Home sweet home (1)

Prince et moi sortons du Tube (que je persiste, en bonne ex-parisienne, à appeler métro) et constatons placidement (pour lui) que, pour notre première journée de recherche d’appartement, Londres nous a réservé ce qui se fait de mieux ici en matière de météo : une pluie fine, battante et glacée. Nous ne perdons pas encore notre sourire (pour lui toujours), portés par l’excitation et l’espoir de démarrer notre nouvelle vie dans un petit nid douillet mais bon marché.

Il faut dire que Prince a fait preuve d’une capacité d’anticipation inédite et mis toutes les chances de notre côté en contactant une demi-douzaine d’agences immobilières. Il leur a également donné un brief apparemment simple : nous cherchons un appartement spacieux, calme et lumineux.  

Armés d’un planning chargé, nous voici donc à Baker Street. Nous découvrons le quartier, mais comme notre connaissance de Londres se limite essentiellement à la gare Eurostar, cela ne nous émeut point. Notre seul critère de localisation est rempli : Prince peut aller à la banque jouer au golden boy sans changement de Tube, et étant donné qu’il devra se lever à 6h30 tous les matins, le critère compte triple. Quant à moi, comme je n’ai (toujours) pas la moindre d’idée de la manière dont je vais créer de la valeur pour la société et encore moins du lieu, cela n’a guère d’importance.

Forts de mon sens de la désorientation et du machisme de Prince, nous arrivons essoufflés et avec dix minutes de retard au premier rendez-vous, pour découvrir qu’il n’y avait pas lieu de se presser : l’agent immobilier n’est pas là non plus. Vérification faite, il est encore plus en retard que nous. Il arrive néanmoins tout sourire, se présente gaiement malgré la pluie persistante (« My name’s John, ask me anything you want », c’est-à-dire « demandez-moi ce que vous voulez ») et farfouille dans une immense besace pour dénicher le bon trousseau de clés. A ce stade, il faut préciser que nous sommes tous les trois debout devant un immeuble en brique qui ne laisse pas présager un palais à l’intérieur. John trouve enfin la bonne clé, laisse échapper une exclamation satisfaite et… descend les escaliers. Oui oui, il s’agit d’un appartement en sous-sol (basement). Il se souvient, John, qu’on avait précisé LUMINEUX ? Prince et moi nous regardons et décidons de lui laisser le bénéfice du doute. Nous nous engageons dans un long, très long couloir. Labyrinthique, même. Tout au fond, sans fenêtre (forcément, on est au fond d’une cave) : la salle de bains. A droite, sans fenêtre (même motif, même punition) : la chambre. C’est tout.

– Et la cuisine ? demande timidement Prince.
– Vous ne l’avez pas vue ? A droite, dans la salle de bains ! répond John, à peine gêné.

Nous quittons les lieux peu après, et reprécisons nos trois critères au cas où il n’aurait pas bien entendu. Et, pour bien mettre les choses au point, nous traduisons même :

– Lumineux = pas en sous-sol
– Spacieux = pas de cuisine dans la salle de bains

 Ah. Bon. Il a l’air pris de court, et raye nerveusement la visite suivante sur son carnet. Pas la peine de vous faire visiter un petit one bedroom, alors ? Ben oui, parce qu’il faut savoir que les Anglais ne comptent pas en mètres carrés comme le commun des mortels, mais en nombre de pièces. Impossible de savoir s’il s’agit d’un 30 ou 50 mètres carrés : du moment qu’il y a une chambre, le locataire est censé se satisfaire de cette information.

L’appartement suivant donne sur une artère à quatre voies. Je n’entends pas les justifications de John, puisqu’elles sont couvertes par le bruit des voitures. Il se souvient, John, qu’on avait bien précisé CALME ? Comme – surprise – il n’a plus d’appartement à nous faire visiter, nous lui promettons que nous le rappellerons. Enfin, si on ne trouve rien d’autre et que c’est ça ou dormir sous les ponts.

Le troisième appartement n’a pas dû être rénové depuis 1946, date à laquelle ses occupants actuels s’y sont installés. Nous leur adressons un petit sourire gêné et nous éclipsons. Passons sur les quatre appartements suivants :

– celui qui est loué par des mafieux qui nous emmènent le visiter en 4/4 aux vitres teintées, puis nous demandent de payer en liquide

– celui qui est immense et lumineux…


… mais donne sur un cimetière

– celui au huitième étage sans ascenseur

– et celui au plafond tellement bas que Prince n’y tient pas debout

… tout ça pour un budget colossal, qui à Paris suffirait amplement pour un 3 bedroom.

Nous rentrons quelque peu découragés a notre chambre d’hotel miteuse. Une petite révision du brief s’impose : demain, nous chercherons simplement un appartement ni sinistre, ni en ruines, ni insalubre.

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3 réflexions sur “Home sweet home (1)

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