Comment se faire des amis à Londres à l’ère d’Internet (attention jeune mère au bord de la crise de nerfs)

« Ca va juste pas être possible, cette affaire ».

Voilà la sentence que j’assène sans ménagement à Prince le lundi soir qui suit notre emménagement, alors même que le pauvre n’a pas encore franchi le seuil de notre nouveau (et vide) foyer.

Chat échaudé craint l’eau froide. Prudent, Prince lève un sourcil en signe d’interrogation, ouvrant ainsi les douves de ma frustration, ma fatigue et mon angoisse.

J’ai passé toute la journée TOUTE SEULE. MiniPrincesse n’arrête pas de pleurer. Y a pas Internet. Y A PAS INTERNET !!!. On est EN BANLIEUE. Je ne connais PERSONNE. Quand est-ce qu’on rentre à la maison ? Ah, j’oubliais, LA MAISON C’EST ICI, quelque part sous cet amas de cartons (de notre ancien appart dans le centre de Londres), de valises (rapportées de Paris), et de paquets (d’objets de puériculture) – dont aucun n’est encore déballé.

Home sweet home...

Home sweet home…

La nuit porte conseil, dit-on. Clairement, le dicton ne vaut pas un kopek avec un nourrisson qui passe la nuit à téter-faire dans sa couche-dormir-téter-etc.

Le lendemain, mon bien-aimé se débrouille pour me relier au reste du monde. Je ne perds pas une seconde et passe une bonne partie de la journée à taper frénétiquement toutes les variations imaginables de « Française Nappyvalley » chez mon bon copain à moi, Google.

A la fin de ce mardi, j’ai trouvé le site qui va bientôt remplacer Facebook dans mon Top 10 « comment perdre du temps sur Internet » : Nappyvalleynet.com, « votre meilleure amie et voisine tout en un », annonce fièrement le site. C’est tout à fait ça. En l’occurrence, j’y trouve exactement ce que je cherchais : pléthore de jeunes mères sympathiques, françaises ou francophones qui plus est. Première friend date mardi, avec Natalie, une Néo-Zélandaise qui cherche à pratiquer le français. Mercredi, je dois rencontrer Laura, une Albanaise qui a fait ses études en France. Jeudi, Delphine, une Française du quartier elle aussi à la recherche d’amies. En route pour le speed friending.

D’ici là, je n’ai d’autre échappatoire au spleen existentiel que de déballer les cartons, valises et autres paquets. Vive la maternité, version expat’.

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Voyage d’affaires à l’anglaise

La semaine dernière a marqué un tournant dans ma connaissance des autochtones. Moi qui n’aime rien tant que voyager seule (dans le cadre du travail, parce que sinon j’adore prendre l’avion avec un enfant en bas âge incapable de tenir en place plus de vingt cinq secondes et un Prince qui abhorre les voyages – mais je m’égare), j’ai eu le grand privilège d’effectuer un voyage d’affaires accompagnée d’une Galloise et d’un Ecossais. Il ne manquait plus qu’un Anglais et j’avais toute la Grande-Bretagne dans ma délégation, facon Benetton. Oh well, ce sera pour une autre fois. En attendant, 24 heures d’observation in vivo qui m’ont permis d’identifier dix particularités du voyage d’affaires à la britannique :

  1. Le vol aller affiche une heure trente de retard, rapport à la pluie battante qui s’abat sur Heathrow. Idem au retour. Ben oui, forcément, en septembre, c’est bien connu, les conditions météorologiques sont aléatoires.

  2. Crépuscule aéroportuaire

    Crépuscule aéroportuaire

  3. Devant cette première déconvenue, le Britannique réagit avec tout le flegme qu’on attend de lui. Son premier réflexe est de se diriger vers le bar le plus proche “parce que rien ne vaut un bon verre de Pinot Grigio en attendant que la porte d’embarquement soit affichée”

  4. Pas besoin de déjeuner avant le vol, un beignet suffira. Devant votre haussement de sourcils, votre collègue se contente d’un laconique “Moi, tu sais, la bouffe…”

  5. Au petit déjeuner, à l’hotel, il s’attable devant des oeufs brouillés et du bacon. Et glousse devant votre croissant et votre chocolat chaud : “so French!”. Aucun de vous ne daigne tester les spécialités locales, convaincu d’être en train de savourer le summum de sa gastronomie nationale.

  6. En réunion, le Britannique semble prendre un malin plaisir à ponctuer son discours d’expressions idiomatiques (“No strings attached”, “Starter for ten” ou encore “Let’s call  it a day”), suscitant la plus grande perplexité chez ses interlocuteurs.

  7. Comme si cela ne suffisait pas, il parle vite et n’articule guère ; après tout, l’anglais n’est-il pas officiellement la langue de travail du monde entier ?

  8. Il est essentiel de terminer la dernière reunion à temps (cf. “Let’s call it a day”) pour déguster (?!) un verre de vin (Pinot Grigio toujours) à l’aéroport

  9. Dîner avec les poules (17h28) avant de reprendre l’avion ? Aucun problème  – tant que son club sandwich est accompagné de chips ET de frites…

  10. …“et comme ca, pas besoin de remanger après, c’est toujours ca de fait” (sic)

  11. Last but not least: quand le Français est à table, il parle de bouffe. Quand le Britannique boit, il parle de cuite. Et tout le monde est content.