La campagne, y a que ça de vrai

Mon club de course à pied semble décidément abriter un certain nombre d’extrémistes du marathon, qui ont pour seuls sujets de conversation :

– leur taux d’oxygénation (?)

– le temps qu’ils visent « in London » : sous-entendu, au marathon de Londres qui a lieu tous les ans en avril

– et enfin, la manière dont ils vont bien pouvoir s’y prendre pour lever des fonds : ben oui, à moins d’être un surhomme et de tourner à un temps qui vous qualifie d’office, il vous faudra convaincre vos familles, amis et collègues de sponsoriser une association caritative de votre choix. Et si vous échouez à trouver les quelques milliers de livres requis, vous en serez pour votre poche. Après tout, c’est le marathon de Londres, quand même, pas le 5 km celui de Trifouillis-les-Oies. Ca se mérite.

Bref, s’il y a de vrais fanatiques, on y trouve aussi des gens plutôt normaux, et qui daignent adresser la parole aux non-marathoniens comme moi. Ainsi, j’ai sympathisé avec une certaine Eleanor, célibataire à qui je donne la quarantaine. Eleanor est à la fois souriante et réservée, comme les Anglaises savent l’être – en tout cas, celles qui ne sortent pas dans la rue à moitié dénudées et complètement ivres.

Et grâce à Eleanor, mon projet d’intégration « avec de vrais Anglais » avance : ma nouvelle amie nous a invités, Prince et moi, à une petite balade à la campagne ce WE avec des amis à elle (pour rappel, les Anglais aiment la nature, même et surtout l’hiver). Oui, nous sommes début décembre, oui, il fait un froid de canard, mais après tout il n’y a même pas de neige, et puis on déjeunera dans un country pub très sympa !

Ce dernier argument suffit à convaincre Prince.

Samedi, 8h45 (argh), nous voici donc à la gare de Victoria. Prince est en jean et en baskets, je suis en long manteau beige, béret rose (puisque tout Français qui se respecte porte un béret, entretenons les clichés chers aux Anglais)  et munie d’un petit sac à main Longchamp – je voyage léger, moi, Madame, mais chic : après tout, je me dois d’être l’ambassadrice de l’élégance française en toute circonstance !

Ou tout du moins, c’est ce que je me dis jusqu’à ce que je voie arriver Catherine entourée de six amis tous équipés de pied en cap : chaussures de randonnée, pantalon à l’avenant, blouson en Gore-Tex et sac à dos 20 litres.

C’est ce qu’on appelle un malentendu.

Je ne me laisse pas abattre pour autant : je me laisse même porter, optimiste. Nous descendons à un arrêt – je n’ose pas appeler ça une gare – où il n’y a qu’un seul quai. Pas de panneau indiquant le nom du village – non, lieu-dit, puisqu’il n’y a pas une maison à la ronde. Mais les amis d’Eleanor ont l’air de savoir où aller. Une fois un passage un peu compliqué à travers champs (laissant le bas de mon manteau strié de boue maronnasse, mais bon, après tout les pressings, c’est fait pour ça), les paysages du Sud-Est de l’Angleterre s’avèrent si magnifiques que j’en oublierais presque le froid glacial – enfin, si je n’avais pas égaré ma lentille de contact dans un champ couvert à 30% de bouse de vache.

Il y a quand même un point sur lequel on s’était bien compris : le country pub. Les desserts, pardon, les puddings, sont fameux. Prince, en particulier, déguste un mystérieux gâteau dont jamais, ô grand jamais, il ne se rappellera le nom dans les années qui suivront. Nous oublierons aussi le nom du pub. Et j’arrêterai la course à pied en club (les membres étaient vraiment trop allumés), les randonnées improvisées dans la boue anglaise et la fréquentation d’Eleanor. Trois ans plus tard m’effleure encore parfois l’idée de lui envoyer un message Facebook ainsi rédigé : « Salut Eleanor, comment vas-tu ? Toujours au club de course à pied ? Au fait, tu te souviens de cette randonnée à la campagne dans le froid et la boue où je m’étais pointée en manteau long et sac à main Longchamp ? Eh bien, j’aimerais bien connaître le nom du pub où nous avions mangé. Merci, à plus ! ». Délicat. Seul restera donc gravé dans la mémoire de Prince le souvenir d’un succulent pudding, à jamais inaccessible.

Y a pas à dire, la campagne, y a que ça de vrai.

 

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8 réflexions sur “La campagne, y a que ça de vrai

  1. Très bonne année ! Je découvre ton site et du coup je me suis abonnée tellement tu me fais rire !
    Tellement vrai, pour avoir vécu à Londres (et en tant qu’expat, forcément à Kensington) et maintenant des copains originaires d’Afrique du Sud vivant à Londres ayant une maison en Normandie (of course….) je trouve que tu as un humour que je n’avais pas à l’époque. Merci !

  2. Hé mais c’est ti pas pas la première photo de notre blogueuse !
    Donc prince était plus dans le coup niveau vestimentaire.

    « un champ couvert à 30% de bouse de vache. » t’es pas originaire de Marseille par hasard ?

    Et déception ta photo est périmée de 3 ans !! mdr
    La, tu nous a servie du réchauffé.

  3. Pingback: Me revoici, me revoilà ! « Impertinentes chroniques d'une Française à Londres

  4. Et oui quand on est français expat en Angleterre il faut entretenir le mythe… ça veut dire que votre garde robe doit avoir le Label Frenchy; t-shirt rayés, béret et collier d’ail (Et un jour je comprendrai pourquoi ils sont tous persuadés qu’on porte des collier d’ails!!).
    xxx

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