Le pire voyage de noces de l’histoire de l’humanité (3/4) : comment éviter de se faire kidnapper, et autres leçons de vie

Jour 1

Après la crise d’hystérie d’Eva in London légère déception qu’Alitalia n’ait pas jugé bon de transférer nos bagages sur le même vol que nous, Prince et moi tentons de faire bonne figure devant l’agent de voyage venu nous chercher à l’aéroport.

– Bonjour ! Bienvenue au Venezuela ! J’espère que vous avez fait bon voyage ?

Prince s’abstient de se lancer dans une longue diatribe contre la soi-disant classe Affaires d’Alitalia, avec son repas en papier mâché, ses écrans cassés et ses sièges non inclinables. Impassible, il se contente de hocher la tête, tandis que j’admire son self-control. Peut-être qu’à force de vivre en Angleterre, le flegme britannique déteint-il sur lui ? m’interrogé-je.

Pendant que, éperdue d’amour et d’admiration, je contemple mon mari tout neuf, l’agent de voyage poursuit :

– Bon, je ne sais pas si vous avez besoin d’aller aux toilettes…
– Euh…
– … mais je vous déconseille vivement d’utiliser celles de l’aéroport. Elles sont généralement fréquentées par, au mieux (?) des prostituées, et, au pire (?), des dealers.

Silence consterné.

– Non ? Ca va aller ? Alors, je vous propose d’aller directement à la voiture. En revanche, il va falloir se dépêcher de traverser le parking, parce que les touristes s’y font souvent enlever. Tiens, pas plus tard que la semaine dernière, on a même entendu des coups de feu.

Je sens qu’on va se plaire, ici.

Jour 3

C’est merveilleux. A peine 72 heures de voyage de noces au compteur, et je connais déjà mieux mon mari. En vrac :

– Prince ne supporte ni la chaleur, ni l’humidité. C’est dommage que notre séjour se déroule essentiellement dans des lieux chauds et humides.

– Prince a beau être calme, quand Alitalia ne décroche pas au 27ème appel et qu’on paie 1,50$ par appel, il lui arrive de jurer en hongrois. Ca donne quelque chose du genre « Kourva-knoedle-kourva ! ». Très sexy.

– Prince est courageux. Quand un chauffeur de taxi envoyé par l’hôtel s’arrête en pleine route et en pleine nuit, nous laissant seuls et plus que perplexes, Prince ne tremble (presque) pas. Mais affiche tout de même un large sourire soulagé lorsque, au lieu de ramener trois potes baraqués et ayant l’habitude du kidnapping de touristes, notre chauffeur revient tout simplement une canette de Coca à la main.

Jour 8

C’est officiel : Prince et moi sommes de vrais aventuriers.

– On traverse une cascade, une vraie de vraie. Bon, on n’a pas de photos pour le prouver, parce que notre guide a eu beau nous assurer « Bien sûr que vous devriez emporter votre appareil photo, du moment qu’il se trouve dans un sac en plastique, y aura pas de problème ! », ben en fait, si, y a problème, parce que notre appareil photo ne semble pas réussir à se remettre de la douche géante qu’on lui a infligée.

– On voit un serpent, même qu’il est gros et qu’il a l’air très dangereux. Le personnel de l’hôtel ayant l’air du même avis, nous leur laissons le soin de le tuer – prudence est mère de sûreté, ou, comme disent les Anglais, better safe than sorry.

– Prince fait l’aventurier-trader en partant à la recherche, non de l’arche perdue, mais du marché noir le plus avantageux : ici, le dollar se change quasi exclusivement dans l’illégalité. Nous sommes pris d’un délicieux frisson de transgression.

– En allant voir les plus hautes chutes d’eau du monde, Prince glisse sur un rocher – je le vois glisser sur un rocher – j’ai un flash dans lequel je me vois en train de pousser son fauteuil roulant le reste de ma vie – je me précipite vers lui – il n’a qu’une vilaine égratignure –  le soir venu, je me blottis dans le hamac contre mon Indiana Jones à moi (qui trébuche à la moindre goutte de pluie, mais que j’aime quand même).

– Seuls au monde (ou presque, heureusement que le guide est là, parce que sinon on serait seuls au monde mais surtout perdus), nous remontons à la nage une rivière (on est des vrais aventuriers ou pas ?!) et parvenons à un magnifique canyon, éblouissant de verdure, de soleil et d’eau cristalline.

– On n’a pas retrouvé nos bagages, mais finalement, porter les mêmes vêtements trois jours de suite, les laver sommairement (la cascade fait très bien l’affaire), les sécher au soleil tels de vrais Robinsons, et les remettre malgré la distincte odeur d’algue qui s’en dégage, c’est pas si terrible que ça.

Jour 12

C’est officiel : Prince et moi, on n’est pas des aventuriers.
Je veux mes vêtements. Mon mascara. Et une machine à laver.

Jour 15

Je veux rentrer à la maison. Et à défaut, je veux ma valise. Qui, aux dernières nouvelles (toujours facturées 1,50$ l’appel + 1$ la minute), se plaît bien à Rome.

Dans le prochain (et dernier, même qu’il est déjà écrit, si si !) épisode, comment Prince et Eva in London ont failli passer le restant de leurs jours à se prostituer et vendre de la drogue à l’aéroport de Caracas. La City et la blogosphère l’ont échappé belle.

Le pire voyage de noces de l’histoire (2) : comment looser avant même d’être arrivés

J12 du voyage de noces

Si Prince et moi sommes en train de nous traîner sous le soleil des plombs des Caraïbes pour parvenir au seul café Internet de l’île, prêts à payer 10 € la connexion de 10 minutes pour modifier nos billets d’avion et rentrer trois jours plus tôt à Londres, c’est que tout ne s’est pas tout à fait passé comme nous l’espérions.  Sur le moment, je ne comprends pas bien comment on en était arrivés là. Trois ans et demi après, je tiens mon explication : on n’a rien fait comme les gens normaux. La preuve point par point :

J – 200 : le choix de la destination de voyage de noces

– Les gens normaux se demandent où ils ont envie d’aller. Normal.

– Après avoir passé au peigne fin de la critique les 194 pays du monde, nous choisissons notre destination en fonction des disponibilités de billets prime Air France en classe Affaires. Pas normal (et en tout cas pas simple).

Le matin du départ

– Les gens normaux courent dans tous les sens pour boucler les valises, passent à la pharmacie faire des stocks de crème solaire, et arrivent à l’aéroport avec 2 heures d’avance, « parce que ça serait trop dommage de rater le vol quand même ». Normal.

– Prince et Eva in London courent dans tous les sens pour caler un rendez-vous de médecin pour Eva in London qui n’est plus en état de marcher (je vous passe les détails peu ragoûtants), passent à la pharmacie faire des stocks de médicaments disponibles uniquement sur ordonnance, et arrivent à l’aéroport 2 minutes avant la fermeture du vol, « parce qu’il y avait la queue à la pharmacie ». Pas normal (et en tout cas pas malin).

L’escale

– Les gens normaux ont pris soin de choisir un vol direct. Ou, au contraire, ils profitent de leur correspondance pour découvrir ce que le pays a de mieux à leur offrir . A eux, la pause shopping à Dubaï, le massage thaïlandais à Bangkok ou le hamburger-frites-milkshake à Philadelphie.

– Nous avons pris soin de renoncer à Air France – y avait plus de place en classe affaires – pour nous rabattre sur Alitalia – oui oui, la compagnie aérienne au bord de la faillite. Nous en sommes donc quittes pour une escale dans la magnifique ville de Rome. Où nous découvrons ce que le pays a de mieux à nous offrir : à nous, le Colisée le salon réservé aux voyageurs d’affaires et aux guignols en goguette, comme nous. Le « salon » comprend en tout et pour tout une dizaine de tables en formica et une pyramide de pommes d’une fraîcheur douteuse. Et deux carafes d’eau. Même la cantine de mon école primaire était plus accueillante. Pas normal (et en tout cas pas glamour).

La première nuit

– Un peu fatigués mais heureux, les jeunes mariés normaux s’affalent sur le lit de leur magnifique hôtel et batifolent / dorment / regardent la télé balinaise. Normal.

– Très fatigués et pas très heureux car toujours pas arrivés à destination, Eva in London et Prince s’affalent sur le lit de leur hôtel 4 étoiles à Rome. Découvrent qu’il n’y a pas d’eau chaude pour se doucher (« Ah non, il n’y en aura pas avant demain matin, Monsieur, désolé, le plombier dort ») et qu’ils ont oublié leurs affaires de toilette ET le stock de médicaments dans les valises théoriquement déjà en route pour Caracas. Vont se coucher pas lavés et pas soignés. Pas normal (et en tout cas pas plaisant).

Arrivée à l’aéroport

– Les jeunes mariés normaux attendent leurs valises en s’embrassant aussi langoureusement que le leur permet leur destination (un romantisme plutôt bien vu en Italie ; moins bien en Jordanie), les récupèrent sans problème et quittent l’aéroport le cœur léger, réalisant avec allégresse que leur voyage de noces commence enfin, et en beauté. Normal.

– Eva in London et Prince attendent leurs valises avec fébrilité, ne les récupèrent pas, se roulent par terre en pleurant (Eva in London : « Mes valises ! Mes médicaments ! Mon mascara ! ») ou tentent de calmer leur conjoint (Prince : « Ne t’inquiète pas, je suis sûr que nos bagages nous seront livrés très rapidement, et que ton mascara sera sain et sauf ». Faux). Nous quittons l’aéroport le cœur lourd, réalisant avec morosité que notre voyage de noces commence enfin, et en beauté. Pas normal (et en tout cas pas romantique).

Au prochain épisode, notre séjour aux Caraïbes, ou comment Prince a découvert qu’il n’aimait ni la chaleur, ni l’humidité, ni l’eau de mer. C’est ballot.

PS : Eva in London vous prie de bien vouloir ses plus plates excuses pour les trois semaines, deux jours et 53 minutes écoulés depuis le dernier billet. Un peu comme à la SNCF, ce retard est indépendant de  la volonté de l’auteur (mais très dépendant de celle de MiniPrincesse, qui, depuis un mois, ne semble rien avoir de mieux à faire la nuit que de se réveiller toutes les trois heures en hurlant à pleins poumons. Et après, on me dit que j’ai la maternité rayonnante).