Le thé à l’anglaise, pas trop ma tasse de thé

– Qui s’occupe de la prochaine tournée ? (“Who’s getting the next round ? »)

– Allez, je me dévoue !

Ce dialogue n’a pas lieu au pub le vendredi soir, mais dans mon open space. Tel un mantra, il y est répété une fois, dix fois, cent fois par jour. Précision de taille : il ne s’agit pas de pintes de bière, mais de (beaucoup) de tasses de thé.

Chez SuperConseil, c’est tea time toutes les dix minutes.

Je ne sais pas où les Anglais casent tout ce thé. Ou peut-être cette exceptionnelle consommation de liquide leur sert-elle simplement d’entraînement pour les beuveries du WE.

Quoiqu’il en soit, moi, ca me laisse perplexe. Soit il s’agit de maximiser simultanément le nombre et la durée des pauses que l’on arrive à faire en une journée de « travail » sans se faire virer, en assurant des commandes dignes d’un café parisien (cinq thés, un avec lait et deux sucres, un sans lait et un sucre, trois avec lait et un sucre, deux cafés dont un extra fort, et un verre d’eau), et là, j’aime autant sortir faire un tour de pâté de maisons (sauf qu’il pleut, j’avais encore oublié) ; soit… ils aiment vraiment ça.

Et là, ça me dépasse.

Comprenez-moi bien : j’aime bien le thé. Surtout depuis que j’ai découvert que « thé » n’était pas synonyme de sachet de Lipton Earl Grey. Ah, les bonheurs d’un thé Marco Polo de chez Mariage Frères…

(oui, oui, j’assume très bien mon côté bourgeoise parisienne même pas bohème)

Mais ce que boivent mes collègues à longueur de journée n’a de thé que le nom. Ni l’apparence (vaguement caca d’oie avec l’incontournable ajout de lait), ni le goût (les trois sucres ayant au moins le mérite de le masquer un peu). Une de mes amies a même élaboré une théorie particulièrement convaincante pour expliquer ce phénomène paradoxal : si les Anglais noient leur thé dans le lait et le sucre, c’est qu’au fond, ils n’aiment pas vraiment ça. Ce qu’ils aiment, c’est le réconfort que leur apporte ce rituel social du thé. D’ailleurs, là où Montesquieu affirmait « Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé », un Anglais est plus susceptible de faire sienne la devise « Je n’ai jamais eu de gueule de bois / gros rhume / coup de barre du lundi qu’une bonne tasse de thé n’ait dissipé ».

N’empêche, intégration oblige, à la prochaine tournée (d’après mes estimations, dans cinq à dix minutes), je me jette à l’eau.

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