Dix bonnes raisons de ne pas faire de sport, et une première tentative de se faire des amis à Londres

C’est marrant, mais il y a des sujets qui m’inspirent plus que d’autres. Tiens, le sport, par exemple. Tout comme je trouve très facilement plein de raisons de ne pas travailler, j’en vois toujours plein pour ne pas aller courir :

  1. Il fait froid.
  2. Il pleut.
  3. Il fait froid ET il pleut (on n’est pas à Londres pour rien).
  4. Avec mon non-équipement de sport, j’ai l’air d’un épouvantail.
  5. Ca me déprime quand les papys de 70 ans me dépassent à toute allure.
  6. Je me suis lavé les cheveux il y a trois jours, ça serait dommage de les re-salir.
  7. Si on ne perd du poids qu’au bout de 20 minutes d’ « activité », je suis pas près d’y arriver. Sauf si par activité, on entend « regarder la télé », « dormir » ou « jouer à Civilization ».
  8. D’ailleurs, c’est l’heure de la sieste, là, non ?
  9. Ou alors d’appeler Maman, je lui ai pas parlé depuis deux jours.
  10. Entre la pollution et les chocs pour les genoux, c’est même pas bon pour la santé.

Moi j’dis, vaut mieux rester chez soi. D’ailleurs, c’est exactement ce que je faisais (à savoir rien) jusqu’à ce qu’un ex me convainque de me mettre au jogging. Je lui avais pourtant opposé ma super-excuse-tellement-imparable-qu’elle-m’avait-valu-une-dispense-au-bac : « asthme à l’effort ».

Il ne lui a fallu qu’une semaine pour balayer mon alibi d’un revers de main et me mettre un petit programme Men’s Health sous le nez (sa lecture de prédilection ; ce n’est pas un ex pour rien) : « Remettez-vous au jogging et perdez vos poignées d’amour en deux mois ! »

J’ai compris l’allusion et me suis donc lancée dans le fameux programme, résignée. Tout d’abord, alterner trente secondes de jogging et une minute de marche. Trop facile ! Puis, une minute de jogging et trente secondes de marche – on dirait pas, comme ça, mais c’est vraiment dur. Puis deux minutes de jogging… puis cinq… jusqu’à, deux mois plus tard, atteindre ces fameuses trente minutes d’affilée.

C’en était bel et bien fini de mon asthme à l’effort. Je dois même avouer que ma conversion au sport m’a rendu bien des services, en particulier lorsque je préparais mes concours d’école de commerce. C’est sans doute grâce à mes tours de stade que je n’ai pris « que » quatre kilos en deux ans, et ce en dépit d’une consommation effrénée de chocolat.

Bien des années plus tard, me voici toujours aussi peu enthousiaste à l’idée de bouger mon corps, mais plus empâtée et surtout un peu esseulée. Maintenant que j’ai un logement fixe, un Prince, et un emploi, il est temps de me trouver DES AMIS. Et pas des Français, hein, ça je connais, y en a plein en France : des vrais autochtones, des AN-GLAIS.

Pour cela, j’ai décidé de tester le club de course à pied – concept inconnu en France où, pour courir, on se débrouille très bien tout seul. Je n’ai pas eu à chercher bien loin, puisqu’il se trouve que j’habite tout près du plus important club de Londres, le Serpentine Running Club, qui regroupe pas moins de 2336 personnes. Ca, ça s’appelle mettre toutes les chances de son côté : on peut espérer que sur ces 2336 gentils membres, il y en ait au moins un qui veuille bien être mon ami.

Le rendez-vous hebdomadaire ayant lieu à la salle de gym dans dix minutes, je farfouille frénétiquement au fond de mes tiroirs. Comme on pouvait s’y attendre, la pêche est maigre : un vieux pantalon de jogging beige informe, un soutien-gorge de sport qui a connu des jours meilleurs, et un T-shirt de coton qui promet de belles auréoles sous les aisselles. Je vous avais bien dit que j’étais à la pointe du non-équipement.

Je sens qu’avec cette touche d’élégance bien française, je vais faire un malheur.

Et vous, quelles sont vos raisons préférées de ne pas faire de sport ? Ou (soyons politiquement correcte, pour une fois), au contraire, d’en faire ?

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A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire

Puisque SuperConseil ne me laisse que cinq jours avant de redécouvrir les joies de la vie en entreprise, je compte bien en profiter A FOND. Pleine d’enthousiasme et de bonnes intentions, je dresse une liste (on ne fait jamais trop de listes) de tout ce que je compte faire durant ces cinq jours :

  1. Visiter enfin la Tate Modern
  2. Etre sympa avec Prince lorsqu’il rentre le soir
  3. Ranger l’appartement
  4. Jouer à Civilization
  5. Perdre un kilo en mangeant moins de chocolat. Disons, 20 grammes par jour au lieu de 60. Je PEUX le faire.

Quatre jours plus tard, voici la liste de ce que j’ai effectivement fait :

  1. Jouer à Civilization.
  2. C’est tout.

Il n’y a plus qu’à espérer que je sois plus productive chez SuperConseil qu’à la maison. 

Entretien d’embauche en anglais – deuxième partie

– Merci beaucoup, me sourit la jeune responsable des ressources humaines lorsque je lui tends mes tests (tant bien que mal) remplis. Je reviens dans 25 minutes, le temps de les analyser, pour vous informer de la suite. D’ici là, n’hésitez pas à vous détendre (?).

Hum. J’avais presque oublié que SuperConseil n’en avait pas fini avec moi. Taraudée par la désagréable impression d’avoir épuisé mon quota d’intelligence pour la journée, je n’ai qu’une envie : rentrer fissa à la maison pour me consacrer à de hautes tâches autrement plus importantes, par exemple tenter de dominer le monde dans la partie de Civilization que j’ai en cours.

Heureusement, le principe de réalité me rappelle que l’Etat anglais, si généreux soit-il, ne compte m’entretenir que pendant cinq semaines supplémentaires. A défaut de partir en courant, quelle solution ? Je réalise alors que, fait rarissime, je n’ai pas mangé depuis presque trois heures, et me précipite sur la corbeille de petits biscuits anglais qui trône sur la table. Trois Digestive et deux Bourbon Cream plus tard, et sous l’effet conjugué du sucre et du gras, me voici dans de bien meilleures dispositions. Plutôt que de relire sagement mes notes d’entretien (« Pourquoi j’ai toujours voulu travailler chez SuperConseil », « Pourquoi j’ai mis trois ans à m’en rendre compte»), je me poste devant l’immense baie vitrée de la salle de réunion pour observer ceux qui pourraient bien être mes futurs collègues :

– Dans une autre salle, une dizaine de personnes somnolent plus ou moins discrètement devant une présentation Powerpoint.

Agréable surprise : on dirait que SuperConseil aime les réunions inutiles mais au cours desquelles il est malgré tout crucial d’ouvrir la bouche de temps en temps pour 1. rappeler qu’on est là et 2. faire croire qu’on a un point de vue sur la dite présentation. Bonus : entre deux interventions incompréhensibles mais pleines de mots stratégiques comme « création de valeur » et « efficience », on peut se rendormir la conscience tranquille.

– A ma gauche, dans un petit bureau, une altercation semble poindre entre deux employés (« Comment ça, je n’ai pas rempli mes objectifs cette année ? »). Encore un indice positif : chez SuperConseil, on a apparemment le droit de s’énerver, du moins si j’en juge par les visages (respectivement furieux et apeuré) des deux SuperConsultants.

– Dans l’open space de droite, je note des chocolats qui traînent, des gens qui papotent tranquillement, une tasse de thé à la main, et des chaises vides devant des pages Facebook restées ouvertes. Que du bon.

SuperConseil m’a tout l’air d’être une boîte dans laquelle je m’intégrerais sans problème, me dis-je en observant tout ce beau monde. Mais, soudain, une vision pour le moins incongrue interrompt ma rêverie.

De l’autre côté de la baie vitrée, dans l’un des open spaces, un individu m’adresse frénétiquement de grands « hellos » de la main.

Est-il là pour faire fuir les candidats potentiels ? Est-ce un piège ? Y a-t-il une caméra cachée quelque part ? Mais où suis-je tombée ?

Avant que je n’aie eu le temps de reprendre mes esprits, la responsable RH revient, souriante.

– Félicitations, vous avez atteint le seuil requis pour nos tests. Je vous propose donc de poursuivre cet entretien ensemble.

Troisième et dernière partie à suivre prochainement !

PS : je n’ai jamais résolu le mystère du fou qui faisait coucou aux candidats sous-grouillots… 

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Job Centre Plus

Si vous vous demandez à quoi je peux bien occuper mes journées pendant que Prince crée de la valeur pour deux… eh bien, je ne peux qu’avouer, honteuse : à rien. Ou plutôt, si : au grand dam de Prince, je multiplie les vaines tentatives de dominer le monde dans le jeu vidéo qui a bercé mon adolescence, Civilization.

Un petit retour en arrière s’impose.

Ah, les heures passées à oublier le dur monde extérieur, tellement menaçant pour une adolescente réussissant l’exploit d’être à la fois  boutonneuse, myope et frisée. Petite parenthèse pour vous aider à mieux situer : j’ai longtemps été surnomméee « Jackson Five » au lycée. Je me réjouissais d’ailleurs de ce sobriquet qui me semblait marginalement plus flatteur que le précédent, « Quadruple foyer », rapport à mes verres de lunettes si épais que les jours de brouillard on ne voyait plus mes yeux derrière.

Pour en revenir à nos moutons anglais, le problème, c’est que ce que la société excuse chez une jeune fille de quatorze ans pas gâtée par la nature, elle le pardonne nettement moins à une jeune femme de vingt-cinq dont on attend qu’elle ait maîtrisé les règles de base du maquillage… et de la vie en communauté, avec ses droits et ses devoirs.

Par exemple, Sa Majesté attend de moi que je me présente tous les quinze jours au Job Centre Plus (Plus de quoi ? d’argent ? de temps ? de bonheur ??), merveilleux homologue britannique de l’ANPE, pardon de Pôle Emploi. Tâche dont je m’acquitte sans trop de difficultés, étant donné que le Job Centre (Plus, ne l’oublions pas) se trouve à cinquante mètres de la maison.

Non, le problème est d’en ressortir indemne. La question émerge dès mon premier rendez-vous. Ma conseillère attitrée, celle qui va devoir contrôler mon petit carnet de recherche d’emploi deux fois par mois, m’accueille plutôt gentiment etant donné qu’il est tôt et que la double dose de Valium qu’elle doit s’enfiler tous les matins fait encore effet. D’un ton monocorde mais bienveillant, elle m’expose mes obligations, détaille mon joli petit carnet beige… et s’étrangle soudain d’indignation en lisant plus attentivement mon dossier. Il n’y a pas d’erreur : elle va devoir me faire un chèque de 225 livres par semaine, là où les chômeurs britanniques doivent survivre avec… quatre fois moins. Eh oui, si en Angleterre l’objectif de la Job Seeker’s Allowance est de remettre ces paresseux incapables au travail, eh bien en France on prend soin de nos chômeurs, et ce même lorsqu’ils quittent le pays… tant que c’est pour suivre leur conjoint/co-PACSé/concubin. Ouf, vive l’Etat-providence, et vive l’Europe qui force l’Angleterre à me payer les Assedic françaises !

Bref, cela ne vous étonnera guère si je vous dis que j’écourte au maximum mes visites au Job Centre Plus – je suis peut-être parano, mais j’ai vraiment l’impression qu’on m’y regarde de travers. On dirait que les chômeurs de mon quartier ne seraient contre un peu Plus d’équité – quitte à faire justice eux-mêmes.