Comment faire une bonne action quand on est égoïste : le don du sang (2/2)

5h30, chambre à coucher de Prince et Eva in London (pour le début, c’est ici)

Réveillée par les adorables mais bruyants miaulements de MiniPrincesse, j’extirpe de sous le lit un enième magazine féminin dont je n’ai lu que la couverture – depuis la naissance de notre adorable mais bruyante fille, la phrase la plus longue que j’ai réussi à lire, c’est « Belle en moins de 10 minutes ! ». Les errements de l’euro ? Beaucoup trop longs à suivre.

En feuilletant mon magazine, je tombe sur une chronique intitulée « The happiness project », ou « le projet bonheur » (OK, j’aurais sans doute pu trouver plus idiomatique comme traduction, mais il est 5h30 du matin). J’ai oublié de préciser qu’il s’agit d’une revue américaine : au pays du développement personnel, être heureux me semble parfois avoir été érigé en devoir citoyen inscrit dans la Constitution. Après vérification, il s’avère que « la vie, la liberté et la recherche du bonheur » font bien partie des droits des Américains, d’après la Déclaration d’indépendance)… Et parfois, les ménagères de moins de 50 ans ont besoin d’un petit rappel entre deux virées shopping : d’où la chronique du « projet bonheur ».

Dans ce numéro, l’auteur vante les mérites du bénévolat. « Parce que quoi qu’en disent les gourous du développement personnel, l’estime de soi ne vient pas en vous entendant dire à chaque coin de rue à quel point vous êtes extraordinaire, ni même en vous le répétant devant votre glace à longueur de journée, mais tout simplement en accomplissant des choses qui vous rendent fier de vous ».

Ajoutez à cela le fait que les bénévoles sont en meilleure santé, vivent plus longtemps et sont plus heureux que les autres (l’auteur rappelle que les philosophes grecs, déjà, nous avaient enseigné que ce sont les relations sociales qui font le bonheur ; les pontes du self-help n’ont rien inventé) ; la démonstration est faite.

Mon expérience du bénévolat se limite à une catastrophique séance d’alphabétisation, au bout de laquelle la responsable de la Fondation de France m’avait prise à part pour m’expliquer que ce genre de choses ne s’improvisait pas et que j’allais quand même devoir me former un minimum. Moyennant quoi, j’ai laissé tomber, et comme Prince se plaît à me le rappeler régulièrement, c’est sans doute de ma faute si un orphelin de 16 ans traîne aujourd’hui dans les rues d’une grise banlieue parisienne, analphabète et toxicomane.

L’auteur, elle, est bénévole à la très prestigieuse New York Public Library. Pour ceux qui ne sont pas aussi snobs intellos, elle invite les lecteurs à donner leur sang et/ou leurs plaquettes ; un geste simple, qui prend peu de temps et dont on est sûr qu’il sauvera la vie à quelqu’un. Une bonne action à la rentabilité assurée : intéressant. Je découvre cependant qu’en tant que jeune maman, la NHS ne m’autorise pas à donner mon sang. Pas de problème : j’ai un donneur tout trouvé.

– Tu dors ?
Prince marmonne :
– Mmm. Qu’est-ce qu’il y a, encore ? Je viens à peine de me rendormir (sic).
– Ca te dirait de donner ton sang ?
– Si tu me laisses dormir, je ferai tout ce que tu veux, et plus encore.
– Génial. Il y a un centre de don du sang à dix minutes d’ici. Je t’ai déjà pris rendez-vous.

Un peu de bluff, ça ne coûte rien.

Donner son sang, ça ne coûte rien non plus :
– plus d’infos pour donner son sang en Angleterre
14/11 : we always need all types, but at the moment we particularly need O- B- and AB- donations
– plus d’infos pour donner son sang en France :
14/11 : réserves de sang très fragiles : l’Etablissement Français du Sang appelle à une forte mobilisation des donneurs.
La fin d’année 2011 s’annonce particulièrement difficile pour l’EFS, tant la consommation des malades en produits sanguins est soutenue. Nous devons nous mobiliser, donnons notre sang !

PS : et la gagnante du concours est… Carine ! Je te fais parvenir ton panier gourmand (assez) rapidement.

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Comment faire une bonne action quand on est égoïste : le don du sang (1/2)

Petit rappel aux lecteurs égarés : ce blog est en différé ! Oui, j’en suis encore à raconter notre voyage de noces il y a trois ans et demi, mais l’envie m’a pris de vous raconter ce petit morceau de notre vie de jeunes parents.

Hier soir, 00h30, la chambre à coucher de Prince et Eva in London

Dans la chambre voisine, MiniPrincesse, notre fille de quatre mois, dort paisiblement. Prince aussi. Et moi, au lieu de savourer cet inespéré moment de paix, je rumine. Heureusement, je connais un remède imparable en cas d’insomnie :

– Tu dors ?

Malgré le coup de coude que je viens de lui décocher, Prince dort toujours.

Je répète soigneusement, mais un peu plus fort, la combinaison coup-de-coude-donné-presque-sans-faire-exprès-et-tendre-murmure.
– Tu dors, mon chéri ?
– Mmm… oui. Tout juste.
– Je n’arrive pas à dormir.

Prince se retourne et soupire.
– Il paraît que quand on a un enfant, il faut s’habituer à dormir tout en sachant qu’on peut être réveillé à tout instant. Mais moi, ça ne m’a pas tellement changé : ça fait huit ans que je dois vivre avec quelqu’un qui me réveille tout le temps sans raison.
– Tu exagères. Déjà, je fais mes nuits ; et en plus, tu n’as même pas besoin de me donner à manger à chaque fois que je réveille. Et là, j’ai une bonne raison.
– A savoir ?

J’inspire un grand coup et débite d’une seule traite :

– J’ai peur de ne pas trouver d’école publique pour Mini Princesse et vu que je veux 4 enfants et toi non mais si on en fait 4 quand même parce qu’après tout c’est moi qui les porterai eh bien ça fait 10 000 livres l’année x 4 enfants x 7 ans rien que pour le primaire ça fait euh euh euh attends mon cerveau ne répond plus depuis que je suis tombée enceinte bref ça fait beaucoup d’argent et puis même si on trouve une école dans 4 ans il faut qu’on trouve un mode de garde là tout de suite et il faut qu’on trouve une Hongroise pour parler ta langue bizarre à notre enfant mais je n’en connais pas de Hongroise jeune compétente mais moche pour que tu ne partes pas avec elle et puis elle ne s’occupera pas aussi bien de MiniPrincesse que moi et puis il faut qu’on achète une maison mais en Angleterre les prix de l’immobilier sont délirants et puis il y a toujours le problème des écoles et puis il faudrait que je trouve un travail mais j’ai beau tout envisager kiné psy pâtissière wedding planner consultante en n’importe quoi y a rien qui fait tilt et puis j’ai peur que tu me quittes si je continue à te parler du contenu des couches de ta fille et à t’engueuler dès que tu oses prononcer un mot et puis…

A ce stade, je suis bien obligée de reprendre mon souffle. Et de constater que Prince s’est paisiblement rendormi.

57 minutes de monologue silencieux plus tard, je l’imite.

A suivre…

PS : à la demande de Tina, voici une photo pour me faire mousser un peu. Peut-être que si Prince me laisse encore le réveiller la nuit, c’est grâce à l’engagement qu’il a pris ce jour-là… ou tout bonnement l’espoir qu’un jour son épouse ressemble à nouveau à ça :