Le pire voyage de noces de l’histoire de l’humanité (4/4) : home sweet home !

Jour 17

Enième voyage en avion – ou plutôt, dans un coucou aux huit sièges plus ou moins branlants. Je me cramponne à Prince en essayant de penser à autre chose – pas à mon mascara, j’ai fait une croix dessus, mais par exemple au sympathique dessin animé que nous avons regardé hier soir à l’hôtel (oui, nous passons de folles soirées). Je ne comprends pas trop l’espagnol, mais à en juger par les images relativement explicites, ça racontait l’histoire du gentil Chavez qui défend le Venezuela et son pétrole bon marché contre le méchant George Bush. Quelle belle histoire.

Jour 18

Les Caraïbes, c’est magnifique. Il fait beau. Et chaud. Et humide. Prince, rouge, trempé de sueur et le regard perdu, se tortille sur son coin de serviette. Il soupire, semble hésiter, et finit par me lancer :

– Tu crois qu’on devrait changer nos billets et rentrer plus tôt ?
– A Londres ? Où il pleut ? Où il fait froid ? Où on n’a pas non plus nos valises ?
– Euh, oui…
– Avec grand plaisir !

Trente minutes de marche plus tard, et 10 dollars en moins (connexion Internet par satellite oblige), Air France est formel : nous sommes condamnés à demeurer sur notre île paradisiaque deux jours de plus.

Jour 18-19

Prince et moi restons enfermés dans notre chambre à lire « Les piliers de la terre » en signe de protestation.

Jour 20

Enfin à l’aéroport. Je veille à me tenir à distance des toilettes (voir le billet précédent). Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines : à l’enregistrement, l’hôtesse nous informe que le Venezuela n’en a pas fini avec nous. Nous sommes redevables d’une coquette somme poétiquement nommée « exit tax ». Oui, oui, un impôt pour QUITTER le pays. Payable en liquide uniquement. Et le seul distributeur de billets de l’aéroport est en panne.

Comment donc font les autres touristes ? Comme dans le film, sont-ils condamnés à croupir pour toujours à l’aéroport de Caracas ? Se reconvertissent-ils dans la prostitution et le trafic de drogue ? Est-ce eux qui hantent les toilettes de l’aéroport ? L’angoisse m’étreint. Enfin, quelqu’un prend pitié de nous, et nous indique une agence bancaire pourtant apparemment dédiée uniquement aux emprunts immobiliers, à en croire le panneau. A l’intérieur, pas un seul touriste, mais une bonne douzaine de Vénézuéliens qui, pour une raison qui m’échappe, sont venus à l’aéroport (re)négocier leur emprunt immobilier. Nous manquons rater notre vol. Ratons le salon spécial classe Affaires et ses pommes gracieusement offertes. Mais payons notre ultime tribut au Venezuela.

Jour 21

De retour à Londres. Il pleut. Il fait froid. C’est bon d’être à la maison.

La demande en mariage, le mariage, le voyage de noces, c’est (enfin ?!) fini. Au prochain épisode, chers lecteurs, Eva in London vous propose de l’accompagner dans un saut spatio-temporel d’un an et demi… accrochez vos ceintures !

Le pire voyage de noces de l’histoire de l’humanité (3/4) : comment éviter de se faire kidnapper, et autres leçons de vie

Jour 1

Après la crise d’hystérie d’Eva in London légère déception qu’Alitalia n’ait pas jugé bon de transférer nos bagages sur le même vol que nous, Prince et moi tentons de faire bonne figure devant l’agent de voyage venu nous chercher à l’aéroport.

– Bonjour ! Bienvenue au Venezuela ! J’espère que vous avez fait bon voyage ?

Prince s’abstient de se lancer dans une longue diatribe contre la soi-disant classe Affaires d’Alitalia, avec son repas en papier mâché, ses écrans cassés et ses sièges non inclinables. Impassible, il se contente de hocher la tête, tandis que j’admire son self-control. Peut-être qu’à force de vivre en Angleterre, le flegme britannique déteint-il sur lui ? m’interrogé-je.

Pendant que, éperdue d’amour et d’admiration, je contemple mon mari tout neuf, l’agent de voyage poursuit :

– Bon, je ne sais pas si vous avez besoin d’aller aux toilettes…
– Euh…
– … mais je vous déconseille vivement d’utiliser celles de l’aéroport. Elles sont généralement fréquentées par, au mieux (?) des prostituées, et, au pire (?), des dealers.

Silence consterné.

– Non ? Ca va aller ? Alors, je vous propose d’aller directement à la voiture. En revanche, il va falloir se dépêcher de traverser le parking, parce que les touristes s’y font souvent enlever. Tiens, pas plus tard que la semaine dernière, on a même entendu des coups de feu.

Je sens qu’on va se plaire, ici.

Jour 3

C’est merveilleux. A peine 72 heures de voyage de noces au compteur, et je connais déjà mieux mon mari. En vrac :

– Prince ne supporte ni la chaleur, ni l’humidité. C’est dommage que notre séjour se déroule essentiellement dans des lieux chauds et humides.

– Prince a beau être calme, quand Alitalia ne décroche pas au 27ème appel et qu’on paie 1,50$ par appel, il lui arrive de jurer en hongrois. Ca donne quelque chose du genre « Kourva-knoedle-kourva ! ». Très sexy.

– Prince est courageux. Quand un chauffeur de taxi envoyé par l’hôtel s’arrête en pleine route et en pleine nuit, nous laissant seuls et plus que perplexes, Prince ne tremble (presque) pas. Mais affiche tout de même un large sourire soulagé lorsque, au lieu de ramener trois potes baraqués et ayant l’habitude du kidnapping de touristes, notre chauffeur revient tout simplement une canette de Coca à la main.

Jour 8

C’est officiel : Prince et moi sommes de vrais aventuriers.

– On traverse une cascade, une vraie de vraie. Bon, on n’a pas de photos pour le prouver, parce que notre guide a eu beau nous assurer « Bien sûr que vous devriez emporter votre appareil photo, du moment qu’il se trouve dans un sac en plastique, y aura pas de problème ! », ben en fait, si, y a problème, parce que notre appareil photo ne semble pas réussir à se remettre de la douche géante qu’on lui a infligée.

– On voit un serpent, même qu’il est gros et qu’il a l’air très dangereux. Le personnel de l’hôtel ayant l’air du même avis, nous leur laissons le soin de le tuer – prudence est mère de sûreté, ou, comme disent les Anglais, better safe than sorry.

– Prince fait l’aventurier-trader en partant à la recherche, non de l’arche perdue, mais du marché noir le plus avantageux : ici, le dollar se change quasi exclusivement dans l’illégalité. Nous sommes pris d’un délicieux frisson de transgression.

– En allant voir les plus hautes chutes d’eau du monde, Prince glisse sur un rocher – je le vois glisser sur un rocher – j’ai un flash dans lequel je me vois en train de pousser son fauteuil roulant le reste de ma vie – je me précipite vers lui – il n’a qu’une vilaine égratignure –  le soir venu, je me blottis dans le hamac contre mon Indiana Jones à moi (qui trébuche à la moindre goutte de pluie, mais que j’aime quand même).

– Seuls au monde (ou presque, heureusement que le guide est là, parce que sinon on serait seuls au monde mais surtout perdus), nous remontons à la nage une rivière (on est des vrais aventuriers ou pas ?!) et parvenons à un magnifique canyon, éblouissant de verdure, de soleil et d’eau cristalline.

– On n’a pas retrouvé nos bagages, mais finalement, porter les mêmes vêtements trois jours de suite, les laver sommairement (la cascade fait très bien l’affaire), les sécher au soleil tels de vrais Robinsons, et les remettre malgré la distincte odeur d’algue qui s’en dégage, c’est pas si terrible que ça.

Jour 12

C’est officiel : Prince et moi, on n’est pas des aventuriers.
Je veux mes vêtements. Mon mascara. Et une machine à laver.

Jour 15

Je veux rentrer à la maison. Et à défaut, je veux ma valise. Qui, aux dernières nouvelles (toujours facturées 1,50$ l’appel + 1$ la minute), se plaît bien à Rome.

Dans le prochain (et dernier, même qu’il est déjà écrit, si si !) épisode, comment Prince et Eva in London ont failli passer le restant de leurs jours à se prostituer et vendre de la drogue à l’aéroport de Caracas. La City et la blogosphère l’ont échappé belle.