Tentative de réintégration professionnelle (ou comment « reprendre le travail » après un bébé, quand on n’a pas de travail)

– Tu crées ZERO valeur pour la société.

Voilà ce qu’avait décrété un « ami » à propos de ma situation professionnelle – au chômage – lorsque j’ai débarqué à Londres pour y suivre Prince. Comme disent les Anglais, avec de tels amis, a-t-on encore besoin d’ennemis ?

Enfin. J’ai pris acte de sa remarque, et me suis consacrée quatre années durant à l’étude de données de salaire chez SuperConseil. O joie et épanouissement.

Aujourd’hui, j’ai beau m’occuper tant bien que mal de MiniPrincesse depuis six mois déjà, force est de constater que le regard que la société porte sur moi n’a pas changé. Et maintenant qu’ « on » (ma mère / ma belle-mère / ma meilleure amie / ma pharmacienne) a épuisé le sujet de mon accouchement (péri ou pas péri, est-ce que j’ai eu très mal ou très très mal, combien pesait MiniPrincesse au gramme près et autres questions passionnantes), « on » (ma mère / ma belle-mère / ma meilleure amie / ma pharmacienne) n’a de cesse de me demander quand je compte « reprendre le travail ».

Et chacune a son avis sur la question.

Ma mère, dont le congé maternité n’aurait duré que quelques heures, le temps de rentrer et de sortir de la clinique, plisse le nez à chaque fois qu’elle me demande quand mes « vacances » prendront fin.

Ma belle-mère, qui, à chaque enfant, s’est arrêtée trois ans pour les « élever elle-même », fronce les sourcils lorsqu’une malencontreuse remarque (« Prince, au moins, a cinq semaines de congés par an ») lui laisse penser que  je ne baigne pas dans la félicité absolue.

Ma meilleure amie, qui « comme tout le monde » en France a repris le boulot lorsque son bébé a atteint le grand âge de deux mois et demi, me lance des regards courroucés lorsque je lui explique que MiniPrincesse « est encore si jeune pour la confier à des inconnus ».

Ma pharmacienne pose la question, mais au fond, s’en fiche comme de sa première boîte de Prozac. C’est toujours ça.

Yummy mummy

Quoi qu’il en soit, je suis bien en peine de répondre. Prise en flagrant délit de désorientation professionnelle, je marmonne vaguement « sais pas », « tellement épanouissant de voir MiniPrincesse grandir » et « on verra ». Je ne peux même pas arguer d’un hypothétique congé parental puisque j’ai eu la brillante idée de démissionner juste avant de tomber enceinte. Oui, j’adore m’occuper de MiniPrincesse. Oui, sans aide de l’Etat providence français, mon salaire couvrira à peine la nounou / nursery / childminder. Mais si je continue à converser diversification et développement moteur, c’est bientôt moi qui aurai besoin de soins.

Je n’en suis d’ailleurs pas à ma première tentative de réintégration professionnelle.

Lorsque MiniPrincesse avait trois mois, j’ai manqué tomber de ma chaise en découvrant une annonce de job trop beau pour être vrai :

« Poste flexible pour Français habitant à Londres »

Il s’agissait de s’occuper à distance (vive les nouvelles technologies) du site français d’une entreprise anglaise, fondée par un couple du quartier.

C’était effectivement trop beau pour être vrai, le couple en question passant plus de temps à s’écharper et s’affubler de noms d’oiseaux qu’à cogiter sur leur développement à l’international.

L’entreprise fit faillite deux mois après que j’aie jeté l’éponge. Pure coïncidence, bien sûr.

Me voici revenue à la case départ (pour rappel : zéro création de valeur). Je suis assaillie par les pires angoisses. Jamais je ne retrouverai un emploi. Je suis condamnée à passer ma vie au foyer. Ma carrière est finie.

Une nuit d’insomnie, je n’y tiens plus, et contacte une brillante ancienne cliente de mon époque SuperConseil, . Elle ne s’étonne guère de l’heure à laquelle mon mail lui parvient (3h17 du matin) et me propose immédiatement un rendez-vous. Et pas pour parler biberons.

We are back in business !

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13 réflexions sur “Tentative de réintégration professionnelle (ou comment « reprendre le travail » après un bébé, quand on n’a pas de travail)

  1. Congratulations! Je ne sais pas à Londres, mais ici, c’est plutôt l’inverse, on regarde de travers les mamans de jeunes enfants qui osent travailler. Ou alors il faut faire comme moi, c’est sur, dans l’enseignement, on ne fait rien, c’est bien connu!

    • Comme quoi c’est très culturel ! J’ai l’impression qu’en Angleterre c’est plus courant de ne pas travailler, rapport à l’absence de politique familiale incitative comme en France.
      Complètement d’accord avec toi sur l’enseignement 🙂

  2. Houlala comme je te comprends. Je suis dans le même cas sauf que moi c’est carrément 3 ans que je me suis arrêtée ! Je suis en France et retrouver un boulot (à 35 ans en +) est franchement mission impossible :-/ En tous les cas, je te souhaite bonne continuation et pourvu que ça marche!

  3. Bonjour, je découvre votre blog. J’adore votre style. Avec une certaine légèreté, vous abordez un sujet de société assez fort. On s’aperçoit que le regard des gens peut être assez dur.

    Bonne continuation

  4. Bonjour ! J’aime beaucoup ton blog et ce que tu fais, je te souhaite bien du courage pour le boulot, ce n’est pas facile avec un enfant en bas âge mais tu peux y arriver j’en suis sûre. Je lis beaucoup ton blog et tu m’as l’air d’être plutôt quelqu’un qui en veut 🙂 Si j’entends parler d’une offre je t’en ferai part. A très bientôt !

  5. Pingback: Trouver une place en crèche à Londres… ou Eva in London à la recherche d’une oreille compatissante | Impertinentes chroniques d'une Française à Londres

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