Walking on sunshine

Piéton engagé… n’a jamais la priorité. Du moins dans ce pays.

Vous vous rappelez Frogger, ce jeu des années 1980 où il fallait aider une petite grenouille à franchir sans encombre des routes traversées à grande vitesse par moult voitures, avions et autre motos, le tout sur un bon vieil écran Atari en noir et blanc ?

Eh bien, maintenant, la grenouille, c’est moi. Et pas seulement parce que les Anglais se plaisent à surnommer ainsi les Français.

C’est l’une de mes premières découvertes, mais comme souvent, je suis un peu longue à comprendre : à chaque fois que je traverse la rue ou presque, je déclenche des klaxonnements furieux. Les taxis, pourtant si pittoresques…

… se révèlent particulièrement hargneux. Est-ce que je les offusquerais par mon oubli de l’uniforme local : minijupe, talons aiguilles et bourrelets qui dépassent ?

Eh bien apparemment, non. Tout simplement, il semblerait que le Code de la Route britannique diffère radicalement de son homologue français : ici, il me faut laisser passer les voitures… encore… encore… encore… et toujours.

 

Incrédule, j’interroge le caissier au supermarché – ben oui, je n’ai personne d’autre à qui demander. Effroi. Si je me fais percuter, et contrairement à ce qu’on pourrait raisonnablement penser, c’est bien moi, fragile petite piétonne, qui suis responsable. Oui oui. Enfin, j’avoue, je n’ai pas vérifié officiellement, mais au vu du comportement des automobilistes, il semblerait bien que ce soit le cas : ce n’est pas compliqué, si une voiture arrive, je n’ai JAMAIS le droit de traverser. Or, malgrée les protestations véhémentes des maires successifs et la prohibitive congestion charge, Londres semble encore et toujours faite pour les voitures. A elles, les routes en parfait état, les parkings, les grandes artères sans aucun feu ni passage piéton. Aux piétons, d’innombrables subways, passages souterrains sordides, mal éclairés et nauséabonds.

 Je ne me laisse pas démonter. Sûre de mon bon droit – le droit français – je décide de leur en remontrer : eh oui, dans les pays civilisés, on considère, à tort ou à raison, qu’une grosse berline s’en sortira toujours mieux qu’un piéton possédant pour toute armure un épiderme de quelques millimètres. Semaine après semaine, je traverse donc la tête haute. Je regarde droit devant moi. J’ignore totalement les voitures qui déboulent à toute allure.

Pour leur part, les automobilistes m’ignorent allègrement eux aussi et attendent le tout dernier instant – c’est-à-dire lorsqu’ils arrivent à quelques centimètres de moi et qu’ils ne voient plus mes jambes – pour s’arrêter enfin. Je réchappe de peu à quelques accidents graves – et dont, je le rappelle, je serais tenue responsable.

Je pressens confusément que mes chances de gagner ce jeu de poker menteur sont minces, et que c’est moi qui ai le moins intérêt à continuer de bluffer en faisant fi de ce qui semble être une habitude de conduite profondément ancrée : faire comme si les piétons n’existaient pas.

Bien. La mort dans l’âme, je me résous enfin à laisser la priorité aux voitures – mais je me jure de ne JAMAIS cesser de tambouriner furieusement sur les capots des jolis taxis anglais.

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12 réflexions sur “Walking on sunshine

  1. Bien sur, la vraie Parisienne se doit de ne jamais regarder a circulation. Les voitures VONT s’arreter pour elle. Les Francais traversent a la sauvage, moi la premiere. Bordeaux n’est pas mieux.

    Le pieton a priorite sur les voitures en France. Ce n’est donc pas par respect que l’on te laisse passer. Avoue que du cote aurtomobilistes, on maudit les bipedes qui ne daignent meme pas noter que le feu vient de passer au vert pour les automobiles!

    Mais en Angleterre, justement, les voitures me semblent s’arreter plus volontiers. Sans lancer une poignee d’injures au passage. Je n’ai jamais eu de mal a traverser.

    Effectivement, il convient de respecter un minimum de regles. A l’arrache, tu as peu de chance. Et c’est juste, n’est ce pas? Il convient ici que le passage soit marque.Pas necessairemement par des feux mais juste par ces lumieres jaunes clignotantes ou un zebra au sol. La, vraiment, je n’ai jamais eu aucun mal a traverser.

    De meme, j’apprecie en tant qu’automobiliste une certaine politesse des conducteurs. Je n’ai jamais eu a Paris, le moindre remerciement d’un geste de la main pour avoir laisser passer un autre vehicule alors que je l’ai tres regulierement, quoidiennement ici. C’est appreciable.

    Je connais Londres a pied et en voiture. Londres n’est pas faite pour les voitures, crois-moi. La congestion charge est une premiere barriere, c’est exact. Les places de parking, surtout, sont exorbitantes et rares! Les residents, c’est normal, ont priorite: mais il semble de pas falloir avoir d’amis ou de famille qui vienne de loin… on ne peut pas tout faire a pied! N’oublions pas que dans le centre… la parking de rue se paie… non pas en piecettes… mais par le telephone portable… Et quand on l’a oublie ou qu’on n’a plus de batterie?

    • Heureusement que tu es la pour retablir la balance de ma mauvaise foi Coralie ! Mais je maintiens que moi j’ai du mal a traverser meme parfois sur les zebras / passages cloutes… c’est peut-etre mon insoumission naturelle qui revient au galop !

  2. tu devrais venir voir en italie… tu risques ta vie quelle que soit la couleur du feu… y’a meme un parisien qui, après sa première traversée de la ville en voiture m’a demandé « mais y’a une loi spéciale qui dit que quand il n’y a personne on peut y aller quand meme, meme si c’est rouge?! parce que, euh… j’étais le seul à attendre… » j’ai peur en voiture, à vélo et à pied… c’est malin…

  3. C’est l’inconvénient des grandes villes mais il me semble que les anglais sont plus calmes au volant. Ici, à Paris, tu risques la mort…
    En revanche, je n’aime pas l’autoroute en Uk : les routes sont remplies de bosses, toujours en travaux et peut importe l’horaire, la M6 autour de Londres est toujours bouchonnée.

  4. Je souris à lire l’avis de notre hôte eva, et de Chocoralie (et son passe temps favori ?) ^^

    J’avoue que c’est l’une des premières choses qui m’a déboussolé en arrivant, mais je vois les choses différemment lol J’ai conclu à trois cas de figure pour les passages piétons : feu, piéton prioritaire, et ni feu ni priorité au piéton (comment s’endormir 15 minutes à attendre un trou dans la file de voiture interminable sur Grosnevor Road).

    La première des choses à Londres, c’est qu’il y a un bouton pour demander à traverser à tous les feux. J’en ai déduis qu’à certains croisement, c’est automatique, et ils sont inutiles, et à d’autres c’est manuel, donc il faut appuyer sinon on peut attendre longtemps. Je suis un peu le seul à attendre le feu vert pour traverser dans mon quartier lol Ah, on pouvait passer … Cela me rappelle un jour où je marche plus vite qu’une demoiselle entre deux passages piétons, mais elle traverse sans trop se soucier … donc c’était un peu le yoyo tout le long de la rue lol

    Il m’est arrivé que des voitures me laissent passer, et fasse même des appels de phare pour me dire que je pouvais passer. J’ai aussi vu des piétons à deux doigts de se prendre un taxi du côté d’Oxford Street. En général, je me fais piéger aux passages piétons avec la boule orange clignotante, car les voitures qui nous laissent jamais passer s’arrêtent spontanément, et attendent que l’on traverse, et moi je m’arrête pour les laisser passer lol Ah c’est à moi ok, je me dépêche lol

    Un parisien ne traverse pas sur les passages piétons, un londonien si !

    Je finirai par une chose à laquelle il faut faire attention surtout quand on a bu lol Combattre le vieux réflexe, du «je regarde à gauche puis à droite» pour traverser, ah bah oui c’est dans l’autre sens lol Et on remerciera de trouver à chaque passage piéton l’inscription au sol pour savoir de quel côté viennent les voitures 😀

    Je dirai qu’il faut se méfier aussi quand on a deux passages piétons successifs sur une ligne droite, car les voitures roulant à droite lorsqu’elles viennent d’une rue en perpendiculaire pour prendre l’autre rue en perpendiculaire (en réalisant un 180° donc). On traverse donc deux fois, et la voiture croise notre route deux fois. Là aussi c’est tout inversé, et on n’y pense pas. Oui, c’est confus je sais lol

    Je vais toujours au self-checkout donc j’aurai du mal à questionner mon caissier, mais je note l’idée lol

    • Au risque de faire ma mauvaise tete… moi aussi je croyais qu’aux passages avec les boules oranges clignotantes ca marchait a tous les coups… eh bien pas du tout, il reste toujours un goujat pour essayer de passer en force. Mais la, je reconnais que le manque de civilite n’est pas propre aux Anglais 😉

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