce qui signifie que j’ai plus l’air d’avoir abusé pendant les fêtes que d’attendre un bébé. Je ne peux guère nier plus longtemps l’évidence : MiniPrincesse ne va pas sortir toute seule. Et qui plus est, je suppute que cela va faire mal.

Alors… où vais-je bien pouvoir accoucher ?

Vous vous en doutez, la grande anxieuse que je suis n’a pas attendu le point de non-retour quatre mois pour se pencher sur la question. Echaudée par la fausse couche, je me suis abstenue de demander conseil autour de moi avant d’avoir dépassé la fatidique date des trois mois. Heuresement, Prince, toujours plein de ressources, me suggère de faire appel aux services de conseiller habituel : Internet. Selon mon mari, Internet a réponse à tout. L’affaire du Rainbow Warrior, késaco ? En quelle année Robert Redford a-t-il commencé sa carrière de beau gosse ? Qui donc est Lady Gaga ??

Las. Pour les questions plus délicates, comme « Qui va bien m’aider à pouvoir faire sortir mon bébé ? », Internet est à la peine. Le top des maternités ne m’apprend pas grand-chose – tout au plus, que le taux de césariennes en région parisienne est alarmant, et qu’accoucher sans péridurale est en passe de devenir l’exception. Impossible de trouver un site répertoriant les différentes possibilités qui s’offrent à moi, surtout si l’on ajoute le facteur « expat’ qui nourrit un solide ressentiment contre les services de santé de son pays d’accueil et ne perd pas une occasion de déblatérer à leur sujet ».

Au prix d’un dur labeur (quelques plaisantes heures passées au lit à me faire chouchouter par un Prince aux petits soins), la SuperConsultante maniaque du tableau Excel refait surface, et me voici face à un rutilant récapitulatif :

L’hôpital public français ? Dans la théorie, oui (vive le service public français, Liberté Egalité Fraternité, tout ça), dans la pratique… bof. Sais pas. J’ai peur (d’avoir mal, mais aussi de plein d’autres choses) que l’hôpital public manque de temps pour me tenir la main.

L’hôpital public anglais ? Merci, j’ai déjà donné. Tels que je connais les Anglais, la seule méthode de gestion de la douleur qu’ils proposent est la sempiternelle cup of tea (pas loin : le gaz hilarant).

L’hôpital privé anglais : à 10 000 livres l’accouchement, forceps et chambre non inclus (compter 3 000 à 6 000 livres supplémentaires), ça fait cher le bébé. Et encore, je n’ai pas compté la césarienne en urgence (non offerte par la maison).

L’hôpital privé français : idéologiquement, non (vive le service public français, Liberté Egalité Fraternité, tout ça), dans la pratique… mmh… pourquoi pas ?

Perplexe d’avoir restreint l’horizon des possibles en me fondant uniquement sur de virtuels avis, je décide de faire ce que je fais de mieux : je ne décide pas. Pour l’instant. Je m’inscris, au cas où, entre-huit-et-dix-semaines-d’aménorrhée-et-pas-un-jour-de-plus, à la clinique privée où la plupart de mes connaissances ont accouché.

Entretemps, une de mes camarades de fac, à qui j’ai très rapidement avoué ma grossesse (comme on confesse une grosse bêtise), ne cesse de me chanter les louanges de la sage-femme libérale grâce à qui elle a eu deux accouchements « mer-veil-leux ». Après avoir passé tout le premier trimestre à me boucher (métaphoriquement) les oreilles, force m’est admettre que mon tableau Excel ne m’a pas apporté de réponses très satisfaisantes jusqu’ici.

Je rencontre donc – seule, Prince étant toujours à  Londres – la « merveilleuse » sage-femme. Elle m’explique doctement le principe de l’accompagnement global : mot savant pour dire que la personne qui vous aide à mettre au monde votre enfant n’est pas un inconnu mais quelqu’un qui vous a suivie toute la grossesse. Je ne sais pas si je veux un accouchement « mer-veil-leux », mais je veux bien savoir qui sera à mes côtés le jour J – chose étonnamment peu répandue. Et tant qu’à faire, je veux bien aussi accoucher dans la position qui me chante, et pas sur le dos juste parce que c’est plus confortable pour le gynéco (NB : encore une exception française…)., et faudrait pas qu’il se foule trop, parce qu’après il a golf (OK, j’arrête là la mauvaise foi).

La mauvaise nouvelle, c’est que sage-femme merveilleuse n°1 n’est pas disponible durant l’été 2011. La bonne nouvelle, c’est qu’elle fait partie d’un groupe de neuf sages-femmes apparemment toutes plus merveilleuses les unes que les autres : le Groupe Naissances. Prince se laisse gentiment réveiller aux aurores un samedi matin de visite parisienne (ce que femme veut, Dieu le veut) pour rencontrer sage-femme merveilleuse n°2. Nous arrivons tous deux plus que méfiants quant à l’ « accouchement physiologique » évoqué lors de la première rencontre. Et le gynéco, il est où, dans l’affaire ? Et l’hôpital ? Et la péri ? « Pourquoi donc veux-tu d’un accouchement New Age ? » me lance même Prince – sous-entendu « Ma femme ne va pas accoucher comme une hippie, je suis banquier à la City, moi ! ».

Ironiquement, nous ressortons de l’entretien entièrement rassurés sur la prise en charge médicale…  et absolument convaincus que sage-femme merveilleuse n°2 nous est aussi antipathique à l’un qu’à l’autre.

La troisième fois – sage-femme merveilleuse n°3, pour ceux qui suivent – est la bonne. Rassurante, compétente, à l’écoute, bref : la perle. C’est donc parti pour un accouchement global, physiologique et tout le touintoin. Stupéfaite de sortir des sentiers battus (mon choix est celui de moins de 1% des femmes françaises), je parviens tout juste à ne pas me laisser perturber par les réactions de mon entourage. Morceaux choisis :

Ma mère : « Quoi, ce n’est pas un gynéco qui va t’accoucher ? Mais tu as perdu la tête, ma fille ! Nous ne sommes plus au Moyen Age, tout de même ! »

Mes amies : « Tu attends un bébé ? Félicitations, c’est génial (pour celles qui n’ont pas d’enfant) / Félicitations, tu vas voir, on en bave mais ça vaut le coup (je crois) (pour celles qui en ont). Et tu accouches où ? Avec quoi ? Une sage-femme, mais dans un hôpital ? Ah… euh… très bien ?! »

Prince / mon père / les hommes : « … ».

PS : public / privé ? Pays d’origine, pays d’adoption ? Où avez-vous accouché (pour celles qui ont vécu ce « jour merveilleux » ?) Où vous voyez-vous le faire (pour les autres) ?