Pause déjeuner à l’anglaise (3) : le plat cuisiné

La mort dans l’âme, et trois kilos en plus sur les hanches, je me résous donc à prendre le chemin de Marks & Spencer. Comme je suis toujours aussi désemparée devant une poêle et une casserole, il me faut en effet trouver un nouveau cuisinier. Alors que je pénètre dans le supermarché intitulé « Simply Food » en me remémorant avec nostalgie les lasagnes supra-caloriques de Vittorio, je trouve immédiatement de quoi regonfler le moral des troupes : les rayons débordent de dizaines, que dis-je, de centaines de plats cuisinés différents. Visiblement, je ne suis pas la seule à ne pas savoir / vouloir / daigner cuisiner dans ce pays. Camarades handicapés de la spatule, unissons-nous ! Faisons carillonner les caisses des supermarchés !

Toute à mon euphorie consommatrice, je m’égare dans les rayons « world food » : du curry de canard ( ?) aux cannellonis chères à mon ex-cuisinier, tout est là. Hélas, impossible de trouver un plat à moins de 600 calories.

Petit rappel : un plat à plus de 400 calories, quand on veut perdre du poids, c’est moyen. Plus de 500, c’est mal. Plus de 600, c’est de l’auto-sabotage. Tout comme en dessous de 300, s’affamer au déjeuner me paraissant être la meilleure façon d’échouer une heure après, hagard et honteux, devant le distributeur de barres chocolatées.

Résignée, je me dirige donc vers les plats « Count on us » : comptez sur nous. Etrange appellation s’il en est. Que se proposent donc de faire les marketeurs de l’illustre chaine de supermarchés ? Comment souhaitent-ils que  nous, consommateurs à la recherche de plats cuisinés allégés –  en beurre, crème et toute autre graisse, mais délicieux quand même – comptions sur eux ? Enigmatique.

Pas désarçonnée pour un sou, j’étudie longuement – très longuement – la gamme de plats-sur-lesquels-on-peut-compter-même-si-on-ne-sait-pas-très-bien-pourquoi. L’appel de l’estomac se faisant de plus en plus durement ressentir, je porte mon choix sur un chili con carne.

 

L’affaire se présente bien. Mon déjeuner :

– se situe pile-poil dans la sacro-sainte fourchette de calories (entre 300 et 400, pour ceux qui suivent les règles érigées par l’éminente nutritionniste Eva in London)

– est servi avec du riz long grain (très chic, tout ça)

– est pauvre en graisses saturées (le nouveau dada des nutritionnistes)

– cerise sur le gâteau, il m’apporte même une des cinq portions de fruits et légumes recommandées par le PNNS anglais. Intrigant : cette portion vient-elle du riz ? de la viande ? du sachet plastique ? Ne posons pas de questions.

Je suis également rassurée de ne trouver ni E304, ni gomme de xanthane ni autre horreur industrielle dans mon plat – on n’est pas chez Marks & Spencer pour rien (meme si j’y ai déjà trouvé de la limonade contenant des ingredients aussi banals que de la graisse ou du sel). En revanche, je reste interloquée par le premier ingrédient, donc celui qui pèse le plus lourd dans mon plat : de l’eau.

J’hésite à reposer ce déjeuner sur lequel je comptais tant, et à retourner aussi sec chez Vittorio – qui, lui, coupe sûrement ses plats à l’huile plutôt qu’à l’eau . Puis je me rappelle le verdict impitoyable de ma balance.

Va pour le chili con carne. Mais je vais peut-être devoir me mettre à faire la cuisine, après tout. 

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