Tentative d’intégration #2 : le playgroup alternatif

Après l’échec retentissant le succès en demi-teinte du cours de musique pour mouflets, voici le récit d’une tentative d’intégration à la vie de yummy mummy beaucoup plus récente : le playgroup alternatif. Qu’entends-je par alternatif ? Ce playgroup se déroule au sein d’une école à la pédagogie « différente » – dont je tairai le nom – et dont il constitue « un excellent moyen de découvrir le mode d’éducation ». La rapide présentation sur le site Internet reste consensuelle : un temps pour jouer librement (freeplay), une activité (l’exemple donné est le dessin, qu’on peut difficilement qualifier d’exercice révolutionnaire) suivie d’une collation bio (évidemment) et de chansons. OK, les jouets sont exclusivement fabriqués à base de matières naturelles (bois, tissu, coquillages), ça a l’air d’être très important – MiniPrincesse, bien qu’habituée aux plastiques criards, devrait s’en accomoder.

Voici le décor planté.

Un beau matin ensoleillé, me voici donc accompagnée de MiniPrincesse, à descendre au sous-sol d’un imposant bâtiment en briques pour parvenir à une porte à laquelle on peut lire « Parent and Toddler Group ».

Je frappe. Pas de réponse. Prenant mon courage à deux mains, je pénètre dans une petite pièce pourvue d’une longue table à hauteur d’enfant et d’une dizaine de petites chaises d’un côté, et de jouets-en-matières-naturelles de l’autre : deux chevaux à bascule, une grande tente en patchwork, des poupées vaguement vaudous, etc. Deux mamans sont assises sur des coussins à même le sol, leurs enfants sous les yeux. De l’autre côté de la pièce, une jeune femme – 35 ans environ, oui c’est jeune – coud placidement un vêtement non identifié de couleur non identifiée (khaki ?), un marmot de quatre ou cinq ans littéralement agrippé à sa jupe.

Des jouets NA-TU-RELS (et un peu effrayants)

Des jouets NA-TU-RELS (et un peu effrayants)

Je lance timidement un « hello » à la cantonade. L’une des deux mamans lève la tête et me sourit gentiment. La couturière, imperturbable, se contente d’un « hello » en retour avant de poursuivre son ouvrage.

La perplexité m’envahit. Le playgroup était censé démarrer à 10h et il est 10h04. Déjà quatre minutes de retard ! Qui plus est, l’une des mamans a conservé ses chaussures aux pieds, l’autre pas. Que faire ? L’animatrice – je suppose qu’il s’agit d’elle – porte d’indescriptibles pantoufles à longs poils noirs et marrons. Et je remarque par la même occasion que sa jupe n’est pas banale non plus : une sorte de patchwork de tissus sans nul doute tous na-tu-rels et bien évidemment de longueurs différentes.

Bon. Dans le doute, je me déchausse et indique à MiniPrincesse de faire de même. Pendant ce temps, d’autres mères arrivent, et – oh, comme le temps passe vite, déjà douze minutes de retard ! – nous voici une dizaine d’adultes et autant d’enfants, sans compter les nouveaux-nés évidemment portés en écharpe par leurs génitrices.

L'écharpe de portage, c'est le bonheur

L’écharpe de portage, c’est le bonheur

L’animatrice, suivie de très près par son fils, fredonne un indescriptible « om », ce qui semble marquer le signal de se mettre en cercle.
– (hello, everyone)

Ah, donc elle parle. Tellement bas que je peine à distinguer ce qu’elle dit, et sans ponctuation apparente, mais elle parle. J’ai l’impression d’assister à un spectacle d’hypnose, tellement elle a l’air détendue.
– (let’s start)

Et elle se met en mode hippie à chantonner :
– (bonjour la lune bonjour le soleil bonjour les cailloux bonjour la terre bonjour l’air bonjour le feu)

Bien bien bien. La nature c’est important. D’ailleurs je suis une maniaque du recyclage. J’imite donc les autres mères, plaque un sourire Colgate sur mon visage et me joins aux festivités païennes. Après quelques minutes d’épanouissement musical, la Hippie en Chef (ainsi que je l’ai d’ores et déjà surnommée dans ma tête) annonce, ou plutôt murmure :
– (aujourd’hui nous allons faire des souris blanches en feutre)

Les mères, en chœur, à l’adresse de leur progéniture, plus sourire Colgate que jamais :
– WAOUH !!!

La progéniture :
– …

Ce qui ne l’empêche de s’installer avec diligence à table. Hippie en Chef en paraît contrariée (autant que faire se peut lorsqu’on pratique la méditation à raison d’une heure par jour). – (non aujourd’hui ce sont les mamans qui vont faire l’activité)

Qu’entends-je ?! – (c’est très bon pour vos enfants de voir leur mère en état de créativité)

Heu, si j’étais capable de me mettre « en état de créativité », 1. ça se saurait et 2. je ferais tranquillement de la créativité à la maison plutôt que de me taper 40 minutes à pied pour emmener ma fille à un playgroup alternatif où c’est moi qui me tape tout le boulot.

La suite au prochain épisode…

Du bonheur de devenir mère

Premier mois

Le mois qui suit la naissance de MiniPrincesse, je me sens invincible. Enfin, sans aller jusque là, disons que je suis portée par la jubilsation d’avoir donné la vie – ou, plus prosaïquement, les hormones de l’accouchement. Prenant mon clavier et mon courage à deux mains, j’ai réussi à faire la connaissance de quatre chouettes jeunes femmes francophones / francophiles et à tenir une conversation sans trop affabuler ni me ridiculiser. MiniPrincesse survit tant bien que mal à mes soins imprécis et tremblants de jeune mère désireuse de bien faire. Les cartons du déménagement ne se déballent pas tout seuls. Je passe mon temps à me demander ce qu’il faut faire de / avec MiniPrincesse.

Toute petite main...

Toute petite main…

Aparté : avec le recul, deux ans plus tard, je brûle d’envie de  me répondre : « Rien, bécasse, profite ! Y a rien à faire à part lui donner à manger et la laisser dormir ! » Mais peut-être occulté-je l’écrasante fatigue, l’envahissante peur de « casser » ce petit bout de chou tout neuf, ah et aussi les six tétées par jour, chacune durant une heure, et les nuits entières à porter un paquet de 3,5 kilos en chantant en boucle « Petite alouette » (dont les paroles féroces ne me froissent guère). Je me rends au « café allaitement » proposé par le NCT du coin (excellente association britannique qui propose des cours de préparation à l’accouchement où les futures mères autochtones tissent d’indestructibles liens. Une occasion que j’ai laissé filer cause alitement à six mois) et, devant l’enthousiasme des conseillères en allaitement, leur avoue ma perplexité : l’allaitement ne se passe pas MAL. Mais ce n’est pas non plus la révélation.
Bref, cahin-caha, ça va.

Deuxième mois

La situation est grave : je suis si épuisée que j’accueille ma belle-mère à bras ouverts, soulagée de pouvoir me débarrasser un peu de MiniPrincesse la confier à d’autres bras aimants pour la faire un peu taire la bercer. Pis : lorsque la fin de son séjour approche (deux semaines quand même), je la supplie de rester encore quelques jours. Jamais je ne m’en sortirai sans elle. Elle a le bon sens de décliner ma pitoyable invitation.
Les jours qui suivent son départ, MiniPrincesse hurle plus encore qu’à l’habitude. En journée, je fais appel à mon bon ami Google (« pleurs continus bébé six semaines »). Le soir, à mes bonnes amies restées à Paris, là où elles ont leurs familles, leurs copines en congé mat’ et une boulangerie au coin de la rue (non non, je ne m’apitoie guère sur mon sort). Le verdict est unanime : personne ne sait vraiment pourquoi les bébés pleurent – sauf ma chère grand-mère qui me susurre d’un ton fielleux : « Les coliques, Eva in London, ça n’existe pas. Ca n’est qu’une excuse pour les parents qui n’arrivent pas à calmer leur bébé. Tout est la faut des parents ».

Dolto n’a plus qu’à aller se rhabiller.

Pour mettre un terme temporaire aux pleurs de ma fille, j’ai généralement recours à la technique éprouvée du tour du pâté de maisons en poussette – approche qui requiert une patience d’ange et une forme olympienne, étant donné que MiniPrincesse met environ 500 tours à s’assoupir, puis une milliseconde à se réveiller dès que j’introduis la clé dans la serrure de la porte.
Solution contraignante, donc, mais efficace. Sauf que, plus souvent qu’à son tour, il pleut. Oui, oui, en plein mois d’août. Ce qui ne contribue pas à me réconcilier avec l’Angleterre.

Troisième mois

Avant la naissance de MiniPrincesse, Prince et moi dormions aisément neuf heures par nuit, voire plus si affinités. Les gros dormeurs que nous étions redoutaient l’arrivée d’un bébé qui allait forcément bouleverser nos soirées, nos nuits et nos journées. Mais « nous verrions bien ».
Ben, c’est vite vu.

Harassés de fatigue, rapport au déficit de sommeil qui doit déjà atteindre allègrement les centaines d’heures, nous sommes à couteaux tirés. Moi qui m’étais promis, avant l’arrivée de notre descendance, de ne JAMAIS passer mes nerfs sur mon adorable mari, de TOUJOURS faire preuve de respect envers lui, même à quatre heures du matin, et de RAREMENT le houspiller (on ne se refait pas), je dois bien admettre que mes résolutions ont vite fini au fond de la poubelle à couches.

Un soir, lorsque MiniPrincesse atteint dix semaines, j’accepte pour la première fois une invitation à dîner avec deux connaissances. L’une a deux enfants, l’autre un seul, tous à l’école primaire. Autant dire que leurs vies de Françaises-à-Londres-super-busy sont à des années-lumière de mon triangle maison-parc-supermarché.

Un tiers de mon univers en ces jours-là...

Un tiers de mon univers en ces jours-là…

Bien consciente de manquer de glamour, je ne m’étends guère sur les VRAIES questions qui se posent dans mon existence, telles l’opportunité de changer son bébé la nuit ou la durée optimale d’une tétée. Non, toute en retenue, je me contente de signaler mon épuisement, ma débilitation, mon exténuation, bref, la fin des haricots.

Et la mère de l’enfant unique de dix ans de m’asséner d’un ton docte et satisfait :
« Ah non mais si je peux me permettre, il faut AB-SO-LU-MENT que tu arrêtes de laisser ta fille régenter ta vie »
J’hésite entre la gifler et fondre en larmes.

En sortant du resto, j’appelle Prince. Sa voix éraillée est en partie couverte par les geignements de MiniPrincesse pour qui la soirée commence tout juste. Hésitante, je confie à mon époux :
– Je n’ai pas très envie de rentrer à la maison, mon amour. C’est normal ?
– Tout à fait, me rétorque-t-il aussi sec. En ce qui me concerne, je n’ai aucune envie d’y être.

PS : pour une vision plus sereine des fameux cent premiers jours de la vie d’un nourrisson, je recommande vivement la lecture de « Bébé, dis-moi qui tu es ». Titre gnangnan mais contenu très juste, facile à lire (important) et complètement déculpabilisant (très très important).

Le miracle de la vie (impressions d’une jeune mère)

H+4 après l’accouchement

Je me redresse sur mon lit d’hôpital et contemple MiniPrincesse. Non point éperdue d’amour – cela viendra bien plus tard – mais ébahie d’avoir permis à ce petit bout de personne d’avoir grandi en moi et d’être venue au monde. J’ai fait ça, MOI. J’ai donné la vie !

Je me sens désormais invincible.

J+1

L’agacement pointe. Moi qui avais imaginé le séjour à la maternité comme une sinécure, à mi-chemin entre hôtel 3 étoiles et cure de repos, force est de constater qu’il m’est tout bonnement impossible de me reposer – sans parler de dormir. Sages-femmes, puéricultrices, femmes de ménage, et bien évidemment amis et familles empressés de faire la connaissance de MiniPricesse : ma chambre me semble plus fréquentée que les appartements du Roi-Soleil à l’apogée de Versailles.

J+3

Je suis au fond du trou. J’ai mal partout. Je ne saurai jamais m’occuper d’un enfant. La vie c’est moche.

Vive le baby blues.

J+4

Le cordon de MiniPrincesse s’est infecté, faute de soins. Je tiens là la preuve suprême que je suis déjà une mauvaise mère et m’abîme dans des torrents de larmes. Prince, à peine plus alerte que moi, souligne que malgré le défilé constant de personnel médical, personne ne nous a expliqués les fameux soins du cordon. Je balaie d’un revers de la main cette explication à notre négligence et continue de me complaire dans l’auto-flagellation, sans remarquer que MiniPrincesse ne semble nullement gênée.

J+5

Nous voilà rentrés à la maison dans le logement où nous attendrons d’avoir le passeport de MiniPrincesse pour rentrer à la maison dans une maison que je n’ai jamais vue et où nous construirons une nouvelle vie.

Et à propos de vie…

Pour la première fois de ma vie, je suis tellement épuisée que dormir prend le pas sur manger.

Pour la première fois de ma vie, je suis tellement épuisée qu’au creux de la nuit, lorsque MiniPrincesse s’est enfin endormie pour de bon, je n’ose me lever, doutant de pouvoir franchir sans trébucher les deux pas qui me séparent de son couffin.

Pour la première fois de ma vie, je me demande comment nous avons pu omettre de réaliser, Prince et moi, que l’invitée dont nous préparions l’arrivée depuis si longtemps s’était installée chez nous POUR TOUJOURS. Et que quand bien même nous le souhaiterions, nous serions bien en peine de savoir où la renvoyer.

Pour la première fois de ma vie, j’ai de la compagnie lorsque je déguste mon traditionnel bol de céréales de quatre heures du matin : une petite boule de vie toute chaude, lovée contre moi.

Pour la première fois de ma vie, je commence à aimer ma fille.