Comment convaincre son homme de faire un bébé : la contre-attaque (en quinze bonnes raisons)

Prince est un homme efficace. Dans son document NobabyList.xls, point de fioritures : il va droit au but.

No-baby List

  1. Pouvoir dormir la nuit
  2. Pouvoir dormir le jour
  3. Etre réveillé par une douce étreinte plutôt que par des hurlements de nourrisson / un bambin ébouriffé qui vous tire par la manche en glapissant « Papa, Papa, réveille-toi, il est 6 heures, j’ai faim ! » / un ado boudeur qui vous tire du demi-sommeil dans lequel vous aviez sombré vers une heure du matin, las de l’attendre rentrer sain et sauf de sa soirée
  4. Se tenir prêt à sortir de la maison en moins de 40 minutes (mais où sont les couches / le manteau / le biberon / le lange / le doudou ?)
  5. Ne pas refuser systématiquement les invitations au resto, théatre ou ciné sous prétexte que « en ajoutant le prix de la babysitter, ça fait vraiment trop cher la soirée »,  se coupant ainsi rapidement de tous ses amis
  6. Ne pas avoir à mettre les mains dans le cambouis (pour rester  poétique) 8 à 10 fois par jour, pendant deux à trois ans, à multiplier par le nombre d’enfants. En plus, c’est mauvais pour l’environnement, toutes ces couches
  7. Il paraît que les parents sont moins heureux que les couples sans enfants (peut-être les premiers étaient-ils trop fatigués pour comprendre la question en répondant au sondage ?)
  8. Ne pas s’entendre brandir des menaces de divorce à 3h18 du matin sur le thème « Si tu ne te lèves pas pour aller t’occuper du bébé, j’en ai marre, tu n’en fous pas une, de toute manière tu es complètement désinvesti comme père »
  9. Pouvoir se concentrer sur le journal, le match de foot ou un bouquin sans être interrompu toutes les 18 secondes parce que le bébé a faim / s’ennuie / est encore tombé sur un objet coupant
  10. Conserver assez d’énergie pour répondre autre chose que « bien » à la question « Comment s’est passée ta journée ? »
  11. Faire preuve de plus d’ambition, pour ses soirées en amoureux, que de s’affaler devant un DVD… devant lequel on s’assoupira au bout de vingt minutes
  12. Cantonner la liste des pommes de discorde aux chaussettes qui traînent, la belle-mère et sans y ajouter les principes éducatifs, la nécessité de nourrir ses enfants en bio bien qu’il coûte deux à trois fois plus cher et à qui c’est le tour de changer le bébé. N’est-il pas déjà bien assez difficile de s’entendre à deux ?
  13. D’ailleurs, comme le disent les Anglais : « three’s a crowd » (à trois, il y en a toujours un de trop)
  14. Dormir. Ah, je l’ai déjà dit ? Pas grave, c’est parce que c’est essentiel à ma survie. Tu sais, je suis trader, moi, c’est important que je sois en forme pour aller bosser (Alors que moi, je garde les moutons chez SuperConseil, c’est ça ?)
  15. Bref, profiter de la vie.

Pour une fois que Prince exprime aussi clairement et fermement son opinion, mal m’en prendrait de ne lui prêter une oreille attentive. Néanmoins, je n’ai qu’un seul véritable argument à opposer à cet amoncellement de clichés tendance macho : pour moi, aujourd’hui, profiter de la vie, c’est en créer une nouvelle. A deux.

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Comment convaincre son homme de faire un bébé : l’attaque (ou cinq fausses bonnes raisons)

Devant cette nouvelle fin de non-recevoir de Prince au sujet de sa future progéniture, Eva in London alias Bulldozer ne voit qu’une solution : le plan d’action sous Excel. A moi, la liste des dix raisons de faire un bébé. Pourquoi dix ? Ca fait bien, un point, c’est tout.

Une heure d’intense concentration plus tard, j’ai révisé mes exigences à la baisse sur le fond (cinq raisons pas très convaincantes, ça fera l’affaire) mais à la hausse sur la forme : comme aimait à le rappeler ma prof de français de première qui se désolait devant mes copies illisibles et striées de correcteur, celle-ci compte autant que le fond. Mon document Liste Princebébé.xls est un petit bijou esthétique. Mais je m’égare : j’ai une bataille à mener. A l’attaque.

Je m’approche de Prince avec un sourire à la fois conciliant et assertif (si, si, c’est possible) et déclare tout de go :
– Alors, mon chéri d’amour, je sais que tu aimes bien t’appuyer sur les faits pour décider, en conséquence de quoi j’ai dressé une liste…
– … des raisons de rester à Londres ? lance Prince, plein d’espoir.
– Euh, non, pas tout à fait, répliqué-je, momentanément décontenancée.
Je prépare bien une « liste des raisons de rentrer à Paris et ne jamais, jamais remettre les pieds à Londres », mais ce sera pour une autre fois. Rien ne sert de se battre sur tous les fronts. D’ailleurs, au besoin, je suis prête à échanger un bébé-là-tout-de-suite-maintenant contre deux ans de plus à Londres. Mais je garde cet atout dans ma poche pour le cas où les négociations piétineraient réellement. On n’en est pas là. Je reprends donc, guillerette :
– Non, mieux que ça. La liste des dix cinq raisons de faire un bébé.

Prince lève imperceptiblement les yeux au ciel. Eh oui, c’est encore de lui enlever sa liberté lui donner une descendance que je souhaite discuter. Il jette un coup d’œil discret à gauche, puis à droite ; non, décidément, pas moyen de fuir le conflit cette discussion. Il soupire :
– Très bien, montre-la moi.

Cinq fausses bonnes raisons d’avoir un bébé là-tout-de-suite-maintenant

1. L’argument existentiello-consommateur : un enfant, c’est le bonheur à l’état pur (faux). Donner la vie ! Mettre un enfant au monde ! Le voir s’éveiller ! Que rêver de mieux que former une belle famille Ricoré avec petit déjeuner dégoulinant de Nutella, de bonheur et tout le tointoin ? Comment ça, difficile de rejouer la Mélodie du Bonheur quand les marmots hurlent à longueur de journée parce que leurs parents épuisés n’arrêtent pas de les houspiller ? Mais si, tu verras, ce sera merveilleux.

2. L’argument romantique : un enfant, n’est-ce pas le plus beau des projets qu’un couple puisse mener ? Euh oui, le plus fatigant aussi. Mais, mon amour, je suis sûre qu’on arrivera à gérer la fatigue (faux) tout en restant soudés (faux, faux) et respectueux l’un de l’autre (faux, faux, faux).

3. L’argument gourmand : pendant neuf mois, c’est « permis de manger » (faux). C’est le seul moment de la vie d’une femme où elle peut se permettre d’avaler tout ce qu’elle veut sans prendre un gramme (faux) ni culpabiliser (faux, surtout si le gynéco est un homme) parce qu’après tout, il faut bien que le bébé ait sa ration de chocolat Lindt vitamines et nutriments. Comment ça, ça ne te fait pas rêver de voir ta dulcinée s’empiffrer ?

4. L’argument pro-mondialisation : quelle chance de pouvoir élever des enfants bilingues français-hongrois (faux) ! Ah, c’est vrai qu’on habite à Londres (le pauvre, il croit qu’on croupira encore ici avec des enfants en âge de parler. Ne détrompons point ce bienheureux). Bon, ben, trilingue alors : français-hongrois-anglais. Oui, je sais qu’il y a huit fois plus de demandes que de places au Lycée Français de Londres, que les jeunes filles au pair hongroises ça ne court pas les rues, et que ma mère voudra leur parler polonais. Un problème à la fois, ok ?

5. L’argument utilitaire-tendance-absurde : Plus on s’y met tôt, plus on aura fini tôt (vrai mais moyennement convaincant). Comme ça, on pourra profiter de notre retraite. Pour quoi faire ? Ben, je sais pas exactement, parce qu’il n’y aura plus d’argent pour nous en payer une, de retraite… des weekends en amoureux, par exemple. Euh, oui, comme maintenant. Sauf qu’on sera vieux, fatigués, et qu’on aura mal partout à cause de nos rhumatismes / notre arthrite / nos douleurs d’estomac. Mais on aura de merveilleux enfants pour s’occuper de nous… s’ils nous daignent encore nous adresser la parole) !

Comme vous le voyez, j’aurais été bien en peine de poursuivre ma liste qui, je le lis dans le regard apitoyé que Prince me lance, pèche tant par sa brièveté que son manque de substance. Néanmoins, il ne pipe mot, me dévisage longuement, et s’éclipse.

Prochain épisode : la contre-attaque, ou la liste des raisons de ne pas avoir d’enfants, par Prince. Et lui, il en a trouvé quinze, et elles sont toutes valables, na.

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Dix bonnes raisons de ne pas faire de sport, et une première tentative de se faire des amis à Londres

C’est marrant, mais il y a des sujets qui m’inspirent plus que d’autres. Tiens, le sport, par exemple. Tout comme je trouve très facilement plein de raisons de ne pas travailler, j’en vois toujours plein pour ne pas aller courir :

  1. Il fait froid.
  2. Il pleut.
  3. Il fait froid ET il pleut (on n’est pas à Londres pour rien).
  4. Avec mon non-équipement de sport, j’ai l’air d’un épouvantail.
  5. Ca me déprime quand les papys de 70 ans me dépassent à toute allure.
  6. Je me suis lavé les cheveux il y a trois jours, ça serait dommage de les re-salir.
  7. Si on ne perd du poids qu’au bout de 20 minutes d’ « activité », je suis pas près d’y arriver. Sauf si par activité, on entend « regarder la télé », « dormir » ou « jouer à Civilization ».
  8. D’ailleurs, c’est l’heure de la sieste, là, non ?
  9. Ou alors d’appeler Maman, je lui ai pas parlé depuis deux jours.
  10. Entre la pollution et les chocs pour les genoux, c’est même pas bon pour la santé.

Moi j’dis, vaut mieux rester chez soi. D’ailleurs, c’est exactement ce que je faisais (à savoir rien) jusqu’à ce qu’un ex me convainque de me mettre au jogging. Je lui avais pourtant opposé ma super-excuse-tellement-imparable-qu’elle-m’avait-valu-une-dispense-au-bac : « asthme à l’effort ».

Il ne lui a fallu qu’une semaine pour balayer mon alibi d’un revers de main et me mettre un petit programme Men’s Health sous le nez (sa lecture de prédilection ; ce n’est pas un ex pour rien) : « Remettez-vous au jogging et perdez vos poignées d’amour en deux mois ! »

J’ai compris l’allusion et me suis donc lancée dans le fameux programme, résignée. Tout d’abord, alterner trente secondes de jogging et une minute de marche. Trop facile ! Puis, une minute de jogging et trente secondes de marche – on dirait pas, comme ça, mais c’est vraiment dur. Puis deux minutes de jogging… puis cinq… jusqu’à, deux mois plus tard, atteindre ces fameuses trente minutes d’affilée.

C’en était bel et bien fini de mon asthme à l’effort. Je dois même avouer que ma conversion au sport m’a rendu bien des services, en particulier lorsque je préparais mes concours d’école de commerce. C’est sans doute grâce à mes tours de stade que je n’ai pris « que » quatre kilos en deux ans, et ce en dépit d’une consommation effrénée de chocolat.

Bien des années plus tard, me voici toujours aussi peu enthousiaste à l’idée de bouger mon corps, mais plus empâtée et surtout un peu esseulée. Maintenant que j’ai un logement fixe, un Prince, et un emploi, il est temps de me trouver DES AMIS. Et pas des Français, hein, ça je connais, y en a plein en France : des vrais autochtones, des AN-GLAIS.

Pour cela, j’ai décidé de tester le club de course à pied – concept inconnu en France où, pour courir, on se débrouille très bien tout seul. Je n’ai pas eu à chercher bien loin, puisqu’il se trouve que j’habite tout près du plus important club de Londres, le Serpentine Running Club, qui regroupe pas moins de 2336 personnes. Ca, ça s’appelle mettre toutes les chances de son côté : on peut espérer que sur ces 2336 gentils membres, il y en ait au moins un qui veuille bien être mon ami.

Le rendez-vous hebdomadaire ayant lieu à la salle de gym dans dix minutes, je farfouille frénétiquement au fond de mes tiroirs. Comme on pouvait s’y attendre, la pêche est maigre : un vieux pantalon de jogging beige informe, un soutien-gorge de sport qui a connu des jours meilleurs, et un T-shirt de coton qui promet de belles auréoles sous les aisselles. Je vous avais bien dit que j’étais à la pointe du non-équipement.

Je sens qu’avec cette touche d’élégance bien française, je vais faire un malheur.

Et vous, quelles sont vos raisons préférées de ne pas faire de sport ? Ou (soyons politiquement correcte, pour une fois), au contraire, d’en faire ?

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