Questions pour un champion

Aujourd’hui est un jour à marquer d’une pierre blanche. 

Le téléphone a sonné.

Rassurez-vous, les chroniques ne glissent pas inexorablement vers un inquiétant et soporifique nombrilisme : ce qui transforme cette prosaïque information en événement majeur, c’est qu’il s’agissait d’une proposition d’entretien pour le cabinet de conseil en ressources humaines ou j’ai été recommandée par mon ancien responsable de stage. Tests mathématiques, épreuve de raisonnement, entretien avec les ressources humaines : « comptez deux à trois heures », m’ont-ils dit. Sous entendu :

– deux heures si je m’arrête à la case ressources humaines
– trois heures si ça se passe bien et que les opérationnels daignent me jauger en personne
– trois à quatre secondes si je ne suis pas passée chez le coiffeur avant et que je ressemble à ça : 

Je profite de la présence d’un couple d’amis venus nous rendre visite ce WE pour préparer avec eux mes réponses (oups, j’allais dire « ma défense ») :

–  Les ressources humaines ? Si, si, j’adore. Enfin, je n’en ai jamais fait, mais j’aime travailler avec les gens. C’est pareil, non ?

– Les cinq mois de trou sur mon CV depuis mon dernier emploi ? Aïe, c’est plus dur.

« J’aime passionnément glander » ne constitue sans doute pas une réponse appropriée.
« Vous comprenez, j’ai préféré faire un break car j’étais en plein questionnement existentiel, parce bon, j’en suis quand même a ma quatrième reconversion en trois ans… » non plus.
Illumination : pourquoi ne pas survendre ma semaine de bronzette en Turquie sur le mode « je  suis partie découvrir le monde » ? Going travelling, il paraît que c’est très couru ici. Enfin, plutôt quand on survit à une année de vadrouille, sac au dos, avec moins de 10 dollars par jour (le fameux gap year) que lorsqu’on se paye une semaine all inclusive en club, mais sur un malentendu, ça peut toujours marcher.

– Si j’aime tellement les ressources humaines, pourquoi n’ai-je pas postulé dans l’entreprise à l’issue du stage que j’y avais fait ? Réfléchissons ; ce n’est pas parce que ça ne m’intéressait pas, non non… ah, je sais. Je manquais de maturité : il m’a fallu toutes ces années, et ces expériences différentes, pour m’apercevoir que c’est ça (le ça restant à définir, en espérant que les ressources humaines me parlent suffisamment du poste pour pouvoir faire illusion devant les opérationnels) que je voulais vraiment faire dans la vie.

Bon, il va peut-être falloir retravailler deux ou trois petites choses, mais sur le fond, je suis prête. Reste le plus dur : la forme. Une séance de shopping (argh), un peu de maquillage et surtout un RDV chez le coiffeur : avec tout ça, je devrais réussir à leur faire croire que je peux être présentable et crédible face à un client.

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