Le retour de la valise perdue (mais encore plus drôle car avec des enfants)

Ce qui me soucie le plus, c’est le fromage.

Un évènement inopiné m’oblige à sortir de mon silence. Oui, malgré la fatigue (trois ans et demi de sommeil de retard), la to-do list à rallonge (trois ans et demi d’administratif de retard) et les gros yeux que me fait Prince (trois ans et demi de « promis je regarde juste un petit truc sur Internet et après j’éteins » de retard), le reportage en direct s’impose.

Vous vous souvenez, le coup de la valise perdue ? Mais si, rappelez-vous, lorsque je me roulais par terre dans les aéroports vénézueliens, hurlant ma déception à l’idée de devoir me passer de mon maillot de bain préféré pour mon voyage de noces. Eh bien, une valise égarée, contre toute attente, c’est le genre de mésaventure qui, de simple contrariété lorsqu’on est libre de ses mouvements de son sommeil et de déjeuner en paix jeune mariée, devient une véritable calamité lorsqu’on se traîne deux boulets enfants en bas âge.

Je le sentais que cette obscure low-cost (Norwegian, pour ne pas la nommer) allait perdre nos bagages.

Retour sur image.

Prince et moi commençons généralement, accablés, à faire nos valises vers 21 heures la veille du départ – rapport aux sus-dits boulets qu’il convient de nettoyer, sustenter et placer en position horizontale pour la nuit. Notre avion décolle à 9h15, m’informe mon ami Google. Rapide rétroplanning. Arrivée 1h30 avant le vol (« Sortez le bébé de la poussette, s’il vous plaît. Votre poussette se plie facilement ? Non ? Eh bien, videz-la intégralement et pliez-la quand même. Maintenant, retirez vos bottes, et sans lâcher le bébé, merci), 1h30 pour le trajet jusqu’à Pétaouchnok Airport (merci le départ en vacances scolaires et donc en bouchons), et 1h30 pour placer les boulets en position verticale, les sustenter et les nettoyer : lever 5h45. Sans temps mort ni petit déjeuner en ce qui nous concerne. Mais haut les coeurs.

– Tu as vu Prince, nos billets nous ont vraiment coûté une bouchée de pain, lancé-je à mon époux dans une minable tentative d’égayer l’atmosphère.

Vraiment, vraiment pas chers, nos billets. Voilà qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille.

Comme d’habitude, j’ai voulu faire preuve de parcimonie en n’achetant qu’une valise. Et comme d’habitude, ma pingrerie se retourne contre moi, puisqu’il s’avère rapidement 1/ qu’une valise de vingt kilos (mais où avais-je la tête ?) ne nous permet d’emporter que la moitié des vêtements de boulets / cadeaux pour les autres boulets de la famille / attirail divers et varié relatif à la petite enfance tels que gigoteuses, couches et autres biberons mais que 2/ si près du départ (« On est plus de trois heures avant, ils exagèrent ! ») la valise supplémentaire est facturée à prix d’or à l’aéroport.

Banco.

Résignée, je boucle donc une première valise intégralement remplie de vêtements roses : les vêtements de bébé de MiniPrincesse que je me prépare à prêter à ma petite nièce. Rose pâle, vif, saumon, pêche, fuschia, tout y est et il n’y a que ça. C’est à se demander comment on fait pour habiller les garçons (à celles et ceux que cela intéresse, je recommande cet édifiant reportage).

La deuxième valise, elle, contient tout le reste : nos vêtements, ceux des enfants, les cadeaux, etc. Ah oui, et les fromages. Trois kilos de bons fromage français. C’est important pour la suite.

Le lendemain matin

Le voyage se passe sans encombres.

Quelle joie que de voyager avec des enfants

Quelle joie que de voyager avec des enfants

En version famille avec enfants en bas âge, voici ce que cela signifie :

– Le bébé n’a braillé que vingt-cinq minutes dans le taxi avant de s’endormir (puis il a fallu le réveiller dix minutes après car finalement on avait visé beaucoup trop large)

– La tablette était suffisamment chargée pour faire tenir MiniPrincesse pendant tout le vol ou presque (long moment de solitude garanti dans le cas contraire)

– Les hôtesses de l’air m’ont laissé tourner en rond comme une forcenée faire les cent pas au fond de la cabine pour endormir le bébé

– Le passager placé devant MiniPrincesse ne s’est presque pas énervé de la centaine de coups de pieds qu’elle lui a décochés pendant le vol. Presque. Du coup, on n’a presque pas eu honte. Presque.

Un voyage sans encombres, donc. Jusqu’à l’arrivée (« Tu prends MiniPrincesse, et moi je grille toute la queue à la sécurité avec le bébé »).

– Maman, elle est où la valise bleue ? me demande innocemment MiniPrincesse à mon retour du change bébé.

Je ne sais pas ce qui est le plus charmant : le fait que la personne qui change le bébé soit encore et toujours une femme, ou le détournement de bon goût du pictogramme habituel

Je ne sais pas ce qui est le plus charmant : le fait que la personne qui change le bébé soit encore et toujours une femme, ou le détournement de bon goût du pictogramme habituel

Je précise que la valise bleue est celle qui contenait « tout le reste ».

– Je ne sais pas ma chérie, tu as demandé à Papa ?

Le doute m’étreint. Confirmé par un regard irrité et inquiet de Prince. Nous regardons autour de nous. Nous sommes seuls, devant un tapis roulant désespérément vide.

S’ensuit un long moment d’invectives, de paperasserie et d’enfants qui s’impatientent.

– Maman, il est où mon nounours ?

– Dans la valise bleue, ma chérie.

– Et les biscuits que j’aime ?

– Dans la valise bleue, ma chérie.

Plus tard. Bien plus tard.

– Tu vois Maman, la valise bleue, elle devrait être LA, décrète MiniPrincesse en me désignant le tas informe de sacs de voyages (tout est bon pour ne pas enregistrer de troisième valise), manteaux, biberons et autres paquets de biscuits. Avec nous !

Certes. Merci, ma fille.

Encore plus tard. Le coup de grâce :

– Maman, comment ils vont faire, Papi et Mamie, si on ne leur rend pas leur valise bleue ?

Ah oui, je ne vous ai pas dit : la fameuse valise bleue ne nous appartient pas. Pardon, Papa et Maman.

Comme je vous le disais, ce qui me soucie le plus, c’est le fromage.

Quelque part dans le monde, mon fromage s'affine...

Quelque part dans le monde, mon fromage s’affine…

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Dix bonnes raisons de réveiller ses parents en plein milieu de la nuit

Un enfant de trois ans, c’est merveilleux. Les prémisses de l’autonomie sont là, il est presque possible de converser de manière cohérente (« Regarde, Maman, un chat dans le ciel ! »), votre progéniture vous émerveille en traçant maladroitement son prénom (« M-I-N-I-P-R-I-N-C-E-S-S-E ») car nous habitons en Angleterre et ici on apprend à lire et écrire au berceau. Enfin, vous, bienheureux parents, dormez sur vos deux oreilles. Ah, maintenant que la période bébé est derrière vous, quel délice que de retrouver des nuits complètes…
Sauf que pas du tout. Mais alors, DU TOUT.
En tout cas, pas chez nous.
MiniPrincesse fait effectivement preuve d’autonomie et d’une maîtrise passable du charabia du français. Le jour.

La nuit, tous les chats sont gris et tous les prétextes semblent bons pour réveiller ses parents. Morceaux choisis (et traduction) :
1. Geignement étouffé = Cauchemar qui fait un peu peur
2. Hurlement strident = Cauchemar qui fait très peur. Il y a un renard dans mon lit (et il faut absolument que ce soit toi qui lui dises « BOUH ! ». Et bien fort, s’il te plaît, tu seras gentille)
3. « COULENEZ »= J’ai le nez qui coule (et il faut absolument que ce soit toi qui me l’essuies)
4. « Maman de l’eau ! » = J’ai envie de te réveiller d’ici une petite heure pour faire…
5. « PIPIIIIIII ! » (se passe de commentaire)
6. « AAAAAHHHH ! Il y a des serpents sur le mur, je les vois » = Hallucinations de fièvre (véridique et un tant soit peu angoissant)
7. « Maman vient s’il te plaît »= j’ai envie de jouer mais je savais que si je te le disais tout de go tu m’enverrais balader
8. « Papa, viens ! » = J’ai envie de jouer et Maman m’a déjà envoyé balader
9. BOUM = Tu n’avais pas envie de jouer avec moi alors j’ai décidé de faire le plus de bruit possible
10. « MAMAAAAAAAAAAN » = J’ai envie d’embêter mes parents, un point c’est tout.

Le lendemain matin, nous avons généralement la conversation suivante :
– MiniPrincesse, Papa Prince et Eva in London ne sont pas contents. Tu nous as encore réveillés cette nuit. Nous t’avons déjà expliqué qu’il ne fallait nous réveiller qu’en cas de danger. Tu vois, maintenant, nous sommes fatigués et de mauvaise humeur.
MiniPrincesse, sans se démonter un instant :
– Ce n’est pas grave, Maman (sic).
– Si, c’est grave ! Tu ne le feras plus, hein, MiniPrincesse ?
Notre fille, soudain rêveuse :
– Regarde, Maman, un chat dans le ciel !
Nous voilà dans de beaux draps.

Une extraordinaire rencontre

Eurostar Paris – Londres, un lundi matin
 
Je me trouve entre deux wagons, veillant d’un oeil distrait sur MiniPrincesse assoupie dans sa poussette. Le ronron du train me berce moi aussi, jusqu’à ce qu’une exclamation me tire de ma torpeur :
– Oh, for crying out loud!
Je ne peux m’empêcher de sourire à cette expression so British, qu’on pourrait traduire par « Bon sang », si j’en crois mon ami Google. Chez le Britannique, elle témoigne d’un agacement proche du paroxysme.
Sur le strapontin d’en face, un homme d’une cinquantaine d’années, un peu débraillé en T-shirt des JO de Londres 2012 un peu élimé. Son regard croise hélas le mien. 
 
Voici la conversation qui s’ensuit (bien évidemment traduite en français) :
– Dites-moi, mademoiselle, savez-vous appeler une ligne fixe en France ?
– Euh, oui…
– Alors, ayez la gentillesse de me donner un coup de main. J’appelle ce numéro depuis tout à l’heure, et rien n’a l’air de passer. Je suis un homme très important (sic), mes valises sont remplies d’objets de valeur (re-sic)…
A mon regard perplexe, il s’interrompt et me tend son portable.
– Enfin, qu’importe. Vous pourriez essayer ?
Je compose le numéro et fais chou blanc à mon tour.
– Ah, tant pis. Vous êtes bien aimable. MONTREZ-MOI VOTRE MAIN, rugit-il subitement.
Je m’exécute, interloquée.
– Ah… ah… marmonne-t-il. Savez-vous ce que je fais dans la vie ? Je suis magister. Vous avez déjà entendu parler des magister ? Non ? (Il me l’épelle. Je ne comprends pas plus). Moi je suis magister niveau II, apres je peux passer niveau 1 (la logique m’échappe). Il y a aussi les magister satanicum, mais eux sont méchants (avec un nom pareil, on s’en doutait un peu). Qu’importe, qu’importe. Je reviens tout juste de Paris, j’y ai perdu mon passeport, bref, passons, j’ai touché la colonne vertébrale d’une femme, elle a pleuré, et cette petite fille que j’ai soignée DE MES MAINS !
J’en reste comme deux ronds de flan.
Le marabout, courroucé :
– Vous ne me croyez pas, c’est ca ?
Voyons… sur l’épineux theme de la magie noire, je suis pragmatico-agnostique : si je me figure que certains individus possedent (sans doute) un don, rien ne me dit que cet énergumène est de ceux-la. Mais je prends le parti de ne pas le contrarier ; dans la mesure du possible, je préfèrerais en effet qu’il s’abstienne de maudire ma descendance sur sept générations.
Heureusement, MiniPrincesse remue presque imperceptiblement, me fournissant ainsi l’excuse idéale pour ne pas répondre. Je fais semblant de m’affairer aupres d’elle.
– Vous etes une femme forte, décrète le mage. Vos dents sont extraordinaires (sic). Et vos yeux. Vous êtes jeune (tout est relatif). Vous avez… 27 ans ?
– Euh, presque. Mais merci du compliment !
Une femme entre deux âges, tres apprêtée, commet l’erreur de passer à ce moment précis. Le supposé marabouteux l’arrête net.
– Madame, ne faites pas attention à moi, je suis un peu fou.
Elle, très Anglaise :
– Ne vous inquiétez pas, mon cher. Nous sommes tous un peu fous, moi la premiere.
Lui, la dévisageant avec intensité :
– Il faut que vous arrêtiez de boire.
– Euh… j’étais en vacances ?!
Lui, sans transition, me désignant de la tete :
– Cette jeune femme a un coeur d’or. Elle m’a aidé à telephoner en France. J’ai perdu mon passeport. Et les employés des douanes ont été pris de panique lorsqu’ils ont aperçu mes baguettes magiques. Je leur ai formellement interdit de les toucher, sous peine d’etre maudits.
La dame, sans doute décontenancée devant cette logorrhée, fait mine de repartir. Il l’agrippe :
– Vous avez entendu ? Vous devez absolument vous arreter de boire.
 
La pauvre femme parvient enfin à se tirer des griffes de son moraliste. S’ensuivent quelques délicieuses minutes de normalité silencieuse. Puis :
– Ah, j’ai compris ! J’étais en mode avion. Je n’étais pas connecté !
Certes.
– Vous avez si merveilleuse que je vais vous faire un cadeau. Non, deux. Voyons, je dois bien avoir une piece quelque part (il extirpe tant bien que mal une piece de cinq centimes de son pantalon élimé). 
Il marmotte alors une incantation incomprehensible. Je me tiens à distance respecteuse (on ne sait jamais). Le magister fait mine de me tendre la piece, puis la reprend :
– Excusez-moi de ma goujaterie, mais je me dois de vous poser la question : cette enfant est-elle la votre ?
– Euh, oui (et elle n’est pas à vendre)
– Non, mais je veux dire, VRAIMENT A VOUS ? DE vous? Vient-elle d’ICI (en montrant mon ventre du doigt) ?
– Sans aucun doute (tu veux vraiment des détails sur mon accouchement ?)
– Bien. Je me devais de vérifier. Voici une pièce qui sera son talisman. Ne la donnez JAMAIS. Ne payez pas AVEC. N’en tirez profit d’aucune manière.
En meme temps, avec cinq centimes, je n’irai sans doute pas bien loin.
– Et voici mon deuxième cadeau (farfouillant parmi ce qui semble bien être une sélection de baguettes magiques)…
Il extirpe de sa valise une feuille froissée. Non, vraiment, il ne fallait pas.
– Voici un dessin pour votre fille.
– C’est… un chien ?
– Mais non, un lapin, voyons !
Je n’ose pas demander qui est responsable de ce douteux chef d’oeuvre, et empoche le dessin en marmonnant un simple merci et retournant à mes moutons, enfin, ma MiniPrincesse. Heureusement, le train commence à ralentir, signalant ainsi une arrivée imminente (ouf).
– Conservez-le précieusement, hein ? A bientot !
Une fois arrivees à bon port, MiniPrincesse et moi regardons le dessin de plus pres. Tout en bas à droite, notre protecteur a inscrit :
 » Pour MiniPrincesse, de la part de Colin. Copie #2″
La valeur de l’original doit être incommensurable.
Je place le talisman dans ma boite à bijoux : prudence est mère de sûreté. Surtout en matière de magie noire.

Comment trouver une nounou à Londres… ou Eva in London à la recherche de SuperNanny

Ce qui est bien, lorsqu’on cherche une nounou à Londres, c’est que la ville est on ne peut plus cosmopolite. Ou, pour dire les choses de manière moins politiquement correcte, les Anglais s’y trouvent en nette minorité, du moins dans certains quartiers.

Et chacun semble avoir un avis bien tranché sur nos futures candidates issues de la diversité de l’immigration.

Prince, hongrois : « Ne t’avise pas de choisir une Hongroise. Elles sont mollasses » (je savais qu’il ne nourrissait pas une affection particulière pour son pays, mais quand même)

Ma mère, polonaise : «  Prends donc une Polonaise ! Elles sont dynamiques et fiables. Et sympathiques. Et compétentes. Et fiables, je l’ai dit fiables ?Etc. »

Ma copine Charlotte, française, et qui en est à sa quatrième nounou (dont aucune française) : « Surtout pas de Française ! Elles ne font que râler, et en plus elles vont critiquer la manière dont tu élèves tes enfants »

Anonyme, sur mon site de référence : « Les Philippines travaillent pour une bouchée de pain afin de nourrir leurs enfants restés au pays dur et bien, en avez-vous une à me recommander (la mienne est tombée d’épuisement à l’issue d’une énième journée de 18 heures) ? »

Ma copine Delphine, aussi à cheval que moi sur l’apprentissage du français en milieu hostile anglophone : « Pas une Anglaise ! Elle va lui parler anglais ! »

Je suis sûre que la perle rare se trouve quelque part sur cette photo

Je suis sûre que la perle rare se trouve quelque part sur cette photo

Certes.

Moi, je me contenterais aisément de quelqu’un qui s’occupe bien de MiniPrincesse. Bon, d’accord, idéalement, une délicieuse jeune femme qui parle l’une des trois langues avec lesquelles notre fille va grandir (pour rappel : français, hongrois et anglais). Mais une personne gentille, qui ne vole pas, et lève les yeux de son téléphone de temps en temps lorsqu’elle emmènera MiniPrincesse au parc pour éviter qu’elle ne se fracasse un bras par ci, une jambe par là, ça serait déjà formidable. Lorsqu’on a trois semaines pour trouver un mode de garde, on ne va pas chercher midi à quatorze heures.

Je place donc une annonce sur mon site fétiche, et épluche les réponses sous lesquelles je croule. Ou pas : la pêche est maigre. Basse saison pour les nounous.

Pour filer la métaphore gastronomique, je ne fais pas la fine bouche, et reçois séance tenante les quelques candidates qui ont eu la bonté de me contacter.

Candidate n°1 (hongroise) :

– Vous avez de l’expérience avec les bébés ?
– Euh, pas vraiment… mais c’est pareil que lorsqu’ils sont plus grands, non ?

Ben, non.

Candidate n°2 (hongroise), qui se présente avec un CV identique en tous points à celui de Candidate n°1 :

– Votre CV ressemble beaucoup à celui de [Candidate n°1]. Vous vous connaissez ?
– Euh, un peu…

Allez, je lui reconnais la présence d’esprit d’avoir réussi à correctement écrire son nom et son adresse en haut à gauche.

Candidate n°3 (anglaise jusqu’au bout des ongles), au bout de quatre minutes d’entretien :

– Alors, je vous préviens : je ne m’occupe QUE de ce qui concerne les enfants. Je range LEUR chambre, lave LEURS vêtements et nettoie uniquement derrière eux dans la cuisine.

Candidate n°4 (italienne – on prend ce qu’il y a), au bout de 35 minutes d’entretien sans un regard pour l’adorable, que dis-je, l’irrésistible bébé qui gazouille à côté d’elle.
– Bon, ben au revoir alors…
Prince, interloqué :
– Euh… vous ne souhaitez pas faire la connaissance du bébé ?
Moue perplexe de Candidate n°4.
– Non, ça va, une prochaine fois peut-être.

Ou pas.

Candidate n°5 n’est ni française, ni hongroise, ni anglaise. En revanche, elle est gentille, ne vole pas, et couvre MiniPrincesse de câlins – j’apprendrai rapidement qu’elle a la main un peu lourde sur le parfum, rapport à l’odeur tenace dont seront bientôt imprégnés tous les pyjamas de ma fille. Mais peu importe. Nous tenons notre SuperNanny.

Trouver une place en crèche à Londres… ou Eva in London à la recherche d’une oreille compatissante

(suite de ce billet)

Cernes maquillés, kilos tant bien que mal dissimulés, je me suis donc présentée à ce fameux entretien chez BankCompany®. Si ma gentille cliente a remarqué l’état de congélation de mon cerveau, elle a dû mettre mon affligeant manque de vivacité sur le compte de la timidité. Quoi qu’il en soit, j’ai décroché un boulot. Et pas n’importe lequel : grouillotte manager (bon, personne ne me demande de manager personne, mais passons).

J’ai eu le culot de demander un 4/5ème. ; je l’ai obtenu. J’avais même évoqué la possibilité d’un 3/5ème, mais là, je me suis quand même fait renvoyer dans mes buts.

C’est loin ; je lirai dans le métro (NB – lecture (nom féminin) : activité inaccessible à la jeune mère au foyer, sauf entre deux et trois heures du matin).

C’est un CDD ; cela me réjouit secrètement, moi qui tremble à l’idée de confier MiniPrincesse entre des mains inconnues. Je me figure qu’il sera ainsi plus aisé de revenir au bercail s’il s’avérait que mon activité professionnelle de grouillotte manager qui ne manage personne traumatise ma fille.

Bref, ma crainte de la prison à vie rester au foyer contre mon gré devenant temporairement sans objet, il faut bien que mon angoisse existentielle se fixe sur autre chose.

Et, une fois n’est pas coutume, c’est Prince qui en fait les frais.

– BankCompany® veut que je commence dans trois semaines. Tu te rends compte, trois semaines ?!

– Hmmm… (sans lever les yeux de son nouveau joujou iPad)

– On ne va JAMAIS trouver un mode de garde pour MiniPrincesse en trois semaines !

– Mais si (idem)

– Ecoute, les crèches me rient au nez lorsqu’elles apprennent qu’on cherche une place pour un enfant déjà né. Apparemment, deux semaines après la naissance, c’est déjà trop tard, les listes d’attente sont pleines !

Légère hyperbole de ma part, mais le fait est que décrocher une place en crèche à Londres relève du Graal, a fortiori dans notre cher quartier de la vallée des couches. Et lorsque, ô miracle, une place se libère, encore faut-il être Crésus pour en profiter, avec des frais avoisinant les 1 400 livres par mois. Nul besoin de préciser que l’Etat providence français, avec sa politique familiale volontariste, est bien loin.

Prince, flegmatique :

– Mais non.

Puis, remarquant que les onomatopées et monosyllabes risquent de lui occasionner une volée de bois vert, il se fend de quelques mots supposés me réconforter :

– Ne t’inquiète pas. On va trouver.

– Et si on fait chou blanc ?

– Hmmm…

Constatant que mon cher époux a à nouveau les yeux rivés sur son écran, j’abats mon joker :

– On pourrait toujours faire venir ma mère ?

Prince redresse la tête, alarmé. Il est temps de porter le coup de grâce. J’ajoute :

– Juste quelques semaines ?

Mon mari tressaille, et se met immédiatement à l’action.

– Bon. S’il n’y a pas de place en crèche, on va chercher une nounou. J’ai justement entendu parler d’un site très bien…

Bref, Eva in London et Prince partent à la recherche de SuperNanny.

Comment occuper un enfant malade de trois ans (astuce : iPad inside)

– Maman, c’est quoi ce gros ventre ?

J’adore passer du temps de qualité avec ma fille.

Ecoute active. Discipline positive. Inspirer, expirer. C’est comme quand MiniPrincesse me balance « Non, Maman, toi dormir sur canapé. Moi dormir avec Papa » : elle ne pense pas à mal. Paraît-il.

Si si, c'est super

Si si, c’est super

– Ben, tu vois ma chérie, après avoir eu un bébé, il faut des années un peu de temps à la maman pour retrouver la ligne.

MiniPrincesse, du haut de ses bientôt trois ans, esquisse une moue dubitative.

– Moi, petit ventre.

Soit. On en reparle dans dix ans.

MiniPrincesse entame son troisième jour à 39,5° de fièvre. La crèche n’en veut pas, la babysitter a déjà succombé aux assauts de ce sale virus, et le médecin anglais (un généraliste bien évidemment, je vous rappelle que les pédiatres n’ont pas droit de cité en Angleterre) vient de nous renvoyer chez nous avec pour toute ordonnance une bonne vieille cup of tea.

Rien, donc, que de très habituel au royaume de sa Majesté.

Dieu que la journée promet d’être longue.

10h35

De retour à la maison.

– MiniPrincesse, tu veux jouer aux Lego ?

– Aime pas Lego.

L’affaire se présente bien.

– Euh… dessiner ?

– Pas dessiner.

– … faire des muffins ?

– Toi faire muffins. Moi manger muffins.

Bon. Faut pas pousser mémé dans les orties, non plus. Soupir de renoncement à toute activité un tant soit peu pédagogique. Comme dit l’autre : « Avant, j’avais des principes. Maintenant, j’ai des enfants ».

– Tu veux jouer à la tablette ?

Je vous jure que si MiniPrincesse était un lapin, ses oreilles se dresseraient bien droites. J’ai juste le temps de voir une tornade de 95 cm de hauteur débouler puis s’asseoir confortablement et SA-GE-MENT sur le canapé avant que ne résonne un sonore :

– TABLEEEEEEEEEEEEETTTE MAMAAAAAAAAAN !!!

– Qu’est-ce qu’on dit ?

– TABLEEEEEEEEEEEEETTTE MAMAAAAAAAAAN S’IL TE PLAIT !!!

Ah. Quand même. Non, parce qu’on est polis, chez nous (même quand on vocifère).

Ce merveilleux interlude devrait me permettre de piquer un somme de lancer une lessive / étendre la lessive / vider le lave-vaisselle / préparer un repas sain et bio à ma fille (ou des pâtes).

11h15

De ma plus douce voix de mère dévouée :

– Ma chérie, viens manger, le déjeuner est prêt !

Silence.

– Ma chérie, viens à table !

Ma fille, si sensible, si intuitive, ne sent-elle pas poindre l’agacement dans ma voix ?

– MiniPrincesse, lève le nez de la tablette TOUT DE SUITE !

11h18

– Beurk.

– Les pâtes, c’est beurk ?

– Oui.

– Bon. Tu veux de la semoule ?

– Beurk.

Je me creuse la tête, à court de bestsellers. Au bout de 48 heures de jeûne quasi-complet – rapport à son « petit ventre, moi », je cède à la panique, prête à tout pour faire ingérer un peu de nourriture à mon enfant qui frôle sans nul doute l’inanition.

– Tu veux de la compote ?

– Non.

L’heure est grave.

– Tu es sûre ? Même pas une compote EN GOURDE (alias le graal) ?

– Non, merci, Maman.

« Non, merci, Maman » ?

Moi, au bord des larmes :

– Du chocolat ?!!

11h29

La tablette de Prince est couverte de petites traces de petits doigts chocolatés.

11h50

De ma plus douce voix de mère dévouée :

– Tu viens, MiniPrincesse, c’est l’heure de la sieste !

Regard courroucé.

– Mais Maman, moi occupée jouer !

– Si tu vas te coucher immédiatement, je te laisserai rejouer à la tablette tout à l’heure.

La discipline positive en action, je vous dis.

Parents efficaces (une aubaine pour toi, parent inefficace)

Parents efficaces (une aubaine pour toi, parent inefficace)

11h51

MiniPrincesse est au lit.

12h25 (BEAUCOUP TROP TOT, donc)

– Mamaaaaaaaaaaaaaan ! braille MiniPrincesse.

– Oui, ma chérie ? Qu’est-ce qu’il y a encore ?

Je brandis machinalement – la force de l’habitude – le thermomètre devant le visage cramoisi de MiniPrincesse, déclenchant moult hurlements.

– Moi pas malade, Maman ! PAS THERMOMETRE !!! PAS THERMOMEEEEEEETRE !!!

40,2°. Epatant.

Avant d’avoir des enfants, je croyais que c’était la panacée que de s’occuper d’un enfant patraque. « Ca » ne fait que dormir, non ?

Ben non. Un enfant malade, il s’avère que « ça » fait tout sauf dormir. Ca chouine, ça se mouche (mal), ça se plaint, ça veut jouer à la tablette, ça ne veut rien manger sauf du chocolat, ça veut Papa (« il est au travail, ma chérie. – Pourquoiiiiiiiiiiii ?! Veux Papa !!!! Pas Maman !!!! »).

Pas de bol. La journée enfant malade, c’est pour Maman.

Tentative de réintégration professionnelle (ou comment « reprendre le travail » après un bébé, quand on n’a pas de travail)

– Tu crées ZERO valeur pour la société.

Voilà ce qu’avait décrété un « ami » à propos de ma situation professionnelle – au chômage – lorsque j’ai débarqué à Londres pour y suivre Prince. Comme disent les Anglais, avec de tels amis, a-t-on encore besoin d’ennemis ?

Enfin. J’ai pris acte de sa remarque, et me suis consacrée quatre années durant à l’étude de données de salaire chez SuperConseil. O joie et épanouissement.

Aujourd’hui, j’ai beau m’occuper tant bien que mal de MiniPrincesse depuis six mois déjà, force est de constater que le regard que la société porte sur moi n’a pas changé. Et maintenant qu’ « on » (ma mère / ma belle-mère / ma meilleure amie / ma pharmacienne) a épuisé le sujet de mon accouchement (péri ou pas péri, est-ce que j’ai eu très mal ou très très mal, combien pesait MiniPrincesse au gramme près et autres questions passionnantes), « on » (ma mère / ma belle-mère / ma meilleure amie / ma pharmacienne) n’a de cesse de me demander quand je compte « reprendre le travail ».

Et chacune a son avis sur la question.

Ma mère, dont le congé maternité n’aurait duré que quelques heures, le temps de rentrer et de sortir de la clinique, plisse le nez à chaque fois qu’elle me demande quand mes « vacances » prendront fin.

Ma belle-mère, qui, à chaque enfant, s’est arrêtée trois ans pour les « élever elle-même », fronce les sourcils lorsqu’une malencontreuse remarque (« Prince, au moins, a cinq semaines de congés par an ») lui laisse penser que  je ne baigne pas dans la félicité absolue.

Ma meilleure amie, qui « comme tout le monde » en France a repris le boulot lorsque son bébé a atteint le grand âge de deux mois et demi, me lance des regards courroucés lorsque je lui explique que MiniPrincesse « est encore si jeune pour la confier à des inconnus ».

Ma pharmacienne pose la question, mais au fond, s’en fiche comme de sa première boîte de Prozac. C’est toujours ça.

Yummy mummy

Quoi qu’il en soit, je suis bien en peine de répondre. Prise en flagrant délit de désorientation professionnelle, je marmonne vaguement « sais pas », « tellement épanouissant de voir MiniPrincesse grandir » et « on verra ». Je ne peux même pas arguer d’un hypothétique congé parental puisque j’ai eu la brillante idée de démissionner juste avant de tomber enceinte. Oui, j’adore m’occuper de MiniPrincesse. Oui, sans aide de l’Etat providence français, mon salaire couvrira à peine la nounou / nursery / childminder. Mais si je continue à converser diversification et développement moteur, c’est bientôt moi qui aurai besoin de soins.

Je n’en suis d’ailleurs pas à ma première tentative de réintégration professionnelle.

Lorsque MiniPrincesse avait trois mois, j’ai manqué tomber de ma chaise en découvrant une annonce de job trop beau pour être vrai :

« Poste flexible pour Français habitant à Londres »

Il s’agissait de s’occuper à distance (vive les nouvelles technologies) du site français d’une entreprise anglaise, fondée par un couple du quartier.

C’était effectivement trop beau pour être vrai, le couple en question passant plus de temps à s’écharper et s’affubler de noms d’oiseaux qu’à cogiter sur leur développement à l’international.

L’entreprise fit faillite deux mois après que j’aie jeté l’éponge. Pure coïncidence, bien sûr.

Me voici revenue à la case départ (pour rappel : zéro création de valeur). Je suis assaillie par les pires angoisses. Jamais je ne retrouverai un emploi. Je suis condamnée à passer ma vie au foyer. Ma carrière est finie.

Une nuit d’insomnie, je n’y tiens plus, et contacte une brillante ancienne cliente de mon époque SuperConseil, . Elle ne s’étonne guère de l’heure à laquelle mon mail lui parvient (3h17 du matin) et me propose immédiatement un rendez-vous. Et pas pour parler biberons.

We are back in business !

Tentative d’intégration #2 : le playgroup alternatif

Si je suis sidérée d’apprendre que c’est à moi de confectionner une souris en feutre blanc (super utile, vous me direz) tandis que ma fille « joue librement » aves des jouets-en-matière-naturelle, je suis la seule à le laisser paraître.

Les autres mères ne mouftent pas lorsque Hippie en Chef distribue les aiguilles (je n’ai pas cousu depuis que ma mère a tenté de m’apprendre à coudre un bouton, jetant rapidement l’éponge devant mon évident manque de coopération).

Les autres mères ne protestent pas lorsque Hippie en Chef fait passer de minuscules morceaux de feutre coupés au millième de millimètre près pour correspondre exactement au « patron » (je ricane assez peu délicatement, repensant à mon soulagement lorsque j’appris que les cours d’arts plastiques s’arrêtaient à l’entrée au lycée).

Les autres mères – bon, certaines – parviennent même à sourire, apparemment ravies de cet exercice de couture impromptu (je proteste à mi-voix auprès de Hippie en Chef : « je n’ai pas cousu depuis l’âge de 14 ans et je ne comprends rien ! » – en vain).

Je suis vraisemblablement la seule mère à trouver surréaliste cette scène où une dizaine de femmes adultes cousent, tout sourire, de microscopiques souris de feutre tandis que leur marmaille tente de colorier à l’aide de simili-crayons-en-matière-naturelle (MiniPrincesse, toujours pleine de ressources, a réussi à mettre la main sur un bon vieux stylo-bille noir sorti d’on ne sait où). Tout ça pour « se montrer en état de créativité ».

Je suis si indignée par ce nouvel esclavage librement consenti qu’en bonne Française, j’entame une silencieuse grève sur ma chaise. Je vais même jusqu’à m’intéresser aux gribouillages de MiniPrincesse (« Oh, comme c’est joli ! C’est quoi ? Un bonhomme ? Ah, un soleil ! Très bien ! »).

"Maman, regarde : chien" !" (véridique)

« Maman, regarde : chien » ! » (véridique)

En bonne Anglaise, Hippie en Chef fait mine de ne rien remarquer (ou ne remarque rien). Sa seule contribution à l’animation du groupe se borne à deux interventions, prononcé d’un ton égal :
– (mummies, juste pour vous informer que j’ai égaré mon aiguille)

Avoir perdu une aiguille au milieu d’une douzaine de tout-petits marchant pieds nus ou à quatre pattes ne l’inquiète guère.

Puis, quelques minutes après :
– (surtout, ne vous dépêchez pas, nous pourrons terminer cette activité mercredi prochain) Plutôt mourir.

Pendant que les mères s’affairent à leurs souris respectives, j’observe avec satisfaction que la plupart d’entre elles prêtent si peu d’attention à leur tenue que pour une fois, je parais presque bien habillée. Les joies simples sont parfois les plus douces.

Enfin, au bout de quarante-trois longues, très longues minutes, nous rangeons enfin aiguilles (celles qui restent), patrons et faux crayons. Autour de moi, j’aperçois quelques souris qui ressemblent à des souris. La mienne traîne, négligée, en plusieurs morceaux (j’ai quand même réussi à découper le patron), sur la table. Je la fais disparaître discrètement.

Voici venu le moment préféré de MiniPrincesse : la collation. En Angleterre, si l’enfant ne s’est pas alimenté entre son porridge de 8 heures et le curry de 11h30, on craint pour sa santé. D’où l’importance du snack. Et bio ou pas, le menu du snack anglais semble immuable où que j’aille : galettes d’avoine et/ou de riz accompagnées de raisins secs. Si c’est Byzance, on y trouve aussi des pommes ou des clémentines. Bingo. Avec une petite surprise : pour mériter le snack,rien ne vaut une petite bénédiction païenne, entonnée par Hippie en Chef.
– (merci pour ce repas merci pour le soleil merci pour la terre etc)

A peine MiniPrincesse a-t-elle englouti son dernier raisin sec (et piqué ceux abandonnés par sa voisine) que je me lève pour aller m’acquitter de mes trois livres, espérant ainsi pouvoir m’échapper de cette quatrième dimension. Hippie en Chef hausse un sourcil et me dit : – (le paiement ne s’effectue qu’à la fin, le playgroup n’est pas fini)

Vu l’accueil que tu m’as réservé, je ne risque pas de le savoir, espèce de beatnik, me retiens-je de lui lancer.

J’endure donc encore un peu de freeplay, quelques chansons en l’honneur du soleil et l’incompréhension de MiniPrincesse devant le fils de Hippie en Chef qui, à peine sa mère partie de la pièce, se met à donner des coups de pieds à tout ce qui bouge (« Ne t’inquiète pas ma chérie, ce petit garçon de cinq ans doit être contrarié que sa maman ne l’ait pas encore allaité depuis le snack. Ou alors il aimerait bien porter des chaussons normaux plutôt que des babouches rose vif »).

Enfin, nous sommes libres.
– Alors, MiniPrincesse, ça t’a plu, ce playgroup ?
Ma fille, flairant le piège, ébauche une prudente grimace.
– Bizarre, dame ? hasarde-t-elle.
– Oui, je suis d’accord, ma puce, la dame était un peu bizarre.

La vérité sort de la bouche des enfants.

Véridique - c'était plein

Véridique bis : c’était plein

Tentative d’intégration #2 : le playgroup alternatif

Après l’échec retentissant le succès en demi-teinte du cours de musique pour mouflets, voici le récit d’une tentative d’intégration à la vie de yummy mummy beaucoup plus récente : le playgroup alternatif. Qu’entends-je par alternatif ? Ce playgroup se déroule au sein d’une école à la pédagogie « différente » – dont je tairai le nom – et dont il constitue « un excellent moyen de découvrir le mode d’éducation ». La rapide présentation sur le site Internet reste consensuelle : un temps pour jouer librement (freeplay), une activité (l’exemple donné est le dessin, qu’on peut difficilement qualifier d’exercice révolutionnaire) suivie d’une collation bio (évidemment) et de chansons. OK, les jouets sont exclusivement fabriqués à base de matières naturelles (bois, tissu, coquillages), ça a l’air d’être très important – MiniPrincesse, bien qu’habituée aux plastiques criards, devrait s’en accomoder.

Voici le décor planté.

Un beau matin ensoleillé, me voici donc accompagnée de MiniPrincesse, à descendre au sous-sol d’un imposant bâtiment en briques pour parvenir à une porte à laquelle on peut lire « Parent and Toddler Group ».

Je frappe. Pas de réponse. Prenant mon courage à deux mains, je pénètre dans une petite pièce pourvue d’une longue table à hauteur d’enfant et d’une dizaine de petites chaises d’un côté, et de jouets-en-matières-naturelles de l’autre : deux chevaux à bascule, une grande tente en patchwork, des poupées vaguement vaudous, etc. Deux mamans sont assises sur des coussins à même le sol, leurs enfants sous les yeux. De l’autre côté de la pièce, une jeune femme – 35 ans environ, oui c’est jeune – coud placidement un vêtement non identifié de couleur non identifiée (khaki ?), un marmot de quatre ou cinq ans littéralement agrippé à sa jupe.

Des jouets NA-TU-RELS (et un peu effrayants)

Des jouets NA-TU-RELS (et un peu effrayants)

Je lance timidement un « hello » à la cantonade. L’une des deux mamans lève la tête et me sourit gentiment. La couturière, imperturbable, se contente d’un « hello » en retour avant de poursuivre son ouvrage.

La perplexité m’envahit. Le playgroup était censé démarrer à 10h et il est 10h04. Déjà quatre minutes de retard ! Qui plus est, l’une des mamans a conservé ses chaussures aux pieds, l’autre pas. Que faire ? L’animatrice – je suppose qu’il s’agit d’elle – porte d’indescriptibles pantoufles à longs poils noirs et marrons. Et je remarque par la même occasion que sa jupe n’est pas banale non plus : une sorte de patchwork de tissus sans nul doute tous na-tu-rels et bien évidemment de longueurs différentes.

Bon. Dans le doute, je me déchausse et indique à MiniPrincesse de faire de même. Pendant ce temps, d’autres mères arrivent, et – oh, comme le temps passe vite, déjà douze minutes de retard ! – nous voici une dizaine d’adultes et autant d’enfants, sans compter les nouveaux-nés évidemment portés en écharpe par leurs génitrices.

L'écharpe de portage, c'est le bonheur

L’écharpe de portage, c’est le bonheur

L’animatrice, suivie de très près par son fils, fredonne un indescriptible « om », ce qui semble marquer le signal de se mettre en cercle.
– (hello, everyone)

Ah, donc elle parle. Tellement bas que je peine à distinguer ce qu’elle dit, et sans ponctuation apparente, mais elle parle. J’ai l’impression d’assister à un spectacle d’hypnose, tellement elle a l’air détendue.
– (let’s start)

Et elle se met en mode hippie à chantonner :
– (bonjour la lune bonjour le soleil bonjour les cailloux bonjour la terre bonjour l’air bonjour le feu)

Bien bien bien. La nature c’est important. D’ailleurs je suis une maniaque du recyclage. J’imite donc les autres mères, plaque un sourire Colgate sur mon visage et me joins aux festivités païennes. Après quelques minutes d’épanouissement musical, la Hippie en Chef (ainsi que je l’ai d’ores et déjà surnommée dans ma tête) annonce, ou plutôt murmure :
– (aujourd’hui nous allons faire des souris blanches en feutre)

Les mères, en chœur, à l’adresse de leur progéniture, plus sourire Colgate que jamais :
– WAOUH !!!

La progéniture :
– …

Ce qui ne l’empêche de s’installer avec diligence à table. Hippie en Chef en paraît contrariée (autant que faire se peut lorsqu’on pratique la méditation à raison d’une heure par jour). – (non aujourd’hui ce sont les mamans qui vont faire l’activité)

Qu’entends-je ?! – (c’est très bon pour vos enfants de voir leur mère en état de créativité)

Heu, si j’étais capable de me mettre « en état de créativité », 1. ça se saurait et 2. je ferais tranquillement de la créativité à la maison plutôt que de me taper 40 minutes à pied pour emmener ma fille à un playgroup alternatif où c’est moi qui me tape tout le boulot.

La suite au prochain épisode…

Tentative d’intégration #1 : le cours de musique bébé en anglais

Mes trois friend dates s’étant déroulées sans anicroche (« Alors, ça fait combien de temps que tu habites à Londres ? Ton enfant est trop mignon (ben voyons) ! Il a quel âge ? Il dort bien ? etc. »), je décrète qu’il est temps de passer à la vitesse supérieure : faire la connaissance de jeunes-mères-sympas-et-même-pas-forcément-françaises.

La quête de l’insaisissable amie anglaise avait constitué l’un de mes fers de lance lors de l’arrivée à Londres il y a cinq ans (gloups). Las. Introuvable la copine anglaise, introuvable elle est demeurée. La seule chose qui me rassure, c’est que je ne suis visiblement pas la seule à me heurter au mur de cordialité de la perfide Albion.

Mais je n’ai pas dit mon dernier mot. Car je dispose désormais d’une arme de choc ; en l’espèce, un bébé de cinq mois, MiniPrincesse. Et pour établir des occasions de côtoyer de l’Anglaise, d’innombrables possibilités s’offrent à moi. Yoga bébé, cours de cuisine, poterie, langue des signes, heure du conte, danse, chant… dès la naissance, les petits Anglais (fortunés, cela va sans dire) ont à leur disposition un programme d’une richesse comparable à la prestigieuse université à laquelle leurs parents aspirent sans nul doute pour eux.

Décontenancée par cette avalanche de propositions qui, toutes sans exception, se targuent d’être « essentielles pour le bon développement intellectuel et émotionnel de mon enfant », je jette finalement mon dévolu sur une activité musicale quelconque. Celle-ci promet de « poser les bases de l’avenir musical de mon enfant », rien de moins.

Mes ambitions à moi sont nettement plus prosaïques. Si cette demi-heure normalement facturée au prix d’un cours particulier de maths de terminale (le cours à l’essai est gratuit) peut arracher un ou deux sourires à MiniPrincesse et me permettre d’échanger quelques mots autres que « coucou caché » et « tu as bien dormi, ma petite choupinette chérie ? », ça sera déjà ça.

Mais cela ne devait pas être. Vu la tête que tirent les mères présentes lorsque MiniPrincesse et moi arrivons dans la petite salle au premier étage d’un centre de loisirs, il transparaît rapidement qu’elles seraient plus à leur place à un groupe de soutien à la dépression postnatale qu’à un groupe de musique.

Un cours accueillant dans un lieu chaleureux

L’animatrice (« My name is Byony !!! »), semble en revanche avoir abusé du Prozac en cette pluvieuse après-midi.

So, mummies !!! (Alors, les mamans !!!)

Silence consterné, ou poli, c’est au choix (ne négligeons pas la réserve britannique).

Bryony réalise qu’elle a oublié quelque chose. Ou plutôt quelqu’un. Elle s’écrie :

So, mummies and babies !!! (Alors, les mamans et les bébés !!!)

Nouveau silence.

Today, we’re going to have FUN !!! (Aujourd’hui, on va bien s’AMUSER !!!)

Ce qui, si vous avez bien suivi, fait pas moins de douze points d’exclamation en trente secondes, soit presque un point d’exclamation toutes les deux secondes.

Un murmure modérément enthousiaste s’élève du cercle de mamans. Les habituées – ou du moins, celles qui ont l’air de savoir ce qu’elles font là – hasardent un hésitant « Yay » à l’adresse de leur progéniture.

Et la dite progéniture, pendant ce temps ?

L’un des bébés s’assoupit dans les bras de sa mère, insensible au fait que ça fait cher la minute de sommeil. Deux bébés pleurent. MiniPrincesse, perplexe, se cramponne à moi. La bonne foi m’oblige à reconnaître que l’humeur des « habitués » varie au moins de neutre à plutôt souriante. C’est peut-être parce qu’eux ne s’effraient plus des hurlements de Bryony.

Au cours des 23 minutes qui suivent, il est beaucoup question d’un singe très joueur (« Where’s monkey ? »), d’une comptine anglaise à laquelle je ne comprends rien à part que Bryony veut que les mummies se lèvent à intervalles réguliers (hmmph) et de percussions sur lesquelles notre chère animatrice, momentanément contrariée (je crois même l’entendre jurer), ne parviendra jamais à remettre la main.

– Alors, ça vous a plu ? Souhaitez-vous vous inscrire pour le trimestre ? me lance Bryony à la fin du cours.

Je cogite deux secondes et demie. MiniPrincesse n’a pas esquissé la moindre ébauche de sourire, je n’ai pas osé adresser la parole aux mères brésiliennes, polonaises et américaines présentes (pas l’ombre d’une Anglaise) et estime avoir eu de la chance de ne pas subir de perte auditive après 30 minutes de Bryony.

De deux choses l’une : soit cette femme ne doute de rien, soit elle n’a pas remarqué que MiniPrincesse et moi aurions préféré être chez le dentiste plutôt qu’ici.

J’arrive néanmoins à faire preuve d’une courtoisie toute britannique afin d’éluder la première question pour répondre à la deuxième sans pouffer de rire :

– Je vais réfléchir, merci.

Finalement, pour un bébé de cinq mois, chantonner Frère Jacques à la maison (même faux) c’est très bien aussi.