Job Centre Plus

Si vous vous demandez à quoi je peux bien occuper mes journées pendant que Prince crée de la valeur pour deux… eh bien, je ne peux qu’avouer, honteuse : à rien. Ou plutôt, si : au grand dam de Prince, je multiplie les vaines tentatives de dominer le monde dans le jeu vidéo qui a bercé mon adolescence, Civilization.

Un petit retour en arrière s’impose.

Ah, les heures passées à oublier le dur monde extérieur, tellement menaçant pour une adolescente réussissant l’exploit d’être à la fois  boutonneuse, myope et frisée. Petite parenthèse pour vous aider à mieux situer : j’ai longtemps été surnomméee « Jackson Five » au lycée. Je me réjouissais d’ailleurs de ce sobriquet qui me semblait marginalement plus flatteur que le précédent, « Quadruple foyer », rapport à mes verres de lunettes si épais que les jours de brouillard on ne voyait plus mes yeux derrière.

Pour en revenir à nos moutons anglais, le problème, c’est que ce que la société excuse chez une jeune fille de quatorze ans pas gâtée par la nature, elle le pardonne nettement moins à une jeune femme de vingt-cinq dont on attend qu’elle ait maîtrisé les règles de base du maquillage… et de la vie en communauté, avec ses droits et ses devoirs.

Par exemple, Sa Majesté attend de moi que je me présente tous les quinze jours au Job Centre Plus (Plus de quoi ? d’argent ? de temps ? de bonheur ??), merveilleux homologue britannique de l’ANPE, pardon de Pôle Emploi. Tâche dont je m’acquitte sans trop de difficultés, étant donné que le Job Centre (Plus, ne l’oublions pas) se trouve à cinquante mètres de la maison.

Non, le problème est d’en ressortir indemne. La question émerge dès mon premier rendez-vous. Ma conseillère attitrée, celle qui va devoir contrôler mon petit carnet de recherche d’emploi deux fois par mois, m’accueille plutôt gentiment etant donné qu’il est tôt et que la double dose de Valium qu’elle doit s’enfiler tous les matins fait encore effet. D’un ton monocorde mais bienveillant, elle m’expose mes obligations, détaille mon joli petit carnet beige… et s’étrangle soudain d’indignation en lisant plus attentivement mon dossier. Il n’y a pas d’erreur : elle va devoir me faire un chèque de 225 livres par semaine, là où les chômeurs britanniques doivent survivre avec… quatre fois moins. Eh oui, si en Angleterre l’objectif de la Job Seeker’s Allowance est de remettre ces paresseux incapables au travail, eh bien en France on prend soin de nos chômeurs, et ce même lorsqu’ils quittent le pays… tant que c’est pour suivre leur conjoint/co-PACSé/concubin. Ouf, vive l’Etat-providence, et vive l’Europe qui force l’Angleterre à me payer les Assedic françaises !

Bref, cela ne vous étonnera guère si je vous dis que j’écourte au maximum mes visites au Job Centre Plus – je suis peut-être parano, mais j’ai vraiment l’impression qu’on m’y regarde de travers. On dirait que les chômeurs de mon quartier ne seraient contre un peu Plus d’équité – quitte à faire justice eux-mêmes.

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21 réflexions sur “Job Centre Plus

  1. Ah… et encore… en cas de licenciement economique, tu n’as droit qu’a une semaine de notice par annee d’anciennete.

    Je prone un compromis entre les deux systemes. La France entraine obligatoirement un abus du systeme, un cote paresseux. L’Angleterre se moque du monde: si bien sur on est prets a retravailler au plus vite, a prendre n’importe quoi pour payer les factures pour ensuite utiliser ce boulot en filet de securite pour chercher LE boulot ideal et du coup ne pas pomper sur l’argent de l’etat… en temps de crise economique ou les boulots se font nettement plus rares, comment fait-on pour survivre?

    Je lisais recemment un article sur une autre sorte de SDF. Pas les malheureux qui ont tout perdu, vivent dans la rue. Ceux qui ont toujours un b0ulot mais pas suffisant pour un appartement, dont l’appart a ete repossede. Et qui louent le divan des copains, un peu d’espace de rangement dans un placard par ici, une adresse pour continuer le suivi du compte en banque (sans adresse, pas de compte, pas de compte, pas de salaire). Bref ces SDF pas contraignants, qui ne reclame pas de piecettes mais allege finalement le loyer des copains et qui attendent des jours meilleurs.

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  7. Bonjour, j’aimerais bien savoir comment vous avez fait pour qu’il puisse vous payer!!
    je suis inscrite depuis octobre 2010 (jobcentre fulham) et n’ai toujours pas reçu mes allocations!!!!
    merci pour la réponse!

  8. Bonjour,

    Tout d’abord, merci pour votre blog !

    Ensuite, je viens moi aussi de m’installer à Londres et je m’apprête à m’inscrire au job centre avec mon formulaire U2 (anciennement E303). Pourriez-vous me dire quelles démarches vous aviez effectuées pour que tout se passe bien (de nombreux témoignages sur le net, comme celui de Bénédicte, montrent que c’est malheureusement rarement le cas). (D’ailleurs, je suis certaine que vous feriez fureur en traitant de ce sujet!)

    Je vous remercie d’avance pour votre réponse.

    Cordialement,
    Céline.

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  10. Bonjour Eva,

    Je vais faire exactement les mêmes démarches (cf. commentaire précédent de Céline) et j’ai lu de nombreux témoignages de personnes qui n’ont jamais réussi à toucher leurs indemnités françaises…Peux-tu nous en dire un peu plus sur tes démarches ??

    Merci beaucoup,

    Aurélie.

    • Bonjour Aurélie,
      desolée d’avoir tardé a te répondre. Mes démarches datent d’il y a sept (gloups !) ans maintenant et j’ai la mémoire qui flanche, je l’avoue. En ce qui me concerne il y avait eu un petit délai (quelques semaines), mais j’ai touché les bonnes indemnités au final. Sans doute avais-je relancé le Job center comme Pole Emploi a l’époque…
      En tout cas, ce dont je me souviens c’est qu’il fallait contacter le job centre des l’arrivée ici, sans tarder.
      Bon courage (comme on dit en France…) ! Et n’hésite pas si tu as d’autres questions.

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