Un accouchement sans douleur (enfin, sans souffrance) #1

Le 5 juillet 2011, MiniPrincesse a décidé d’arrêter de bouder pour venir voir comment c’était dehors. Le récit minute par minute.

2h38 : je me réveille avec un étrange mal au ventre.

2h39 : après d’interminables secondes d’atermoiements, je réveille Prince, parce qu’après tout je suis enceinte de 9 mois et qu’il n’y a pas de raison que je sois la seule à ne pas dormir.

- Mon amour, j’ai mal au ventre.

- (Prince, ensommeillé :) Hmmm ?

- J’ai mal au ventre. Tu crois que c’est le bébé qui arrive ?

- Mmmm (vous noterez la richesse de vocabulaire de Prince à 2h40 du matin). Ca doit être le resto gastronomique d’hier qui ne passe pas. Je te l’avais bien dit, que c’était lourd. D’aillleurs, moi aussi, je me sens barbouillé (Prince jure ses grands dieux qu’il n’a jamais prononcé de pareille inanité ni laissé entendre que j’étais une chochotte). Rendors-toi (et qu’il a fait preuve de bien plus d’empathie. Mmmm.)

2h55 : les yeux grands ouverts, je contemple le plafond en me demandant si je vis mes dernières heures de nullipare, ou si j’ai juste – et encore – trop forcé sur le chocolat. Tiens, d’ailleurs, mon mal de ventre s’est bien estompé.

3h08 : les yeux à demi clos, je feuillette Newsweek, parce que si jamais j’ai juste trop mangé, autant avoir quelque chose d’intéressant à raconter demain matin. Et si je suis réellement en train d’accoucher, quelque chose me dit que toute activité intellectuelle est en passe de devenir un inaccessible luxe.

3h15 : tiens, j’ai à nouveau mal au ventre. Mais plus.

3h16 : beaucoup plus.

3h17 (soit deux minutes de self control) :

- Je crois bien que j’ai eu une contraction…

- Mmmm ? (rapide coup d’œil au réveil) Ben, ça fait une toutes les 45 minutes. Vu qu’il faut partir à la maternité lorsque l’intervalle est de 5 minutes, ça nous (me) laisse tout le temps.

3h30 : si c’est ça une contraction, y a pas à tortiller, il va falloir me poser la péri illico presto.

3h55 : contractions toutes les 7 à 8 minutes. J’appelle ma sage-femme, penaude d’être la cause de son dix millième réveil nocturne depuis qu’elle s’est découvert une vocation bien peu confortable. Légèrement plus alerte que Prince (en bonne professionnelle), elle me rassure : y a bien le temps, me dit-elle. On se tient au courant demain matin.

4h34 : l’heure du bain. Ca permet à Prince de se sentir utile, et ça me soulage pour de vrai. La douleur est bien là, mais, pétrie de bonnes intentions, je répète consciencieusement au bébé que cette douleur est utile, que douleur n’est pas synonyme de souffrance, qu’on va y arriver ensemble, etc. etc. On y croit.

5h30 : on n’y croit plus du tout. Si ça se trouve, je ne suis même pas en train d’accoucher. D’ailleurs, mes contractions ont beau être toutes les 4 minutes, je soutiens mordicus à Prince qu’un coup de paracétamol, et je pourrai retourner dormir.

5h40 : alertée par mon frère à qui j’ai demandé d’aller me chercher ledit paracétamol sur les Champs-Elysées (cafteur), ma mère m’appelle, affolée. « Non mais, tu vas te décider à appeler une ambulance, ou tu comptes accoucher chez toi comme au Moyen Age ? ».

5h42 : Ca tombe bien : sur l’ambulance, au moins, on a su-per-bien-géré. Ca fait deux mois qu’on a repéré un ambulancier au coin de la rue, noté son nom ET programmé le numéro en appel abrégé. Prince reprend ses esprits et commande l’ambulance. Nous nous félicitons mutuellement et bouclons d’une main décidée la fameuse valise de maternité (en réalité, deux sacs de voyage et autant de sacs plastiques remplis d’objets divers et variés).

Un accouchement sans douleur

6h31 : voilà presque une heure que Prince appelle les ambulanciers pour savoir où ils en sont, sans succès. Je cède avec complaisance et raison à la panique : mes contractions sont désormais à 2 minutes d’intervalle. Encore un tout petit peu, et je vais effectivement accoucher toute seule. Et sans paracétamol.

6h34 : tout s’explique. Les ambulanciers venaient de l’autre bout de la région parisienne. Bien joué. « La prochaine fois, on appellera le SAMU », me lance Prince, dépité. « La prochaine fois, ils enverront leurs collègues parce que ceux d’aujourd’hui, je les aurai tous descendus au bazooka », lui rétorqué-je. Pas très inventif, mais l’heure est grave : j’ai tellement mal que grignoter des biscuits est soudainement devenu inenvisageable. Mais la souffrance – pardon, la douleur – est utile, on va y arriver ensemble, etc., etc.

6h49 : les ambulanciers arrivent, l’air absolument terrifié à l’idée de transporter une femme enceinte. Loin de sortir le bazooka, je me rappelle qu’ils représentent ma seule chance de retrouver ma sage-femme à l’autre bout de Paris (pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, notre devise ne se dément guère) et m’allonge docilement sur le brancard comme ils m’y enjoignent.

6h51 : allongée, la souffrance (oh, et puis zut, disons les choses comme elles sont) est insoutenable. Ca va pas le faire.

6h50 : j’explique fermement aux ambulanciers que s’ils m’obligent à rester allongée, non seulement on ne va pas y arriver ensemble, mais on va en venir aux mains. Donc qu’ils font comme ils veulent, mais que moi, je vais voyager à quatre pattes (donc pas attachée), et qu’eux, ils vont se débrouiller pour qu’on arrive à bon port. Et rapidement. Avec la jolie sirène et tout et tout, sinon je vais accoucher dans l’ambulance, et ils n’ont pas l’air d’avoir fait le bac + 18 qui va avec.

6h51 : ambulancier n°1 a mis la sirène et fonce dans les petites rues, puis les avenues, puis sur le périph’. Ambulancier n°2, l’air plus apeuré que jamais, me tient mollement par le bras. Sûr que ça fera la différence, en cas d’accident à 70 km/h.

7h08 : nous voilà arrivés à la maternité.

La suite au prochain épisode.

Quelque chose à ajouter, amies lectrices ?

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En attendant Godot

Telle sœur Anne, je ne vois rien venir. On dirait qu’après neuf mois passés à répéter à MiniPrincesse matin, midi et soir qu’elle n’avait pas le droit de sortir, elle a un peu trop bien compris le message. « Il y a fort à parier que si elle tient un tant soit peu de sa mère, elle boude » lance Prince, goguenard.  Je l’ignore superbement et continue l’opération intitulée « Sors de ce corps ».

Je me lance dans de longues et exténuantes promenades.

Je passe l’aspirateur alors que je déteste ça.

Je bois des tisanes aux vertus tout aussi douteuses que leur goût.

Je repasse l’aspirateur.

Je relis « J’attends un enfant » et constate qu’il me tombe toujours autant des mains.

Rien n’y fait. Pour les Anglais, j’ai dépassé mon terme de huit jours. Seulement d’un jour pour les Français ; oui, l’exception culturelle s’applique aussi à la gestation.

Que de choix, que d'étapes...

Que de choix, que d’étapes… une photo de mon amie Laura

Je dresse le bilan des neuf mois qui viennent de s’écouler :

14 : le chiffre magique, celui qui compte plus que tout – le nombre de kilos pris. Les orgies nocturnes de chocolat ont laissé leur trace, mais comme on dit : mieux vaut avoir des remords que des regrets

14 000 : le nombre de fois qu’on m’a demandé combien de kilos j’avais pris (ma mère, la sage-femme, les mamies dans le bus, ma meilleure ennemie : « Ah bon, 14 kilos, c’est tout ? J’aurais dit plus. Meuh le prends pas mal ! Tu les portes très bien. »)

1300 : le nombre de minutes passées sur Internet à comparer les avis de mères hystériques consommatrices sur les différents porte-bébés / tire-laits / poussettes

1301 : le nombre de minutes qu’il m’a fallu pour comprendre qu’une mère défendra toujours bec et ongles son enfant (qu’elle n’a pas choisi), mais plus encore le porte-bébé-, le tire-lait et surtout, SURTOUT, la poussette qu’elle a choisis. Quitte à traiter ses rivales les autres mères de noms d’oiseaux au prétexte qu’elles ont préféré la Chicco à la Bugaboo (les ignares)

9 : le nombre de copines à qui j’ai demandé conseil sur le porte-bébé, le tire-lait et la poussette

9 x 3 : le nombre de recommandations différentes de porte-bébés, tire-laits et poussettes

0 : le nombre de porte-bébé, tire-lait et poussette achetés avant la naissance. Aficionados de la procrastination, déboussolés par tant de conseils contradictoires, nous décidâmes de décider «  plus tard » ; oubliant que « plus tard » nous aurions un nouveau-né et à peine l’énergie de nous sustenter

26 : le nombre de prénoms qui me plaisaient

24 : le nombre de prénoms rejetés par Prince avec des explications aussi sommaires que variées (« J’aime pas » / « C’est moche » / « Non »)

2 : le nombre de prénoms « short-listés »

67 : le nombre de fois que ma mère m’a demandé quel prénom on allait choisir (« J’aime bien Eliette, pas toi ? » Euh, non)

1001 : le nombre de manières d’élever un enfant

1 : le nombre de bonnes manières d’élever un enfant (selon ma belle-mère)

0 : le nombre d’idées que Prince et moi avons sur la manière dont nous souhaitons élever la nôtre

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La liste des dix choses à ne pas faire quand on est enceinte au repos forcé because menace d’accouchement prématuré

(Suite de ce billet)

A 6 mois de grossesse, me voilà donc alitée et forcée au repos strict afin que MiniPrincesse sorte bien cuite et dorée comme il faut. Quasi cloîtrée chez mes parents, dans mon ancienne chambre d’enfant dont les motifs géométriquement gnangnan me déplaisent tout autant qu’il y a vingt ans, je ne peux m’empêcher de songer à toutes ces femmes qui au Moyen Age se voyaient contraintes de passer les derniers mois de leur grossesse coupées du monde, rideaux tirés. Dans les moments de déprime, je me dis que moi, c’est presque pareil, sauf qu’ô bonheur, nous sommes au XXIème siècle et que mon père consent, bon gré mal gré, à me prêter son iPad (« Tu y fais attention, hein ? »).

Et heureusement. En effet, mon cerveau ramolli se refuse à toute lecture de plus de quelques minutes (mais je me replonge avec bonheur dans Super Picsou Géant), une rediffusion des Vacances de l’Amour (mais si, Hélène et les Garçons vingt ans plus tard, aigreur, rides et teint d’alcoolique en plus) suffit à me détourner pour de bon de la télévision et j’aimerais bien me noyer dans le chocolat, mais j’ai interdiction formelle de descendre les escaliers et nul besoin de préciser qu’une tablette me durant moins de deux jours, mes réserves sont épuisées depuis belle lurette.

Que de merveilleux souvenirs
Lorsque j’ai perdu ma huitième partie de Scrabble de la journée (oui oui, même niveau débutant), je me laisse aller avec délectation au pessimisme. Je m’ennuie. Je suis fatiguée. Je me sens laide et empâtée. Voici plus de dix jours que je n’ai rien publié. Mais vu mon actualité brûlante (« 11h58, dans une demi-heure le déjeuner ») que pourrais-je bien conter à mes lecteurs ?

Eurêka ! Allez, va pour une liste, mais pas n’importe laquelle : une liste NEGATIVE. Comme mon état d’esprit, tiens.

La liste des dix choses à ne pas faire quand on est enceinte au repos forcé because menace d’accouchement prématuré

1. Se laisser aller à taper « bébé prématuré 6 mois » dans Google (remarque, 7 mois c’est pas beaucoup mieux)

2. Manquer d’assurance quand vous réclamez invariablement un sandwich jambon-fromage à 23 heures « parce que j’ai vraiment très faim »…

3. … voire baisser piteusement les yeux lorsque votre mari / votre mère / votre dame de compagnie (ah non, ça c’est dans Downton Abbey) hausse alors un sourcil en lançant un regard appuyé à vos courbes plus qu’épanouies

Plaisir coupable...

Plaisir coupable…

4. Acheter bien trop tôt tout ce qu’il faut pour l’arrivée du bébé et plus encore : d’abord, un repos forcé ça se planifie dans la durée, comment allez-vous occuper le huitième mois, malheureuse ? et puis vous ne le savez pas encore, mais ce body trooop mignon qui s’enfile par la tête, bon courage pour convaincre votre nouveau-né de rentrer dedans.

5. Ecouter votre grand-mère qui vous explique avec aplomb qu’ « un petit verre de vin ça n’a jamais fait de mal à personne, d’ailleurs regarde, je ne me suis pas privée quand j’attendais ton père et tu as vu le résultat ». Vous vous abstenez de toute réponse, songeant que vous vous ennuyez tellement que la bouteille risque d’y passer, et l’idée d’une femme enceinte un peu saoûle dans son vieux lit une place est pour le moins déplaisante.

6. Pécher par excès de gaieté aux yeux du monde extérieur : si la version officielle est que vous vous reposez chez vos parents – qui d’ailleurs sont aux petits soins pour vous – en attendant l’arrivée du bébé, personne ne risque de creuser un peu pour exhumer la version officieuse : vous pleurez deux fois par jour à l’idée d’accoucher avant sept mois parce que Google a dit que ça risquait de poser problème, vous avez des envies de défenestration tellement vous vous sentez seule, vos parents sont effectivement adorables mais ils ont un emploi à assurer et des machines à faire tourner, et en plus ils s’obstinent à acheter des Petit Ecolier au chocolat au lait et non au chocolat noir, Prince est loin et démuni et qu’est-ce qui va se passer s’il rate l’accouchement, etc.

Le biscuit honni

7. Manger toute la boîte de Petit Ecolier d’un coup parce que bon, c’est du choçolat quand même

8. Passer subrepticement outre votre devoir de repos en enchaînant coups de fil administratifs et corvées online en oubliant que pour prendre des forces, c’est maintenant ou jamais.

9. Profiter de cette pause pour faire toute seule un bilan approfondi de votre situation professionnelle (durée : 2 minutes 43 secondes), dont il ressort que vous n’êtes finalement pas faite pour être Superconsultante / comptable / tout autre job merveilleusement excitant.

10. Envoyer aussi sec un mail à SuperChef pour le prévenir obligeamment que non, vous ne comptez pas revenir à l’issue du congé mat’.

Sinon, en plus positif, je vous conseille de potasser le site tellmeagoodbirthstory.com et le livre Belly Button Bliss (et d’admettre que vous ne lirez jamais l’Histoire de France pour les Nuls, vous verrez, c’est libérateur). Enfin des mères passées par l’épreuve du feu qui expliquent que pour de vrai un accouchement ça peut être magique. Y en a même qui n’ont pas eu de péri. Moi, par exemple, mais ce sera pour le prochain épisode.
Amis de la poésie, vous voilà prévenus.

Et vous et vous, vos faits d’armes de grossesse ?

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Voyage voyage (d’affaires)… le retour

Le lendemain matin, toujours au fin fond de l’Allemagne profonde

9h05 : je me pointe dans un bureau déjà plein d’employés ponctuels. Ben quoi ? D’abord, je vous rappelle que là d’où je viens, il n’est que 8 heures – autant dire l’aube.

L’une de mes collègues, une jeune mère qui ne travaille que le matin (ce qui en Allemagne fait déjà d’elle une mauvaise mère) me demande, l’air apitoyé, si ma fille ne m’a pas trop manqué la veille. Je repense à ma délicieuse soirée vautrée sur Internet. « Non, ça allait, merci. Enfin, heureusement que je la retrouve ce soir », ajouté-je précipitamment. Ou pas.

13h30 : départ pour l’aéroport. Je promets de revenir vite (du moment qu’on me loge au même hôtel).

14h06 : pas de scanner à la sécurité. Une boîte de Lindt duty free sous le bras, je me dirige prestement vers le stand de massage. Pas de camarades de voyage, pas d’obligation de faire semblant de travailler.

14h30 : sereine et détendue, je dégaine vivement ordinateur portable et blackberry. Le portable, pour rédiger le compte-rendu de mon déplacement, à envoyer à la terre entière avec mon chef en copie pour bien prouver que ce déplacement était tout à fait indispensable et que je n’ai pas fait que manger des truffes au resto ; le blackberry, pour bien montrer que moi aussi je suis une voyageuse d’affaire, même si je ne voyage pas en business parce que les temps sont durs dans le secteur bancaire en ce moment et qu’il vaut mieux faire profil bas.

Je saisis la première occasion pour passer un coup de fil, me mettant soudainement à murmurer pour faire comprendre à mes compagnons de voyage que non seulement je suis importante, mais qu’en plus je traite des sujets top secrets (ils n’ont pas besoin de savoir que je suis en réalité en ligne avec le service informatique).

15h10 : « En prévision de notre décollage, nous vous prions de bien vouloir observer les consignes de sécurité, et ce même si vous êtes un voyageur fréquent ». Personne ne lève le nez de son British Airways magazine. Prise de pitié, je regarde les pauvres hôtesses de l’air nous montrer comment boucler notre ceinture (au cas où on n’aurait pas compris)

15h15 : décollage de l’avion.

15h21 : extinction du signal lumineux « Attachez votre ceinture ». Je sors mon ordinateur personnel : 53 minutes tout compris pour pondre un article pour mon blog. Eh oui, désormais, le seul endroit où j’ai la paix (ni chef, ni MiniPrincesse, ni téléphone), c’est 10 000 mètres au-dessus du sol.

18h10 : émouvantes retrouvailles avec MiniPrincesse.

- Que tu m’as manqué, ma chérie !
- Gaga !
- Tu t’es bien amusée pendant que Maman allait faire le guignol en Allemagne ?
- GAGA !

Et de s’éloigner en titubant avec bonheur vers son trotteur.

19h45 : émouvantes retrouvailles avec Prince
- Que tu m’as manqué, mon chéri !
- Hmmm ? Oui, oui, toi aussi. C’était comment, ce déplacement ?
- E-PUI-SANT. Je n’ai pas arrêté.
- Oh, ma pauvre… si tu veux, cette nuit, c’est moi qui me lève.

Les voyages d’affaires, ça a du bon.

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Voyage voyage (d’affaires)

Un déplacement professionnel version Eva in London commence généralement par une valise bouclée à la va-vite, tard – bien trop tard – la veille au soir. J’oublie toujours au moins une chose ; de préférence, un objet dont l’absence ne manquera pas d’être remarquée : ma seule et unique veste de tailleur, mon bloc-notes, ou tout simplement un haut propre pour le lendemain.

La nuit venue, c’est Prince qui, vaillant, se lève pour aller expliquer à notre progéniture que non, la nuit on ne mange pas, la nuit on ne joue pas, et la nuit on ne réveille pas Papa et Maman qui sont fatigués et se lèvent tôt demain. Se recouche. Se relève pour expliquer que non, la nuit, etc, etc. Se recouche, etc, etc.

Le marathon démarre à l’aube (même pas naissante).

5h09 (ne jamais mettre son réveil à heure pile !) : brusquement réveillée par la sonnerie de mon blackberry, je cherche à tâtons comment l’éteindre, n’y arrive pas, il sonne de plus en plus fort, je jure, cherche encore, puisque c’est comme ça j’allume la lumière, Prince grogne, j’éteins le blackberry, la lumière et saute du lit.

5h25 : appel du taxi (Prince grogne un peu plus fort). « Ah, vous êtes déjà là ? J’arrive tout de suite ». Je suis encore en pyjama.

5h32 : je m’affale dans le taxi, direction Heathrow.

5h55 : je me souviens que j’ai oublié de retirer du liquide pour payer la course. Et réalise que j’ai gardé mon informe haut de pyjama rose fuschia au lieu d’enfiler l’impeccable chemine repassée la veille (par Prince).

6h30 : arrivée à Heathrow. Sécurité. Devant mon refus de pénétrer à l’intérieur du scanner tout neuf, le responsable m’informe « à regret » que si ça ne me plaît pas, je n’ai qu’à rentrer chez moi. Je me prends à imaginer tout ce que je pourrais bien faire d’une journée tranquille à la maison (lire des magazines, aller chez le coiffeur, écrire un billet pour mon blog). Puis je pense à mon chef et au fait que gagner de l’argent, c’est quand même bien. Je rentre dans le scanner.

Les joies de la vie d'Eva in London

10h30 : au comble du glamour, j’atterris au fin fond de l’Allemagne, ni maquillée, ni coiffée.

10h42 : maquillée, plus ou moins coiffée, haut chic et flambant neuf trouvé à prix d’or dans LA boutique chic de l’aéroport, je me dirige d’un pas assuré vers la sortie. WonderWoman, c’est moi. Rien ne m’arrête.

10h45 : oh, un stand de massage ! Hum. Je grimace en constatant que, rapport au shopping improvisé, je suis déjà en retard pour ma réunion de 11h. Ce sera pour le retour.

11h10 : essouflée, décoiffée et maquillage déjà considérablement défraîchi, j’arrive en trombe dans la salle de réunion. Bredouille un « Entschuldigung » (excusez-moi). Réalise que j’ai interrompu la présentation du big boss. M’assois et me ratatine dans mon siège pour tenter de me faire oublier.

18h : je rentrerais bien à l’hôtel, mais tout le monde est encore au bureau. Damn it ! Au moins, à Londres, j’ai l’excuse de la nounou pour partir tôt.

18h30 : c’est pas tout ça, mais après le minuscule sandwich allemand de ce midi, je rentrerais bien dîner, moi.

19h35 : enfin, big boss est parti. Soupir à peine étouffé de ses collaborateurs.

19h36 : le bureau est vide.

19h55 : je m’attable avec satisfaction à la table du restaurant, me félicitant d’avoir décliné le dîner d’affaires proposé à contrecœur par big boss. Découvrir la ville où je n’ai jamais y avoir mis les pieds ? Faire connaissance avec mes collègues ? Très peu pour moi. Un repas tranquille préparé par d’autres mains que les miennes, une soirée en tête-à-tête avec Internet, et une nuit de sommeil garantie sans interruption (« non, la nuit, on ne mange pas, etc., etc. ») ? Voilà une offre bien plus alléchante.

Toute à la lecture de Grazia International Herard Tribune, je fais tomber mon assiette à pain qui se brise en mille morceaux. Un silence surpris s’abat immédiatement sur la salle de restaurant, jusqu’à ce que la serveuse vienne promptement ramasser les débris. Elle se relève, me lance un coup d’œil, et m’enlève couteau à pain et verre à vin. On ne sait jamais.

20h02 : la serveuse revient me retirer ma serviette (à la réflexion ?).

20h05 : je scrute le menu du restaurant en me demandant si je tente ce velouté de châtaignes à la truffe, et si oui, si le mot truffe apparaîtra sur la note de frais.

20h14 : je réprime un sourire lorsque l’homme d’affaires assis à la table d’à côté de moi me dévisage sans vergogne. « Il ne peut résister à mon sex appeal dévastateur de business woman », me gargarisé-je. Puis je me rappelle l’assiette cassée et réalise que l’homme n’est pas intéressé mais tout simplement narquois.

21h05 : retour dans ma chambre (seule). J’essaie de regarder la télé en allemand, renonce au bout de huit minutes et enchaîne joyeusement avec une émission de cuisine en français. Vive TV5 Monde !

21h30 : quel bonheur que de pouvoir se coucher à 20h30, heure anglaise. Allez, encore un petit tour sur ce blog d’une copine, et j’arrête.

23h20 : il faut vraiment que je cesse de glander sur Place des tendances / Facebook / Pensées de ronde, m’admonesté-je.

23h45 : extinction des feux. Si, si.

La suite au prochain épisode…

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En chantant (une déclaration d’amour à l’Angleterre… ou presque)

En ce mois de janvier gris, pluvieux et glacial, je vous propose de plonger avec délice dans le cliché et l’envolée lyrique.

Commençons par l’envolée lyrique : j’aime la France. J’aime ce pays qui n’est pas plat. J’aime le pays de la montagne, de Vesoul et Paris qui s’éveille.  Mais après des années de sournoises et pernicieuses critiques sur l’Angleterre, force m’est de constater que mon pays d’accueil m’a – bien malgré moi – conquise.

Passons aux clichés, et savourons.

Je ne m’énerve plus lorsque le médecin-pas-pédiatre, devant une MiniPrincesse souffrante depuis plusieurs jours, me recommande la patience plutôt que les médicaments. Pour un peu, j’applaudirais même sa mesure et son bon sens. Le soir venu, je relate posément la consultation à un Prince sidéré :  « c’est vrai ça, finalement en France on se bourre de médicaments, et puis les antibiotiques c’est pas automatique ».

Je ne hausse (presque) plus les sourcils lorsque mes collègues ouvrent bruyamment leur sachet de chips au vinaigre à 9h20.

J’ai cessé de tabasser les capots des taxis qui refusent de me céder le passage, parce qu’ici piéton engagé n’a jamais la priorité.

Dans le Tube du matin, je ne remarque (presque) plus les robes-soi-disant-élégantes-oui-même-en-motif-rideau-à-petites-fleurs-roses, décolletés plongeants ou piercings.

Je fais sagement la queue et soupire bruyamment lorsqu’un huluberlu s’avise de passer devant tout le monde, mais me garde bien de lui faire remarquer : ce serait sortir de ma réserve quasi-britannique.

Je pars du travail à 17 heures, parce que je préfère habiter loin et au vert que dans le centre-ville et la pollution.

Je vante à qui veut l’entendre les espaces verts de Londres, le congé maternité de neuf mois, le traiteur indien / thaï / polonais du quartier.

Et tant qu’à faire, j’enchaîne sur la politesse des Anglais, leur humour et leur distinction (sauf le vendredi soir, et le samedi soir, et bon d’accord chaque fois qu’il y a un peu d’alcool qui traîne).

Le signe révélateur suprême (et non ultime) : je me plains encore… mais à l’anglaise. Ainsi, des anglicismes tels que « le service n’est malheureusement pas à la hauteur de mes attentes » et « un remboursement serait grandement apprécié » se glissent dans mes lettres de réclamation en français à l’insu de mon plein gré. Légèrement perturbée, je les corrige bien vite par de plus efficaces et idiomatiques « le service est absolument catastrophique » et « je vous saurais gré de bien vouloir procéder au remboursement le plus rapidement possible ». Ajoutant pour la forme un bon vieux « je vous prie de bien vouloir agréer, Madame, Monsieur, etc, etc. ». Parce que je suis française, moi, Madame, Monsieur.

Soudain, l’angoisse m’étreint. Si tel est le cas, si je suis encore française… où sont donc passés ma mauvaise foi, ma capacité à râler en toutes circonstances et mon amour du terroir ?

Je vous rassure, ils reviennent au prochain épisode.

Et vous, qu’appréciez-vous chez « les autres », pays d’accueil, d’adoption ou destination de vacances ?

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Il y a comme un froid (bis)

A propos de froid, il est temps de vous raconter comment j’ai réussi à passer la moitié de ma grossesse allongée à ne rien faire ou presque. Si, si, ça a bien un rapport avec le froid.

Après avoir claqué la porte de mon master de psychologie, je convaincs Prince de profiter de la vie tant qu’il est encore temps (comprendre : avant l’arrivée de « l’heureux événement ») et de rendre visite à un couple d’amis à New York. Oui oui, au mois de février, par une température moyenne de -5°. Oui oui, pour cinq jours seulement, comme ça Prince conserve ses congés pour l’arrivée de MiniPrincesse (malin, hein ? Non). Oui oui, on logera chez nos amis et pas à l’hôtel, et ce bien qu’ils habitent à une heure en train de Manhattan.

Le voyage se passe à merveille. Nous visitons avec enthousiasme l’Empire State Building et les immeubles Art Déco, parcourons la ville en long, en large et en travers, et je monte les marches des escalators deux à deux « parce que c’est bon pour la santé de faire un peu d’exercice physique quand on est en enceinte », ne m’arrêtant que pour une pause bien méritée au magasin Lindt sur Fifth Avenue.

Le voyage se passe donc à merveille. Enfin jusqu’à Brooklyn Bridge, le dernier jour. MiniPrincesse décide alors que puisque sa mère fait si peu de cas de sa présence, autant pointer le bout de son nez pour voir si c’est mieux dehors. Problème : subir ses premières contractions à 4 mois et demi de grossesse à l’aéroport de JFK où, Etats-Unis et libéralisme obligent, il n’y a pas un médecin en vue, n’est pas une partie de plaisir.

A l’arrivée à Londres – prudente, MiniPrincesse préfère rester au chaud tant qu’elle n’est pas en terrain connu – j’appelle ma super sage-femme.

- Je ne me sens pas très bien avec toutes ces contractions, je pensais rester un peu assise au lit en attendant de repartir à Paris lundi. Qu’en pensez-vous ?
- J’en pense qu’assise c’est bien, mais qu’allongée c’est mieux. Et que lundi me paraît bien optimiste.

Comme l’optimiste, entre la sage-femme et moi, c’est généralement la sage-femme, sa réaction me surprend. Mais je vais lui montrer, moi, de quel bois je suis faite. Elle va voir.

Quatre semaines plus tard, à force de balades pas tout à fait autorisées dans les rues de Paris et de déjeuners « super sympas mais un peu loin » avec des copains, c’est tout vu : hop, alitée pour 3 mois.

3 mois au lit à ne rien faire, génial comme perspective, non ?
Ben, en fait, non.

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Il y a comme un froid

En ce moment, il me semble que le temps londonien ne connaît que deux variantes : froid grisaille et froid soleil. Mon cerveau de grande frileuse entame avec bonheur sa longue hibernation. Et les matins passent dans un tourbillon…

- de sauts précipités du lit lorsque je réalise que MiniPrincesse nous appelle depuis de longues minutes (« Ma-ma-ma-ma-ga-ga-ga-ga-MA-MA-MA ! »)

- de petits déjeuners avalés très lentement (pour elle) ou très vite (pour moi)

- de vêtements pris au hasard (« ça fera l’affaire ») puis, au bout de quelques secondes d’examen (« j’assume de mettre ça au bureau ? ») piteusement reposés (« il est vraiment temps que je me mette au repassage »)

- de recommandations essentielles à la nounou encore en retard : « Elle est de bonne humeur ce matin, n’oubliez pas de lui donner son homéopathie même si vous pensez que ça ne sert à rien, ne la sortez pas sans bonnet, à ce soir »

- et de détours impromptus par chez le marchand de journaux. Depuis que j’ai découvert qu’il suffisait de demander le Figaro à son buraliste (le mien prononce « Fargo », comme dans « Mummy, did we receive Fargo today ? »), je joue avec délectation le cliché de la Française dans le métro, absorbée par le journal du jour, béret et moue renfrognée à la clé.

Mais avant le métro, il y a le passage devant l’école, un établissement privé on ne peut plus BCBG. Enfin si, en Angleterre plus BCBG on peut toujours (il suffit de rajouter quelques milliers de livres aux frais de scolarité), mais disons que cette école-là ne doit pas peiner à boucler les fins de mois. Les charmants bambins qui la fréquentent sont inévitablement accompagnés de leurs non moins chics yummy mummies – terme local très connoté désignant les mamans tendance et toujours bien mises (aucune ne se reconnaissant bien sûr dans cette dénomination).

Je croise généralement les enfants le matin parce que je suis généralement en retard le matin. Je leur prête une attention quasi-nulle puisqu’il est bien évident que MiniPrincesse ne sera jamais aussi grande (ou alors d’ici là on aura trouvé une solution pour lui offrir une scolarité convenable sans payer ni école privée ni maison à 1 million).

Un matin, pourtant, une phrase quelque peu incongrue me fait tendre l’oreille.

- Maman, tu ne trouves pas qu’il fait froid ce matin ?

L’herbe, les voitures, le trottoir, tout autour de nous est recouvert de givre et je grelotte malgré mes quatre épaisseurs et mon béret. Mes yeux s’attardent sur le petit garçon qui a eu l’heurt de poser cette innocente question et s’écarquillent lorsque je m’aperçois qu’il est EN BERMUDAS. Jambes nues. Sa yummy mummy, bien emmitouflée dans un élégant manteau, lui répond gaiement :

- Oh mais oui mon chéri, c’est vrai qu’il fait un peu frisquet aujourd’hui !

Et de lui coller un gros baiser avant de lui faire au revoir de la main.

Juste à côté d’elle, une mémé passe avec son caniche. Celui-ci est recouvert d’une épaisse couverture.

Je réprime un sourire supérieur en notant que dans ce pays de fous, même les chiens sont mieux couverts que les enfants.

Big Ben au crépuscule

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Le coming out d’une Frenchie à London (du bon usage des anglicismes)

Je l’admets : je voue une haine viscérale aux anglicismes.

Les années passant, un insaisissable et pourtant de plus en plus net sentiment se fait jour en moi : celui de perdre la maîtrise de ma langue, et par là, un fragment de mon identité même. Que l’expat’ qui n’a jamais marmonné, lors d’un retour dans son pays d’origine, « Ah, mais comment ça se dit, déjà ? Je l’ai sur le bout de la langue ! » me jette la première pierre.

Fini la nuance, à bas la finesse : de plus en plus, tout m’apparaît « sympa », « génial » ou au contraire « nul », voire « horrible ». Mon vocabulaire s’appauvrit aussi vite que le Trésor Public grec et je me surprends à trouver facilement l’expression anglaise parfaitement juste pour décrire un moment ou une émotion, sans parvenir à un équivalent français satisfaisant. Une impression, vous l’avouerez, quelque peu perturbante.

Et je ne suis pas la seule dans ce cas. Ainsi, une connaissance londonienne fêtant son anniversaire remerciant les invités « pour être là pour cette journée spéciale » ou une amie proposant de caler un dîner de filles (« je peux faire mercredi ou jeudi, vous préférez quelle date ? ») où elle nous vantera « le sac Vuitton original » qu’elle compte bientôt s’offrir… non parce qu’il est original, mais parce que c’est un « vrai » Vuitton.

Pas étonnant, dans ces conditions, que je sois assaillie de doutes chaque fois que j’utilise un mot de plus de huit lettres. L’anglais est-il définitivement pervasif ? Mes espoirs de retrouver un niveau de français correct sont-ils ruinés ?

D’aucuns me jugeront prétentieuse, ringarde, voire les deux mon capitaine. Mais n’est-il pas merveilleux que chaque langue ouvre à celui qui l’emploie tout un univers unique et intransposable ? Comment traduire vraiment (et non définitivement) « c’est ni fait ni à faire » (mesquin à souhait), « bon, bon, bon, c’est pas tout ça mais… » (classe) ou encore « moi j’vous le dis, il veut le beurre, l’argent du beurre et la crémière » (encore plus classe). C’est que le français est une langue riche, ma bonne dame. Et à l’inverse, le français peut-il rendre justice (ça se dit, rendre justice ? Argh…) à une expression on ne peut plus british comme « Chin up, old chap » ? OK, il faut vraiment que j’arrête mon marathon Dowton Abbey, mais vous voyez où je veux en venir. Sans me faire le chantre de la francophonie à tout crin, pourquoi massacrer ainsi notre belle langue par tant de négligence ?

Car il s’agit souvent de paresse pure et simple. Telle cette inimitable tirade entendue dans le métro quasiment mot pour mot :

« Et là, le switchboard m’a appelée, j’ai pris le lift pour descendre parce que je suis épuisée en ce moment, l’overground me réveille tous les matins. Ma chef m’a trop énervée en me disant que ma jupe était so last year, je lui ai répondu so what ? Elle est censée me supporter ! »

Cette dérive représente-t-elle un vrai changement par rapport à Paris où l’anglais est devenu un must pour paraître « efficient » en entreprise ? On est corporate ou on ne l’est pas, on attend que son boss (OK, celui-là est complètement passé dans la langue) revienne vers soi (ce qui pose la question : mais où donc était-il passé ?) et son feedback sera très impactant.

"On s’américanise de plus en plus…" ou la vision à la fois tendre et ironique de Sempé

Consolons-nous avec la pensée que l’anglais a lui aussi beaucoup emprunté au français (apparemment cela remonterait au règne de Guillaume le Conquérant) : ainsi, manager viendrait du français ménager et beef de bœuf. Les Rosbifs ne sont donc pas en reste : rien n’est plus chic que de répondre merci en français dans le texte lorsqu’on vous sert votre thé, s’écrier voilà lorsqu’on a parfaitement réussi sa tarte Tatin, et évoquer rêveusement le je ne sais quoi qui émane du beau jeune homme qui vous jette des regards langoureux dans le Tube du matin.

En guise de conclusion, je vous laisse sur l’anglicisme suprême (et non ultime puisque ce n’est sûrement pas le dernier que j’emploierai) : « Allez, on se retrouve au pub ! »

PS : certains anglicismes ont la bonne idée de tomber en désuétude. Ainsi, j’entends encore mon grand-père m’accueillir d’un « Mais tu es très smart aujourd’hui ! »

PPS : et vous alors, avez-vous tendance à mélanger les langues ? Au bout de combien d’années d’expatriation avez-vous commencé à chercher vos mots ? En France, avez-vous l’impression que l’anglais gagne du terrain ? Faut-il s’en offusquer ? L’anglais est-il le compétiteur un concurrent du français ? Votre avis m’intéresse beaucoup !

PPS : ma principale satisfaction concernant cet article réside non dans le fait de l’avoir enfin pondu, mais dans les 178 mots de plus huit lettres que j’ai réussi à y caser. Promis, dans le prochain article, tout sera à nouveau très beau, super ou au contraire minable.

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De l’accompagnement global (et autres décisions concernant un certain accouchement à Londres)

Détendons un peu l’ambiance.

Janvier 2011

Tout va bien dans le meilleur des mondes. Je suis enceinte de quatre mois, ce qui signifie que j’ai plus l’air d’avoir abusé pendant les fêtes que d’attendre un bébé. Je ne peux guère nier plus longtemps l’évidence : MiniPrincesse ne va pas sortir toute seule. Et qui plus est, je suppute que cela va faire mal.

Alors… où vais-je bien pouvoir accoucher ?

Vous vous en doutez, la grande anxieuse que je suis n’a pas attendu le point de non-retour quatre mois pour se pencher sur la question. Echaudée par la fausse couche, je me suis abstenue de demander conseil autour de moi avant d’avoir dépassé la fatidique date des trois mois. Heuresement, Prince, toujours plein de ressources, me suggère de faire appel aux services de conseiller habituel : Internet. Selon mon mari, Internet a réponse à tout. L’affaire du Rainbow Warrior, késaco ? En quelle année Robert Redford a-t-il commencé sa carrière de beau gosse ? Qui donc est Lady Gaga ??

Las. Pour les questions plus délicates, comme « Qui va bien m’aider à pouvoir faire sortir mon bébé ? », Internet est à la peine. Le top des maternités ne m’apprend pas grand-chose – tout au plus, que le taux de césariennes en région parisienne est alarmant, et qu’accoucher sans péridurale est en passe de devenir l’exception. Impossible de trouver un site répertoriant les différentes possibilités qui s’offrent à moi, surtout si l’on ajoute le facteur « expat’ qui nourrit un solide ressentiment contre les services de santé de son pays d’accueil et ne perd pas une occasion de déblatérer à leur sujet ».

Au prix d’un dur labeur (quelques plaisantes heures passées au lit à me faire chouchouter par un Prince aux petits soins), la SuperConsultante maniaque du tableau Excel refait surface, et me voici face à un rutilant récapitulatif :

L’hôpital public français ? Dans la théorie, oui (vive le service public français, Liberté Egalité Fraternité, tout ça), dans la pratique… bof. Sais pas. J’ai peur (d’avoir mal, mais aussi de plein d’autres choses) que l’hôpital public manque de temps pour me tenir la main.

L’hôpital public anglais ? Merci, j’ai déjà donné. Tels que je connais les Anglais, la seule méthode de gestion de la douleur qu’ils proposent est la sempiternelle cup of tea (pas loin : le gaz hilarant).

L’hôpital privé anglais : à 10 000 livres l’accouchement, forceps et chambre non inclus (compter 3 000 à 6 000 livres supplémentaires), ça fait cher le bébé. Et encore, je n’ai pas compté la césarienne en urgence (non offerte par la maison).

L’hôpital privé français : idéologiquement, non (vive le service public français, Liberté Egalité Fraternité, tout ça), dans la pratique… mmh… pourquoi pas ?

Perplexe d’avoir restreint l’horizon des possibles en me fondant uniquement sur de virtuels avis, je décide de faire ce que je fais de mieux : je ne décide pas. Pour l’instant. Je m’inscris, au cas où, entre-huit-et-dix-semaines-d’aménorrhée-et-pas-un-jour-de-plus, à la clinique privée où la plupart de mes connaissances ont accouché.

Entretemps, une de mes camarades de fac, à qui j’ai très rapidement avoué ma grossesse (comme on confesse une grosse bêtise), ne cesse de me chanter les louanges de la sage-femme libérale grâce à qui elle a eu deux accouchements « mer-veil-leux ». Après avoir passé tout le premier trimestre à me boucher (métaphoriquement) les oreilles, force m’est admettre que mon tableau Excel ne m’a pas apporté de réponses très satisfaisantes jusqu’ici.

Je rencontre donc – seule, Prince étant toujours à  Londres – la « merveilleuse » sage-femme. Elle m’explique doctement le principe de l’accompagnement global : mot savant pour dire que la personne qui vous aide à mettre au monde votre enfant n’est pas un inconnu mais quelqu’un qui vous a suivie toute la grossesse. Je ne sais pas si je veux un accouchement « mer-veil-leux », mais je veux bien savoir qui sera à mes côtés le jour J – chose étonnamment peu répandue. Et tant qu’à faire, je veux bien aussi accoucher dans la position qui me chante, et pas sur le dos juste parce que c’est plus confortable pour le gynéco (NB : encore une exception française…)., et faudrait pas qu’il se foule trop, parce qu’après il a golf (OK, j’arrête là la mauvaise foi).

La mauvaise nouvelle, c’est que sage-femme merveilleuse n°1 n’est pas disponible durant l’été 2011. La bonne nouvelle, c’est qu’elle fait partie d’un groupe de neuf sages-femmes apparemment toutes plus merveilleuses les unes que les autres : le Groupe Naissances. Prince se laisse gentiment réveiller aux aurores un samedi matin de visite parisienne (ce que femme veut, Dieu le veut) pour rencontrer sage-femme merveilleuse n°2. Nous arrivons tous deux plus que méfiants quant à l’ « accouchement physiologique » évoqué lors de la première rencontre. Et le gynéco, il est où, dans l’affaire ? Et l’hôpital ? Et la péri ? « Pourquoi donc veux-tu d’un accouchement New Age ? » me lance même Prince – sous-entendu « Ma femme ne va pas accoucher comme une hippie, je suis banquier à la City, moi ! ».

Ironiquement, nous ressortons de l’entretien entièrement rassurés sur la prise en charge médicale…  et absolument convaincus que sage-femme merveilleuse n°2 nous est aussi antipathique à l’un qu’à l’autre.

La troisième fois – sage-femme merveilleuse n°3, pour ceux qui suivent – est la bonne. Rassurante, compétente, à l’écoute, bref : la perle. C’est donc parti pour un accouchement global, physiologique et tout le touintoin. Stupéfaite de sortir des sentiers battus (mon choix est celui de moins de 1% des femmes françaises), je parviens tout juste à ne pas me laisser perturber par les réactions de mon entourage. Morceaux choisis :

Ma mère : « Quoi, ce n’est pas un gynéco qui va t’accoucher ? Mais tu as perdu la tête, ma fille ! Nous ne sommes plus au Moyen Age, tout de même ! »

Mes amies : « Tu attends un bébé ? Félicitations, c’est génial (pour celles qui n’ont pas d’enfant) / Félicitations, tu vas voir, on en bave mais ça vaut le coup (je crois) (pour celles qui en ont). Et tu accouches où ? Avec quoi ? Une sage-femme, mais dans un hôpital ? Ah… euh… très bien ?! »

Prince / mon père / les hommes : « … ».

PS : public / privé ? Pays d’origine, pays d’adoption ? Où avez-vous accouché (pour celles qui ont vécu ce « jour merveilleux » ?) Où vous voyez-vous le faire (pour les autres) ?

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