Le miracle de la vie (impressions d’une jeune mère)

H+4 après l’accouchement

Je me redresse sur mon lit d’hôpital et contemple MiniPrincesse. Non point éperdue d’amour – cela viendra bien plus tard – mais ébahie d’avoir permis à ce petit bout de personne d’avoir grandi en moi et d’être venue au monde. J’ai fait ça, MOI. J’ai donné la vie !

Je me sens désormais invincible.

J+1

L’agacement pointe. Moi qui avais imaginé le séjour à la maternité comme une sinécure, à mi-chemin entre hôtel 3 étoiles et cure de repos, force est de constater qu’il m’est tout bonnement impossible de me reposer – sans parler de dormir. Sages-femmes, puéricultrices, femmes de ménage, et bien évidemment amis et familles empressés de faire la connaissance de MiniPricesse : ma chambre me semble plus fréquentée que les appartements du Roi-Soleil à l’apogée de Versailles.

J+3

Je suis au fond du trou. J’ai mal partout. Je ne saurai jamais m’occuper d’un enfant. La vie c’est moche.

Vive le baby blues.

J+4

Le cordon de MiniPrincesse s’est infecté, faute de soins. Je tiens là la preuve suprême que je suis déjà une mauvaise mère et m’abîme dans des torrents de larmes. Prince, à peine plus alerte que moi, souligne que malgré le défilé constant de personnel médical, personne ne nous a expliqués les fameux soins du cordon. Je balaie d’un revers de la main cette explication à notre négligence et continue de me complaire dans l’auto-flagellation, sans remarquer que MiniPrincesse ne semble nullement gênée.

J+5

Nous voilà rentrés à la maison dans le logement où nous attendrons d’avoir le passeport de MiniPrincesse pour rentrer à la maison dans une maison que je n’ai jamais vue et où nous construirons une nouvelle vie.

Et à propos de vie…

Pour la première fois de ma vie, je suis tellement épuisée que dormir prend le pas sur manger.

Pour la première fois de ma vie, je suis tellement épuisée qu’au creux de la nuit, lorsque MiniPrincesse s’est enfin endormie pour de bon, je n’ose me lever, doutant de pouvoir franchir sans trébucher les deux pas qui me séparent de son couffin.

Pour la première fois de ma vie, je me demande comment nous avons pu omettre de réaliser, Prince et moi, que l’invitée dont nous préparions l’arrivée depuis si longtemps s’était installée chez nous POUR TOUJOURS. Et que quand bien même nous le souhaiterions, nous serions bien en peine de savoir où la renvoyer.

Pour la première fois de ma vie, j’ai de la compagnie lorsque je déguste mon traditionnel bol de céréales de quatre heures du matin : une petite boule de vie toute chaude, lovée contre moi.

Pour la première fois de ma vie, je commence à aimer ma fille.

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