Tentative d’intégration #2 : le playgroup alternatif

Si je suis sidérée d’apprendre que c’est à moi de confectionner une souris en feutre blanc (super utile, vous me direz) tandis que ma fille « joue librement » aves des jouets-en-matière-naturelle, je suis la seule à le laisser paraître.

Les autres mères ne mouftent pas lorsque Hippie en Chef distribue les aiguilles (je n’ai pas cousu depuis que ma mère a tenté de m’apprendre à coudre un bouton, jetant rapidement l’éponge devant mon évident manque de coopération).

Les autres mères ne protestent pas lorsque Hippie en Chef fait passer de minuscules morceaux de feutre coupés au millième de millimètre près pour correspondre exactement au « patron » (je ricane assez peu délicatement, repensant à mon soulagement lorsque j’appris que les cours d’arts plastiques s’arrêtaient à l’entrée au lycée).

Les autres mères – bon, certaines – parviennent même à sourire, apparemment ravies de cet exercice de couture impromptu (je proteste à mi-voix auprès de Hippie en Chef : « je n’ai pas cousu depuis l’âge de 14 ans et je ne comprends rien ! » – en vain).

Je suis vraisemblablement la seule mère à trouver surréaliste cette scène où une dizaine de femmes adultes cousent, tout sourire, de microscopiques souris de feutre tandis que leur marmaille tente de colorier à l’aide de simili-crayons-en-matière-naturelle (MiniPrincesse, toujours pleine de ressources, a réussi à mettre la main sur un bon vieux stylo-bille noir sorti d’on ne sait où). Tout ça pour « se montrer en état de créativité ».

Je suis si indignée par ce nouvel esclavage librement consenti qu’en bonne Française, j’entame une silencieuse grève sur ma chaise. Je vais même jusqu’à m’intéresser aux gribouillages de MiniPrincesse (« Oh, comme c’est joli ! C’est quoi ? Un bonhomme ? Ah, un soleil ! Très bien ! »).

"Maman, regarde : chien" !" (véridique)

« Maman, regarde : chien » ! » (véridique)

En bonne Anglaise, Hippie en Chef fait mine de ne rien remarquer (ou ne remarque rien). Sa seule contribution à l’animation du groupe se borne à deux interventions, prononcé d’un ton égal :
– (mummies, juste pour vous informer que j’ai égaré mon aiguille)

Avoir perdu une aiguille au milieu d’une douzaine de tout-petits marchant pieds nus ou à quatre pattes ne l’inquiète guère.

Puis, quelques minutes après :
– (surtout, ne vous dépêchez pas, nous pourrons terminer cette activité mercredi prochain) Plutôt mourir.

Pendant que les mères s’affairent à leurs souris respectives, j’observe avec satisfaction que la plupart d’entre elles prêtent si peu d’attention à leur tenue que pour une fois, je parais presque bien habillée. Les joies simples sont parfois les plus douces.

Enfin, au bout de quarante-trois longues, très longues minutes, nous rangeons enfin aiguilles (celles qui restent), patrons et faux crayons. Autour de moi, j’aperçois quelques souris qui ressemblent à des souris. La mienne traîne, négligée, en plusieurs morceaux (j’ai quand même réussi à découper le patron), sur la table. Je la fais disparaître discrètement.

Voici venu le moment préféré de MiniPrincesse : la collation. En Angleterre, si l’enfant ne s’est pas alimenté entre son porridge de 8 heures et le curry de 11h30, on craint pour sa santé. D’où l’importance du snack. Et bio ou pas, le menu du snack anglais semble immuable où que j’aille : galettes d’avoine et/ou de riz accompagnées de raisins secs. Si c’est Byzance, on y trouve aussi des pommes ou des clémentines. Bingo. Avec une petite surprise : pour mériter le snack,rien ne vaut une petite bénédiction païenne, entonnée par Hippie en Chef.
– (merci pour ce repas merci pour le soleil merci pour la terre etc)

A peine MiniPrincesse a-t-elle englouti son dernier raisin sec (et piqué ceux abandonnés par sa voisine) que je me lève pour aller m’acquitter de mes trois livres, espérant ainsi pouvoir m’échapper de cette quatrième dimension. Hippie en Chef hausse un sourcil et me dit : – (le paiement ne s’effectue qu’à la fin, le playgroup n’est pas fini)

Vu l’accueil que tu m’as réservé, je ne risque pas de le savoir, espèce de beatnik, me retiens-je de lui lancer.

J’endure donc encore un peu de freeplay, quelques chansons en l’honneur du soleil et l’incompréhension de MiniPrincesse devant le fils de Hippie en Chef qui, à peine sa mère partie de la pièce, se met à donner des coups de pieds à tout ce qui bouge (« Ne t’inquiète pas ma chérie, ce petit garçon de cinq ans doit être contrarié que sa maman ne l’ait pas encore allaité depuis le snack. Ou alors il aimerait bien porter des chaussons normaux plutôt que des babouches rose vif »).

Enfin, nous sommes libres.
– Alors, MiniPrincesse, ça t’a plu, ce playgroup ?
Ma fille, flairant le piège, ébauche une prudente grimace.
– Bizarre, dame ? hasarde-t-elle.
– Oui, je suis d’accord, ma puce, la dame était un peu bizarre.

La vérité sort de la bouche des enfants.

Véridique - c'était plein

Véridique bis : c’était plein

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5 réflexions sur “Tentative d’intégration #2 : le playgroup alternatif

  1. Toujours aussi tordantes tes expériences londoniennes!
    Un livre serait génial, un jour lorsque MiniPrincesse sera plus grande.
    Si je comprends bien, plus de salutation au soleil pour vous?!
    Madly

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