Un accouchement sans douleur (enfin, sans souffrance) #2

Le 5 juillet 2011, MiniPrincesse a décidé d’arrêter de bouder pour venir voir comment c’était dehors. Le récit minute par minute (2/3).

7h08

Arrivée en fanfare à la maternité. Je m’extirpe tant bien que mal du brancard et marche d’un pas décidé vers l’entrée. « Vous n’attendez pas le fauteuil roulant ? » demande, interloqué, ambulancier n°2. Je conserve calme et énergie en m’abstenant de lui répondre que s’il pense que je suis en mesure de patienter debout 10 minutes avec une contraction toutes les 90 secondes, il se fourre le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Ambulanciers n°1 et 2 filent sans demander leur reste, masquant à peine leur soulagement d’être débarrassés de l’irascible jeune femme qui a failli accoucher dans leur ambulance.

7h12

Après d’interminables minutes à attendre le SEUL ascenseur desservant le neuvième étage de la maternité (le directeur de la clinique ayant dû juger superflu de faire réparer le deuxième ascenseur, l’exercice étant recommandé pour les femmes enceintes), je me jette sans retenue dans les bras de ma sage-femme. Malgré l’heure matinale, elle me sourit de toutes ses dents, comme si nous étions sur le point d’aller bras dessus bras dessous faire un bon gueuleton plutôt que de jouer à pile ou face entre la vie et la mort. Je me rappelle l’étude qui prouve que le taux de césariennes et de complications est directement corrélé à la confiance que porte la parturiente à l’équipe médicale, et réalise que je n’ai jamais été aussi heureuse d’arriver dans un hôpital.

7h16

– Alors, voici la salle de travail. Tu as vu, on a une magnifique vue sur Paris, hein ?

J’émets une sorte de grognement, dont Super Sage-Femme ne s’offusque guère.

– Et voici Aline, reprend Super Sage-Femme, faisant signe à une jeune femme d’une vingtaine d’années environ, restée jusque-là en retrait. Aline est ma stagiaire depuis ce matin (!). Serais-tu d’accord pour qu’elle reste avec nous ?

« Non », rétorquent en chœur mon cerveau en manque de sommeil et mon corps en manque de péridurale. Si j’ai opté pour une sage-femme libérale et un accompagnement global, ce n’est pas pour me retrouver avec une parfaite inconnue le jour J. Surtout une stagiaire pour qui mon jour J coïncide avec son premier jour. Si ça se trouve, c’est son tout premier accouchement. Je suis sûre qu’elle va passer son temps à trouver tout merveilleux (« Oh, comme vous poussez bien ! ») ou horrible (« Beurk, du sang ! », « Oh, mais il est tout fripé, ce bébé ! »).

– Surtout, sens-toi libre, s’empresse d’ajouter Super Sage-Femme.

Libre ? Je me sens fatiguée, angoissée, excitée, bref, tout sauf libre. Je suis sur le point d’envoyer plus ou moins poliment promener la stagiaire, avant de me raviser in extremis : après tout, on ne sait jamais Super Sage-Femme aura peut-être besoin de renforts si MiniPrincesse fait sa mauvaise tête. Et puis, pourquoi diable refuser de l’attention supplémentaire ? (bien vu : Gentille Stagiaire passera tout l’accouchement à me vaporiser de l’eau en brumisateur sur le visage en m’encourageant juste ce qu’il faut)
– Non… ce serait super.

 

– Parfait. On est parties alors (oui, au féminin, puisque nous semblons pénétrer dans un mystérieux univers où c’est le féminin qui pour une fois impose le genre)

7h24

Il s’avère que je vais peu profiter de la sublime vue sur Paris, puisqu’apparemment je dois sauter la case « salle de travail » pour aller directement en salle d’accouchement, sans passer par la case départ et toucher 20 000 francs. Autrement dit, pour moi, ni ballons, ni lit douillet dans lequel roupiller ( ?!) entre deux contractions.

Ah, j’oubliais : je saute aussi d’office la case péridurale. Bon, ben moi qui avais gardé l’esprit ouvert sur la question, ça au moins, c’est réglé.

8h02

En guise de consolation, dans la salle de naissance, j’ai droit au bain bouillonnant avec huiles essentielles. Trois personnes (oui, Prince est encore là) s’affairent autour de moi, m’aspergeant à tour de rôle d’eau délicieusement chaude. Si je n’étais pas en train d’accoucher, ce serait le paradis.

8h14

Ca agit drôlement bien, ce bain. D’ailleurs, je n’ai presque plus mal.

8h15

Si je n’ai plus mal, ce ne serait pas parce que les contractions se sont arrêtées, par hasard ?

8h16

Ah ben si, les contractions se sont arrêtées.

– Eva, je crois qu’il est temps que tu sortes du bain (sous-entendu : si tu souhaites accoucher aujourd’hui), me glisse Super Sage-Femme.

Je fais mine de ne pas avoir entendu. On a tout le temps, non ?

8h18

Je quitte à contrecoeur la baignoire qui sent bon. Je plane un peu.

8h19
– Concentre-toi, Eva in London. C’est reparti !

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