Baby on board (Femme enceinte dans le métro)

En cette période festive où le monde attend la venue d’un petit enfant prénommé Jésus (du Père Noël  / de vacances au soleil) je vous propose une étude de l’Anglais dans le métro… face à la femme enceinte (toi).

Dans le Tube, face à la femme enceinte, il y a :

– Celui qui, engoncé dans son gratuit du matin / son iPad / ses écouteurs de djeuns cool, lève les yeux, te regarde, et les baisse à nouveau comme si de rien n’était

– Celui qui te demande, l’air perplexe, si tu es enceinte (alors que tu accouches dans trois semaines)

– Celui qui demande à sa voisine de gauche de te céder la place

– Celui qui, dans son empressement à te laisser son siège,  trébuche sur les autres passagers

– Celui qui, inspiré par l’exemple de son voisin, propose sa place à une dame bien en chair… mais pas enceinte du tout. Lorsqu’il se rend compte de sa méprise, il s’enfuit à toutes jambes à l’autre bout du wagon, tandis que tu effectues le trajet aux côtés de la dame replète sans oser lever les yeux

– Celui qui, lorsque tu en es réduite à lui quémander son siège sous peine de défaillir sur lui, te dévisage longuement – très longuement –  en soupirant. Et ne bouge pas.

– Celle (oui, CELLE) qui évalue attentivement ton ventre de femme enceinte de cinq mois, ton visage las, et ton sac rempli de victuailles pour la journée, puis glisse à son mari qui s’apprêtait à te donner son siège : « ’C’est pas la peine ! ». Euh, si.

Bref, l’Anglais a beau avoir la réputation d’être prévenant, aimable et courtois, on trouve aussi du malotru, voire du gougnafier (il fallait que je le case, celui-à).

Un badge assez explicite

Mais soyons fair-play. Dans le Tube, face à la femme enceinte, il y a aussi  :

– Celui qui t’aperçoit de loin avec ton badge « Baby on board » et te lance, avec un grand sourire : “Please sit down”

– Celui qui, effaré par le goujat qui a refusé de se lever, se confond en excuses et t’invite à prendre sa place EN SE LEVANT (et non en attendant que tu l’en déloges)

– Celui qui, coincé debout comme toi et mille autres sardines, prend garde à ne pas servir de ton enfant à naître comme amortisseur et te demande même : « You ok back there ? ».

C’est dans ces moments que tu te rappelles combien il fait bon vivre en Angleterre. Du moins, quand l’Anglais ne te demande pas si tu es bien enceinte, alors que tu as pris 10 kilos en 6 mois.

L'humour anglais, en toute circonstance

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Du bonheur de devenir mère

Premier mois

Le mois qui suit la naissance de MiniPrincesse, je me sens invincible. Enfin, sans aller jusque là, disons que je suis portée par la jubilsation d’avoir donné la vie – ou, plus prosaïquement, les hormones de l’accouchement. Prenant mon clavier et mon courage à deux mains, j’ai réussi à faire la connaissance de quatre chouettes jeunes femmes francophones / francophiles et à tenir une conversation sans trop affabuler ni me ridiculiser. MiniPrincesse survit tant bien que mal à mes soins imprécis et tremblants de jeune mère désireuse de bien faire. Les cartons du déménagement ne se déballent pas tout seuls. Je passe mon temps à me demander ce qu’il faut faire de / avec MiniPrincesse.

Toute petite main...

Toute petite main…

Aparté : avec le recul, deux ans plus tard, je brûle d’envie de  me répondre : « Rien, bécasse, profite ! Y a rien à faire à part lui donner à manger et la laisser dormir ! » Mais peut-être occulté-je l’écrasante fatigue, l’envahissante peur de « casser » ce petit bout de chou tout neuf, ah et aussi les six tétées par jour, chacune durant une heure, et les nuits entières à porter un paquet de 3,5 kilos en chantant en boucle « Petite alouette » (dont les paroles féroces ne me froissent guère). Je me rends au « café allaitement » proposé par le NCT du coin (excellente association britannique qui propose des cours de préparation à l’accouchement où les futures mères autochtones tissent d’indestructibles liens. Une occasion que j’ai laissé filer cause alitement à six mois) et, devant l’enthousiasme des conseillères en allaitement, leur avoue ma perplexité : l’allaitement ne se passe pas MAL. Mais ce n’est pas non plus la révélation.
Bref, cahin-caha, ça va.

Deuxième mois

La situation est grave : je suis si épuisée que j’accueille ma belle-mère à bras ouverts, soulagée de pouvoir me débarrasser un peu de MiniPrincesse la confier à d’autres bras aimants pour la faire un peu taire la bercer. Pis : lorsque la fin de son séjour approche (deux semaines quand même), je la supplie de rester encore quelques jours. Jamais je ne m’en sortirai sans elle. Elle a le bon sens de décliner ma pitoyable invitation.
Les jours qui suivent son départ, MiniPrincesse hurle plus encore qu’à l’habitude. En journée, je fais appel à mon bon ami Google (« pleurs continus bébé six semaines »). Le soir, à mes bonnes amies restées à Paris, là où elles ont leurs familles, leurs copines en congé mat’ et une boulangerie au coin de la rue (non non, je ne m’apitoie guère sur mon sort). Le verdict est unanime : personne ne sait vraiment pourquoi les bébés pleurent – sauf ma chère grand-mère qui me susurre d’un ton fielleux : « Les coliques, Eva in London, ça n’existe pas. Ca n’est qu’une excuse pour les parents qui n’arrivent pas à calmer leur bébé. Tout est la faut des parents ».

Dolto n’a plus qu’à aller se rhabiller.

Pour mettre un terme temporaire aux pleurs de ma fille, j’ai généralement recours à la technique éprouvée du tour du pâté de maisons en poussette – approche qui requiert une patience d’ange et une forme olympienne, étant donné que MiniPrincesse met environ 500 tours à s’assoupir, puis une milliseconde à se réveiller dès que j’introduis la clé dans la serrure de la porte.
Solution contraignante, donc, mais efficace. Sauf que, plus souvent qu’à son tour, il pleut. Oui, oui, en plein mois d’août. Ce qui ne contribue pas à me réconcilier avec l’Angleterre.

Troisième mois

Avant la naissance de MiniPrincesse, Prince et moi dormions aisément neuf heures par nuit, voire plus si affinités. Les gros dormeurs que nous étions redoutaient l’arrivée d’un bébé qui allait forcément bouleverser nos soirées, nos nuits et nos journées. Mais « nous verrions bien ».
Ben, c’est vite vu.

Harassés de fatigue, rapport au déficit de sommeil qui doit déjà atteindre allègrement les centaines d’heures, nous sommes à couteaux tirés. Moi qui m’étais promis, avant l’arrivée de notre descendance, de ne JAMAIS passer mes nerfs sur mon adorable mari, de TOUJOURS faire preuve de respect envers lui, même à quatre heures du matin, et de RAREMENT le houspiller (on ne se refait pas), je dois bien admettre que mes résolutions ont vite fini au fond de la poubelle à couches.

Un soir, lorsque MiniPrincesse atteint dix semaines, j’accepte pour la première fois une invitation à dîner avec deux connaissances. L’une a deux enfants, l’autre un seul, tous à l’école primaire. Autant dire que leurs vies de Françaises-à-Londres-super-busy sont à des années-lumière de mon triangle maison-parc-supermarché.

Un tiers de mon univers en ces jours-là...

Un tiers de mon univers en ces jours-là…

Bien consciente de manquer de glamour, je ne m’étends guère sur les VRAIES questions qui se posent dans mon existence, telles l’opportunité de changer son bébé la nuit ou la durée optimale d’une tétée. Non, toute en retenue, je me contente de signaler mon épuisement, ma débilitation, mon exténuation, bref, la fin des haricots.

Et la mère de l’enfant unique de dix ans de m’asséner d’un ton docte et satisfait :
« Ah non mais si je peux me permettre, il faut AB-SO-LU-MENT que tu arrêtes de laisser ta fille régenter ta vie »
J’hésite entre la gifler et fondre en larmes.

En sortant du resto, j’appelle Prince. Sa voix éraillée est en partie couverte par les geignements de MiniPrincesse pour qui la soirée commence tout juste. Hésitante, je confie à mon époux :
– Je n’ai pas très envie de rentrer à la maison, mon amour. C’est normal ?
– Tout à fait, me rétorque-t-il aussi sec. En ce qui me concerne, je n’ai aucune envie d’y être.

PS : pour une vision plus sereine des fameux cent premiers jours de la vie d’un nourrisson, je recommande vivement la lecture de « Bébé, dis-moi qui tu es ». Titre gnangnan mais contenu très juste, facile à lire (important) et complètement déculpabilisant (très très important).

Comment se faire des amis à Londres à l’ère d’Internet (attention jeune mère au bord de la crise de nerfs)

« Ca va juste pas être possible, cette affaire ».

Voilà la sentence que j’assène sans ménagement à Prince le lundi soir qui suit notre emménagement, alors même que le pauvre n’a pas encore franchi le seuil de notre nouveau (et vide) foyer.

Chat échaudé craint l’eau froide. Prudent, Prince lève un sourcil en signe d’interrogation, ouvrant ainsi les douves de ma frustration, ma fatigue et mon angoisse.

J’ai passé toute la journée TOUTE SEULE. MiniPrincesse n’arrête pas de pleurer. Y a pas Internet. Y A PAS INTERNET !!!. On est EN BANLIEUE. Je ne connais PERSONNE. Quand est-ce qu’on rentre à la maison ? Ah, j’oubliais, LA MAISON C’EST ICI, quelque part sous cet amas de cartons (de notre ancien appart dans le centre de Londres), de valises (rapportées de Paris), et de paquets (d’objets de puériculture) – dont aucun n’est encore déballé.

Home sweet home...

Home sweet home…

La nuit porte conseil, dit-on. Clairement, le dicton ne vaut pas un kopek avec un nourrisson qui passe la nuit à téter-faire dans sa couche-dormir-téter-etc.

Le lendemain, mon bien-aimé se débrouille pour me relier au reste du monde. Je ne perds pas une seconde et passe une bonne partie de la journée à taper frénétiquement toutes les variations imaginables de « Française Nappyvalley » chez mon bon copain à moi, Google.

A la fin de ce mardi, j’ai trouvé le site qui va bientôt remplacer Facebook dans mon Top 10 « comment perdre du temps sur Internet » : Nappyvalleynet.com, « votre meilleure amie et voisine tout en un », annonce fièrement le site. C’est tout à fait ça. En l’occurrence, j’y trouve exactement ce que je cherchais : pléthore de jeunes mères sympathiques, françaises ou francophones qui plus est. Première friend date mardi, avec Natalie, une Néo-Zélandaise qui cherche à pratiquer le français. Mercredi, je dois rencontrer Laura, une Albanaise qui a fait ses études en France. Jeudi, Delphine, une Française du quartier elle aussi à la recherche d’amies. En route pour le speed friending.

D’ici là, je n’ai d’autre échappatoire au spleen existentiel que de déballer les cartons, valises et autres paquets. Vive la maternité, version expat’.

Voyage d’affaires à l’anglaise

La semaine dernière a marqué un tournant dans ma connaissance des autochtones. Moi qui n’aime rien tant que voyager seule (dans le cadre du travail, parce que sinon j’adore prendre l’avion avec un enfant en bas âge incapable de tenir en place plus de vingt cinq secondes et un Prince qui abhorre les voyages – mais je m’égare), j’ai eu le grand privilège d’effectuer un voyage d’affaires accompagnée d’une Galloise et d’un Ecossais. Il ne manquait plus qu’un Anglais et j’avais toute la Grande-Bretagne dans ma délégation, facon Benetton. Oh well, ce sera pour une autre fois. En attendant, 24 heures d’observation in vivo qui m’ont permis d’identifier dix particularités du voyage d’affaires à la britannique :

  1. Le vol aller affiche une heure trente de retard, rapport à la pluie battante qui s’abat sur Heathrow. Idem au retour. Ben oui, forcément, en septembre, c’est bien connu, les conditions météorologiques sont aléatoires.

  2. Crépuscule aéroportuaire

    Crépuscule aéroportuaire

  3. Devant cette première déconvenue, le Britannique réagit avec tout le flegme qu’on attend de lui. Son premier réflexe est de se diriger vers le bar le plus proche “parce que rien ne vaut un bon verre de Pinot Grigio en attendant que la porte d’embarquement soit affichée”

  4. Pas besoin de déjeuner avant le vol, un beignet suffira. Devant votre haussement de sourcils, votre collègue se contente d’un laconique “Moi, tu sais, la bouffe…”

  5. Au petit déjeuner, à l’hotel, il s’attable devant des oeufs brouillés et du bacon. Et glousse devant votre croissant et votre chocolat chaud : “so French!”. Aucun de vous ne daigne tester les spécialités locales, convaincu d’être en train de savourer le summum de sa gastronomie nationale.

  6. En réunion, le Britannique semble prendre un malin plaisir à ponctuer son discours d’expressions idiomatiques (“No strings attached”, “Starter for ten” ou encore “Let’s call  it a day”), suscitant la plus grande perplexité chez ses interlocuteurs.

  7. Comme si cela ne suffisait pas, il parle vite et n’articule guère ; après tout, l’anglais n’est-il pas officiellement la langue de travail du monde entier ?

  8. Il est essentiel de terminer la dernière reunion à temps (cf. “Let’s call it a day”) pour déguster (?!) un verre de vin (Pinot Grigio toujours) à l’aéroport

  9. Dîner avec les poules (17h28) avant de reprendre l’avion ? Aucun problème  – tant que son club sandwich est accompagné de chips ET de frites…

  10. …“et comme ca, pas besoin de remanger après, c’est toujours ca de fait” (sic)

  11. Last but not least: quand le Français est à table, il parle de bouffe. Quand le Britannique boit, il parle de cuite. Et tout le monde est content.

Retour à la maison (?)

Le congé paternité de Prince – d’une durée de dix jours, vive l’Angleterre ! –  touche à sa fin. Munis du passeport flambant neuf de MiniPrincesse – eh oui, la préfecture, dans son immense mansuétude, a finalement accepté l’irrégulière photo pas-prise-par-un-photographe – nous nous apprêtons à traverser la Manche. Chargés de dizaines de kilos de bagage, d’un nouveau-né et d’un reste de baby-blues.

Mes parents, encore tout chose d’avoir vu leurs vacances inopinément abrégées par l’arrivée de leur premier petit-enfant, nous ont emmenés à la Gare du Nord, où ils s’apprêtent à nous faire leurs adieux entre deux taxis qui s’apostrophent. Petite larme. Grosse larme. MiniPrincesse, elle, dort paisiblement lovée contre moi dans le porte-bébé, complètement indifférente à son imminent premier voyage à l’étranger (ou est-ce le contraire : revient-elle de l’étranger à la maison, dans un pays qui n’est pas le nôtre mais sera le sien ? Brumeuse pensée de jeune mère shootée aux hormones).

Le voyage se déroule sans encombres ; nous ne mesurons à l’époque pas du tout combien il est facile de voyager A DEUX avec UN nouveau-né. Arrivés à St Pancras, à moi de verser ma petite larme. Quelques valises sous le bras (pour Prince), ma fille dans les bras (pour moi), nous voici… bientôt à la maison ? Il semble difficile de désigner ainsi un lieu jamais visité, dans un quartier inconnu et dans un pays dont les mœurs continuent souvent de m’échapper.

Voilà quelques-unes des réflexions qui me traversent l’esprit alors que notre taxi, dit Prince, arrive dans notre nouveau quartier. Nous longeons de grands parcs dont je ne connais pas encore le nom ; des rues résidentielles bordées de charmantes maisons de poupées (en fait, de millionnaires, mais nous poursuivons tranquillement notre route) ; d’aires de jeux ; de magasins, dont mon cher Waitrose. Et je réalise ce dont je ne pouvais prendre conscience, allongée sur mon canapé à regarder les images Google Earth : c’est vert, ici. C’est calme. Paisible, même.

Ma banlieue londonienne

Je fronce les sourcils. L’angoisse m’étreint.

Ne serions-nous pas en banlieue ?

Bienvenue dans la Nappyvalley, alias la vallée des couches !

A bien y réfléchir, je me demande comment il se fait qu’on ne se soit fait retoquer que sur cinq points.

De l’art de trouver une maison à Londres (dans la vallée des couches)

Passés maîtres dans l’art de la désorganisation – pardon, de l’improvisation – Prince et moi avons attendu le huitième mois de grossesse pour partir à la recherche d’un logement susceptible d’accueillir un nourrisson. La boîte à chaussures où nous entassons tant bien que mal nos quelques possessions depuis cinq ans surplombant une des artères les plus polluées de Londres, nous avons en effet jugé pertinent de changer de quartier.

Bon, quand je dis « partir à la recherche », je parle au figuré pour moi qui, malencontreusement alitée, ne suis partie nulle part depuis des semaines (sauf à compter le verdoyant jardin de mes parents).

En revanche, Prince, lui, part dans plein de recherches, aiguillonné par l’exigeante « liste de critères pour notre nouveau quartier » que je lui ai remise lors de son dernier passage à Paris :

– Plein de jeunes enfants pour que je puisse y rencontrer de jeunes mères sympathiques et également à la recherche de nouvelles amies. Finie, l’époque de l’Eva in London qui se morfondait en attendant le prochain retour à Paris

– Près d’un parc, pour aller à la rencontre des dites jeunes mères sympathiques et à la recherche de nouvelles amies.

– Près d’un Waitrose (mais si, le seul supermarché où l’on trouve des navets, des framboises bio et mes biscuits préférés). Je suis Française, snob, et j’assume.

– Près d’un marché de producteurs. Snob, je vous disais.

Des charmes de la courge britannique

– Direct en métro pour Prince (parce qu’il faut bien se rendre au principe de réalité)

– Direct pour Paris via la gare de St Pancras (parce qu’il faut bien se rendre au principe de réalité)

Au hasard d’une jolie rencontre blogueque, je tombe sans le vouloir sur la perle rare : le quartier qui présente le plus fort taux de natalité d’Europe. D’Europe ! En anglais dans le texte, la Nappy Valley, ou vallée des couches. Quel nom évocateur. Parmi la parentèle de toute cette marmaille, je vais bien trouver une ou deux copines, non ?

Photo-génie

– La photo a bien été prise par un photographe ? nous lance l’employée de mairie en fronçant les sourcils devant les cinq messages en gras et en rouge qui s’affichent à l’écran lors de la lecture de la photo que nous venons de lui soumettre.

Prince et moi échangeons un regard perplexe.

Sur la fameuse photo 4,5 cm x 3,5 cm (tout au moins les dimensions sont-elles correctes)  apparaît un être vivant. Même avec la meilleure volonté du monde, c’est tout ce que l’on peut en dire. A 74 heures de vie sur la photo en question, MiniPrincesse non seulement ne ressemble à rien, mais elle ne se ressemble en rien.

Ni le manque de ressemblance, ni la faible photogénie de notre fille n’émeuvent la préposée aux passeports. Ce qui la chiffonne, en revanche, c’est qu’on ne distingue pas les deux oreilles de MiniPrincesse – caractéristique apparemment essentielle pour reconnaître les terroristes potentiels en transit. Le fond n’est pas uniforme, et ô offense suprême, il est blanc ; j’ai bien pensé, dans la torpeur postnatale et baby-bluesesque, à dresser un lange encore immaculé sous ma progéniture pour faire illusion. Mais je n’ai pas réalisé que le lange s’arrêtait à la hauteur des yeux, tandis que le haut de la tête de MiniPrincesse reposait sur le drap de son berceau d’hôpital. Certes blanc immaculé lui aussi (nous sommes dans une clinique privée tout de même), mais pas du même blanc immaculé que le lange ; Prince et moi arguons donc de sa couleur grisâtre, alias « blanc cassé ». Et en parlant d’yeux, ceux de MiniPrincesse sont très très très peu ouverts – enfin, quasi fermés, quoi – les nouveaux-nés étant de roupiller la quasi-totalité du jour (notez, pas la nuit, en tout cas pas le nôtre), rendant par là-même quasi impossible la vérification du champ « couleur des yeux ». Pour la bouche fermée, la tête droite, et le fait de fixer l’objectif, on repassera.

Voyons le verre à moitié plein : pour ce qui est de l’expression neutre, en revanche, c’est gagné.

Comment ne pas prendre un bébé en photo pour son passeport

Comment ne pas prendre un bébé en photo pour son passeport

Je me retiens de rétorquer à la fonctionnaire que d’abord nous lui soumettons la photo sur laquelle MiniPrincesse ouvre le plus les yeux ET DE LOIN, et qu’en plus j’ai fait de mon mieux debout sur mon lit d’hôpital entre deux visites inopinées. A la place, j’inspire un grand coup et mens avec aplomb :

– Oui, oui, la photo a bien été prise par un photographe.

Je ne pousse pas le vice jusqu’à demander pourquoi elle ose nous poser la question.

L’employée de mairie lève un instant les yeux de son écran en gras et en rouge. Ce n’est sans doute pas tous les jours que le commun des mortels ment à un employé de la fonction publique. L’espace d’un instant, je me demande même si je ne viens pas de commettre un crime. Enfin, un délit. Enfin, quelque chose de pas bien.

MiniPrincesse choisit opportunément son moment pour se réveiller (oui, l’enfant doit être présent lors de la demande de passeport, et ce même s’il fait 40 degrés dans le service d’état civil et que l’enfant ne sait pas encore tenir sa tête), ouvrant ainsi les yeux pour prouver à l’Etat la dame qu’elle a bien les yeux bleus et qu’il ne s’agit pas d’une invention de ses parents. L’instant d’après, avec tout autant de sens du timing, elle se met à hurler. L’employée de mairie esquisse une moue, nous observe longuement, et appuie ensuite plusieurs fois avec obstination sur la touche ENTREE de son clavier.

Je mets quelques instants à comprendre qu’elle vient de forcer l’Etat le système informatique à accepter notre photo clairement défaillante.

Quelques minutes s’écoulent dans un silence respectueux (de notre part) et maussade (de sa part).

Puis, enfin :

– Le passeport de votre fille sera prêt d’ici une huitaine de jours.

Ouf. Pile pour la fin du congé paternité de Prince. Vive l’Etat civil. Vive la République. Vive la France.

« Enfin… », reprend-elle, « … si votre photo est acceptée par la préfecture. »

A bien y réfléchir, je me demande comment il se fait qu’on ne se soit fait retoquer que sur cinq points.

Le miracle de la vie (impressions d’une jeune mère)

H+4 après l’accouchement

Je me redresse sur mon lit d’hôpital et contemple MiniPrincesse. Non point éperdue d’amour – cela viendra bien plus tard – mais ébahie d’avoir permis à ce petit bout de personne d’avoir grandi en moi et d’être venue au monde. J’ai fait ça, MOI. J’ai donné la vie !

Je me sens désormais invincible.

J+1

L’agacement pointe. Moi qui avais imaginé le séjour à la maternité comme une sinécure, à mi-chemin entre hôtel 3 étoiles et cure de repos, force est de constater qu’il m’est tout bonnement impossible de me reposer – sans parler de dormir. Sages-femmes, puéricultrices, femmes de ménage, et bien évidemment amis et familles empressés de faire la connaissance de MiniPricesse : ma chambre me semble plus fréquentée que les appartements du Roi-Soleil à l’apogée de Versailles.

J+3

Je suis au fond du trou. J’ai mal partout. Je ne saurai jamais m’occuper d’un enfant. La vie c’est moche.

Vive le baby blues.

J+4

Le cordon de MiniPrincesse s’est infecté, faute de soins. Je tiens là la preuve suprême que je suis déjà une mauvaise mère et m’abîme dans des torrents de larmes. Prince, à peine plus alerte que moi, souligne que malgré le défilé constant de personnel médical, personne ne nous a expliqués les fameux soins du cordon. Je balaie d’un revers de la main cette explication à notre négligence et continue de me complaire dans l’auto-flagellation, sans remarquer que MiniPrincesse ne semble nullement gênée.

J+5

Nous voilà rentrés à la maison dans le logement où nous attendrons d’avoir le passeport de MiniPrincesse pour rentrer à la maison dans une maison que je n’ai jamais vue et où nous construirons une nouvelle vie.

Et à propos de vie…

Pour la première fois de ma vie, je suis tellement épuisée que dormir prend le pas sur manger.

Pour la première fois de ma vie, je suis tellement épuisée qu’au creux de la nuit, lorsque MiniPrincesse s’est enfin endormie pour de bon, je n’ose me lever, doutant de pouvoir franchir sans trébucher les deux pas qui me séparent de son couffin.

Pour la première fois de ma vie, je me demande comment nous avons pu omettre de réaliser, Prince et moi, que l’invitée dont nous préparions l’arrivée depuis si longtemps s’était installée chez nous POUR TOUJOURS. Et que quand bien même nous le souhaiterions, nous serions bien en peine de savoir où la renvoyer.

Pour la première fois de ma vie, j’ai de la compagnie lorsque je déguste mon traditionnel bol de céréales de quatre heures du matin : une petite boule de vie toute chaude, lovée contre moi.

Pour la première fois de ma vie, je commence à aimer ma fille.

Des mérites du mois de novembre (en plein mois de juin)

C’est moi, ou l’automne a décidé de pointer le bout de son nez avant la fin officielle du printemps ? Orages apocalyptiques, pluies torrentielles, bourrasques glacées : il est par trop tentant de céder à la mauvaise foi qui caractérise parfois votre serviteur, mais, une fois n’est pas coutume, je vais faire acte d’optimisme. Verre à moitié plein, me voici. Car à n’en pas douter, être au mois de novembre en plein mois de juin a bien des mérites. Cela vous permet :

  1. De vous bercer de la douce illusion qu’il reste sept mois (et non sept semaines) avant la traditionnelle épreuve du bikini…

  2. … et par conséquent, qu’il vous reste cinq mois (et non cinq semaines) avant de vous résoudre à attaquer LE régime miraculeux vanté par Elle (« Maigrir avec plaisir »), Cosmopolitan (« Le corps que JE veux ») et autres Marie-Claire (« Plus que deux semaines avant le maillot ? Pas de problème ! »)
  3. D’éviter de descendre le carton marqué « Affaires d’été » qui traîne tout en haut d’une étagère…

  4. …et par conséquent, d’échapper à une avalanche de poussière, le carton « Affaires d’été » n’ayant été déballé qu’une fois en sept ans d’exil londonien (pour des vacances en Ecosse : vous vous demandez encore quelle mouche vous avait bien piquée)

    Le 17 juin 2013, en France… (mais ca pourrait etre en Ecosse)

  5. De vous pelotonner sous la couette à peine rentrée du travail (oui, c’était avant d’avoir des enfants) au lieu de vous sentir obligée d’aller faire un jogging / participer à un pique-nique avec les autochtones « to enjoy the sunshine » (il fait 19 degrés)

  6. … et par conséquent, d’hiberner en plein mois de juin, ce qui, il faut bien l’avouer, a quelque chose de délicieusement transgressif

  7. De ressortir votre lampe anti-dépression saisonnière, celle qui vous a sauvée un noir hiver 2007…

  8. … et par conséquent, de prouver à Prince que non, ce n’était pas un achat totalement superfu (contrairement à la sorbetière et à l’ensemble de quatre chaises longues de jardin)

    La lampe du bonheur (Britebox)

    La lampe du bonheur (Britebox)

  9. De vous élever contre les méfaits du dérèglement climatique…

  10. … et, par conséquent, de vous engueuler avec votre mère qui, contre toute évidence, refuse obstinément de croire au réchauffement climatique (« Réchauffement, réchauffement, dix degrés en plein mois de juin, mais de qui se moque-t-on ? »)

Bref, l’excuse toute trouvée pour vous empiffrer sur le canapé en regardant Downton Abbey, vous écharper avec votre génitrice et ne jamais aller vous faire épiler : que demande le peuple ? Moi, c’est bien simple, la grêle en été, je-ne-m’en-lasse-pas.

Un doute m’étreint : cela ferait-il trop longtemps que j’habite à Londres ?

Un accouchement sans douleur (enfin, sans souffrance) #3

Le 5 juillet 2011, MiniPrincesse a décidé d’arrêter de bouder pour venir voir comment c’était dehors. Le récit minute par minute (3/3).

8h32

Debout, appuyée sur la table d’accouchement, j’accompagne les vagues de contractions. « La douleur, ce n’est pas la souffrance », « on va y arriver ensemble, mon bébé », etc. Gentille Stagiaire me brumise le visage d’eau de source, Prince me tend le troisième litre de bouteille de jus d’orange, Super Sage-Femme est concentrée

8h41

Prince tâche de se rendre utile.
– Tu veux un biscuit ?
– Non.
Puis j’ajoute :
– Merci beaucoup.
Cet accouchement sera sous le signe de la politesse ou ne sera pas)

– Tu veux que je te masse le dos ?
– Non. Surtout, ne me touche pas !
Puis j’ajoute :
– S’il te plaît.

Quelques minutes s’écoulent.
– Tu es sûre que tu ne veux pas de biscuit ?
– NON !

Puis j’ajoute :
– Qu’est-ce que je suis contente que tu sois là, Prince.

8h52

– Est-ce qu’il y a quelque chose qui te retient, Eva ? me lance Super Sage-Femme.

Malgré la torpeur, je pressens que la question n’est pas de très bon augure. Je réfléchis : et dire que si j’avais décidé d’accoucher en Angleterre, je serais en train de me shooter au gaz hilarant (véridique). A part ça, rien.

8h56

– Eva, tu es sûre qu’il n’y a rien qui t’empêche de pousser ?

Ben, à part que je ne ressens toujours pas cette fameuse envie de pousser, non… Ah si, tiens :

– Si MiniPrincesse sort, je ne pourrai plus la protéger, cette petite puce…

Je ne vois pas si Prince lève les yeux au ciel (« je le savais, que ces études de psycho c’était vraiment une mauvaise idée ») ou s’il farfouille dans le troisième sac en plastique pour y chercher du chocolat (remède habituel s’il en est), mais Super Sage-Femme semble, elle, RA-VIE de ce partage de sentiments intimes.

8h57

Le travail se débloque. « Coïncidence », maintiendra Prince.

9h20

Je fournis l’effort le plus éreintant de toute ma vie (en même temps, le record était jusqu’ici détenu par les championnats de France universitaires d’aviron).

9h43

Je n’en peux plus. MiniPrincesse ne sortira donc jamais ?

9h47

Je sors de mon état de semi-conscience le temps de me faire la réflexion que Super Sage-Femme semble être à l’intérieur même de mon corps, tellement elle devine ce que je ressens.

9h48

Tiens, si elle est à l’intérieur, elle pourrait peut-être faire sortir MiniPrincesse ?

10h02

– Eva in London, c’est ta fille qui naît !

10h03

C’était peut-être une belle phrase, mais ce  n’en était pas moins de l’esbroufe. Pas l’ombre d’une MiniPrincesse.

10h05

– Assieds-toi, Eva in London je crois que tu commences à être fatiguée.

Quelle perspicacité. En tout cas, je me félicite d’avoir pu prendre le meilleur de l’Angleterre (liberté de position et accompagnement par une sage-femme) et de la France (l’hôpital français, le droit à la péri sans être jugée, et, ben, accoucher en français).

10h22

MiniPrincesse est dans mes bras. Notre fille est née !

« C’était un merveilleux accouchement », glisse doucement Gentille Stagiaire.

Elle a parfaitement raison.

Et vous, lectrices, vos impressions ?