Il y a comme un froid

En ce moment, il me semble que le temps londonien ne connaît que deux variantes : froid grisaille et froid soleil. Mon cerveau de grande frileuse entame avec bonheur sa longue hibernation. Et les matins passent dans un tourbillon…

– de sauts précipités du lit lorsque je réalise que MiniPrincesse nous appelle depuis de longues minutes (« Ma-ma-ma-ma-ga-ga-ga-ga-MA-MA-MA ! »)

– de petits déjeuners avalés très lentement (pour elle) ou très vite (pour moi)

– de vêtements pris au hasard (« ça fera l’affaire ») puis, au bout de quelques secondes d’examen (« j’assume de mettre ça au bureau ? ») piteusement reposés (« il est vraiment temps que je me mette au repassage »)

– de recommandations essentielles à la nounou encore en retard : « Elle est de bonne humeur ce matin, n’oubliez pas de lui donner son homéopathie même si vous pensez que ça ne sert à rien, ne la sortez pas sans bonnet, à ce soir »

– et de détours impromptus par chez le marchand de journaux. Depuis que j’ai découvert qu’il suffisait de demander le Figaro à son buraliste (le mien prononce « Fargo », comme dans « Mummy, did we receive Fargo today ? »), je joue avec délectation le cliché de la Française dans le métro, absorbée par le journal du jour, béret et moue renfrognée à la clé.

Mais avant le métro, il y a le passage devant l’école, un établissement privé on ne peut plus BCBG. Enfin si, en Angleterre plus BCBG on peut toujours (il suffit de rajouter quelques milliers de livres aux frais de scolarité), mais disons que cette école-là ne doit pas peiner à boucler les fins de mois. Les charmants bambins qui la fréquentent sont inévitablement accompagnés de leurs non moins chics yummy mummies – terme local très connoté désignant les mamans tendance et toujours bien mises (aucune ne se reconnaissant bien sûr dans cette dénomination).

Je croise généralement les enfants le matin parce que je suis généralement en retard le matin. Je leur prête une attention quasi-nulle puisqu’il est bien évident que MiniPrincesse ne sera jamais aussi grande (ou alors d’ici là on aura trouvé une solution pour lui offrir une scolarité convenable sans payer ni école privée ni maison à 1 million).

Un matin, pourtant, une phrase quelque peu incongrue me fait tendre l’oreille.

– Maman, tu ne trouves pas qu’il fait froid ce matin ?

L’herbe, les voitures, le trottoir, tout autour de nous est recouvert de givre et je grelotte malgré mes quatre épaisseurs et mon béret. Mes yeux s’attardent sur le petit garçon qui a eu l’heurt de poser cette innocente question et s’écarquillent lorsque je m’aperçois qu’il est EN BERMUDAS. Jambes nues. Sa yummy mummy, bien emmitouflée dans un élégant manteau, lui répond gaiement :

– Oh mais oui mon chéri, c’est vrai qu’il fait un peu frisquet aujourd’hui !

Et de lui coller un gros baiser avant de lui faire au revoir de la main.

Juste à côté d’elle, une mémé passe avec son caniche. Celui-ci est recouvert d’une épaisse couverture.

Je réprime un sourire supérieur en notant que dans ce pays de fous, même les chiens sont mieux couverts que les enfants.

Big Ben au crépuscule